Bulletin d'Analyse Phénoménologique https://popups.uliege.be/1782-2041 fr Recensions (décembre 2025) https://popups.uliege.be/1782-2041/index.php?id=1631   Le corps est une clé qui se perd. À propos de Hubert Wykretowicz, La sentinelle silencieuse. Recherches phénoménologiques sur l’incarnation de l’esprit et perspectives cliniques, Paris, Hermann, 2021, 490 pages. Prix : 32 €. ISBN : 9791037010131.   Une recherche libre et ancrée   Constamment fidèle à l’idée fondamentale de la phénoménologie husserlienne, l’intentionnalité, le bel ouvrage de Hubert Wykretowicz n’en témoigne pas moins d’un rapport très libre, original et inventif, à la tradition phénoménologique. L’aborder « en général », comme le dit l’auteur en conclusion, n’équivaut pas à en proposer une synthèse unifiée et sans aspérité, mais à se confronter à une histoire heurtée dont la cohérence, comme les progrès, reposent sur les débats conflictuels qui l’animent — débats dont le cœur est sans doute le sens, disputé, du concept même d’intentionnalité. En radicalisant le concept, d’abord à la lumière de phénoménologies post-husserliennes plus ou moins hétérodoxes (Scheler, Merleau-Ponty, Levinas ou Patočka), mais aussi de pensées extérieures à cette tradition (par exemple celle de Piaget), enfin d’auteurs marqués par elle, mais soucieux d’y échapper (Canguilhem et surtout Bourdieu), Hubert Wykretowicz précise et approfondit la thèse, unique, qui oriente son propos : le courant phénoménologique est aimanté par une même problématique, celle de l’incarnation de l’esprit, qu’il a peu à peu posé à nouveaux frais, ravivant de la sorte « une dimension essentielle de notre Mon, 29 Dec 2025 00:00:00 +0100 https://popups.uliege.be/1782-2041/index.php?id=1631 Perception amodale, intersensorialité, synesthésie (Préambule) https://popups.uliege.be/1782-2041/index.php?id=1559 Ce numéro du Bulletin d’Analyse Phénoménologique rassemble les textes originaux présentés lors du séminaire du Centre de recherches phénoménologiques (ULiege) – Creph, organisé en 2021 par l’équipe d’esthétique. En 2008, le « service d’esthétique » a fusionné avec le Centre de recherches phénoménologiques, et s’est spécialisé dans le domaine des esthétiques phénoménologiques et des esthétiques de la différence. Aujourd’hui, un programme de recherche repensé engage les membres de l’équipe à travailler — avec un élan critique marqué — sur des questions essentielles de l’esthétique contemporaine et montre une ouverture plus franche sur des domaines pratiques liés à la culture. Les connexions de nos recherches avec la phénoménologie restent très vives dans le champ de l’esthétique entendue au sens étymologique du terme, c’est-à-dire comme science du sensible. Le numéro « Perception amodale, intersensorialité, synesthésie » rassemble les contributions de chercheuses ou chercheurs qui travaillent sur la sensation ou la perception sensorielle — en particulier, mais pas seulement, dans le champ de la phénoménologie. On examinera ici la question du rapport (ou du non-rapport) entre les sens, ainsi que celle des modèles qui permettent de le théoriser. Doit-on reconnaître et décrire les liens entre les modalités sensorielles comme des liens de solidarité, d’alliance, de renforcement, ou plutôt de concurrence, de désaccord ou de conflit ? Les textes proposés envisageront l’unité éventue Wed, 17 Dec 2025 00:00:00 +0100 https://popups.uliege.be/1782-2041/index.php?id=1559 Modéliser les liens entre les sens. Enjeux esthétiques et phénoménologiques (Introduction) https://popups.uliege.be/1782-2041/index.php?id=1562   1. Comment peuvent être réfléchis philosophiquement (et modélisés) les rapports entre les modalités sensorielles ? Comment s’articulent les conduites sensibles ? En guise d’introduction thématique aux enjeux de ce séminaire de recherche, je déplierai ici ce qui m’a poussée à vouloir appréhender ces questions. La problématique de la modélisation des sensorialités, je la relie pour ma part à des recherches qui s’inscrivent d’abord dans le domaine de la théorie de l’image et de l’esthétique.   2. Deux situations ou « scènes » esthétiques ont progressivement installé le problème des modalités sensorielles et de leur rapport dans mon champ d’intérêt. La première scène est décrite par l’historien de l’art Erwin Panofsky dans l’amorce de l’introduction aux Essais d’iconologie (1939) — un texte qui a déterminé, positivement et négativement, le destin de la théorie de l’image1. Cette scène permet de saisir la place réservée par Panofsky à l’expérience sensible dans le processus d’interprétation des images. On y entrevoit donc le modèle — en fait toujours très néokantien — qu’il retient pour penser le rôle de la perception sensorielle dans le processus d’interprétation. Panofsky part d’une description tout à la fois didactique, cocasse et légèrement artificielle, celle d’une rencontre qui