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Fausto Fraisopi

Questions de co-intentionnalité : Expérience et structure d’horizon

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Le dedans intentionnel (das intentionnale Innen) est en même temps le dehors (Aussen). (E. Husserl, Intentionnalité et être-au-monde, Hua. XV, p. 549-556 (§ 8), tr. fr. in D. Janicaud (éd.), L’intentionnalité en question entre phénoménologie et recherches cognitives, Paris, Vrin, p. 145.)

1En introduisant l’enracinement de l’expérience (et surtout de la logique) dans « le sol universel du monde », Husserl affirme, de façon très claire, dans Expérience et jugement, que « toute saisie d’objet singulier et toute activité ultérieure de connaissance se jouent sur le sol du monde, ce fait indique quelque chose de plus que le caractère qu’a cette activité d’être dirigée vers le domaine de ce qui est pré-donné dans la certitude passive »1. Ensuite, Husserl s’exprime — en italiques — de façon bien plus nette, comme s’il voulait formuler une sorte de principe : « Toute expérience a son horizon propre »2.

2Lorsqu’on travaille en phénoménologie au décryptage des structures qui président à notre approche à la phénoménalité, on est toujours constitu­tivement appelé à se placer à un méta-niveau, consistant dans la réflexion spéculative sur la phénoménologie, c’est-à-dire sur ses points problématiques fondamentaux et sur ses principes de base. Cela équivaut à affirmer que l’approche descriptive de la phénoménologie doit toujours être implémentée, malgré nos penchants pour la description pure et dure, par une réflexion philosophique de tout autre nature, qui thématise — et doit nécessairement thématiser — l’image du sujet et l’image du monde [Welt­bild] qui ressortent de la caractérisation descriptive de l’approche de la phénoménalité en tant que telle.

3Or, ce que nous voudrions aborder n’est pas cet écart métathéorique — que nous considérons comme quelque chose de fondamental (et d’inévitable) pour la phénoménologie et ses analyses descriptives — ni l’image de sujet et/ou l’image de monde que nous croyons voir ressortir de/par cet écart métathéorique, mais plutôt la connexion inévitable entre sujet et monde qui ressort de l’analyse phénoménologique de l’expérience en tant que telle. Il est fort possible, en effet, que la reconnaissance du caractère inévitable, donc nécessaire (fondamental) de cette connexion affecte en même temps le statut des images de sujet et de monde qui ressortent de l’analyse.

4Ce qui s’avère plus important, à notre avis, ce ne sont pas les images du monde et du sujet qui ressortent de cet écart métathéorique, ou elles le sont, plutôt, d’une façon secondaire, dérivée. Ce qui nous intéresse, c’est plutôt la connexion essentielle, phénoménologiquement fondamentale, que l’analyse descriptive des structures intentionnelles arrive à établir entre la possibilité de parler d’un sujet qui fait expérience et la possibilité de parler de ce « quelque chose » que nous appelons ou nous pouvons appeler — sans aucun engagement ontologique — « le monde ».

5La connexion entre ces deux entités, le sujet d’un coté et ce quelque chose que nous appelons « le monde » de l’autre, est tellement fondamentale que l’analyse de l’expérience — l’analyse phénoménologique de l’expérience — y parvient après un long travail, tandis que toutes les autres façons de procéder par la voie spéculative partaient (et partent encore aujourd’hui) de ce point. Or, sur quoi s’exerce, à proprement parler, ce travail d’approche des structures constitutives de l’Erfahren ? Et bien, sur la structure élémentaire de l’Etwas zum Objekt haben, l’intentionnalité, laquelle, comme objet psychologique, n’admet aucune position d’existence ni aucune qualification du monde.

6Mais justement, avec l’introduction du concept cardinal et métaphysi­quement neutre d’intentionnalité, sur lequel s’exerce légitimement le travail phénoménologique, un premier problème se manifeste. Comment peut-on parler, de façon métaphysiquement neutre et non engagée du point de vue ontologique, d’intentionnalité dans et par la définition anodine de Etwas zum Objekt haben et parler aussi, en même temps, de « monde » ?

7Bien évidemment, les deux termes — comme terminus a quo et termi­nus ad quem — n’ont pas la même teneur, l’un affecté par la plus pure neutralité de l’analyse psychologico-descriptive, l’autre lourd de significa­tions métaphysiques — malgré l’opération kantienne consistant à le vider de ce sens métaphysique.

8Malgré le dernier Husserl, influencé peut-être aussi par les issues théoriques de Sein und Zeit, soit parfois tenté de reconnaître droit de cité à ce concept « métaphysique » de monde3, la phénoménologie reste toujours fondamentalement neutre à l’égard de la caractérisation « substantielle » du monde, en vertu, justement, de l’élaboration d’un concept, si l’on veut, plus fondamental et plus radicalement innovateur, celui d’horizon.

9Issu de l’élaboration de la théorie rationaliste du sujet (et de la repré­sentation) qui va de Leibniz à Kant, l’usage du concept d’horizon ne sortira jamais, avant l’analyse descriptive de l’intentionnalité, d’un usage purement analogique (exception faite, peut être, pour certains passages de Kant). Avec la phénoménologie, en revanche, l’horizon devient une structure de l’expérience saisie de façon descriptive, analysée, il devient cette même structure qui permettra au dernière Husserl de parler de « monde » sans par là tomber dans les apories et les non-sens de ce que lui-même appelle « philosophie spéculative ».

10Cependant le concept d’horizon ne pourrait jamais revêtir ce rôle essentiel pour la phénoménologie, pour la description de l’approche du sujet à la manifestation, s’il restait — pour ainsi dire — extérieur, extrinsèque à la structure — à la polarité — déterminante et fondamentale de l’Etwas zum Objekt haben.

