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Jean FAGOT

Les Lycidae, Omalisidae (Coleoptera, Elateroidea) et Pyrochroidae (Coleoptera, Tenebrionoidea) de l’Insectarium Hexapoda « Jean Leclercq »

(Volume 79 (2026))
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Résumé

Nous présentons dans cette note le relevé des coléoptères Lycidae, Omalisidae et Pyrochroidae, présents dans les collections conservées à l’Insectarium Hexapoda « Jean Leclercq » à Grand-Axhe (Waremme).

Mots-clés : musée, insecte, cartographie, Belgique

Abstract

In this note, we present a survey of Lycidae, Omalisidae and Pyrochroidae beetles based on the collections kept at the Insectarium Hexapoda “Jean Leclercq” in Grand-Axhe (Waremme).

Keywords : museum, insect, cartography, Belgium

Reçu le 23 février 2026, accepté le 11 juin 2026 et mis en ligne le 10 août 2026.

Introduction

1Le Conservatoire entomologique Hexapoda - Insectarium «Jean Leclercq» est situé à Grand-Axhe (Waremme) en Belgique. Il abrite en son sein de nombreuses collections entomologiques d’universités et d’instituts de recherche, ainsi que de nombreuses collections privées, provenant essentiellement de la région Wallonie-Bruxelles, mais également de l’étranger.

2Il s’agit d’une structure didactique visant la vulgarisation de l’entomologie auprès du grand public, que l’on peut qualifier de récente (Francis & Haubruge, 2012). L’Insectarium a vu le jour en 2010 avec pour objectif l’initiation et la formation à l’entomologie mais aussi à la gestion raisonnée de l’environnement et à sa protection par l’éveil à la diversité biologique, fut-ce à Waremme. L’initiative revient finalement au professeur Frédéric Francis de la faculté agronomique de Gembloux Agro-Bio Tech (Leclercq, 2001 ; Francis, 2020). Un second bâtiment à vocation muséale de 650 mètres carrés abrite depuis 2023 (Querelle, 2023) le patrimoine entomologique wallon. L’objectif est de rassembler en un lieu unique les insectes conservés à sec, en alcool, ou sous quelle que forme que ce soit, qu’ils aient déjà été étudiés par des chercheurs ou non. Il s’agit d’éviter la dispersion, le saupoudrage et la perte des connaissances sur ce sujet. C’est d’autant plus important suite à la prise de conscience de la disparition des insectes en biomasse mais aussi en diversité, pas les abeilles domestiques, mais surtout les Anthophiles sauvages. Le rassemblement des données scientifiques vise une mise en commun pour une utilisation par tous (Francis, 2020).

3Les ressources du Musée Hexapoda n’ont pas encore été, ou très peu, exploitées. Cette note est la première sur les coléoptères depuis l’inauguration des bâtiments en 2023.

4Par le passé, la plus grande partie des collections était conservée dans les locaux de la Faculté des Sciences agronomiques de Gembloux Agro-Bio Tech (Université de Liège). Pour cette institution, il s’agit d’une longue tradition en la matière (Gaspar et al., 2011). Elles étaient accessibles mais, à l’exception de quelques collaborateurs de l’Université, peu d’entomologistes sont venus les examiner. Cependant, ces insectes judicieusement conservés ont été utilisés au travers de nombreuses contributions scientifiques (mémoires ou thèses) et notamment dans le cadre de la Cartographie des Invertébrés européens (Magis, 1977). Dans la continuité de l’œuvre accomplie par nos prédécesseurs, nous produisons cette courte note sur le matériel entomologique accumulé au cours du temps et rassemblé à Hexapoda – Insectarium Jean Leclercq. Il s’agit de trois familles de coléoptères : les Lycidae, les Omalisidae et les Pyrochroidae.

