Cahiers Mémoire et Politique Cahiers Mémoire et Politique -  Cahier n°11. La science politique et la guerre d’Algérie 

Des collectifs militants pro et anticoloniaux face à la politique de réconciliation des mémoires d’Emmanuel Macron : Analyse de la réception d’une politique mémorielle présidentielle par ses destinataires

Emmanuelle Comtat

Emmanuelle Comtat est enseignante-chercheuse permanente en sciences politiques, Université de Grenoble-Alpes.

Introduction

1À l’horizon des commémorations des 60 ans de la fin de la guerre d’Algérie, le président Macron a initié une politique de réconciliation des mémoires, estimant que ce passé continuait de diviser la société française et de peser sur les relations avec l’Algérie1. Pour ce faire, l’historien Benjamin Stora, spécialiste de la question algérienne, a été chargé de dresser un état des lieux et de faire des recommandations dans un rapport officiel rendu public en janvier 20212. Emmanuel Macron a élaboré une politique mémorielle en retenant certaines préconisations. Il a ainsi reconnu officiellement des drames subis par les groupes porteurs de mémoires3 avec pour principe de son action « Non à la repentance4, oui à la reconnaissance ».

2Nous nous sommes intéressés à la manière dont des associations défendant en France des mémoires concurrentes du passé colonial en Algérie (1830-1962) avaient perçu la politique mémorielle d’Emmanuel Macron. Nous nous situons dans le domaine de la réception d’une politique publique par ses destinataires qui ont la spécificité d’être ici des acteurs portant collectivement des revendications et tentant d’influencer les décideurs publics. Correspond-elle à leurs attentes ? Quels sont les effets produits par cette politique ? Suscite-t-elle de nouvelles demandes et des réactions ? Que nous apprend-elle des fractures mémorielles en France et avec l’Algérie ? Les associations ont-elles été sollicitées pour participer à son élaboration ? Ont-elles été mises en concurrence pour la reconnaissance de leurs mémoires, renvoyant à une lutte symbolique pour la légitimité historique ? Quels sont les enjeux politiques sous-jacents ? Enfin permettra-t-elle d’aller vers une réconciliation ? Cela nous conduira à nous interroger sur la représentativité des associations : expriment-elles l’opinion majoritaire au sein de chaque groupe porteur de mémoires algériennes ou les croyances propres des responsables de ces collectifs et des coalitions de causes auxquelles ils appartiennent5 ? Nous analyserons donc aussi les profils et parcours de ces responsables.

3Les associations retenues défendent soit une mémoire nostalgique de l’Algérie française soit une mémoire de lutte contre la colonisation et de soutien aux nationalistes algériens et/ou de combat contre le racisme. Nous avons également consulté deux associations culturelles franco-algériennes. D’autres catégories d’associations n’ont pas répondu à notre appel6 ou doivent être contactées dans une recherche en cours7. Une cartographie des associations œuvrant sur les mémoires algériennes reste à faire. Ainsi nous avons effectué entre janvier 2021 et janvier 2024, des entretiens semi directifs auprès de responsables d’associations8. Nous avons sollicité des associations nationales s’étant imposées comme des interlocutrices des pouvoirs publics. Nous avons également consulté des associations locales en Auvergne Rhône-Alpes, région industrialisée qui a accueilli un contingent important d’immigrés algériens et de Rapatriés pieds-noirs et harkis et où il existe des bastions traditionnels de gauche avec leurs réseaux de militants.

4Pour compléter ces informations, nous avons analysé des sites web d’associations ainsi que le contenu de leurs newsletters lorsque celles-ci ont été communiquées9. Nous avons aussi utilisé des podcasts de dirigeants d’associations s’exprimant sur la politique mémorielle d’Emmanuel Macron10.

5Cette étude s’inscrit dans le champ scientifique de l’élaboration des politiques de la mémoire11, de la réception et de l’évaluation des politiques publiques par les usagers12, et dans celui des mobilisations mémorielles de collectifs militants13 ou de victimes14.

6Dans cet article, nous avons choisi de restituer nos résultats d’enquête de manière empirique. Nous présenterons successivement la réception de la politique mémorielle d’Emmanuel Macron dans chacun des types d’associations évoqués.

Réception de la politique mémorielle présidentielle par des associations anticoloniales et antiracistes

7Les associations15 de cette catégorie ont en commun de condamner la colonisation en Algérie considérée comme une domination, une oppression et un crime contre l’Humanité. Elles soutiennent les mémoires des nationalistes ou communistes qui ont lutté pour l’indépendance algérienne. Elles se sont ensuite mobilisées contre le racisme et les discriminations dont sont victimes les personnes d’origine nord-africaine en France aujourd’hui. Ainsi, s’opère une jonction entre rejet de la colonisation en Algérie et défense des minorités de l’ex-Empire colonial. Leur engagement est résolument anticolonial et antiraciste. Certaines associations (Coup de Soleil, Algérie au cœur, Pieds-Noirs Progressistes) poursuivent leurs actions en dénonçant la colonisation où qu’elle soit et ont pris position sur le conflit israélo-palestinien.

« C’est surtout la question du colonialisme. Comment on peut au travers de la réalité du colonialisme en Algérie faire écho avec ce qui se passe aujourd’hui dans les sociétés dominées par le colonialisme. Par rapport à la question d’Israël et de Gaza, on a fait une déclaration de l’ANPNPA pour prendre position sur cette question »16.

« Le cas actuel autour duquel on discute beaucoup, c’est Israël Palestine, on est à 99,9% pro-Palestiniens ! Évidemment pas anti-Juifs, mais plus réservés à l’égard du gouvernement israélien »17.

8Certaines de ces associations sont nées dans les années 1980 pour mobiliser les militants à l’antiracisme au moment de la percée électorale du FN à partir de 1983-198418. C’est le cas de Coup de Soleil fondée en 1985 par George Morin19 (militant et un élu du Parti socialiste (PS)) proche du président socialiste François Mitterrand (1981-1995) et de Louis Mermaz20. Dans un contexte post-Marche des Beurs21 de 1983, l’objectif était aussi de rallier à gauche un électorat de descendants d’immigrés en se montrant solidaire des souffrances des pères à l’époque coloniale22. Il s’agissait également pour le pouvoir socialiste de tisser des liens d’amitiés avec l’Algérie et ses dirigeants23 et de permettre à des élites des deux rives de la Méditerranée de se rencontrer pour coopérer.