11Toutefois, si la structure de l’intentionnalité est bipolaire — consistant dans ce que Heidegger définit critiquement comme la Subjekt-Objekt Be­ziehung4 —, comment peut-elle admettre un troisième pôle, non égolo­gique (bien évidemment) ni objectal ?

12Le problème de cette « tri-polarité », de ce renvoi double à l’Etwas et à la structure d’horizon, un renvoi double constitutif, nécessaire, se présente justement là où Husserl revient sur la structure gnoséologique essentielle du remplissement intuitif définie dans le Chapitre iii de la vie Recherche Logique, appelé « Sensibilité et entendement ». Cette problématisation devient nécessaire surtout en considérant qu’en 1913, Husserl est en train de décider ou de décliner — avec Ideen I — cette polarité fondamentale comme polarité égologique, égologiquement déterminée.

13Selon la position théorique de 1913,

les différences de la déterminité graduelle de la saisie ont […] une référence essentielle au halo des composantes intentionnelles vides, qui appartient insé­parablement à toute saisie extérieure et par rapport au contenu proprement intuitif qui joue le rôle du noyau intuitif. Au système des démarches progres­sives [Fortgangsrichtungen] menant à de nouvelles perceptions (en particulier à de nouvelles apparences), dans lesquelles un moment chosique un et unique arrive à la donnéité selon des modalités de manifestation, correspond un sys­tème de composantes vides de la représentation, et en même temps de ces composantes vides se distingue nécessairement le système des circonstances variables, auxquelles les démarches progressives [Fortgangs­richtungen], en tant que motivées, se réfèrent. Le changement de toute circonstance chaque fois motivée, de « l’orientation oculaire » [Augen­stellung], de l’accommoda­tion, de la position de la tête etc. indique donc une démarche continuelle et prétend thétiquement, conformément à l’attente, l’arrivage des apparences appartenantes dans le remplissement et dans la détermination proche éven­tuelle5.

14Chaque possibilité renfermée dans l’horizon comme dynamique inten­tion­nelle « est indéterminée »6 mais son indéterminité n’est pas entièrement « vide », elle nous présente une caractérisation modale essentielle, puis­qu’elle est « déterminable de multiple manière »7 :

L’indéterminé est ce qui est multiplement déterminable, cela renvoie aux moments de l’appréhension qui précisément est indéterminée, et cela suppose encore une fois des dimensions différentes de remplissement possible, qui sont de l’ordre de la représentation vide. Mais je devrais plus précisément dire : l’indéterminé n’est pas affaire de vide, mais à toute appréhension de la sensation co-appartient le halo même des possibles directions de remplisse­ment et cela de telle façon que, si l’appréhension est déterminée, précisément dans l’essence de ce moment de déterminité repose le fait qu’il ne puisse connaître le remplissement comme détermination plus précise dans des direc­tions différentes, mais seulement l’auto-confirmation dans une direction. Mais cela conduit toujours à des halos vides, à des connexions vides continues, à des médiations dans le vide8.

15Ce qui est plus intéressant que la position des Ideen I, c’est finalement l’extension de validité et d’opérativité de la structure d’horizon à toute forme d’expérience, et non seulement à la structure perceptive (horizon temporel, horizon mathématique, horizon imaginatif).

16L’ego, comme pole égologique et constitutif de toute expérience objectuelle, s’avère être constitutivement lié à la structure d’horizon telle qu’elle a été magistralement décrite dans la réécriture de la vie Recherche.

17Autrement dit : l’ego s’avère être constitutivement dépendant, dans son Erfahren, d’une structure d’horizon. Cela devrait déjà nous faire réflé­chir. L’ego fait expérience par et dans un renvoi constitutif, indépas­sable, à la structure d’horizon. Cette connexion est tellement constitutive que plusieurs philosophes appartenant à la phénoménologie, à partir de Heidegger, ont reconnu dans le principe de tous les principes du § 24 des Ideen I le principe du « Je-horizon » :

Toute intuition donatrice originaire est une source de droit pour la connais­sance ; tout ce qui s’offre à nous dans l’intuition de façon originaire […] doit être simplement reçu pour ce qu’il se donne, mais sans non plus outrepasser les limites dans lesquelles il se donne alors9.

18L’expression « dans les limites », dans l’énonciation du principe, renvoie justement à cette structure intentionnelle d’horizon d’après laquelle ce qui se donne en soi et à partir de soi se donne inscrit dans une structure noématique, inscrit dans un ensemble de synthèses possibles, dictées par sa forme noéma­tique même. Les mêmes auteurs qui reconnaissent à l’entrelacs entre égo­logie transcendantale et structure d’horizon son importance pour la phéno­ménologie, s’accordent aussi sur une thèse ultérieure, qui à notre avis est assez redoutable : pour accomplir la phénoménologie, il faut d’une cer­taine façon affaiblir — sinon renverser — la nature égologique de l’horizon de la manifestation. « Devrait-on envisager de libérer la donation de la limite préalable d’un horizon de phénoménalité ? », se demande Marion. Il faut penser alors, selon ces auteurs, l’ouverture de l’horizon comme quelque chose d’indépendant du sujet, comme quelque chose lié à un quid plus radi­cal de la connexion intentionnelle ou aussi co-intentionnelle. Tout cet esprit de radicalité émerge très clairement dans un texte de Michel Henry :

Avec la manifestation de l’horizon, l’être se montre. Le problème est celui de la possibilité de la manifestation de l’horizon. Cette possibilité réside dans l’essence de la manifestation. L’immanence du devenir phénoménal à l’essence originaire et pure de la phénoménalité a un fondement. Ce fonde­ment, c’est l’essence elle-même. Le problème du devenir phénoménal de l’essence de la phénoménalité est justement le problème de la structure interne de celle-ci10.