aurait lieu avec un homme de notre connaissance, qu’on croiserait dans la rue, qui viendrait vers nous, et qui nous saluerait en soulevant son chapeau. Quelle est la spécificité de cette expérience Wed, 17 Dec 2025 00:00:00 +0100 https://popups.uliege.be/1782-2041/index.php?id=1562 Figures multimodales https://popups.uliege.be/1782-2041/index.php?id=1564 La question posée dans cette étude est de savoir s’il peut exister des figures multimodales (par exemple audiovisuelles) et, si oui, à quelles conditions. L’auteur met en lumière des conditions nécessaires de la multimodalité figurale en partant de la définition de la figure de Grelling et Oppenheim. Les conditions incluses dans cette définition l’amènent à déterminer à quelles contraintes devrait se plier une figure multimodale. Wed, 17 Dec 2025 00:00:00 +0100 https://popups.uliege.be/1782-2041/index.php?id=1564 La dynamique d’institution de dimensions d’expérience perceptive chez Merleau-Ponty https://popups.uliege.be/1782-2041/index.php?id=1569 Nous élaborons, à partir de l’œuvre de Merleau-Ponty, une discussion qui problématise la puissance de transformation de la perception en se basant sur l’expressivité du schéma corporel et sur son pouvoir de constituer des habitudes sensorimotrices. Notre dessein est d’investiguer la définition d’un ethos des sens prenant son origine dans la transformation des schémas perceptifs. Au fil du texte, nous analysons les dimensions praxiques et intentionnelles attachées au schéma corporel ; nous abordons le développement constant du schéma corporel par l’acquisition d’habitudes sensorimotrices ; nous suggérons le concept de niveau, emprunté par Merleau-Ponty à la tradition gestaltiste, comme outil permettant d’appréhender le processus corporel de constitution de nouveaux seuils de perception et d’action dans le monde ; enfin, nous posons les jalons d’une exploration des dédoublements critiques et sociaux des investigations merleau-pontiennes de la perception calquées sur la plasticité expressive du schéma corporel. Wed, 17 Dec 2025 00:00:00 +0100 https://popups.uliege.be/1782-2041/index.php?id=1569 Chair et synesthésies : le complexe de Chandos https://popups.uliege.be/1782-2041/index.php?id=1572 Qu’est-ce qu’une sensation brute ? Alors que Merleau-Ponty construit sa phénoménologie des synesthésies contre le modèle de la sensation comme choc dénué de sens, Deleuze choisit, notamment contre Merleau-Ponty, de reprendre et retravailler ledit modèle pour exposer une « misophie » où les sensations perturbent les facultés de pensée et mettent en échec les processus de synthèse du sens. Nous examinons dans cet article les limites de ces deux approches ainsi que de leur apparente opposition. Elles sont en fait parentes et oscillent l’une comme l’autre entre deux figures —bien plutôt que deux concepts — celle des sensations comme inhumaines, d’une part, celle des sensations comme poésie cosmologique au cœur d'une chair universelle, d’autre part. Nous soutenons que ces deux figures sont secrètement solidaires l’une de l’autre et également fantasmatiques : elles relèvent de ce que nous nommons « complexe de Chandos », un complexe à la fois existentiel et, sous une forme particulièrement sclérosée et toxique, constitutif de la modernité. Le complexe de Chandos — manifesté de manière archétypale dans la fameuse lettre d’Hofmannstahl — condamne à osciller entre intuitions holistiques et récits de ruptures et d’arrachement. Il est la clef d’un réalisme pour une grande part idéologique et illusoire ainsi que d’une certaine manière de philosopher/misopher sclérosante. Dans cet article, nous examinons comment et jusqu’à quel point Merleau-Ponty et Deleuze nourrissent ce complexe et nous proposons une théorie des synesthésies moins binaire que le conflit apparent entre leurs perspectives ne le laisse croire. Wed, 17 Dec 2025 00:00:00 +0100 https://popups.uliege.be/1782-2041/index.php?id=1572 Un sentiment vague de l’existence : vers une clarification phénoménologique du concept de cénesthèse1 https://popups.uliege.be/1782-2041/index.php?id=1579 Dans le présent article, nous proposons une interprétation phénoménologique du concept historique de cénesthésie, désignant le sentiment confus de notre existence charnelle. Après une première articulation de la cénesthésie par rapport aux théories phénoménologiques du schéma corporel, nous reprenons et élargissons le concept husserlien de sentance (Empfindis) pour comprendre selon quelles modalités la chair se sent elle-même en deçà de sa constitution kinesthésique. Après cette première approche du phénomène, nous procédons à une attestation des cénesthèses par le biais d’une confrontation avec la psychopathologie des cénesthopathies, considérées comme des révélateurs de cette strate tacite et difficilement saisissable de l’expérience. Cette confrontation permet, dans un dernier temps, de