Origine des données

5La base de données utilisée pour l’élaboration des cartes et de nos commentaires a été mise à jour et clôturée au 31 décembre 2025. Elle est constituée grâce aux données des sources suivantes :

  • Pour le principal, les données provenant du conservatoire des insectes de la faculté de Gembloux Agro-Bio Tech, ex FSaGx (ULiège), alimenté par les activités de l’Université ;

  • Les collections de nombreux entomologistes amateurs, dont les nôtres, léguées ou mises en dépôt à Hexapoda ;

  • Les insectes provenant de l’Université de Mons (UMons) et des Hautes Écoles des Provinces de Hainaut (Condorcet) et de Liège (La Reid) ;

  • Les spécimens provenant des collections de l’Institut de Zoologie de l’Université de Liège (ULiège) ;

  • Les récoltes de Noël Magis réunies par lui pour la collection didactique de la Station scientifique des Hautes Fagnes (SSHF) au Mont Rigi.

6Cet ensemble fait partie de la banque de données ayant servi à l’élaboration du catalogue et de l’atlas des Chrysomelidae de Belgique (Fagot, 2019). Après validation, toutes les données ont été encodées par nos soins via le logiciel Data Fauna-Flora (DFF) de Barbier (2000) et les cartes ont été réalisées grâce à la disponibilité d’Yvan Barbier et à son logiciel cartographique BatchMaps (2018, version 0.0.4.0, en construction) compatible avec le logiciel DFF déjà cité.

7Avant la rédaction de cette note, un certain nombre de cartes de répartition ont été publiées par l’UER de Zoologie Générale et Faunistique de Gembloux (Magis, 1976). Quatre cartes nous concernent : Omalisidae (carte 889) et Lycidae (cartes 895 à 897). Ces cartes sont illustrées dans la figure 1. Vous constaterez que certains points de ces cartes ne figurent pas sur les nouvelles cartes « Hexapoda » (Figures 3 et 4). En effet, Magis a cartographié des observations issues d’autres sources que les nôtres. Ce fait est particulièrement marqué chez Lygistopterus sanguineus (Linnaeus 1758).

8Ces cartes, 50 ans après, ont été refaites par des voies plus modernes et complétées par les informations extraites du musée Hexapoda - Insectarium «Jean Leclercq» enrichi de nouvelles collections que Magis ne pouvait pas connaître. Toutes les autres cartes sont originales, mises à jour au 31 décembre 2025.

9Concernant ces trois familles, nous avons trouvé au Musée Hexapoda 2616 individus, dont 2241 proviennent de Belgique. Ces données concernent 1133 localités réparties dans 377 carrés UTM de 10 km de côté, pour plus de 80 récolteurs identifiés. Les données les plus anciennes datent de 1872 et les plus récentes de 2025.

10À ce jour, l’auteur de cette note est le gestionnaire responsable de la banque de données.

Catalogue et atlas

11Remarque préalable : Il nous paraît important d’attirer l’attention du lecteur sur le fait que les données utilisées proviennent d’un musée. Les collections ou informations provenant d’entomologistes encore en vie sont donc absentes de nos propos. Concernant les collègues disparus, les héritiers ont soit continué leur travail et donc conservé le matériel accumulé, soit l’ont déposé dans une autre institution muséale, soit l’ont revendu ou simplement détruit la collection de leur aïeul. De la même façon, sont absentes les observations déposées sur les plateformes de science participative en ligne.

12Une publication reprenant l'ensemble des observations connues à ce jour est en préparation (Troukens et al., en préparation).

13Avant d’aborder les cas précis, jetons un œil aux trois cartes illustrées dans la figure 2.. Elles présentent une situation contrastée pour les trois familles abordées dans cette note. Il apparaît clairement que, du point de vue géographique, les récoltes belges conservées à l’Insectarium Hexapoda proviennent majoritairement de la partie sud du pays. L’objectif n’étant pas de présenter l’état de santé des espèces dans le pays, nous ne commenterons pas les cartes à cet égard.

14Néanmoins, il est tout autant évident, qu’à intensité d’inventaire égale, les Pyrochroidae ont été récoltés en plus grand nombre (Tableau 1) et dans plus d’endroits que les deux autres familles.

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Figure 1 : Reproduction des cartes issues de Magis (1976)

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Figure 2 : Lycidae, Omalisidae et Pyrochroidae - somme des données belges disponibles au Musée Hexapoda - Insectarium « Jean Leclercq » au 31 décembre 2025.