19Cette thèse de radicalisation (et de renversement)11 en implique bien évidem­ment une autre, selon laquelle la « co-intentionnalité » d’horizon est quelque chose qui dépend essentiellement de la nature égologique constitutive du sujet transcendantal, comme si le Je projetait l’horizon à l’intérieur duquel faire l’expérience de quelque chose12, de la donation — selon la sémantique utilisée par Marion :

En régime de donation [le Je] ne décide pas du phénomène, mais le reçoit, ou bien, de « maître et possesseur » du phénomène, il en devient l’attributaire. Cette posture radicalement nouvelle de la figure et de la fonction du Je, reçoit-elle l’élaboration que lui impose la primauté de la donation ? À l’évidence, « le principe des principes » ne tente même pas de l’esquisser. On peut même soupçonner que Husserl ne mettra jamais en cause certains des traits les plus caractéristiques de la transcendantalité du Je, au risque de compromettre ses avancées, pourtant décisives, en direction de la donation pure. D’ailleurs, le concept d’horizon entretient un rapport direct avec un tel Je […]13.

20C’est à cette thèse qu’il faut finalement s’adresser, car le fait d’affirmer une co-appartenance structurelle de l’intentionnalité et de la co-intentionnalité d’horizon équivaut-il finalement à affirmer la nature transcendantale, égo­logique, de l’horizon même en tant que structure « psychologique » ? S’il en était ainsi, si la co-intentionnalité était irrémédiablement liée à la nature « transcendantale de l’ego » et non à l’ego en tant que tel, pris dans sa complexité cognitive irréductible, pourquoi la structure d’horizon acquière-t-elle autant d’importance là où l’expérience est abordée pour la raison qu’elle n’a pas, absolument pas, de transcendantal, c’est-à-dire dans les Leçons sur la synthèse passive et dans Expérience et jugement ?

21C’est alors aux Leçons sur la synthèse passive que nous devons nous adresser pour essayer de voir de quelle façon cette co-intentionnalité affecte, pour ainsi dire, la subjectivité, et détermine la théorie phénoménologique de l’expérience.

22Il faut tout d’abord remarquer où se trouve, au cours des leçons, l’approche thématique plus détaillée et plus précise (du point de vue descrip­tif) de la structure d’horizon en tant que structure co-intentionnelle. Et bien, Husserl développe son approche de la structure d’horizon à partir du tout premier paragraphe de son cours, dans ce chapitre intitulé « la donation de soi » — c’est-à-dire la Selbstgegebenheit, l’auto-donnéité — « dans la per­ception ».

23Ce qui frappe le plus dans ces analyses, c’est la reprise de la termino­logie technique qui avait été employée dans la réécriture de la vie Recherche, comme si, après sept ans, Husserl voulait relier les trames d’un discours fondamental pour le décryptage de l’expérience phénoménologique. Husserl affirme :

La perception, pour parler de façon tout à fait générale, est conscience origi­naire. Mais nous avons dans la perception extérieure la scission remarquable par laquelle la conscience originaire n’est possible que dans la forme d’une conscience (Bewussthaben) effective et proprement originale des cotés et d’une co-conscience (Mit-bewusst-haben) d’autres cotés qui ne sont justement pas là de façon originale. Je dis co-conscience, car les cotés invisibles sont tout de même de quelque manière ici « co-visées » comme co-présents pour la conscience14.

24En effet, si l’on considère rétrospectivement l’issue de la toute première définition de la co-intentionnalité de l’horizon, le lien avec les synthèses passives apparaît inévitable. Car l’importance de la « représentation vide » — reprise au § 2, « La relation entre plein et vide dans le procès de percep­tion et prise de connaissance » — comme ensemble de déterminités pos­sibles, est telle essentiellement par rapport à la genèse.

25La problématisation de cette structure de « vide » qui représente fina­lement la co-intentionnalité, implique une double ouverture thématique. Elle implique tout d’abord une ouverture structurelle à la thématisation des champs ontologico-régionaux ; elle implique, en second lieu, une ouverture fonctionnelle à la phénoménologie génétique comme approche à la sédimen­tation expérientielle des ontologies régionales elles-mêmes.

26Autrement dit : ces deux ouvertures thématiques renvoient l’une à l’autre, dans la mesure où c’est la méthode d’analyse génétique qui laisse accéder aux concrétions intentionnelles caractérisant chaque accès à l’objec­tité selon une région bien déterminée, et, de façon correspondante, puisque c’est finalement l’eidétique régionale qui fournit une perspective systéma­tique de travail à l’approche génétique.

27De toute façon, pour ce qui nous intéresse à présent, si l’expérience dans l’horizon (dans un horizon) ne peut qu’être orientée par une ouverture de possibilités bien déterminées, cette expérience, en tant que motivée — orientée — demande ipso facto une analyse génétique. D’où arriverait cette ouverture de possibilités, sinon d’une genèse, d’une sédimentation de sens ? Déjà dans les Ideen I, parlant de la perception de l’objet transcendant (§ 41) Husserl fait mention « du fusionnement des genres déterminés de data » à l’intérieur d’une région15. D’où aurait lieu, sinon d’une genèse, ce « renvoi au-delà [Hinaus­weisen] non intuitif, non donné… qui n’appartient donc à la démarche actuelle de la synthèse active, sinon d’une sédimentation de sens par laquelle ce système de renvois se forme ?

