Lejeunia, Revue de Botanique

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J. BEAUJEAN

QUELQUES PAGES DE LA BOTANIQUE AU PAYS DE LIÈGE AUX 18e ET 19e SIÈCLES
En hommage à Marcel Florkin († 1979) et à André Lawalrée († 2005)

(N° 187 (décembre 2009))
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Annexes

Résumé

Résumé

Ce fascicule réunit des notices biographiques concernant quatre personnages liés, de façon occasionnelle, temporaire ou anecdotique, à l’histoire de la botanique au Pays de Liège, durant les 18e et 19e siècles. Ils ont en commun une originalité certaine dans leurs activités concernant les plantes et leurs usages à l’époque et ils n’avaient jusqu’ici fait l’objet que de notices fort partielles, voire erronées sur certains points.

La première contribution concerne Jean-Nicolas Demeste (1719-1796) et son fils Jean (1748-1783). Jean-Nicolas fut entre autres le promoteur de la création à Liège d’un jardin botanique étroitement lié à l’usage médicinal des plantes. Son fils eut l’occasion de correspondre avec C. Linné et constitua un herbier de la région de Rome, dont il ne subsiste malheureusement qu’une centaine d’échantillons (LG).

La deuxième notice a trait à André Rozin (vers 1752-1829), né en Poméranie suédoise et érudit parlant 7 langues; il publia un « Herbier portatif », curiosité bibliographique de « plantes qui se trouvent dans les environs de Liége », dont seul le premier fascicule parut, en 1791. Il contient la description d’une « nouvelle espèce », Adoxa leodicea, qui est lectotypifiée ici, bien qu’il s’agisse d’une « variation sans importance ». Rozin joua aussi un rôle important dans l’édition, de 1794 à 1803, d’un périodique aussi mégalomane que méconnu, « L’Esprit des Journaux, françois et étrangers », dont la collection est composée de 487 volumes !

La troisième contribution porte enfin sur l’abbé Gilles Joseph Ramoux (1750-1826), qui fut un promoteur actif et original de l’ « industrie de la paille » (fabrication des chapeaux de paille) et a laissé le souvenir d’un homme d’une remarquable culture botanique.

Abstract

Summary

This fascicle contains biographical notices about four personalities linked at least occasionally to the history of botany in the Liège region during the 18th and 19th centuries. They have in common a definite originality in their activities linked to plants and their use and until now had only been the object of summary notices, eventually erroneous on some points.

The first contribution deals with Jean-Nicolas Demeste (1719-1796) and his son Jean (1748-1783). Jean-Nicolas was promoter of the creation in Liège of a botanical garden intimately linked to the medicinal use of plants. His son had the opportunity to correspond with Linnaeus and built up a herbarium of the surroundings of Rome, of which unfortunately only about a hundred sheets remain (LG).

The second notice deals with André Rozin (about 1752-1829), born in Swedish Pomerania and scholar speaking 7 languages. He published a "Herbier portatif", bibliographical curiosity of plants found in the surroundings of Liège", of which the only fascicle appeared (1791).  It holds the description of a new species, Adoxa leodicea, which is lectotypified here, even if it is considered an unsignificant variation. Rozin also played an important role in the editing, from 1794 to 1803, of a periodical, megalomaniac but unrecognized, "L'Esprit des Journaux, françois et étrangers", a collection of 487 volumes!

The third contribution deals with the reverend Gilles Joseph Ramoux (1750-1826), who was an active and original promoter of the "industrie de la paille" (fabrication of straw hats) and was remembered as a man of a remarkable botanical culture.


I. JEAN-NICOLAS ET JEAN DEMESTE, CHIRURGIENS ET BOTANISTES À LIÈGE

1Demeste Jean-Nicolas. Liège 4/7/1719 - inhumé en l'église Saint-Thomas (Liège) le 11/1/1796.

2Epoux de Béatrix Delvaux.

3Chirurgien-major du régiment national liégeois et de la Cour du prince-évêque de Liège. C’est à lui, et non à son fils Jean comme nous l’avions indiqué erronément (BEAUJEAN 1998 : 4-5) que l’on doit la création d’un jardin botanique à Liège, en  1770. Il avait demandé au Conseil de la Cité de Liège l’autorisation d’occuper des terrains en vue d’y établir ce jardin botanique, au-dessus de la Porte Vivegnis (démolie en 1844) jusqu’à l’entrée des Six Cents Degrés (ne pas confondre avec la Montagne de Bueren). La porte Vivegnis se trouvait sur l'emplacement de l'ancienne prison Saint-Léonard, actuellement remplacée par une esplanade, créée en septembre 2002 au pied du bois des Carmélites (une plaque, au sol, indique le lieu où s'élevait la porte), et un petit parc boisé situerait le jardin botanique, près de quelques vestiges des anciens remparts du XIIIe siècle, longés par le sentier des Six Cents Degrés (nom qui a disparu de la nomenclature des rues de Liège depuis très longtemps) qui conduisaient à la Païenporte et à la Citadelle).

4 En 1811, l'une des filles de J. N. Demeste, Marie-Josèphe (Liège 10/3/1754 - Liège 7/9/1831) réclama la jouissance viagère de l'immeuble occupé autrefois par sa famille. Elle obtint satisfaction par décision du Conseil municipal en date du 29/8/1811 (la délibération fut approuvée par décret de Napoléon du 21/8/1812). Pour justifier la demande, des preuves furent exigées et il est très vraisemblable que les  extraits conformes des délibérations du Conseil de la Cité de Liége, du 23 mars 1770 au 1/7/1776 [Mn ULg n° 4184], furent réalisés pour cette opération. Ces précieux documents nous permettent aujourd'hui de retracer l'histoire de la création à Liège du Jardin botanique de J.-N. Demeste; nous en reproduisons les éléments les plus significatifs:

5«Messeigneurs les Bourg-mestres de la Noble Cité de Liége.

6         Demeste chirurgien-major sur la Citadelle et de Son Altesse Celcissime, vient en très profond respect remontrer à vos Seigneuries qu’il y aurait un terrain situé au dessus de la porte de Vignis, près des Six-cents degrés tout à fait inculte, et d’aucune utilité à la Ville, à ces causes il supplie vos Seigneuries de daigner lui accorder le terrain pour tacher d’en faire un jardin botanique ; moiennant une accense qu’il offre de payer à la Ville au dire de vos dites Seigneuries ; les suppliant aussi d’ordonner que les clefs des dits Six-cents degrés lui soient remises à lui taxativement pour son propre usage, et pour pouvoir, dans des cas pressants se rendre de là à la Citadelle, de tout quoi il aura obligation à vos dites Seigneuries.