« Au moment où se crée Coup de Soleil en 1985… On était avec Louis Mermaz au cabinet de la présidence de l’Assemblée nationale et Chadli Benjedid président algérien a été reçu en France et George Morin avait organisé une fiesta incroyable où il avait réuni pleins de représentants, d’intellectuels, d’artistes pieds-noirs et algériens, des comédiens, des universitaires… C’est une idée de George Morin (Coup de Soleil) avec un groupe d’amis au moment de la monté de Lepen mettant en cause les Arabes…C’était une façon de lutter contre les idées lepenistes… ça rentrait dans les plans de créer des lieux de rencontres comme ça, ça ne dérangeait pas l’Élysée. Les socialistes voyaient dans les Magrébins des cohortes électorales… On a essayé d’inscrire sur les listes électorales les jeunes maghrébins et de susciter des vocations politiques chez eux. On avait aussi au sein du PS une responsabilité de relations internationales »24.

9D’autres associations sont apparues au début des années 2000 pour contrer l’activisme d’associations pro-Algérie française soutenues par des élus de droite ou d’extrême droite du Sud de la France25 lors des polémiques sur la torture26 ou suite au vote en 2005 de la loi portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés dont l’article 4 était controversé27. Le 21 avril 2002, Jean Marie Le Pen, leader du FN, accédait aussi au deuxième tour de la présidentielle provoquant un séisme politique.

10Ces associations anticoloniales, créées souvent à l’initiative de militants du PS, du PC ou du PSU, s’inscrivent dans des réseaux de partis de gauche et d’associations antiracistes (Ras le Front, MRAP, Sos Racisme) qui intègrent dans leurs référentiels la dénonciation de la domination coloniale et la lutte contre le racisme et avec qui elles forment des « coalitions de cause ». Certains responsables ont une multi-appartenance à des organisations militantes, syndicales (CGT) et sont parfois élus à un mandat électoral28

« L’association (ANPNPA) est vraiment ancrée à gauche avec une diversité de personnes du PC, de LFI, du PS. Je ne suis plus encarté. J’avais des engagements syndicaux à la CGT. Comment à travers nos engagements on met en avant l’histoire coloniale de l’Algérie ?»29.

11La tranche d’âge des responsables associatifs est celle des 50-80 ans, soit une génération de personnes enfants ou adolescentes au moment de la guerre d’Algérie ou nées immédiatement après l’indépendance. Il s’agit de descendants de « témoins » de cet événement (mémoire transmise) ou d’individus sans lien familial avec ce passé, leur engagement associatif correspondant dans ce cas à leurs engagements politiques et/ou à leurs valeurs de gauche (lutte contre l’oppression, le racisme, les inégalités, etc.). Ajoutons que la guerre d’Algérie constitue un événement décisif pour toute une génération socialisée à la politique à ce moment-là. Elle a pu conditionner leurs engagements ultérieurs (respect des minorités, etc.).

12D’autres militants associatifs ont développé leur conscience politique plus tard, dans les années 1970 et 1980, période intense des luttes après Mai 68 pour l’émancipation, l’égalité des droits et contre le racisme (SOS Racisme, etc.). Ainsi le président du Collectif 17 octobre en Isère est un descendant de réfugiés communistes espagnols qui a milité au PC par tradition familiale. Ses valeurs politiques l’ont conduit à se mobiliser dans les années 1990 contre l’extrême droite au sein de Ras le Front. Puis des rencontres avec des militants communistes l’ont sensibilisé à la question de la reconnaissance du massacre d’Algériens le 17 octobre 1961 à Paris. Il s’est aussi engagé pour soutenir la mémoire des communistes ayant aidé les nationalistes durant la guerre d’Algérie, au moment où des collectifs nostalgiques de l’Algérie française tentaient, au début des années 2000, d’imposer leur mémoire dans le grand récit national. Ces responsables associatifs appartiennent aux catégories des professions intermédiaires, des CSP+ ou sont retraités. Notons que ces associations ont des effectifs limités et peinent à attirer les jeunes générations30, mais constituent des minorités assez actives capables de se mobiliser.

« Je suis fils de républicains espagnols et lorsque a commencé l’influence de l’extrême droite, je me suis mobilisé au sein de Ras le Front…et on a constitué Algérie au cœur et le Collectif 17 octobre… et on s’est aperçu quand on agissait en France du poids de l’histoire coloniale »31.

13Après avoir présenté ces organisations, voyons comment les responsables interviewés se positionnent face à la politique mémorielle du président Macron. Leur perception est plutôt mitigée. S’ils concèdent des avancées avec les reconnaissances d’exactions commises par la France, cette politique n’est pas jugée suffisamment ambitieuse face au drame algérien. Elle est vue comme un « commencement ». Ils estiment qu’Emmanuel Macron a ouvert le débat avec l’Algérie, mais ils voudraient qu’on aille plus loin, malgré le contexte du Hirak.

« Il fallait ouvrir le débat avec l’Algérie donc c’est quand même une avancée ! Alors on sait bien que le régime algérien, vu ce qu’il est, à l’époque c’était en plein dans le Hirak. Les choses ne sont pas si simples ! »32.

« C’est toujours ça ! C’est quand même assez prudent ! »33.

14Leur souhait est d’aboutir à un « travail de mémoire », sur le modèle de ce qui a été entrepris en Afrique du Sud après l’Apartheid, qui permettrait de réconcilier la société française avec elle-même, de construire l’avenir en s’adressant aux jeunes générations, et d’intensifier les coopérations avec l’Algérie. Cette démarche est envisagée au niveau des États uniquement. Ils misent sur le changement de générations pour dépassionner cette question et lever les entraves.

« Notre objectif est de se tourner vers le futur et d’œuvrer au renforcement de l’amitié entre l’Algérie et la France » 34.

« Arriver à mettre côte à côte des gens que l’histoire a opposés, qui étaient des adversaires et qui peuvent parler ensemble de façon apaisée… Maintenant on va parler en tant que ‘fils de’ voire de ‘petit-fils de’. On peut du coup reprendre les sujets de façon dépassionnée »35.