Le percevoir, pour parler noétiquement, est un mélange d’exposition effective qui rend l’exposé intuitif sur le mode d’une présentation originale, et d’indication vide qui renvoie à de nouvelles perceptions possibles. Le perçu dans son mode d’apparition est ce qu’il est à chaque moment du percevoir en tant qu’il forme un système de renvois avec un noyau d’apparition dans lequel ceux-ci trouvent leur point d’appui. Et, dans ce renvoi, il nous appelle d’une certaine manière : il y a encore plus à voir, tourne-moi donc de tous cotés et parcours-moi ainsi du regard, approche-toi, ouvre-moi, dissèque-moi.

Ces renvois sont en même temps des tendances, des tendances de renvoi qui entraînent vers les apparitions non données. Toutefois ce ne sont pas des renvois singuliers, mais des systèmes entiers de renvois, des systèmes de faisceaux de renvois qui font signe vers de multiples systèmes d’apparitions correspondants.

Ce sont des index (Zeiger) dans un vide, puisque les apparitions non actuali­sées ne sont pas conscientes comme apparitions effectives, ni non plus comme apparitions présentifiées16.

28C’est alors que Husserl formule une sorte de principe de l’expérience en tant qu’articulée selon une intentionnalité et une co-intentionnalité :

En d’autres termes, tout ce qui est proprement apparaissant n’est apparaissant-de-chose que parce qu’il est enveloppé (umflochten) et imprégné (durchsetzt) par un horizon intentionnel vide, parce qu’il est entouré d’un halo de vide conforme à l’apparition (erscheinungsmassig). C’est un vide qui n’est pas un néant, mais un vide à remplir, une indétermination déterminable.

Car l’horizon intentionnel ne doit pas être rempli n’importe comment ; c’est un horizon de conscience qui a lui-même le caractère fondamental de la conscience comme conscience de quelque chose. Ce halo de conscience a son sens, malgré son vide, sous la forme d’une préfiguration (Vorzeichnung) qui prescrit une règle au passage à de nouvelles apparitions actualisantes.

À tout apparaissant-de-chose de chaque phase de perception appartient un nouvel horizon vide, un nouveau système de tendances progressives (Forschritts­tendenzen) avec des possibilités correspondantes d’entrer dans des systèmes d’apparitions possibles ordonnées de façon déterminée, dans des déroulements d’aspects avec leurs horizons inséparables qui, dans un recou­vrement concordant de sens, conduiraient le même objet, comme se détermi­nant de manière toujours nouvelle, à une donation effective remplis­sante17.

29Parvenu à ce point, Husserl formule, de façon très claire, la distinction entre horizon intérieur et extérieur. Toutefois, le fait d’affirmer que la structure d’horizon soit motivée de telle et telle façon, constituée de telle et telle façon par une concrétion génétique, n’équivaut pas à affirmer que l’égologie soit entièrement « absorbée » par la genèse. Plus particulièrement, nous devrons nous poser les deux questions suivantes :

301. En quel sens la structure d’horizon est-elle liée à la passivité ?

312. En quel sens la structure d’horizon n’est-elle pas réductible à la passivité ?

32Pour essayer de répondre à ces deux questions, décisives, il faut reprendre la distinction entre horizon interne et horizon externe, fournie par le § 2, et qui sera reprise — presque dans les mêmes termes mais avec des précisions théo­riques très importantes — au § 8 d’Expérience et jugement.

Nous distinguons en cela, pour chaque apparition d’aspect, horizon intérieur et horizon extérieur. Il faut, en effet, faire attention au fait que la séparation entre proprement perçu et seulement co-présent crée une différence entre des déterminations de contenu de l’objet qui sont effectivement là conformément à l’apparition, en chair et en os, et des déterminations qui sont préfigurées dans le vide complet, de manière encore plurivoque. À coté de cet horizon intérieur, il y a les horizons extérieurs, les préfigurations pour ce qui est encore dépourvu de tout cadre intuitif, qui exigerait seulement des ébauches plus différenciées18.

33Par conséquent :

Dans chaque phase nous avons proprement une apparition, et cela est inten­tion remplie, mais seulement graduellement, dans la mesure où il y a un hori­zon de non-remplissemement et d’une indéterminité encore déterminable. Par ailleurs, à chaque phase appartient un horizon extérieur complètement vide, qui tend vers le remplissement et qui, dans le passage vers une direction déterminée de progression, persiste dès lors sur le mode de la pré-attente vide19.

34La distinction introduite par Husserl entre un horizon interne et un horizon externe marque une définition essentielle du rôle de la passivité dans le déroulement de la visée co-intentionnelle. Car, à proprement parler, si on se place d’un point de vue simplement intuitif, il n’y aurait aucun sens de parler d’un horizon interne (à la chose), qui apparaît comme une contradictio in adjecto.

35Et pourtant cela acquière un sens phénoménologique précis, et décisif, si l’on se place du point de vue descriptif. La co-intentionnalité se déroule ici selon une double direction thématique : dans la progression de la synthèse, du remplissement intuitif progressif de la visée, où on dispose d’une ouver­ture sur une classe de déterminités déterminables de d’objet. Dans la progres­sion de l’expérience, il y a toujours une ouverture — cette fois sous la forme de « pré-attente vide », vers de nouveaux objets d’expérience qui pourraient prendre la place de l’objet thématique qui serait posé, en ce cas, dans l’arrière-plan. Or, si l’on voulait réduire chaque visée co-intentionnelle à la synthèse passive, on devrait admettre uniquement l’horizon interne — et non pas l’horizon externe.