7Signé Demeste chirurgien de la Cour./. Pour extrait Conforme, Le Maire de La Ville de Liege, Chevalier de La Légion D’honneur. A Liége le 12 janvier 1811.

8 Des registres du Conseil de la Cité de Liége, Conseil tenu le 23 mars 1770, nous reproduisons la réponse qui fut donnée à J.-N. Demeste : «Le Conseil déclare de lui accorder seulement et taxativement l’usage du susdit terrain pour y former un jardin botanique et c’est jusqu’à révocation qui se pourra a toujours faire pour causes ou non, sans pouvoir rien exiger de la cité pour quelles causes raisons, prétextes que ce puisse être rien réservé ni excepté et payant à la Ceairie et petite domaine vingt florins bbt. Annuellement, et ainsi d’an en an. Le présent durant, réparant entièrement et à l’entière indemnité de la Ville les murailles qui environnent le susdit ter-rain, se réservant l’usage du passage pour aller et revenir aux susdits Six cents degrés, et faute de payement des dits vingt florins, de pouvoir en consuivre le payement par les voies les plus sommaires et privilégiées».

9 Plus tard (document non daté, mais certainement du 28 juin 1773), J.-N. Demeste demanda, et obtint l’usage de la tour Vivegnis (Fig. 1) ainsi qu’un accès direct entre son jardin et la citadelle :

10FIG. 1. – La porte Vivegnis (92) au début du XVIIIe siècle. On voit encore dans ce détail de la Vue de Liège de Julius Milheuser, datant de 1649, telles que les Demeste les ont connues, la collégiale Saint-Barthélemy (8), à ses côtés l'église Saint-Thomas et la porte Saint-Léonard (91). Le pointage  localise l’endroit présumé du jardin botanique des Demeste.

11 « Messieurs Les Bourguemaitres et Conseil de la noble cité de Liége.

12 Jean Nicolas Demeste, chirurgien major des troupes de Son Altesse, vient en tout respect remontrer à vos Seigneuries, qu’il aurait obtenu en accense un terrain qui est aux pieds des six cents degrés, dans lequel il a formé un jardin botanique dont l’utilité est notoire par les connaissances qu’on y acquiert dans les plantes pour la guérison des malades.

13 Mais, comme pour rendre encore ce jardin plus utile et avoir un endroit à y mettre les plantes à l’abry de la rigueur des saisons d’hiver, il lui est nécessaire d’avoir l’usage de la tour qui se trouve au-dessus de la porte de Vignis près du dit endroit […] Et attendu aussi qu’il doit avoir une serre, il les supplie de lui permettre de changer l’emplacement de la porte des six cents degrés et la remettre à ses fraix du côté des religieuses, et comme les murailles des six cents degrés deviennent très caduques à l’intérieur et offre de les réparer et entretenir à ses fraix, si vos dites seigneuries daignent aussi lui permettre l’usage des dits six cents degrés pour aller de son jardin à la Citadelle.

14 Après quoi ledit supliant laisse à la considération de vos seigneuries s’il mérite une diminution dans son accense ; attendu les dépenses considérables qu’il a du faire pour mettre ce jardin dans l’état où il se trouve et l’entretient  qui demande une somme annuelle. Signé Demeste chirurgien mj.

15 Vos seigneuries observant que depuis plus d’un an j’ai l’usage de cette tour par le bienfait de Mr. Fabry [Jacques-Joseph (1722-1798)] et que j’ai dépensé fts. 60 et plus pour racommoder les toits et plafoner une place pour y passer l’hiver à des plantes étrangères.  

16 Le Conseil de la Cité de Liége, tenu le 30 août 1773, précise: « Entendu le rapport de Monsieur le Conseiller Limbourg qui, avec le Beaumester Drion, ensuite de la suplique présentée le vingt huit juin dernier, par le Sieur Demeste, chirurgien major des troupes de son Altesse et de ses états, ont été faire visite d'une partie du terrain des Six Cents degrés appartenant à la Cité, lequel longe les prairies des religieuses Carmélites à la porte de Vignis jusqu'à la haye de Mr Pichard de Lucilly commandant de la Citadelle; le Conseil déclare de permettre au dit Sieur Demeste de faire planter du long de la dite partie du terrain des arbres fruitiers à pierres, sous la direction du Beaumester du côté des héritages des susdites religieuses où la muraille de la Cité est démolie, et cela en conformité des usages et réglemens statués à ce sujet, [...] ».              

17 Aucune liste des plantes cultivées dans ce jardin ne nous est connue; toutefois une phrase contenue dans une lettre du Conseil de la Cité de Liége tenu le 14 août 1779, il est dit : « Jean Nicolas Demeste chirurgien major des troupes de son Altesse, vient en tout respect remontrer à vos Seigneuries, qu’il aurait obtenu en accense un terrain qui est aux pieds des six cents degrés, dans lequel il a formé un jardin botanique dont l’utilité est notoire par les connaissances qu’on y acquiert dans les plantes pour la guérison des malades », et nous  pouvons ajouter cette phrase de GOBERT (: 298) qui, sans citer ses sources, nous dit : « La collection de végétaux qu’y accumula Demeste était très réputée, même à l’étranger. Sous la Révolution elle fut détruite »; le jardin des Demeste fut alors remplacé par un magasin à poudre.

18 Demeste père semblait être un homme assez autoritaire; il obligeait constamment son fils à suppléer à ses obligations de chirurgien de la Citadelle, et il est fort probable qu’il le chargeait aussi de l’entretien du jardin. Dans une lettre à Romé de l’Isle datée du 29 juillet 1779, Jean écrira : « Mon père est constamment à la campagne et les pauvres de la ville se brisent des membres pour me faire enrager ». Dans une autre lettre, datée du 29 août 1780, toujours à Romé de l’Isle : « Je suis si occupé à faire la besogne de mon père et la mienne que souvent le temps me manque ».

19Demeste Jean. Baptisé à Liège (Notre-Dame aux Fonds) 7/1/1748 - Liège 20/8/1783.

20Nous avons gardé la graphie Demeste (officielle), bien que Jean signait ses courriers et publications du nom de Démeste.

21Fils ainé des 7 enfants du couple J.-N. Demeste x B. Delvaux.