livrer quelques éléments pour une phénoménologie de la vie cénesthésique de la chair, notamment eu égard à sa temporalisation. La visée générale de ce travail consiste à dégager la teneur hylétique de la chair, qui accorde une densité à l’expérience incarnée. Wed, 17 Dec 2025 00:00:00 +0100 https://popups.uliege.be/1782-2041/index.php?id=1579 Une perception « totale », harmonieuse et omniprésente. Quelques remarques sur ce que la synesthésie n’est pas https://popups.uliege.be/1782-2041/index.php?id=1583 Cet article vise à présenter la complexité du concept de synesthésie, souvent désigné comme le « mélange » de nos sens. Pour ce faire, il introduit les trois principales acceptions du terme et se concentre sur la signification clinique, qui est la plus étudiée aujourd’hui, et sert de point de référence pour les deux autres. Dans ce contexte, la synesthésie est décrite comme un phénomène relativement rare dans lequel deux ou plusieurs percepts (pas typiquement liés) sont involontairement associés, de manière vive et cohérente, au fil du temps. La section principale de l’article explore les controverses non résolues — allant de la phénoménologie effective de la synesthésie aux méthodes de recherche appropriées et aux processus neuronaux impliqués — qui compliquent sa définition. Plus précisément, il aborde, d’une part, les subdivisions internes de la synesthésie et leurs liens avec des phénomènes cross-sensoriels connexes, et, d’autre part, le débat de longue date entre ceux qui considèrent ces associations dans leur continuité avec les processus perceptuels normaux et ceux qui soulignent leur nature « irrégulière » et idiosyncratique. Une caractérisation précise du terme reste encore à établir. Wed, 17 Dec 2025 00:00:00 +0100 https://popups.uliege.be/1782-2041/index.php?id=1583 La synesthésie, la phénoménologie et les sens. Pour une théorie de l’expérience synesthésique et de son contenu : le maniérisme perc https://popups.uliege.be/1782-2041/index.php?id=1587 Dans cet article, je veux défendre la thèse selon laquelle la synesthésie est un phénomène (quasi-perceptif) sui generis constituant un rapport original au monde, voire un schème conceptuel propre. Pour ce faire, je présente d’abord ce qu’est la synesthésie, un phénomène pour lequel : la stimulation x (inducteur) relevant d’une modalité sensorielle M1 cause de manière automatique une perception de x avec un ajout sensoriel y (concurrent) qui n’est pas présent dans x et qui relève de la modalité sensorielle M2. Je propose ensuite, après être revenu sur les sens, leurs définitions et fonctionnement, un focus sur les rapports féconds entre le phénomène synesthésique et la tradition phénoménologie incarnée par Sartre et Merleau-Ponty. Enfin, j’explicite ma théorie perceptivo-sémantique de la synesthésie, le maniérisme perceptif. Selon cette théorie, appliquée par exemple à l’audition colorée ou la stimulation de la note de do déclenche une sensation auditive mais aussi une sensation visuelle de bleu chez un synesthète, plutôt que de dire qu’un synesthète voit du bleu à l’écoute d’un do, nous disons « x entend ce do bleue—ment ». Dans ce type d’expérience synesthésique, je soutiens que c’est le mode, l’expérience auditive elle-même qui est modifiée, plutôt que son contenu la note de do, qui elle est maniérisée. Wed, 17 Dec 2025 00:00:00 +0100 https://popups.uliege.be/1782-2041/index.php?id=1587 Transsensible, transartistique : la réflexion sur la synesthésie chez Mikel Dufrenne https://popups.uliege.be/1782-2041/index.php?id=1590 L’article vise à approfondir les différentes implications théoriques de la réflexion de Mikel Dufrenne sur la question de la perception synesthésique et, plus largement, sur celle de la relation entre les registres sensoriels, en montrant que l’intérêt du philosophe pour ce thème n’est pas limité à son dernier ouvrage (L’œil et l’oreille, 1987), mais qu’il existe plutôt une continuité substantielle avec sa production antérieure (Phénoménologie de l’expérience esthétique, 1953). Les aspects qui rendent sa position originale seront analysés, tant par rapport aux réflexions analogues sur la corporéité développées par Erwin Straus, que par rapport à la plus célèbre réflexion merleau-pontienne sur la synesthésie : dans ce dernier cas, les divergences portent surtout sur le concept de « virtuel », aspect qui présente des présupposés et des implications qui l’éloignent partiellement du semblable concept merleau-pontien d’« invisible ». Enfin, on soulignera comment l’un des aspects distinctifs de la théorie dufrennienne consiste à lier la compréhension de la synesthésie à l’étude des rapports existants entre les différentes pratiques artistiques : la synesthésie n’est pas seulement une façon de percevoir, mais aussi une « façon de faire ». Wed, 17 Dec 2025 00:00:00 +0100 https://popups.uliege.be/1782-2041/index.php?id=1590