15Des responsables associatifs (Coup de Soleil et Collectif 17 octobre Isère) refusent de dialoguer avec les associations de Rapatriés qui réclament la réhabilitation de l’Algérie française (Cercle algérianiste, ANFANOMA). Ils les considèrent comme « révisionnistes » et « revanchardes » et dénoncent des collusions entre certains de leurs dirigeants et le RN. Ils estiment que ces associations bloquent toutes politiques de réconciliation mémorielle.

« Quand il y a une petite avancée, il y a d’autres groupes qui font pression et on recule au lieu d’avancer ! » 36.

« À Perpignan (ville dirigée par le RN depuis 2020) qui est un peu la capitale du Cercle algérianiste, ils ont pu obtenir d’avoir un mur des disparus, des stèles à la mémoire d’anciens de l’OAS. Je trouve qu’ils se rancissent de plus en plus. Mes parents étaient abonnés à la revue du Cercle algérianiste : on valorisait les apports positifs de la colonisation !… Ils basculent vers les idées du RN. On ne dialogue pas du tout avec eux ! » 37.

16En revanche, ils collaborent avec l’Association Nationale des Pieds-noirs Progressistes et leurs Amis (ANPNPA) qui condamne la colonisation et qui s’inscrit dans les mêmes réseaux militants. Cette association a été fondée en 2008 par des Pieds-Noirs qui voulaient montrer qu’il existait d’autres visions du passé colonial, que celles majoritaires chez les Rapatriés. Ainsi Pierre est devenu membre de l’ANPNPA pour rompre avec les opinions de sa famille pied-noir. Cette association est composée de Rapatriés plus jeunes, enfants ou adolescents en 1962, dotés d’un capital culturel assez élevé, souvent issus du milieu de l’éducation ou de la culture. Ils sont généralement de gauche, proches du PC, du PS, des écologistes ou de LFI. L’ANPNPA est sans doute peu représentative des descendants de Rapatriés et a des effectifs limités (environ 400 adhérents en France, selon ses dirigeants).

« Je portais en moi une honte d’être pied-noir parce que j’avais vécu des choses tellement atroces et du racisme dans l’environnement familial… C’est pour ça que l’ANPNPA a été créée en 2008… On était très contrariés par cette appropriation des Algérianistes (Cercle Algérianiste) de l’histoire de la colonisation… Même si on n’est pas très nombreux, on est 300 ou 400 en France avec des engagements divers, notre démarche était de dire qu’il y a des Pieds-Noirs progressistes qui donnent une autre parole que les Pieds-Noirs avec cette dimension d’amertume, de racisme pour certains, de domination… de façon à être dans une relation avec l’Algérie indépendante et qu’il y ait ce travail de mémoire avec l’Algérie »38.

17Par ailleurs, le choix d’Emmanuel Macron de s’appuyer sur l’historien Benjamin Stora est approuvé, puisqu’il partage des engagements de gauche39 et qu’il est un des fondateurs de Coup de Soleil œuvrant au rapprochement avec l’Algérie : « Coup de Soleil l’a soutenu et Stora fait partie de nos membres fondateurs, on le soutient bien sûr ! »40.

18La création en 2022 d’une commission mixte d’historiens franco-algériens et l’ouverture d’archives de la guerre d’Algérie sont saluées. Mais ils aimeraient que l’on ouvre plus largement les archives à l’ensemble des historiens et qu’on leur permette de les consulter librement. La commission de réflexion mise en place en France avec des jeunes issus de chaque groupe mémoriel a également été bien accueillie

« J’aurais préféré qu’il y ait une commission d’historiens qui puissent accéder aux archives françaises et algériennes… On était plus pour que les archives soient ouvertes aux historiens des deux côtés de la Méditerranée. C’est pas gagné encore ! »41.

19La méthode choisie par Emmanuel Macron surprend également. Il lui est reproché de « piocher » dans les différentes mémoires, en sélectionnant certains personnages ou faits historiques plutôt que de restituer cette période dans son ensemble selon l’ordre chronologique et le contexte, ce qui en aurait facilité la compréhension

« C’est du saupoudrage, on nous sort Abdelkader, mais décontextualisé, on ne nous donne pas d’élément de compréhension de ce qui s’est passé en Algérie »42.

20De plus, si la reconnaissance des assassinats commis par la France, lors de la Bataille d’Alger en 1957, de militants pour l’indépendance algérienne est très soutenue (le mathématicien communiste, Maurice Audin, et l’avocat nationaliste, Ali Boumendjel, étant considérés par ces collectifs comme des « Résistants »), ils regrettent cependant que d’autres nationalistes (Messali Hadj, Ferhat Abbas, les nationalistes guillotinés par la France, etc.) ou militants communistes (Fernand Iveton) ayant participé à la guerre d’indépendance ne soient pas mentionnés, ni les porteurs de valises43 (réseau Jeanson) et les libéraux à Alger44.

« Boumendjel, Audin, c’étaient de très bons choix, mais il y en a d’autres Fernand Iveton, l’injustice qui a été faite à ce militant. Nous, on essaye de mettre en valeur des militants juifs du Parti communiste algérien qui ont milité aux côtés du FLN pendant la guerre d’Algérie … Il y avait les libéraux à Alger, il y a les porteurs de valises. Il faut reconnaître le travail de tous ces gens-là ! »45.

« Reconnaître Audin et l’avocat Boumendjel, c’est quand même pas rien ! Je trouve que c’est une avancée qui ouvre le débat en tant que militant par rapport à l’Algérie »46.

21De plus, s’ils47 sont satisfaits qu’Emmanuel Macron ait reconnu le massacre d’Algériens par la police française le 17 octobre 1961 à Paris, correspondant à l’une de leurs revendications fortes soutenues de longue date par des élus de gauche48, ils déplorent que cet évènement ne soit pas considéré comme un « crime d’État ». Ils demandent que soient identifiées la chaîne de responsabilités au sommet de l’État et l’implication de de Gaulle qui présidait la France à ce moment-là. Ils ont les mêmes requêtes sur l’abandon des harkis en 1962. En outre, ils désapprouvent que ne soient pas évoqués les massacres coloniaux de Sétif, de Guelma et de Kherrata suite aux manifestations du 8 mai 194549.