22 Docteur en médecine, chirurgien-major du régiment national de Berlaymont, chirurgien-major de la maison de Miséricorde.

23Naturaliste (géologue, minéralogiste et botaniste). Membre fondateur de la Société libre d’Émulation de Liège (la première assemblée eut lieu le 2 juin 1779) et en présence du prince-évêque Velbruck, Demeste lut un mémoire, publié dans L'Esprit des Journaux d'août 1779, pp. 305-314, sur « Des pyrites martiales, leur décomposition spontanée, & les résultats de cette décomposition », correspondant de la Société royale de médecine de Paris, de la Société royale des arts et des sciences de Metz, des Académies de Lisbonne, d'Erfurt et de Mayence. Pionnier, avec J.-B. Romé de l’Isle et R. Sage, de la cristallographie.

24 Demeste avait appris, sous la direction de son père, les principes de l’anatomie et de la chirurgie, ainsi que la botanique. Il alla ensuite suivre les cours de médecine et de botanique à l’Université de Louvain, se perfectionna à Rome (pendant 5 ans) et à Reims, où il fut promu au doctorat le 9 juillet 1777, et enfin à Paris.

25 Une santé fragile ne l’empêcha pas d’être reçu, en mars 1780, médecin de la Ville, et le 12 février 1783, peu de temps avant sa mort, il fut choisi par le prince-évêque Fr. Ch. Velbruck, pour remplacer son père, en qualité de chirurgien du régiment national. Il fut ami de Valmont de Bomare, de Romé de l’Isle, etc., mais certainement pas de Buffon comme indiqué par certaines sources.

26 Passionné de chimie et de sciences naturelles, Jean Demeste avait formé à grands frais, un assez beau cabinet d’histoire naturelle, qui fut dispersé après sa mort. En tant que chimiste, Jean Demeste s’était longuement préoccupé de la substance vitreuse que l’on retire des os calcinés et probablement pour rendre hommage à cette découverte, quelque temps après sa mort (il fut inhumé en l’église Saint-Thomas, celle-ci désaffectée en 1789 et incendiée en 1803, s’élevait parallèle à la collégiale Saint-Barthélemy), sa dépouille mortelle fut retirée de la sépulture et, comme le dit Ulysse Capitaine, « ses os furent réduits en verre et coulés en forme d’une petite urne que l’on a vue longtemps dans le cabinet du physicien Robertson, son ami, à Paris ». [Robert Etienne-Gaspard, dit Robertson. Liège 15/6/1763 - Paris 2/7/1837], puis passa dans les mains d’un grand seigneur russe. On ignore aujourd’hui où elle se trouve.

Une lettre de Demeste fils à C. Linné

27 Amené à consulter le site internet « The Linneaean Correspondence », notre attention fut attirée par des extraits d’une lettre (n° L4896) de Jean Demeste adressée à Carl Linné et expédiée de Rome (Italie) le 15 septembre 1773. Demeste y donne quelques renseignements sur des aninaux et des plantes vues à Rome (Arbutus unedo, Vitex agnus-castus, Aira caryophyllea, etc.). Nous étions donc en possession d’un premier modèle d’écriture de Jean Demeste. Une seconde source de référence se trouve dans les riches collections de manuscrits de l’Université de Liège : les 18 lettres de J. Demeste à son maître en cristallographie, Jean-Baptiste Romé de l’Isle (Mn n° 2906) (Fig. 2).

28FIG. 2. – Ecriture de Jean Demeste (Coll. herb. LG).

29FIG. 3. – Ecriture de Richard Courtois. Annotation sur une page de l’herbier d’Italie attribué à Jean Demeste (Coll. herb. LG).

Un herbier d’Italie constitué par Jean Demeste ?

30 Lors de sa remise en état et de son classement, nous avions eu entre les mains un herbier fort ancien, mais non daté et dont le récolteur n’est pas mentionné. Cet herbier avait été acquis, en 1834, par Richard Courtois (1806-1835) (Fig. 3) de l’horticulteur liégeois Etienne-Joseph Libert (1771-1845), qui lui-même le tenait d’un ancien professeur de zoologie, minéralogie et botanique à la Faculté des Sciences de l’Académie de  Liège (fondée en 1811), Claude Landois (1750-1821); il nous a été cependant impossible de savoir comment ce dernier l’avait en sa possession : il y a apporté quelques annotations manuscrites, déjà relevées par Courtois [« les mots Orchis morio sont ajoutés d’une autre main, la même écriture se retrouve encore sur plusieurs feuilles,… »]. Il semble bien que c’est à lui que l’on doit la détermination de nombreuses plantes. Nous avions déjà abordé le sujet (BEAUJEAN, 1999 : 115-116), d’après la correspondance de R. Courtois au docteur Lejeune de Verviers (Mn ULg n° 2656, f. 15). Outre la lettre de Courtois au docteur Lejeune du 30/3/1833, nous pouvons ajouter ici quelques compléments d’informations suite à une lecture plus attentive de celle du 22/2/1834, toujours adressée à Lejeune : « J’ai fait l’acquisition de l’herbier de Libert (le jardinier) qui contient les plantes recueillies aux environs de Rome dont j’ai eu autrefois des fragmens. Je suis occupé à le classer, et à le dénombrer, et j’espère vous faire part de quelques espèces qui vous manquent encore. Le nombre total s’élève à environ 1000 espèces accompagnées chacune de leurs localités, en sorte que je pourrais bien en composer une florula romana, si le territoire romain n’avait été exploré dans ces derniers temps par des botanistes exercés ; mais il serait toujours intéressant de comparer les anciennes espèces avec les nouvelles. D’après mes recherches cet herbier a du être fait du temps de Linné, et même du temps de Lamarck qui est cité. J’ai trouvé deux plantes qui se rapportent à une dissertation de Maretti de 1772. Romulia et Saturnia nota. Elles sont étiquetées d’une autre main que le reste des notes. Je regrette de ne pouvoir obtenir de renseignemens précis sur l’auteur de cet herbier qui a bien connu les plantes pour cette époque. » (Mn ULg n° 2657, f. 10). Courtois revient sur le sujet dans sa lettre du 22/3/1834 : « Je viens de terminer l’examen de mon herbier des environs de Rome, en voici le catalogue [non retrouvé]. Notez y ce que vous en désirez et je vous donnerai ce qui sera disponible. ».