36Cela équivaut à affirmer que c’est justement l’ouverture bi-dimensionnelle, non pas de l’intentionnalité mais de la co-intentionnalité, qui d’un coté affirme la structure d’horizon (déterminé de telle et telle façon) comme dépendant d’une genèse, et qui affirme en même temps l’irréducti­bilité de la structure co-intentionnelle de l’horizon à la genèse même. Car l’horizon intérieur ne décide pas l’expérience en tant que telle, l’arrivage de quelque chose au regard thématique en tant que « source de droit pour la connaissance ». L’horizon interne, et par là même la genèse, ne fait qu’inscrire (s’il est possible, c’est-à-dire si ce qui arrive a déjà été objet d’une expérience) ce Selbstgebend dans un cadre de synthèses possibles, de détermination de déterminités déterminables.

37Cela équivaut à affirmer que l’expérience, la manifestation en tant que telle comme source de droit pour la connaissance, implique toujours un écart, et par là une irréductibilité, entre les deux formes de co-intentionnalité.  Autrement dit : cela équivaut à affirmer que l’expérience de quelque chose, se donnant en soi et à partir de soi, se développe selon un cadre de possibi­lités — de déterminités déterminables — dont la codification relève bien évi­demment de la genèse. Toutefois, le fait même de devenir objet d’expérience dans un cadre quelconque de déterminités ne dépend pas de cette genèse ni de la genèse en tant que telle, appartenant — en tant qu’hori­zon de pré-attente vide — à la structure intrinsèque du sujet.

38Le fait d’affirmer que tout ce qui devient thématique implique que l’expérience qu’on en fait se déroule selon un cadre, un ensemble de déter­minités déterminables, ne peut jamais signifier la possibilité de réduire la subsistance même de l’ouverture thématique en tant que telle à la genèse qui relève de telle ou telle autre ouverture thématique. Cette irréductibilité s’avère être, encore une fois, l’un des traits distinctifs du « Je » en tant que tel, d’après lequel toute genèse des cadres de déterminités déterminables présuppose l’ouverture thématique en tant que telle, dont les configurations possibles sont à attribuer, cette fois, à la genèse.

39Cette subsistance « non génétique » de l’ouverture thématique comme telle, prise en amont de la sédimentation génétique de ses configurations particulières, est affirmée — à notre avis — très clairement dans Expérience et jugement :

Ainsi toute expérience d’une chose singulière a son horizon interne ; « hori­zon » désigne ici l’induction qui, par essence, appartient à toute expérience et en est inséparable, étant dans l’expérience elle-même. Ce mot est précieux en ce qu’il indique l’induction au sens ordinaire de mode de raisonnement (cela même qu’est une « induction »), et en plus en ce que celle-ci renvoie, pour son intelligibilité totalement élucidée, à l’anticipation fondamentale et origi­naire20.

40Ici, il semblerait que l’horizon interne, comme modalité de co-intention­nalité, soit la seule forme de structure d’horizon que l’on puisse envisager, ce qui ramènerait — ou impliquerait de ramener, de réduire — la structure d’hori­zon à l’horizon interne, donc à la genèse. Cependant, Husserl ajoute :

Cette « induction » originaire ou anticipation se révèle être un mode dérivé d’activités de connaissance originairement fondatrices, un mode dérivé d’une activité et d’une intention originaires, donc un mode de « l’intentionnalité » qui consiste à viser par anticipation au-delà du noyau donné ; mais cette visée au-delà n’est pas seulement l’anticipation de déterminations attendues présen­tement en tant qu’elles appartiennent à cet objet-ci d’expérience, mais elle va également au-delà de la chose elle-même, prise avec toutes ses possibilités anticipées de déterminations ultérieures ; au-delà d’elle, elle concerne les autres choses données en même temps qu’elle, bien que ce ne soit d’abord pour la conscience que des objets (Objekte) à l’arrière plan. Cela veut dire que toute chose donnée dans l’expérience n’a pas seulement un horizon interne, mais aussi un horizon externe, ouvert et infini, d’objets co-donnés (donc un horizon au deuxième degré référé à celui du premier degré, l’impliquant)21.

41Husserl rétablit ici la hiérarchie structurelle de la co-intentionnalité qui paraissait devenir ambigüe avec l’introduction d’une double référence co-intentionnelle à l’horizon interne et à l’horizon externe.

42Autrement dit : l’induction co-intentionnelle sur les autres détermina­tions possibles de l’objet thématique (l’horizon interne) qui relève nécessai­rement de la genèse et qui inscrit l’objet thématique dans la dimension du connu, n’est finalement « qu’un mode dérivé d’une activité et d’une intention originaires », c’est-à-dire la co-intentionnalité à l’horizon extérieur. C’est dans ces termes que Husserl esquisse la relation non métaphysique au monde. Mais pour comprendre la vraie nature non métaphysique de cette relation, il faut réfléchir sur l’essence de cette « visée par anticipation au-delà ».

43C’est en effet cette propriété structurelle, constitutivement « non satu­rée », de viser par anticipation au-delà, qui constitue par définition la possi­bilité selon laquelle « quelque chose » peut devenir objet thématique d’une expérience, suivant tous les modes d’expérience objectuelle avec leurs sédi­mentations génétiques.