« Il est contraint de dire qu’il s’est passé un crime, mais il ne va pas jusqu’à l’analyse de pourquoi ce crime a pu se produire, qu’elle est la chaîne de responsabilité »50.

22Par ailleurs, des dirigeants (notamment du Collectif 17 octobre Isère) regrettent que la guerre entre nationalistes du FLN et du MNA51 lors de la guerre d’Algérie ne soit pas mentionnée, ce qui aurait permis de montrer la complexité du drame algérien qui a été aussi une guerre civile ayant fracturé l’ensemble des communautés.

« J’ai été étonné par ça (l’absence de Messali Hadj). On connait les affrontements entre le FLN et le MNA. Là, il y aurait des choses à faire, car en France, il y a encore pas mal de personnes qui sont dans une filiation MNA et qui n’osent pas le dire »52.

23En outre, si les restitutions à l’État algérien de crânes de résistants berbères à la conquête au xixe siècle et d’objets symboliques sont perçues comme des actes de réconciliation, des responsables de ces collectifs (Coup de Soleil et d’Algérie au cœur) déplorent que les exactions commises alors par les Français (atrocités de la conquête militaire entre 1830 et 1847 comme les enfumades et razzias des colonnes infernales du général Bugeaud, répression de la révolte d’El Mokrani en Kabylie en 1871, etc.) ne figurent pas dans la politique d’Emmanuel Macron. À cet effet, le responsable du Collectif 17 octobre Isère regrette que le président ait cédé sur la reconnaissance du « crime contre l’Humanité »53 commis par la France en Algérie au xixe siècle face aux associations de Rapatriés. Des responsables (Coup de Soleil, Collectif 17 octobre) reprochent aussi qu’il ne soit pas fait mention de la politique de spoliation des terres menée par l’État français54 avant leur redistribution en concessions à des colons européens ou à des sociétés capitalistes, ni de ses conséquences sur les populations locales (paupérisation, déplacements forcés de villageois, Code de l’indigénat dès 1881, accès limité à la citoyenneté, etc.). Ils dénoncent ainsi le faible traitement accordé aux exactions du xixe siècle par rapport à celles de la guerre d’Algérie.

« La politique mémorielle de la France porte davantage sur la guerre d’Algérie que sur la colonisation.C’est dommage, on ne peut pas comprendre la guerre d’Algérie si on n’a pas d’abord attaqué la colonisation »55.

« Il n’y a rien qui est dit sur la révolte d’El Mokrani, elle n’est pas évoquée du tout ni la spoliation des terres et les famines qui ont suivi »56.

24De surcroît, des responsables d’associations (Coup de Soleil, Collectif 17 octobre Isère, Pieds-Noirs Progressistes) contestent la reconnaissance par le chef de l’État de la fusillade rue d’Isly le 26 mars 1962 de manifestants européens par l’Armée française, au prétexte que cette mobilisation était organisée en soutien aux activistes de l’OAS57 retranchés à Bab El-Oued lors du blocus de ce quartier d’Alger. Les drames subis par les Pieds-Noirs sont portés à la responsabilité de ce groupe et de son soutien à l’OAS. Certains militants leur refusent le statut de « victimes » de la guerre d’Algérie. Ils sont convaincus qu’Emmanuel Macron a voulu donner satisfaction aux associations pro Algérie française pour ne pas s’aliéner l’électorat pied-noir à la présidentielle de 2022, bien que les opinions de ce groupe soient diverses58. Ils reprochent l’absence de dénonciation des actes terroristes commis par l’OAS dans la politique mémorielle présidentielle.

« Dans l’intervention du président, il a tenu compte des Pieds-Noirs algérianistes sur la rue d’Isly. Il n’a pas parlé de la provocation de l’OAS qui a provoqué ce massacre avec des tirs sur les immeubles en face. Pareil sur Oran, c’est vrai que ce massacre du 5 juillet (1962), c’est quand même un truc grave. Il y a eu un nombre de morts important (environ 500 Européens), mais il faut savoir ce qui a précédé : l’OAS à Oran a été dans des extrémismes comme à Alger… Macron ne veut pas se mettre à dos les Pieds-Noirs. Il n’y a pas une dénonciation forte de l’OAS… c’était avant les élections de 2022 »59.

Réception de la politique mémorielle par des associations culturelles franco algériennes de l’Isère

25Nous avons choisi de rencontrer des représentants d’ASALI60 et d’AMAL61 qui sont des associations culturelles de solidarité et d’entraide de personnes originaires du Maghreb en Isère. Elles ont une certaine audience et sont devenues des interlocutrices des autorités locales. Elles luttent contre le racisme, les discriminations et les inégalités sociales et mènent des actions de promotion de la citoyenneté en partenariat avec des municipalités (Grenoble). Elles agissent aussi pour faire connaître la culture Nord-africaine afin de lutter contre les préjugés et mènent des actions de valorisation de l’identité Nord-africaine (AMAL) dépréciée à l’époque coloniale62.

26Ces associations sont également dirigées par des personnes de 50 à 80 ans. Certaines, enfants à l’époque, ont été marquées par la guerre d’Algérie. D’autres ont fait en France l’expérience de discriminations et de préjugés, ce qui a été déterminant dans leur engagement associatif. Les profils sociologiques et politiques des membres sont assez divers.

27Voyons maintenait comment la politique mémorielle de Macron est perçue par des responsables d’ASALI et d’AMAL. Ils l’ont accueillie avec intérêt, mais regrettent qu’elle n’aille pas assez loin. Certains espéraient que le changement de génération au sommet de l’État français, avec un président né après la guerre d’Algérie, aurait permis d’avancer. Il y a selon eux urgence à pacifier les mémoires et à opérer ce travail de réconciliation pour permettre aux jeunes générations de vivre ensemble en France.

« Quand le président Macron est arrivé, je pensais qu’en étant jeune, n’ayant pas vécu la guerre, on allait avancer sur ce côté mémoriel et surtout avec le rapport Stora. Malheureusement, ça n’a pas pris… Le côté mémoriel reste très vif que ce soit du côté français que du côté algérien, je vois des jeunes français issus de l’immigration ! »63.