31 Lejeune ne tarde pas à répondre, et dans sa lettre du 25/3/1834, il écrit : « 4° votre catalogue de Rome. Mon père [Simon Lejeune (1737-1808) avait suivi à Rome, les cours de G. Maratti (1723-1777)] avoit rassemblé à Rome un assez vaste herbier du temps de Maratti, son maître. Cet herbier que M Limbourg avoit en grande partie à sa mort [† 1792] a été transféré à Liége malgré les réclamations de mon père avec sa succession dévolue au célèbre peintre de France [Léonard Defrance (1735-1805)] héritier de R. de Limbourg son condisciple à Rome ainsi que de mon père de sorte qu’il se pourrait que votre herbier serait de mon père ? Les plantes en étoit attachées avec du papier en bandelettes dans des cahiers d’un papier gris blanc. J’ai hérité seulement d’une douzaine de cahiers. J’ai noté ici celles que je ne possède pas – je vais les détacher veuillez me faire voir celles que vous n’avez pas en double avec les étiquettes et je reconnaîtrai facilement la main de feu mon père. ». Ici, la comparaison avec l’écriture de Simon Lejeune (Mn ULg, n° 3079) nous permet d’affirmer que cette écriture n’est pas la même que celle de notre herbier de Rome. Lettre de Courtois à Lejeune datée du 27/5/1834 (Mn ULg n° 2657, f. 25) : J’ai le plaisir de vous envoyer tout ce que j’ai pu disposer dans l’herbier de Rome. [...] J’ai encore retrouvé pour vous le Carex Bertoloni vera ! le C. hornschuchiana, un des flava des auteurs, une variété bien scabre du Milium effusum, et le Brachypodium littorale dudit herbier. ». Lettre du 9 /6/1834 : « J’ai déterminé la Paronychia pubescens d’après Roemer & Schultes. Par ses stipules elle appartient à ce genre, et non aux Herniaria parmi lesquelles elle était rangée dans l’herbier romain. ». Par la suite, il ne sera plus fait mention de l’herbier de Rome dans la correspondance de Courtois au docteur Lejeune, la dernière lettre de Courtois étant datée du 3/3/1835 (il meurt le 14/4/1835).

32 En recherchant des renseignements biographiques sur J. Demeste, nous avons donc appris qu’il avait séjourné et étudié à Rome. Des documents manuscrits cités ci-avant, nous avions des modèles d’écritures assez caractéristiques que pour pouvoir analyser et comparer les textes des lettres et ceux des étiquettes d’herbiers, nous permettant ainsi d'authentifier et d'attribuer ces récoltes de plantes à Jean Demeste.

33 Cette collection historique était composée, au départ, d’environ 1000 plantes, dont nous en avons eu en mains 178 feuillets (il en reste 114 avec les plantes), récoltées en Italie, entre Rome et Naples, d’autres de plantes cultivées notamment au Jardin botanique de Rome (des insectes ravageurs, des moisissures et un incendie de l’herbier de Liège, en mars 1887, en ont détruit une très grande partie, et ne sont parvenus jusqu’à nous que quelque 114 spécimens et des papiers (Mn ULg n° 6171 et herbarium LG, doubles à BR dans l'herbier Lejeune) où elles se trouvaient collées; d’autres se retrouvent dans l’herbier de R. Courtois, mais l’étiquette originale est remplacée par une autre manuscrite, de la main de Courtois lui-même, avec par exemple la mention « Roma,  herb. Libert . Culta. Ex herb. Libert Italica »).

34 Notre conviction quant à l’attribution à Jean Demeste de l’herbier de Rome, nous a été confirmée, avec une quasi certitude, par M. Jean Mornard, paléographe expérimenté, à qui nous avons soumis tous les documents manuscrits en notre possession.

Personnes citées dans le texte

35Bailly Henri Gérard. Liège vers 1745 - Liège 13/10/1831.

36Maire de Liège jusqu’en 1813. Chevalier de la Légion d’Honneur. C'est donc lui qui a certifié les copies conformes des documents du 12 février 1811. Nous ne savons pas ce qu'il est advenu des originaux, avec le plan y joint.

37Courtois Richard. Verviers 18/1/1806 - Liège 14/4/1835.

38Médecin et botaniste, sous-directeur du jardin botanique de l’Université de Liège (situé à l’époque autour de la salle académique, place du 20 août). Il reçut l’herbier d’Italie en même temps que bon nombre de plantes cultivées dans les collections d’Etienne Libert (LG).

39Defrance Léonard. Liège 5/11/1735 - Liège 25/2/1805.

40Artiste peintre liégeois, ayant séjourné pendant 5 ans à la Fondation Darchis à Rome, où il se lia d’amitié avec Robert de Limbourg. Après son retour à Liège, il obtint, en 1778, le poste de directeur de l’Académie des Beaux-Arts, établissement  fondé par Velbruck et supprimé par la Révolution de 1783. Son nom est très souvent associé à la démolition de la cathédrale Saint-Lambert de Liège (1793). Plus tard, il fut nommé professeur de dessin à l’Ecole centrale. Membre de la Société libre d’Émulation (1779). A son décès, il fut inhumé à Huy, dans le jardin de son ami Pierre-Joseph Henkart (1761-1815); ensuite, vers 1861, ses restes ont été transférés au cimetière de Huy.

41de Limbourg Robert. Theux 1/12/1731 - Theux 20/2/1792.

42Docteur en médecine. Naturaliste, botaniste. Membre de l’Académie des Sciences et Belles-lettres de Bruxelles et membre de la Société libre d’Émulation de Liège (1779).

43En 1757, il présenta à l’Académie de Bordeaux, une dissertation (couronnée et imprimée dans cette ville, en 1758), répondant à la question Quelle est l’influence de l’air sur les végétaux. Après avoir été reçu docteur à l’Ecole de médecine de Montpellier, il fit un séjour en Italie, notamment à Rome, où il se lia d’amitié avec le peintre Léonard Defrance, avant de rentrer définitivement dans son village natal.

44Ami de L. F. Dethier et de Simon Lejeune (père de A.L.S. Lejeune).

45Biographie : GRONDAL G., 1952. –  Nos anciens botanistes : 25-26; Froment A., 1968. – Robert de Limbourg (1777). Hautes Fagnes 34 : 169-170.

46Fabry Jacques-Joseph. Liège 3/11/1722 - Liège 11/2/1798.

47Bourgmestre de Liège en 1770, 1783, 1789 et 1790. Il fut l’une des belles figures de la Révolution liégeoise.