44Le « thématique » (das Thematische) est tel, constitué selon telle ou telle autre ontologie régionale, porteur de tel ou tel autre horizon interne, uniquement en vertu d’un renvoi latent, mais constitutif, au non-thématique, à l’ouverture de toutes les configurations possibles du « thème » en tant que tel. Ce renvoi au-delà du thématique, qui fait transcendentalement du théma­tique « le thématique », est finalement l’ouverture co-intentionnelle en tant que fondant la possibilité d’une variation des modalités et des pôles inten­tionnels comme tels :

L’existence d’un étant réel (Real) n’a par suite jamais, au grand jamais, d’autre signification que celle de l’in-existence, de l’être au sein de l’univers, dans l’horizon ouvert de la spatio-temporalité, horizon des réalités déjà connues, et non pas seulement de celles qui sont présentes à la conscience en acte, mais aussi de celles, inconnues, qui peuvent accéder à l’expérience et à une connaissance ultérieure22.

45Ce qui fait du « thématique », et de tout « thématique » dans toutes ses moda­lités possibles de Selbstdarstellung, de manifestation, précisement le « thé­matique », ce quelque chose qui dépasse a parte ante la donnée, s’avère être quelque chose qui est le residuum de toute saturation et de tout rem­plissement en tant que condicio sine qua non même du remplissement, condition même d’ouverture de l’horizon intérieur.

46Pour se tenir à la mention husserlienne de l’induction, par exemple dans le cas de l’induction mathématique, l’induction n’est pas fondée sur les propriétés déjà connues de telles ou de telles autres entités mathématiques, mais est fondée par et dans l’ouverture d’une spatialité cognitive originaire qui fait ainsi que des objectités puissent se structurer selon la linéarité de l’induction « à l’infini ».

47Pour revenir à la page husserlienne, cet « au-delà » qui anticipe con­stitutivement l’institution de relations intentionnelles et l’ouverture d’ho­rizons internes configurés grâce à et au cours d’une genèse, c’est la « trans­cendance de sens ». Et c’est justement sur cette « transcendance de sens », comme structure fondamentale de co-intentionnalité d’horizon, qui se jouent la possibilité ou l’impossibilité de décliner, d’une façon spéculative, la phé­noménologie en un sens métaphysique, quoique, en certains cas, crypto-métaphysique.

48Cela va de pair avec la possibilité de préserver l’approche phénoméno­logique du « monde » d’une dérive spéculative métaphysique. Tous les objets thématiques, c’est-à-dire engagés dans la polarité intentionnelle, « sont pour la conscience des objets appartenant au monde, comme étant dans l’unique horizon spatio-temporel ». Husserl poursuit : « Cela — est vrai d’abord de manière immédiate pour le monde de l’expérience simple, sensible, pour la pure nature. Mais médiatement aussi pour tout ce qui est mondain »23, c’est-à-dire pour tout ce dont nous pouvons faire expérience. Si l’expérience en tant que telle se constitue tout d’abord, au regard eidétique, comme une « expé­rience co-intentionnelle », c’est-à-dire comme une expérience de quelque chose qui, en vertu de sa détermination (et de ses déterminités possibles), en tant qu’ouverture d’un horizon intérieur — présuppose nécessairement cette visée d’un au-delà vide non susceptible de saturation, l’approche phénomé­nologique de la question du monde commence à assumer une physionomie bien définie.

49Cependant, cette physionomie spéculative, qui ressort de l’écart entre l’analyse descriptive et la réflexion sur ses acquis fondamentaux, est quelque chose d’inutilisable au sens d’une déclinaison métaphysique de l’analyse phénoménologique. L’image du monde qui ressort de l’analyse phénoméno­logique ne se présente jamais, au grand jamais, comme quelque chose de substantivable, et ne se présente jamais comme quelque chose qui se mani­feste à proprement parler. Elle est le terme d’un renvoi essentiel, de cette ouverture de la visée à ce qui dépasse toujours et nécessairement le corrélat intentionnel et qui, d’une certaine façon, anticipe et détermine les configura­tions des corrélations intentionnelles en tant qu’ouverture d’horizons inté­rieurs.

50En fait, la structure même de la co-intentionnalité empêche toute sub­stantivation du monde, en le réduisant à la configuration ultime, et la plus large possible, du renvoi même de la visée à l’au-delà de son corrélat objec­tuel. Le monde non substantivable n’est que, en dernière instance, l’ho­rizon du monde, la configuration plus vaste qui, en tant qu’horizon, n’est pas susceptible de substantivation mais qui, selon une sorte de proto-thèse, garantit l’expérience objective et la met à l’abri des thèses herméneutiques obsessives du contextualisme24.

51C’est pour cette raison, pour cette présence d’un corrélat co-intentionnel qui, en tant qu’horizon, ne peut jamais être objectivé, sub­stan­tivé, que les approches crypto-métaphysiques postérieures de la phénomé­nologie, ont développé les tentatives visant à « décider » l’horizon (et non pas le monde) à partir d’un tiers terme extérieur, extrinsèque et incompatible avec la relation fondamentale, et fondamentalement indéci­dable, du « Je-horizon » (l’être et la différence ontologique chez Heidegger, le tiers chez Levinas, la chair et l’incarnation chez Michel Henry, la satura­tion chez Marion).

52Il ne s’agit pas, ici, d’opposer une orthodoxie à une hérésie ou à une hétérodoxie de la phénoménologie, pour deux raisons essentielles, l’une qui concerne l’esprit même de la philosophie et l’autre qui concerne l’illégitimité d’une auto-attribution de l’orthodoxie phénoménologique elle-même.

53En ce qui concerne la première raison, la flatterie, la vanitas de se prendre pour ceux qui sont de la part de l’orthodoxie d’une pensée philo­sophique ou spéculative quelconque serait non seulement réductive, mais vaine en elle-même. Car nous sachons, tous, comment et en quelle mesure ce sont finale­ment les hérésies qui font progresser la pensée, lui ouvrent de nouveaux horizons d’interrogations.