« De part et d’autre, c’est des souffrances tant qu’on ne recherchera pas un apaisement ! Il s’est passé des choses horribles de part et d’autre ! Il faut construire aujourd’hui pour nos enfants qu’ils puissent vivre ensemble ! »64.

28Ces responsables notent toutefois des aspects positifs dans cette politique. Ils sont satisfaits qu’une commission mixte d’historiens français et algériens soit mise en place. Certains apprécient que des historiens soient chargés de mener des recherches sur les disparus algériens et européens de la guerre d’Algérie. Ils insistent sur l’importance de dévoiler les drames dans chaque groupe, pour aller vers une réconciliation.

« Si on veut travailler le passé, il faut que ce soit ensemble … Si les historiens travaillent ensemble, c’est peut-être un début de l’apaisement ! »65.

« Ils parlent de la situation des disparus, c’est très rare ! Les historiens ne parlent jamais des disparus des deux côtés. C’est la première fois qu’on soulève ce sujet ! C’est une très bonne chose que les gens puissent faire le deuil, souvent on n’a pas retrouvé les corps que ce soit pendant la guerre ou pendant la période flottante avant l’indépendance … C’est important de soulever ça »66.

29Ils accueillent également avec satisfaction la reconnaissance par l’État français du massacre du 17 octobre 1961 de manifestants algériens à Paris, qui est l’une des revendications principales de ces associations. Symboliquement, c’est une manière d’admettre la place des personnes d’origine algérienne dans la société française à travers la reconnaissance des exactions commises contre ce groupe dans le passé.

30Les responsables d’ASALI et d’AMAL émettent toutefois des réserves sur la politique mémorielle d’Emmanuel Macron. Ils regrettent eux aussi qu’on ne parle pas de la répression sanglante des événements de Sétif, Guelma et Kherrata, le 8 mai 194567. Certains dirigeants déplorent également que des sujets sensibles propres à leur groupe ne soient pas abordés comme la lutte entre courants nationalistes durant la guerre d’Algérie. Messali Hadj, figure pionnière du nationalisme algérien dans l’immigration kabyle en métropole et leader du Mouvement national algérien (MNA), une organisation rivale du FLN, ne figure pas au programme. Ils y voient la volonté du chef de l’État français de ne pas froisser le pouvoir algérien qui a longtemps occulté ce personnage.

« La guerre qu’il y a eu entre le FLN et le MNA. Messali Hadj, il a fallu attendre les années 2010 pour qu’en Algérie, on commence un peu à en parler. Ça a été pendant très longtemps tabou ! Il est effacé de l’histoire en Algérie !… Cette omission était volontaire, je ne pense pas que c’est un oubli »68.

« En Algérie, on ne parle pas du MNA évidemment ! »69.

31La reconnaissance par la France des assassinats de nationalistes algériens semble soutenue. Mais cette question reste peut-être taboue dans la diaspora algérienne en raison de la fracturation des mémoires indépendantistes. Ali d’ASALI s’interroge sur son impact, car les victimes sont peu connues en France, les familles algériennes s’étant souvent tues sur la guerre d’Algérie. Les descendants d’immigrés s’informeraient selon lui par les médias et réseaux sociaux parfois proches du régime algérien ou à travers les œuvres d’artistes issus de l’immigration telle une post-mémoire transmise par ces milieux créatifs70 .

« C’est bien de reconnaître Boumendjel, mais beaucoup de jeunes Algériens ne le connaissent pas !… C’est une guerre mémorielle. Même leurs grands-parents, s’ils ont participé en étant militants du FLN au moment de la guerre d’Algérie, ils n’ont pas parlé. Ils apprennent l’histoire par les réseaux sociaux. Il n’y a pas une connaissance des mouvements nationalistes. Les parents n’en parlent pas ou très peu… Ils apprennent l’histoire dans le rap71 ! »72.

32Par ailleurs, certains responsables approuvent qu’un hommage soit rendu aux harkis, sujet qui divise la communauté algérienne73. Ils voudraient qu’on explique mieux qui ils étaient et les raisons de leur engagement74. Ce positionnement n’est peut-être pas dominant dans ce groupe.

« C’est la première fois qu’on en parle d’une manière plus ouverte. Aujourd’hui en Algérie, c’est toujours une insulte. On traite de ‘harkis… Les harkis ont été pris en tenaille, le soir, c’était le FLN, la journée c’était l’Armée française et pour éviter cette situation ils envoyaient un fils au maquis et l’autre dans la Harka... Le seul moyen de faire vivre la famille, c’était de s’engager aussi !… Et il y a eu les exactions du FLN qui font que pour leur survie, c’était de s’engager et aussi pour se venger… Les harkis sont les grands oubliés de l’histoire du côté algérien, car ils ont trahi, et du côté de la France, jamais ce pays n’a reconnu qu’ils se sont engagés. C’est terrible pour les harkis ! »75.

33En définitive, des responsables associatifs ne se font guère d’illusions sur la portée de cette politique. Emmanuel Macron l’aurait lancée alors que l’Algérie n’en voulait pas, d’où sa dénonciation en septembre 2021 du « système politico-militaire » algérien construit sur la « rente mémorielle ». La crise politique du Hirak entrave aussi ce processus.

« Quand il y avait Bouteflika, c’était possible, mais aujourd’hui, je ne pense pas ! Mais c’est une idée qu’il faut garder, car la situation ne sera pas toujours figée. Aujourd’hui le pouvoir (algérien) ne va pas laisser les historiens travailler. Le directeur des archives a annoncé qu’il ne permettrait pas l’accès des archives librement pour les chercheurs algériens »76.

« Il y a eu des erreurs de la part des autorités françaises, Macron veut aller trop vite, ne connaissant pas les tenants et les aboutissants en Algérie »77.