48Landois Claude. Châlons-sur-Marne (Fr.) 26/3/1750 - Châlons-sur-Marne 25/7/1821.

49Docteur en sciences. Professeur d'histoire naturelle à l'Ecole centrale de Châlons, censeur des études au Lycée d'Amiens, professeur de zoologie, de minéralogie et de botanique à la Faculté des sciences de Liège. Officier de l’Université de France, membre et conservateur du cabinet d'histoire naturelle de la Société d’agriculture, commerce, sciences et arts du Département de la Marne. Installé à Liège, avec son épouse et ses cinq enfants, dès 1809, où il enseignait les sciences physiques au lycée, il prit goût à la vie liégeoise. Nommé à Douai, il retarda son départ sous divers prétextes (emballer ses collections d'histoire naturelle, obtenir des subsides pour les emballer, etc.), si bien que, le temps passant, il réussit à rester en notre ville et y fut nommé professeur d'histoire naturelle à l'éphémère Faculté des Sciences de Liège fondée le 25 septembre1811, mais qui ne connut que deux années et demie d'existence [cf. FLORKIN, 1957 : 262].

50Lejeune Simon. Ensival 9/3/1737 - Verviers 7/8/1808.

51Docteur en médecine. Médecin en chef des hospices de Verviers. Botaniste amateur.

52Après avoir terminé ses études à Liège, il alla les poursuivre à Rome, où il remplaça, à la fondation Darchis (fondation liégeoise à Rome) son compatriote A. M. Grétry (Liège 1741 - Montmorency 1813). Il fréquenta pour les sciences physiques et naturelles les cours du professeur de botanique Giovanni Maratti (1723 - 1777).

53Libert  Etienne-Joseph. Liège 8/9/1771 - Liège 23/1/1845.

54L’un des premiers en date et des plus habiles horticulteurs de Liège. Il avait commencé par être ouvrier armurier en fabricant des baïonnettes de fusils. Au début du 19ème siècle, on ne citait à Liège qu’un passionné de la culture des fleurs, un certain M. Ronckart, quincaillier; Libert visitait régulièrement ce jardin et le soignait. Il obtint quelques plantes qu’il cultiva avec succès. Enhardi, il résolut de s’adonner à la culture des plantes pour en faire le commerce, et il fit construire, en 1809, une première serre. On courait chez lui pour admirer la floraison de l’Amaryllis formosissima. Il fit voir aux liégeois la première floraison de la pivoine en arbre. En 1815, le premier dans l’ancien Pays de Liège, il décida de s’adonner exclusivement au métier de jardinier-fleuriste. De 1821 à 1824, il créa des pépinières d’arbres fruitiers et d’arbres, arbrisseaux et arbustes d’ornement. Plus tard, voyant s’élever et grandir en notre ville, de nombreux concurrents, Libert, en honnête homme, s’efforça de cultiver ses roses (600 variétés en 1844) et ses pépinières, avec l’estime de la plupart de ses concurrents.

55Robert Etienne-Gaspard, dit Robertson. Liège 15/6/1763 - Paris 2/7/1837.

56Physicien-aéronaute, peintre, dessinateur, mécanicien, opticien et « fantasmagorien ».

57Ancien élève de l'Académie de peinture, de sculpture et de gravure.

58En 1797, il est nommé à la chaire de physique et chimie expérimentale de l'école centrale du département de l'Ourte, mais, n'y enseigna jamais, il préféra en effet rester en France pour  profiter du succès qu'il connaissait, en prétendant sa présence indispensable à Paris, lui « le physicien philosophe, dont les travaux et la morale tendent à détruire le monde enchanté qui ne doit son existence qu'à la baguette du fanatisme » (Macours, 1961 : 320).

59Il est inhumé à Paris, au cimetière du Père Lachaise, sous un imposant monument funéraire.

60Romé de l’Isle Jean Baptiste. Gray (Haute-Saône) 26/8/1736 - Paris 7/3/1790.

61Fondateur, avec R. J. Haüy, de la cristallographie moderne. Ami et correspondant de Jean Demeste.

62Membre associé, dès 1779, de la Société libre d’Emulation de Liège, suite à l’insistance de Demeste.

63Sage Balthazar Georges. Paris 7/5/1740 - Paris 9/9/1824.

64Chimiste et minéralogiste. Membre de l’Académie des sciences, directeur du cabinet de l’Ecole des mines. Professeur de J. Demeste et de J. B. Romé de l’Isle.

65Valmont de Bomare Jacques-Christophe. Rouen 17/9/1731 - Paris 24/8/1807.

66Naturaliste français (minéralogie et botanique). Voyageur et démonstrateur d'Histoire Naturelle avoué du gouvernement, ancien censeur royal. Ami de J. Demeste. Correspondant de C. Linné. Professeur à l'école centrale de Paris. Membre des Académies de Caen, de La Rochelle, de Rouen, de la Société Impériale et Royale des Sciences de Bruxelles, etc. Membre associé de l'Institut.

BIBLIOGRAPHIE

67BEAUJEAN J., 1998. – Portraits de famille. Les botanistes liégeois et l’Émulation. [Jean Demeste]. Bull. Inf.  Soc. Libre Émulation : 4-5.

68BEAUJEAN J., 1999. – Sur la piste des anciennes gloires de la botanique et de l’horticulture à Liège. Visite du cimetière de Robermont. Natura Mosana 52 : 81-166. [cf. p.115-116].

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75DELAIRESSE Y., ELSDORF M. & coll., 2009. – Le nouveau livre des rues de Liège. Grivegnée, Noir dessin production , 512 p.

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80FLORKIN M., 1963. –  Notice sur Charles Delvaux de Fenffe. Ann. Acad. Roy. Belg. CXXIX: 3-21. [cf. p. 8, Cl. Landois].

81FLORKIN M., 1964. – Médecins, Libertins et Pasquins. Liège, F. Gothier, 199 p.

82GAIER C., 1981. – L’apport scientifique et technique de Liège dans le passé. In Apports de Liège au progrès des sciences et des techniques: 13-57. Liège, E. Wahle, 445 p. [cf. p. 33, Démeste].

83GERLACHE L., 1956. –  Les étapes de la mineralogie. (Leçon inaugurale de l’année 1955-1956 en date du 3 octobre 1955). Annales de Gembloux  62 : 99-108 [cf. p. 101-102, Jean Demeste].

84GILISSEN P., 2007. – Jean-Jacques Tutot, imprimeur, libraire et éditeur au Pays de Liège à la fin du XVIIIe siècle. Bull. Inst. Arch. Liégeois CXIII: 133-200.