54En ce qui concerne la seconde raison, nous pensons que la phéno­ménologie se présente elle-même comme hétérodoxie à l’instant même où elle se présente comme méthode d’interrogation de la manifestation et non pas comme une récapitulation de la pensée de son fondateur. La phénomé­nologie faite, et non pas répétée, se présente elle-même comme un parricide du père vénérable qui l’a déployée et cela, encore, car elle se présente en premier lieu comme une méthode radicale de l’interrogation de l’être de la manifestation et comme ontologie.

55Pour reprendre l’expression de Paul Ricœur, la phénoménologie est la somme de l’œuvre husserlienne et des hérésies nées à partir de Husserl25, mais pas seulement. La phénoménologie est en elle-même l’hérésie qui naît de l’exposition de la méthode phénoménologie à des nouvelles interrogations de la manifestation, dues essentiellement au fait que la manifestation se présente toujours selon des formes entièrement nouvelles.

56Le fait fondamental ne consiste alors guère dans l’affirmation de la dichotomie orthodoxie/hétérodoxie26, mais dans la capacité de rester dans les limites méthodologiques de l’interrogation phénoménologique et de ne pas céder à la tentation d’une phénoménologie de l’excès, qui abandonne soudai­nement le rationalisme phénoménologique pour aller vers l’indicible, l’indes­criptible, à la recherche d’un mystère qui s’avère être finalement, de facto, beaucoup moins loin de ce que l’on soupçonne.

57On ne peut alors qu’être d’accord avec la solution de Janicaud, qui propose un excès de phénoménologie comme remède pour une phénoméno­logie de l’excès, de l’excédant. Cela équivaut à dire que les limites de la phénoménologie peuvent être saisies de façon bien plus radicale et bien plus décisive par une phénoménologie maximaliste qui porte à sa tension extrême la grammaire spéculative de la phénoménologie sans opter, ex prin­cipio, pour un abandon soudain de la phénoménologie que l’on n’a pas tendu à ses potentialités extrêmes27.

58L’échec de ces tentatives d’une phénoménologie de l’excès, qui portent essentiellement sur la nature même de l’ouverture d’horizon comme ouverture co-intentionnelle, réside essentiellement, à notre avis, dans le fait qu’elles pensent encore de façon réductive la relation structurelle et indépas­sable entre Je et horizon, d’une façon qui n’est pas suffisamment radicale : « Le Je a un horizon ».

59S’il en était ainsi, on pourrait bien évidemment envisager une attribu­tion ab alio — où cet « alio » s’avère être un terme nécessairement crypto-métaphysique — de l’horizon au « Je ». Il s’agit essentiellement ici d’un héritage heideggérien, consistant à rechercher la nature non intention­nelle, et non co-intentionnelle, de l’horizon. Bref, cela équivaut à affirmer que Hus­serl, à cause de l’intentionnalité, est resté renfermé dans l’imma­nence de la conscience, à laquelle tout objet est reconduit28. Le tournant, la Kehre qui consiste à sortir de cette cage de l’immanence, consisterait alors à rechercher la nature non intentionnelle, c’est-à-dire transcendante au sens crypto-métaphysique de l’ontologie fondamentale et de ses formes épigo­nales. Mais c’est justement à partir de l’usage du verbe auxiliaire que se manifestent les limites de ces tentatives et leur équivoque.

60Si, en effet, la relation structurelle de la co-intentionnalité est tellement indépassable qu’elle anticipe, a parte ante, toute configuration de la relation à l’objectité, on peut — on doit — penser le syntagme « Je-horizon » selon l’identité et non pas, non plus, selon la possession.

61C’est alors que la structure de la co-intentionnalité nous pose face à la question décisive : pourquoi ne pourrait-on penser alors le Je-horizon dans les termes d’une « pure limite sans substance » ? Pourrions-nous affirmer, en nous tenant sur le terrain de l’analyse phénoménologique, que « le Je n’appartient pas au monde mais », en tant qu’horizon, « en est La fron­tière »29 ?