Réception de la politique mémorielle d’Emmanuel Macron par des associations nostalgiques de l’Algérie française

34Les responsables interviewés font partie d’associations nationales de Rapatriés qui ont été les interlocutrices des pouvoirs publics : l’ANFANOMA78 créée en 1956 et la FNR79 fondée en 1967 pour faire valoir les intérêts matériels et moraux des Rapatriés (indemnisation des biens, reclassement, etc.), et le Cercle algérianiste fondé en 1973 qui est une association mémorielle et culturelle pied-noir. La particularité de ces associations est de soutenir l’Algérie française (1830-1962)80. Elles sont nostalgiques d’un passé qu’elles estiment glorieux en Algérie et d’un territoire que leurs ancêtres ont contribué à mettre en valeur et qui a représenté une « terre de salut » pour ces colons déshérités venus d’Europe. Mais sont occultées les violences de la conquête par l’Armée au xixe siècle et les souffrances du peuple algérien sous le joug colonial. Ainsi ces collectifs refusent de renier ce passé colonial que l’État français voudrait solder. Les Rapatriés ont selon eux fait les frais de l’Histoire en perdant tout en quittant l’Algérie en 1962 alors que la France a, au xixe siècle, encouragé voire forcé81 des populations européennes à s’y installer. Ils réclament la réhabilitation de l’Algérie française et la reconnaissance du statut de victimes à leur groupe : « Le Cercle national depuis 1973, on fait perdurer les souvenirs du passé de la France en Algérie qu’on estime, nous, glorieux ! »82.

« Le peuple pied-noir ne soutient pas la colonisation. Il soutient sa présence sur cette terre qui a été une terre de salut. Beaucoup avaient fui l’Espagne ou l’Italie, l’Alsace-Lorraine, Malte où ils n’arrivaient pas à vivre… Ces gens-là n’avaient que cette terre (l’Algérie). Leur vie était là. De pauvres Espagnols ou Italiens qui avaient défriché la Mitidja qui vivaient dans des conditions sordides, on voit bien Camus… Ils défendaient que ce qu’il leur restait, la terre, la rue qui les avaient vu naître ! »83.

35En raison du vieillissement de leurs membres, ces associations mènent leurs ultimes combats et sont vouées à disparaitre à brève échéance. Seuls le Cercle Algérianiste et quelques sections départementales de l’ANFANOMA84 ou de la FNR conservent localement dans le Sud de la France85 un activisme encore assez soutenu en s’appuyant sur un réseau de petites amicales86, mais avec des effectifs très réduits. Le Cercle algérianiste organise un rassemblement annuel qui réunit quelques centaines de personnes dans des villes du Midi où ils disposent du soutien d’édiles de droite ou d’extrême droite87 qui instrumentalisent la tragédie algérienne à des fins politiques au nom de la défense d’une vision de la France (rejet de l’immigration et du multiculturalisme, repli sur l’identité nationale, etc.).

« On va disparaître, il n’y aura pas de relève … d’abord les gens s’en fichent un peu ! … On est condamné à disparaître à brève échéance, on le sait ! »88.

« Béziers, c’est le centre de gravité des Rapatriés. Ils l’ont fait (le Congrès) un nombre assez important de fois à Perpignan… On a été hyper bien reçu par Ménard (Béziers) »89.

36Le bureau national90 et des sections locales du Cercle algérianiste ou de l’ANFANOMA ont été investis d’individus un peu plus jeunes (60-75 ans), enfants en 1962, qui sont porteurs de mémoires transmises au sein des familles (récits nostalgiques et traumatiques ou silences familiaux). Ils constituent des « minorités actives » qui se mobilisent pour faire reconnaître cette mémoire de l’Algérie française. Quelques-uns ont une double casquette de militant politique ou d’élu local au sein de formations conservatrices ou populistes (LR, RN, Reconquête d’Éric Zemmour, proches de Robert Ménard ou d’Éric Ciotti) et se servent parfois de leur position à des fins électoralistes. Ces associations nostalgiques sont peu représentatives aujourd’hui. Leur positionnement en faveur de l’Algérie française a été dominant chez les Rapatriés adultes en 1962, profondément meurtris par la perte de l’Algérie et de leurs biens, mais ce groupe a « disparu », 60 ans après l’indépendance algérienne. Les générations nées depuis le rapatriement n’ont pas le même rapport au passé et présentent moins de spécificités dans leur vote que leurs ainés91.

37Observons maintenant comment ces responsables perçoivent la politique mémorielle d’Emmanuel Macron. Ce qui domine est le rejet. Cette politique est selon eux très déséquilibrée, « à sens unique », car seules les exactions commises par la France durant la guerre d’Algérie sont reconnues tandis que les violences perpétrées par le FLN ne sont pas évoquées par l’Algérie. Ils estiment qu’il s’agit d’une opération de « repentance » qui cache son nom, dans le but alors d’un rapprochement diplomatique avec l’État algérien en raison d’enjeux sécuritaires et commerciaux. Ils considèrent que cette politique place la France dans une situation de faiblesse face à l’Algérie, doutant que le pouvoir algérien qui puise encore sa légitimité dans la guerre d’Algérie, soit désireux d’en faire l’examen, notamment sur les harkis et les disparus européens. Des responsables associatifs pensent également qu’Emmanuel Macron a mené cette politique mémorielle à des fins électoralistes pour séduire l’électorat franco-algérien à la présidentielle de 2017 et de 2022. Ils demandent une reconnaissance des souffrances mutuelles de la guerre d’Algérie et des commémorations bilatérales équilibrées.

« Les mémoires sont complexes et les souffrances des deux côtés doivent être reconnues… La réconciliation, c’est un chemin d’équité que chacun doit parcourir. C’est pas les uns qui s’érigent en procureurs, surtout quand ils ont les mains pleines de sang, et les autres qui subissent, ça c’est la fausse réconciliation ! De toute façon dans le gouvernement algérien, vous avez Tebboune, Vous avez encore des gens qui étaient des protagonistes dans la guerre d’Algérie, c’était Bouteflika, il y a peu, le chef d’État major, Gaïd Salah, mort il y a quelques mois… On n’a rien à attendre de ces gens-là. La paix viendra sans doute, mais le gouvernement algérien n’est pas prêt à la faire ! On a nommé Stora et l’Algérie a nommé Chikhi, membre du FLN dont les propos revanchards sont une constante pour qui suit l’actualité algérienne, sur le génocide etc. Chikhi, c’est un militant pur et dur ! »92.

« C’est un plaidoyer pour le FLN, tout simplement. On ne peut pas du tout le suivre ! »93.