85GOBERT T., 1924-1929. – Liège à travers les âges. Les rues de Liège. [Nouvelle édition, 1975-1978, du texte original], 11 vol., Bruxelles, Culture et civilisa-tion, pagination multiple. [cf. vol. 6, pp. 297-302 (Jardin Botanique) ; vol. : 540-544 (Porte Vivegnis)].

86HALLEUX R., OPSOMER-HALLEUX C., VANDERSMISSEN J. & coll., 1998. – Histoire des sciences en Belgique, de l’Antiquité à 1815. Bruxelles, Crédit Communal de Belgique, 463 p.

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88LAMARCHE F., 1998. – La Société d'Émulation de Liège. Brève histoire de deux cents ans et quelque. Soc. Libre Émulation. Bull. Information 4: 6-11.

89LE ROY A., 1878. –  Fabry (Jacques-Joseph). Biogr.  Nat. VI : 827-845.

90MACOURS F. (†), 1961. – L’École centrale du département de l’Ourthe à Liège (1797 - 1804). Bull. Inst. Arch. liégeois LXXIV : 267-405.

91MALHERBE R., 1879. – Société libre d’Émulation. Liber Memorialis 1779 - 1879. Liège, L. de Thier, 569 p.

92OPSOMER C., 2006. – Une filiale de la Société d’Encouragement dans le département de l’Ourthe. La Société d’Émulation de Liège (1779-1850). In Benoit S., Emptoz G. & Woronoff D.,  Encourager l’innovation en France et en Europe. Autour du bicente-naire de la Société d’Encouragement pour l’industrie nationale, p. 287-304.

93PANCKOUCKE C. L. F (publié par). 1821. – Dictionaire des Sciences médicales. Biographie médicale. III. Paris, C L. F. Panckoucke édit., 571 p. [cf. p. 419, Demeste (Jean)].

94PAUWELS-DE VIS J., 1843. – Dictionnaire biographique des belges, hommes et femmes, morts et vivants, qui se sont fait remarquer par leurs écrits, leurs actions, leurs talents, leurs vertus et leurs travaux dans tous les genres, depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours. Bruxelles, libr. Perichon, 283 p. [cf. p. 77, Demeste (Jean)].

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96PEIGNOT L. G., 1821. – Dictionnaire historique et bibliographique, abrégé des personnages illustres, célèbres ou fameux de tous les siècles et de tous les pays du monde, avec les dieux et les héros de la mythologie. I (2). Paris, Haut-Cœur et Gayet, 984 p. [cf. p. 763, Demeste (Jean)].

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99ROGER P. A., 1849. – Biographie générale des belges morts ou vivants. Hommes politiques, membres des assemblées délibérantes, ecclésiastiques, militaires, savants, artistes et gens de lettres. Bruxelles, Muquardt, 264 p. [cf. p. 71, Demeste (Jean)].

100VANDER MEERSCH A., 1876. – Demeste Jean. Biogr. Nat. V : 518-519. 

101VAN HULST F., 1845. –  Notice sur Etienne-Joseph Libert (jardinier-fleuriste). Liége, F. Oudart, 8 p.

Manuscrits

102ANONYME, du 23/3/1770 au 1/7/1776. – Copies de six extraits des séances du Conseil de la Cité de Liége, concernant les demandes de Jean Nicolas Démeste, de pouvoir occuper le terrain et la tour de la Porte Vivegnis en vue d’y installer un Jardin botanique. Mn ULg, farde n° 4184.

103COURTOIS R., 1819-1835. – Correspondance adressée au docteur A.L.S. Lejeune, de Verviers. Mns ULg, nn° 2647 à 2658.

104COURTOIS R., 1826 et sq. – Catalogus herbarii Courtoisiani, 281 p. Mn herb. LG.

105DÉMESTE J., 1773. – 3 feuillets de la main de Démeste  (botanique). Adressés de Rome (Italie), à C. Linné, en date du 15 septembre 1773. The Linnaean Correspondence - Display Letter L4896.

106DÉMESTE J., 1778 à 1782. – Dix-huit lettres manuscrites de J. Démeste à Romé de Lisle. Mn ULg, farde n° 2906.

107DÉMESTE J., s. d. – Les papiers récupérés lors de la restauration de l’herbier, dont les plantes avaient été détruites.  Mn ULg n° 6171 et herbarium LG.

108LEJEUNE S., 1759 à 1762. – Cours enseignés au Collège de la Sapience à Rome et suivi par Simon Lejeune, alors étudiant en médecine (1759-1762). Mn ULg, n° 3079.

II.   ANDRÉ ROZIN,  BOTANISTE « LIÉGEOIS » AUTEUR D’UN « HERBIER PORTATIF » ET UN DES RÉDACTEURS DE « L’ESPRIT DES JOURNAUX »

109 Parmi la très longue liste des publications de Charles Morren, nom-breuses sont les biographies consacrées à ses prédécesseurs. Il s’adressa à diverses reprises au docteur A. L. S. Lejeune de Verviers ainsi qu'à son col-lègue le professeur Jean-Nicolas Noël, afin d’obtenir quelques renseigne-ments, notamment sur la personne qui nous occupe ici, André Rozin.

110 De la correspondance de Ch. Morren [Mn ULg, farde n° 2424] adressée à Lejeune, nous retiendrons :

11113 janvier 1838. « Avez-vous connu Hocquart, Rozin et Vander Stegen de Putte ? Il me seroit fort agréable de recevoir vos communications à leur sujet. ».

11223 décembre 1839. « Dans mes pénibles recherches sur l’histoire des sciences en Belgique, je suis embarrassé pour un point sur lequel vous pourrez me donner des éclaircissements. Rozin, l’élève de Linnée est’il le même que Rosin [sic!] qui a publié l’Herbier portatif des environs de Liége ? Voila la question que je prends la liberté de vous soumettre : vos souvenirs vous permettront de la répondre de suite. Mr Dossin soutient que c’est le même personnage. La famille de Rozin dont j’ai reçu des rensei-gnements prétend qu’il n’était pas en Belgique en 1791. Il y a de plus un changement de nom, un s au lieu d’un z. ».