Notes

1 Cet article à été élaboré et rédigé grâce à une bourse de recherche de la Fondation Alexander von Humboldt.
2 E. Husserl, Erfahrung und Urteil. Untersuchungen zur Genealogie der Logik, Ham­burg, Glassen & Goverts, 1954, p. 27 ; tr. fr. Expérience et jugement. Recherches en vue d’une généalogie de la logique, Paris, puf, 1970, p. 36.
3 Une certaine ambiguïté dans l’usage du terme Welt apparaît dans les écrits husserliens publiés notamment dans les volumes xxxiv et xxxix des Husserliana, à partir de 1928/29 et de l’approfondissement de la thématique d’une monadologie phénoménologique. Cf. E. Husserl, Zur phänomenologischen Reduktion. Texte aus dem Nachlass (1926-1935), Hua xxxiv, Springer, 2002, et E. Husserl, Die Lebenswelt. Auslegungen der vorgegebenen Welt und ihrer Konstitution. Texte aus dem Nachlass (1916-1937), Hua xxxix, Springer, 2009.
4 Cf. M. Heidegger, Metaphysische Anfangsgründe der Logik im Ausgang von Leibniz, GA 26, Frankfurt a. M., Klostermann,19902, p. 153. Cf. aussi p. 186: « Une autre possibilité essentielle de la dispersion factice du Dasein est sa spatialité. Le phénomène de la dispersion du Dasein se montre par exemple dans le fait que toutes les langues déterminées s’expriment primairement par des significations spatiales. Le phénomène peut aisément être éclairci si l’on pose le problème métaphysique de l’espace, qui devient visible par la pénétration du problème de la temporalité [radicalement : Metontologie de la spatialité. Cf. Appendice] » [Nous traduisons].
5 E. Husserl, Logische Untersuchungen. Ergänzungsband. Erster Teil. Entwürfe zur Umarbeitung der vi. Untersuchung und zur Vorrede für die Neuauflage der Lo­gischen Untersuchungen (Sommer 1913), Hua xx/1, M. Nijhoff, Den Haag, 2002, p. 133.
6 Ibid., p. 246.
7 Ibid.
8 Ibid., p. 247.
9 E. Husserl, Idées directrices pour une phénoménologie et une philosophie phénoménologique pures. Tome premier, Introduction générale à la phénoménologie pure, Hua iii [p. 43], tr. fr. P. Ricœur, Paris, Gallimard, 1950, rééd. « Tel », p. 78. Cf. à ce sujet les analyses développées par J.-L. Marion, Étant donné. Essai sur une phénoménologie de la donation, Paris, puf, § 19 (L’Horizon et le Je), p. 251-264.
10 M. Henry, L’essence de la manifestation, Paris, puf, 1963, 3e éd., p. 163.
11 Ibid., p. 171 : « La manifestation de l’être se produit constamment, habituellement, dans la vie de la conscience naturelle, en tant qu’elle est identique à l’essence de cette vie. La vie de la conscience n’est certes pas monotone, elle est susceptible de se modifier. Une modification radicale intervient dans sa vie lorsque, cessant de se diriger vers l’étant qui faisait jusque-là l’objet de sa préoccupation exclusive, la conscience prend en considération non plus l’étant en lui-même, mais l’acte d’appa­raître en vertu duquel l’étant apparaît. Une telle modification est le renversement (Umkehrung) de la conscience. Dans un tel renversement la conscience se dirige vers l’apparaitre de l’apparaissant, elle se représente “l’apparaissant comme apparais­sant” [M. Heidegger, Holzwege, p. 178] ». Pour le concept de « renversement » appliqué aux principes méthodologiques fondamentaux de la phénoménologie, en direction d’une radicalisation non (plus) phénoménologique, nous renvoyons à l’essai très remarquable de C. Canullo, La fenomenologia rovesciata. Percorsi tentati in Jean-Luc Marion, Michel Henry et Jean-Louis Chrétien, Torino, Rosenberg & Sellier, 2004.
12 Il s’agit encore, ici, d’une thèse qui montre toute la dépendance de ces philosophes envers une lecture cartésienne de Husserl, comme si le problème husserlien était, en fin de compte, la dernière tentative (non réussie) d’une philosophie égologique. Cette interprétation de la relation entre la radicalisation (renversement) de la phénoméno­logie et son héritage égologique est très bien soulignée par J. Greisch. En parlant justement des hérésies phénoménologiques — décrites par Dominique Jani­caud — Greisch les interprète comme un refus du cogito cartésien (ou comme des tentatives du dépassement de l’égologie en tant que telle). Ce qui met ensemble l’auto-affection de Henry, l’hétéro-affection de Levinas, le « Moi primitif » de Richir et l’adonné de Marion, c’est le fait que chez tous ces auteurs ce qui est en question c’est le cogito, non pas le cogito cartésien, bien évidemment, mais le cogito qui a franchi le pas de la phénoménologie d’Husserl.
13 J.-L. Marion, Étant donné, op. cit., p. 263.
14 E. Husserl, Analysen zur passiven Synthesis, Hua xi, Kluwer Academic Publisher, 1966 ; tr. fr. De la synthèse passive, Grenoble, Millon, 1998, p. 96.
15 E. Husserl, Idées I, Hua iii [p. 75], tr. fr. p. 133.
16 E. Husserl, De la synthèse passive, Hua xi [p. 5], tr. fr. p. 97.
17 Ibid.
18 Ibid., [p. 6], tr. fr. p. 98.
19 Ibid.
20 E. Husserl, Expérience et jugement, [p. 28], tr. fr. p. 38.
21 Ibid.
22 Ibid., [p. 29], tr. fr. p. 39.
23 Ibid., [p. 29], tr. fr. p. 38.
24 Nous renvoyons, sur ce point, au dernier livre de Jocelyn Benoist, Sens et sensi­bilité, Paris, Cerf, 2009, p. 203-232.
25 Cf. à ce sujet P. Ricœur, Husserl (1859-1938), in À l’école de la phénoménologie, Paris, Vrin, 1986, p. 9.
26 D. Janicaud, Le tournant théologique de la phénoménologie française, Combas, L’Éclat, p. 78, selon lequel tout héritage connaît ses métamorphoses et la fécondité philosophique d’une pensée ne se mesure pas seulement dans le respect de son orthodoxie.
27 D. Janicaud, Phénoménologie ou métaphysique ?, in E. Escoubas, B. Waldenfels (éds.), Phénoménologie française et phénoménologie allemande, Paris, L’Harmattan, p. 175-184.
28 Cf. à ce sujet le compte rendu du séminaire de Zahringen in M. Heidegger, Questions III et IV, Paris, Gallimard, 1990, p. 460-488, p. 474.
29 L. Wittgenstein, Tractatus Logico-philosophicus, Prop. 5.632.

To cite this article

Fausto Fraisopi, «Questions de co-intentionnalité : Expérience et structure d’horizon», Bulletin d'Analyse Phénoménologique [En ligne], Volume 6 (2010), Numéro 8: Questions d'intentionnalité (Actes n°3), URL : https://popups.uliege.be:443/1782-2041/index.php?id=427.

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