38Certains redoutent que la reconnaissance des seules exactions commises par la France, sans contrepartie du côté algérien, attise le ressentiment de descendants d’immigrés algériens. Ils y voient un risque de division de la société française.

« Ça ne va rien pacifier du tout ! En revanche, vous attisez la haine de votre pays en l’enfonçant dans la culpabilité… Comment raccrocher une population qui décroche, qui veut se séparer… Il faut montrer la complexité de l’histoire, qu’il y a des victimes de tous les côtés ! »94.

39Par ailleurs, le choix du chef de l’État de s’appuyer sur l’historien Benjamin Stora est contesté en raison de ses engagements militants passés à l’extrême-gauche. Sa gestion du passé algérien est considérée comme partiale, en faveur des nationalistes. Il aurait été choisi selon eux pour servir d’intermédiaire entre la France et le pouvoir algérien avec qui il aurait des liens. La démarche est jugée plus politique que scientifique. Certains auraient préféré qu’un collectif d’historiens soit constitué.

« Une vraie question se pose en amont, pourquoi Stora ? Il y a d’autres universitaires ! Il peut même y avoir un collectif. Vous avez Pervillé, Frémaux, Dard, Il y avait Daniel Lefeuvre, des gens qui ne sont pas forcément proches de nous… Cet historien (Stora) est d’autant plus gênant qu’on ne sait pas si c’est un historien ou un militant… Stora vient de l’Organisation communiste internationale95, ça pose problème quelqu’un qui a eu un engagement très marqué et Stora parle trop à l’oreille des présidents, Hollande, Macron. Il faut choisir, ou on est un universitaire, et on applique la rigueur scientifique, ou on fait de la politique, ce que fait Stora très habilement ! Et les pétitions qu’il a signées qui vont toujours dans le même sens ! Il a pétitionné pour la torture, mais on ne l’a jamais vu pétitionner pour la vérité sur le massacre des Européens d’Oran (5 juillet 1962)… Stora a été très proche aussi du pouvoir algérien pendant de nombreuses années… C’est gênant pour la pluralité des mémoires ! »96.

40Selon leurs dirigeants, les associations de Rapatriés auraient été mises à l’écart par le président Macron dans l’élaboration de cette politique mémorielle tandis que des collectifs concurrents de gauche auraient été consultés.

« La FNACA a été consultée, mais pas l’UNC97. Vous avez l’association des anciens combattants communistes, l’A4CG, qui sont un groupuscule. Vous avez Coup de Soleil, dont le marquage est connu, et l’Association des Pieds-noirs Progressistes qui est proche du PC (qui ont été consultées)… ça ne donne pas le reflet de ce que peuvent penser les Français d’Algérie ! »98.

41En amont de cette politique mémorielle, les déclarations du candidat Macron à la présidentielle française en visite à Alger en 2017 qualifiant la colonisation de « crime contre l’Humanité » et de « barbarie » avaient suscité de vives réactions et des manifestations d’associations de Rapatriés qui les percevaient comme une insulte aux sacrifices de leurs aïeux dans la construction de l’Algérie française et dans leurs participations aux débarquements alliés et aux combats de la Libération.

« Les Français d’Algérie majoritairement n’aiment pas Macron parce qu’il nous a insultés et méprisés : quand vous traitez les gens de criminels contre l’Humanité sans même les connaître pour des raisons électorales, avec tous les sacrifices qu’ils ont fait en faveur de la France J’ai eu des témoignages de vieux messieurs de 90 ans qui avaient participé aux combats de la seconde Guerre mondiale dans l’Armée d’Afrique, Monte Cassino etc. Ils étaient extrêmement blessés… Il y avait un sentiment de révolte contre ces propos indignes qui jetaient l’opprobre… Macron. est chef de l’État, il se devrait de reconnaître toutes les souffrances ! »99

42Puis la politique mémorielle poursuivie par le chef de l’État a continué d’heurter ces associations. Elles sont opposées à la reconnaissance par la France des assassinats de nationalistes algériens (Ali Boumendjel, Larbi Ben M’hidi100) et de communistes (Maurice Audin) aux motifs qu’il s’agissait d’activistes qui soutenaient des actions terroristes du FLN et qui combattaient la France prenant pour cibles des civils européens d’Algérie ou des appelés français du contingent. Par ces gestes mémoriels, Emmanuel Macron aurait voulu satisfaire, selon elles, les autorités algériennes, car ces combattants font l’objet de commémorations officielles dans des lieux symboliques (noms de rue, places, etc.) en Algérie101.

« Quand vous défendez Boumendjel qui combattait la France à l’époque ! On ne peut pas se reconnaître dans ces propositions ! Pourquoi reconnaître Boumendjel et Gisèle Halimi?102Boumendjel et Halimi, c’est du militantisme pur et dur ! »103.

« Il est tellement facile de faire plaisir au gouvernement algérien donc il a reconnu la disparition de Maurice Audin et pas un mot pour les milliers de disparus français d’Algérie ! »104.

43Certains sont également hostiles à l’érection d’une stèle en hommage à Abdelkader, héros de la résistance à la conquête au xixe siècle, car on ne doit pas honorer ceux qui ont combattu la France. Ils sont également opposés à la restitution à l’État algérien des cranes de résistants algériens au xixe siècle ou d’objets symboliques (épée d’Abdelkader, canon « Baba Merzoug », etc.), car ces actes sont vus comme une forme de « repentance ».