113 Les archives de Ch. Morren ayant été dispersées après le décès de son fils Edouard (1886), nous ne savons si Lejeune put lui fournir quelque renseignement utile. Il apparaît cependant que Morren obtint d'utiles infor-mations lui données par son collègue Jean-Nicolas Noël (1783-1867), qui, avant d'être nommé professeur de mathématiques (1835) à l'Université de Liège, avait enseigné la même matière au collège de Phalsbourg (1805).

114 Nous collationnons ici le peu de données historiques et bibliogra-phiques trouvées sur celui qui, premier botaniste « linnéen » en région liégeoise, en étudia la flore, si l’on excepte Remacle Fusch (Limbourg vers 1500 - Liège 1587) qui avait publié divers traités sur les plantes, mais qui sont du ressort de la botanique générale et Robert de Limbourg (Theux 1731 - Theux 1792), dont la dissertation au sujet de l'influence de l'air, couronnée à Bordeaux en 1788, est essentiellement du domaine de la physiologie.

115Rozin Frédéric-André. Gripswale, Poméranie suédoise vers 1752 - Sarrebourg (France) 1/3/1829. (officiellement son nom de famille est de Rosen ; il est dit âgé de soixante-dix-sept ans, sur son acte de décès, obtenu à la mairie de Sarrebourg). Médecin, poète, musicien, professeur, minéralogiste et botaniste. Membre fondateur (1795) de la Société de médecine, chirurgie et pharmacie de Bruxelles, membre fondateur (1800) et ensuite président de la Société de littérature de Bruxelles, etc.

L’Herbier portatif

116 Compatriote, élève et disciple de Carl Linné fils, dit le Jeune (Falun 20/1/1741 - Upsala 1/11/ 1783), les hasards d’une vie errante l’avaient con-duit à Liège, en 1790. Il publia en 1791 un ouvrage descriptif de la flore lié-geoise (première flore locale de notre pays !) : Herbier portatif des plantes qui se trouvent dans les environs de Liège, avec leur description et classifica-tion selon le Système de Linné. Précédé d’un discours sur la Botanique. Premier cahier (Fig. 4).

117FIG. 4. – Couverture de l’Herbier portatif … de Rozin (Coll. Bibl. Gén. ULg n° III.78.9).

118 Dans cet ouvrage de 73 pages, rareté bibliographique s’il en est, il énumère 87 plantes (47 pages encadrées sont laissées vierges pour permettre d’y coller les plantes séchées), tant des représentants de la flore locale que des plantes cultivées dans les jardins, rangées dans l’ordre chronologique de leur floraison.

119 Dans ce premier (et seul) cahier, il retient les plantes printanières et y décrit notamment une variante en réalité peu remarquable d’Adoxa moschatellina, qu’il nomme Adoxa leodicea, Moscatelline de Liége ; nous en reproduisons ici la diagnose : « Calice triangulaire. Feuilles ternées bilobées, excepté la partie du milieu qui est trilobée. Cette petite plante, très-singulière, & qui offre des grandes beautés, lorsqu’elle est examinée avec le microscope, aime beaucoup l’ombre, & ne se trouve guère que sous les hayes. Comme la description que Linné a donné de cette plante, & qui s’accorde avec celles de MM. Jussieu & Necker, diffère en des points essentiels d’avec l’espèce que j’ai trouvée dans les environs de Liège, j’ai cru devoir la distinguer par un nouveau nom, tiré du lieu de sa demeure. En séparant la corolle du calice, j’ai toujours trouvé celui-ci triangulaire au lieu de bifide, & la différence dans la feuille n’est pas moins constante ».  

120 LEJEUNE (1824 p. 79) écrit : « L’Adoxa leodicea Rozin, herbier portatif p. 46 est une espèce établie sur des caractères numériques insignifiants », et DURAND (1899, p. 725) est lui aussi d’accord sur cette opinion : «  est une variation du type sans importance ».

121 Rozin prévoyait de donner une suite à son ouvrage ; il en fut probablement empêché par la période trouble que connut Liège à cette époque.

122 Une petite note parue dans L’Esprit des Journaux françois et étrangers, en septembre 1794, p. 347, nous apprend ceci : « Il a eu le malheur de perdre toute la collection de plantes, décrites dans cet ouvrage (Flore d’Europe (1), manuscrit), et une partie de ses livres, dans la dévastation barbare que les Autrichiens ont fait subir dernièrement au faubourg d’Amercoeur, à Liége, où il avoit une maison qui, quoique sauvée des flammes incendiaires par sa position isolée, n’a pas moins été vouée au pillage, plutôt par le plaisir féroce de détruire, que pour en tirer profit. ». C’est en effet en juillet 1794 que les troupes autrichiennes, réfugiées dans le fort de la Chartreuse, bombardèrent et incendièrent le quartier d’Amercoeur, avant d’être chassées par les troupes françaises (Lienard, 1979 : 93-97).

123 (1) De cette collection de plantes, ROZIN (1793, p. 326) dit : « … pour mon propre usage, dans l’arrangement d’un herbier des plantes de l’Europe, pour lequel j’ai rassemblé des matériaux dans plusieurs excursions en différens pays pour ces objets, dans le dessein d’en vérifier les descriptions … ». De ce qui précède, nous pouvons conclure qu’ avant d’arriver à Liège, il avait déjà beaucoup voyagé et qu’il envisageait bien la  publication d’une flore d’Europe.