15Neuf espèces sont concernées (Thomaes et al., 2025) :

16LYCIDAE Laporte de Castelnau 1838

17sous-famille Erotinae LeConte 1881

18Dictyoptera Latreille 1829

19Dictyoptera aurora (Herbst 1784)

20Dans son catalogue raisonné des Cantharoidea non Cantharidae, en 1977, Magis ne reprend pas cette espèce dans son inventaire bien que signalée par Rousseau (1890) dans la région liégeoise (Magis, 1976, 1977). Par la suite, Magis retrouva l’insecte dans la collection Jacobs (IRSNB) dont il ignorait alors l’existence. En 1998, il rapporte la découverte d’un second individu à Schönefeld (Eupen) par notre collègue Marc Counhaye, le 30.V.1998 (Magis, 1998). Par la suite, de plus en plus d’exemplaires furent découverts dans le pays.

21Aujourd’hui, D. aurora est connu dans près de 50 carrés UTM de 10 km de côté (Troukens, comm. pers., 10 février 2026).

22Erotides C. O. Waterhouse 1879

23Erotides cosnardi (Chevrolat 1831)

24Il s’agit également d’une espèce en progression dans notre pays. La première donnée que nous connaissons date de 1909, à Olne, et la suivante de 1962 à Plombières.

25Troukens (comm. pers., 10 février 2026) connaît aujourd’hui plus de 20 carrés UTM de 10 km de côté où l’espèce est présente.

26Platycis C. G. Thomson 1859

27Platycis minutus (Fabricius 1787)

28En 1976, Platycis minutus était connu dans 9 carrés UTM de 10 km de côté (Magis, 1976). En 2004, P. minutus montrait déjà une nette progression vers le nord de notre pays (Troukens, 2004). Aujourd’hui, P. minutus est connu dans environ 100 carrés UTM de 10 km de côté (Troukens, comm. pers., 10 février 2026).

29Pyropterus Mulsant 1838

30Pyropterus nigroruber (De Geer 1774)

31Dans le matériel conservé à Hexapoda ne figure aucun exemplaire provenant de Belgique mais il y est apparu récemment et est, aujourd’hui, très souvent rencontré sur le flanc sud de l’Ardenne, en Gaume, ainsi que dans le Limbourg ou la Campine.

32sous-famille Calochrominae Lacordaire 1857

33Lygistopterus Dejean 1833

34Lygistopterus sanguineus (Linnaeus 1758)

35La carte montre très peu d’occurrences, alors que l’espèce n’est pas particulièrement rare. Aujourd’hui encore, l’espèce est peu collectée par les entomologistes du Sud. L’espèce semble omniprésente dans le nord du pays.

36OMALISIDAE Lacordaire 1857

37Omalisus Geoffroy 1762

38Omalisus fontisbellaquei Geoffroy 1785

39Comme le montre la carte de répartition de l’espèce, malgré peu de données, sa dispersion est assez uniforme. Troukens (2008) a attiré l’attention sur cette espèce, indiquant qu’elle était présente en 2006 dans la Forêt de Soignes, à Sint-Genesius-Rode. La carte qu’il présente à cette époque montre 32 carrés UTM de 10 km de côté occupés. Les Omalisus d’Hexapoda sont présents dans 43 carrés. Aujourd’hui, la tendance à l’expansion se confirme.

Image 10000000000005960000047F00DC9A4E1DDFF873.jpg.

Figure 3 : Lycidae - données belges disponibles au Musée Hexapoda - Insectarium « Jean Leclercq » au 31 décembre 2025.

40PYROCHROIDAE Latreille 1807

41sous-famille Pyrochroinae Latreille 1806

42Pyrochroa Geoffroy 1762

43Pyrochroa coccinea (Linnaeus 1761)

44Manifestement, cette espèce est depuis longtemps rencontrée et souvent collectée par les entomologistes, et ce, dans toutes les régions du pays.

45Pyrochroa serraticornis (Scopoli 1763)

46Même commentaire que pour P. coccinea.

47Schizotus Newman 1838

48Schizotus pectinicornis (Linnaeus 1758)

49Moins abondante en nombre de récoltes, l’espèce présente la même distribution que les deux espèces précédentes.

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Figure 4 : Omalisidae et Pyrochroidae - données belges disponibles au Musée Hexapoda - Insectarium « Jean Leclercq » au 31 décembre 2025.

Discussion

50Parmi les insectes présents au Musée, tous ne proviennent pas de Belgique. Le tableau 1 donne une idée de la proportion de spécimens étrangers.

51De toute évidence, les Pyrochroidae ont été plus fréquemment collectés que les représentants des deux autres familles. Les Omalisidae, avec une seule espèce, occupent une position intermédiaire. Les Lycidae sont peu communs en Belgique. Trois espèces, D. aurora, E. cosnardi et P. minutus, appartiennent au nombre des espèces que l’on peut objectivement considérer comme très rares, sur base du matériel présent à Hexapoda - Insectarium « Jean Leclercq » et du nombre de carrés UTM occupés. En revanche, l'absence de L. sanguineus est trompeuse. L’espèce est plus présente en Belgique que ne le laissent penser le tableau 2 et la figure 3.

Tableau 1 : Nombre d’individus conservés au musée entomologique Hexapoda - Insectarium « Jean Leclercq », de Belgique, ou au total, au 31 décembre 2025.

Nb ind. Belgique

Nb ind. Hexapoda

Lycidae

80

244

Omalisidae

123

153

Pyrochroidae

2038

2219

Total

2241

2616

Tableau 2 : Nombre de carrés de 10 km de côté et nombre de spécimens belges présents dans les collections conservées au musée entomologique Hexapoda - Insectarium « Jean Leclercq ».

Nom d’espèce

Nb UTM10

N

N%

P. coccinea

169

1151

52.2

P. serraticornis

139

630

28.6

S. pectinicornis

103

257

11.7

O. fontisbellaquei

43

95

4.3

P. minutus

24

34

1.5

E. cosnardi

19

25

1.1

D. aurora

9

9

0.4

L. sanguineus

4

5

0.2

P. nigroruber

0

0

0.0

Total

2206

100

52Par le passé, la Gaume était la seule région du pays où toutes les espèces étaient présentes (Magis, 1976). Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Les différentes cartes montrent une extension quasi généralisée des aires de présence vers le nord même si, pour certaines espèces, il faudra encore attendre avant qu’elles n’atteignent le littoral.

Conclusion

53Une fois de plus, nous souhaitons souligner l’intérêt majeur de conserver une trace physique de l’activité entomologique. La présence d’une espèce en un lieu et à une date précise fournit de nombreux renseignements instructifs mais son absence aussi. Le conservatoire Hexapoda - Insectarium « Jean Leclercq » est un exemple en la matière, un témoin de la faune et des entomologistes du passé. En outre, le Conservatoire entomologique wallon offre des services scientifiques, culturels et touristiques liés à l’environnement, à la nature, à la biodiversité, à l’agriculture et au développement durable. Un personnel compétent est sur place et disponible pour répondre aux questions que tout citoyen pourrait se poser au sujet des insectes.

Bibliographie

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Troukens W., Fagot J. & Heijerman T., en préparation. De netschildkevers van de Benelux (Coleoptera: Lycidae). Phegea.

(15 réf.)

To cite this article

Jean FAGOT, «Les Lycidae, Omalisidae (Coleoptera, Elateroidea) et Pyrochroidae (Coleoptera, Tenebrionoidea) de l’Insectarium Hexapoda « Jean Leclercq »», Entomologie faunistique - Faunistic Entomology [En ligne], Volume 79 (2026), 118-126 URL : http://popups.ulg.be/2030-6318/index.php?id=6905.

About: Jean FAGOT

Collaborateur scientifique à l'Université de Liège, Gembloux Agro-Bio Tech, Entomologie fonctionnelle et évolutive (Prof. F. Francis). Passage des Déportés 2, B-5030 Gembloux. E-mail : jean.fagot@uliege.be.Adresse privée: Route du Moulin de Dison 74, B-4845 Jalhay. E-mail: jean.fagot@gmail.com.