124 Rozin partit ensuite s’établir à Bruxelles, où il succéda à Jean François Philippe Van der Stegen de Putte (Bruxelles 1754 - Bruxelles1799), avec qui il avait fondé, le 23 juillet 1795, la Société d'histoire naturelle de Bruxelles. La botanique, «partie la moins cultivée jusqu'alors dans les Pays-Bas », en était l'occupation principale. Outre Van der Stegen de Putte qui en était le président et Rozin le secrétaire, nous trouvons quelques noms connus parmi les membres: les frères J. et A. Dekin, Van Mons, Faujas de Saint-Fond, Bosc, Thouin, Desfontaines, Lestiboudois fils, Roucel, etc. Cette société, qui semble avoir disparu après 1798,  avait le projet de publier un recueil trimestriel dont Rozin devait être le rédacteur, mais ce recueil ne parut jamais. Cependant quelques articles destinés à cette publication et qui ont pour auteurs Van der Stegen de Putte et  Rozin se retrouvent dans L'Esprit des Journaux; nous retiendrons ici les articles de Van der Stegen de Putte, qui selon toute apparence avait été engagé à traduire ou rédiger les articles suivants: Octobre 1794, (Anonyme, ? Rozin ?). – Système de la nature de Charles Linné ; traduction  françoise par Vanderstegen de Putte, ancien échevin de la ville de Bruxelles. D’après la  13e édition, mise au jour, augmentée & corrigée par J. F. Gmelin. Bruxelles, chez Lemaire, imprimeur-libraire ; & se trouve à Paris, chez Bossange, Masson & Besson, libraires, rue & cour des Mathurins. Grand in-8vo. 23 (X) : 347-350; Mai à décembre 1796. –  Enumération des plantes qui viennent spontanément dans la Belgique, ou qui s’y cultivent communément. 25 (III) : 270-285, 25 (V) : 287-304, 25 (VI) : 319-331; Juillet & Août 1796. – Esquisse d’une flore économique  indigène. 25 (IV) : 281-320; Mars & Avril 1797. – Discours sur les jardins des plantes (I), traduit du latin par Vanderstegen de Putte. 26 (II) : 281-303. [(I) Ce discours intitulé : Horticultura academica fait partie des aménités académiques de Linné, & a été présenté en thèse sous la présidence de ce célèbre naturaliste, à Upsal le 18 décembre 1754, par Jean Gust. Wollrath]; Mai & Juin 1797. – Les insectes nuisibles (I), discours de Linné ; traduit du latin par Vanderstegen de Putte. (I) Ce discours intitulé Noxa insectorum, a été proposé en thèse académique sous la présidence de Linné, à Upsal, le 18 décembre 1752, par Michel Baeckner. [les noms de plantes hôtes sont fréquemment cités dans cet article]. 26 (III) : 293-324; Juillet & Août 1797. – Discours sur les vertus des plantes, faisant partie des Aménités de LINNE. Traduit du latin par Vanderstegen de Putte. 26 (IV) : 261-300; Novembre & Décembre 1797. – Utilité de l’histoire naturelle, exposée d’après Linné. par Vanderstegen de Putte, professeur à l’école centrale de Bruxelles. 26 (VI) : 268-280.

125 Depuis 1801 jusqu’à la suppression des écoles centrales (1er mai 1802), il faisait trois fois par semaine le voyage de Bruxelles à Gand, où il donnait un cours de botanique au jardin des plantes. Lorsque ces écoles disparurent, Rozin se retrouva sans emploi, et en octobre 1803 il quitta furtivement sa demeure pour ne plus reparaître en Belgique, emportant tous ses biens. On pouvait lire dans l'Oracle (journal qui parut à Bruxelles de 1800 à 1827) du 3 octobre  1803 «  que le citoyen Rozin, ayant abandonné sa maison de la rue aux Laines [au n° 894, immeuble qui  fut aussi le siège de l'imprimerie de J. J. Tutot à Bruxelles] et emporté les clefs avec ses effets, il serait procédé le 31 sur la Grand'Place à la vente publique et judiciaire d'une presse d'imprimerie, seul objet trouvé dans sa maison » (MAILLY 1887, p. 9). En 1805, on le retrouve sous le nom « de Rozen » au collège de Phalsbourg (Moselle), où il enseigna les langues orientales, l’histoire naturelle et la physique expérimentale. Savant d’une grande érudition, il connaissait et parlait le suédois, l’allemand, le français, l’italien, le latin, le grec et l’hébreu. En 1825, il s’installa à Sarrebourg (Moselle), où il mourut « au domicile de Monsieur Antoine, sis Grande rue ».

126 Des quatre exemplaires de l’« Herbier portatif » que nous avons pu voir [Musée de la Vie Wallonne à Liège (n° M. 4492/B), Bibliothèque de l’Université de Liège (n° III.78.9), Jardin botanique national de Belgique à Meise et à l'ancienne Bibliothèque des Chiroux, actuellement Bibliothèque Ulysse Capitaine : fonds patrimoniaux de la Ville de Liège, Capitaine (n° 4023)], seul ce dernier porte les plantes collées, dont l’Adoxa leodicea (pl. 46), c’est là le seul matériel qui parait donc subsister et, bien que ce taxon fût tombé dans l’oubli, nous désignons cet échantillon comme lectotype de l’espèce] (Fig. 5).

127FIG. 5. – Photo de l’Adoxa leodicea Rozin (Coll. Bibl. Ulysse Capitaine, n° 4023). Lectotype désigné ici.

128Peut-être l’explication de cette diffusion restreinte se trouve-t-elle dans la  préface même de l’ouvrage, Rozin écrivant : « On ne doit pas croire que cette première Collection contienne toutes les Plantes printanieres du Pays. J’en avois rassemblé un nombre bien plus considérable ; mais ayant été cueillies pendant le tems pluvieux qui n’a que trop continué cette année, elles se sont gâtées avant que de sécher ; & de celles même qui se sont le mieux conservées, il ne m’est resté qu’un très-petit nombre de reconnoissables & faites pour entrer dans ce Recueil. ». Il écrivait de même : « Ce premier Cahier n’étant destiné que pour pressentir le goût du public, je ne l’ai fait précéder que d’un seul des quatre Discours qui devoient servir d’Introduction à l’Ouvrage. Pour peu que cet échantillon trouve un accueil favorable, les autres Cahiers suivront sans délai. ».

129 Nous avons également recensé deux autres exemplaires qui faisaient partie de bibliothèques prestigieuses : celle des  de Jussieu (DECAISNE, 1857, p. 197-198) avec 36 plantes sèches fixées sur papier, et celle d’Edouard MORREN (ANONYME, 1887, n° 5733, p. 165). Nous ignorons malheureusement le nom des acquéreurs de ces deux exemplaires. Selon Stafleu et Cowan (1983, p. 966), le BM  possède aussi l'Herbier portatif, mais sans préciser si les plantes s'y trouvent collées. Curieusement, le docteur A. L. S. Lejeune (1779-1858), « père de la botanique belge » (BEAUJEAN, 2008 a), n’aurait pas possédé cet ouvrage dans sa riche bibliothèque (HEUSSNER, 1862), mais peut-être avait-il été conservé par son fils Phocas, amateur de botanique lui aussi, ce qui expliquerait le fait que  l’ouvrage ne figurait pas au catalogue de vente de cette bibliothèque.

To cite this article

J. BEAUJEAN, «QUELQUES PAGES DE LA BOTANIQUE AU PAYS DE LIÈGE AUX 18e ET 19e SIÈCLES», Lejeunia, Revue de Botanique [En ligne], N° 187 (décembre 2009), URL : https://popups.uliege.be/0457-4184/index.php?id=733.

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