44À l’inverse, les dirigeants de ces associations regrettent que ne soit pas évoquée la contribution des colons européens, qu’ils nomment « pionniers », dans la mise en valeur le territoire algérien. Emmanuel Macron a « bradé », selon eux, leur mémoire pour se rapprocher de l’Algérie. Ils pensent être les grands oubliés d’une politique mémorielle d’État qui ambitionne pourtant de réconcilier la France avec son passé colonial. Des responsables associatifs avaient dénoncé « l’oubli » des Européens d’Algérie dans le rapport Stora. Mais plus tard, Emmanuel Macron a invité « les représentants des Rapatriés d’Algérie » à l’Élysée le 26 janvier 2022 et il a reconnu, dans son discours, la fusillade rue d’Isly à Alger, le 26 mars 1962, de manifestants européens par l’Armée française (« ce massacre du 26 mars 1962 est impardonnable pour la République »). Il a aussi évoqué les conditions douloureuses du rapatriement de 1962 qui a poussé dans l’exode près d’un million de Rapatriés européens installés en Algérie depuis plusieurs générations ou juifs berbères natifs de ce pays. Il a mentionné les difficultés de la réinstallation en France après un accueil officiel de l’État qu’il a jugé défaillant et un manque de solidarité des Français métropolitains. Il a aussi souligné les capacités des Rapatriés à se relever de cette épreuve et ce que la France devait à ce groupe dans des domaines variés (« la France s’est enrichie, embellie de vos talents et de vos dons »)105. Néanmoins, cet hommage rendu aux Rapatriés ne semble pas satisfaire certains responsables d’associations qui reprochent au chef de l’État de ne jamais s’être excusé sur ses déclarations sur le crime contre l’Humanité106. Ils voudraient que la France aille plus loin dans la réhabilitation des Européens d’Algérie dont la mémoire est selon eux « bannie » et marginalisée et les souffrances occultées.

« La fusillade de la rue d’Isly, on sait très bien qu’elle a été pilotée par de Gaulle, mais on n’ouvre pas les archives gênantes… On est un peu désabusé ! On a le sentiment qu’on n’est pas écouté. On a été diabolisé ! »107.

45Par ailleurs, ils sont choqués que ne soient pas reconnus les enlèvements de civils européens108 après la signature des accords d’Évian, le 18 mars 1962 (environ 3000 Pieds-Noirs enlevés du 18 mars au 31 décembre 1962 dont 2000 probablement décédés), ni les tueries de centaines d’Européens de tous âges à Oran, le 5 juillet 1962109, jour de l’indépendance algérienne, qui sont aujourd’hui des combats essentiels pour ces associations110. Ils doutent que la commission mixte d’historiens franco algériens fasse la lumière sur ces drames, car l’Algérie ne veut pas reconnaître ces actes ni endosser leur responsabilité. De plus, ils accusent les historiens français de soutenir les mémoires des nationalistes ou des communistes et de masquer les violences à l’encontre des Européens.

« On suit les travaux des commissions mixtes franco-algériennes : on aborde uniquement des questions qui conviennent à l’Algérie sur les essais nucléaires, les mines, etc... Sur la question des disparus, on n’a rien vu !… Pourquoi ? Parce que si vous commencez à enquêter sur les morts harkis, sur les charniers d’Européens, il y en a eu un peu partout, pas qu’à Oran, donc vous reconnaissez que vous aussi vous avez commis des atrocités. Le gouvernement algérien ne va pas aller contre le mythe qu’il fabrique et entretient depuis des années !… Est-ce que vous imaginez le gouvernement issu du FLN faire des commissions d’enquêtes sur les massacres d’harkis et de leurs familles, c’est impensable et Stora le sait parfaitement. ! »111

46Des responsables d’associations déplorent également l’absence de proposition d’une date commémorative qui ait une signification pour les Rapatriés tandis que des dates symboliques ont été retenues pour honorer la mémoire des anciens combattants français (19 mars), des harkis (25 septembre) ou des immigrés algériens (17 octobre). Ils soutiennent la Journée nationale d’hommage aux harkis, mais refusent catégoriquement la date du 19 mars (cessez-le-feu après la signature des accords d’Evian), car il s’agit pour eux d’un renoncement de la France à conserver l’Algérie et surtout parce qu’il y a eu de nombreuses victimes européennes et harkis après cette date. Ils proposent pour leur groupe : la date de la Journée nationale aux morts pour la France pendant la guerre d’Algérie, le 5 décembre (date officielle de commémoration sous la présidence de Chirac, correspondant à l’inauguration du Mémorial de la guerre d’Algérie quai Branly à Paris en 2002), celle de la fusillade de la rue d’Isly à Alger (26 mars 1962) et la date du 5 juillet 1962 où plusieurs centaines d’Européens ont été tués à Oran, jour de l’indépendance algérienne.

« Dans les trois dates mises en avant par le chef de l’État, 19 mars, 17 octobre 1961 et 25 septembre, très bien pour les harkis, où sont les Français d’Algérie ? Les militaires, le FLN, les harkis sont célébrés, mais les Français d’Algérie n’ont pas de date symbolique ! »112.

« Quand vous reconnaissez le 17 octobre 1961, le 19 mars 1962, où est le 5 juillet 1962, le martyr de centaines de Français d’Algérie ? C’est une date constitutive du martyr pied-noir et elle associe la double responsabilité : celle de la France qui abandonne sciemment toute une population et les rapports le montrent, à l’Assemblée nationale des parlementaires avaient dans leurs interventions évoqué ces massacres sur lequel le gouvernement disait ne rien connaître, et en plus la responsabilité algérienne puisque ce sont des partisans du FLN qui ont commis les massacres. Le 26 mars (fusillade rue d’Isly) est aussi une date importante… On ne peut pas reconnaître le 19 mars puisque ce serait reconnaître une date qui nie les massacres des Français d’Algérie et des harkis ! La mémoire, c’est pas à n’importe quel prix ! le 19 mars, c’est le déclenchement des violences… On est irrémédiablement contre le 19 mars, c’est une date de négation des drames. Maintenant, le débat est clos, il n’y a pas une seule date qui s’adresse aux Pieds-noirs !… Il y a un déséquilibre flagrant, ce qui blesse profondément… Le 19 mars et le 25 septembre sont des dates déjà officielles. Le 17 octobre, Macron va la reconnaître, il aurait pu rajouter le 5 juillet et vous avez une véritable équité des mémoires ! »113.

47Enfin, certains regrettent le manque de reconnaissance d’une figure illustre parmi les Européens d’Algérie tandis qu’un hommage a été rendu à Abdelkader. Luc du Cercle algérianiste aurait souhaité que Camus les représente et entre au Panthéon. « Albert Camus parce qu’il s’est rapproché de sa communauté. Il a été en désaccord avec elle, mais il était aussi profondément ancré en elle »114.

48En conclusion, la politique mémorielle d’Emmanuel Macron a été diversement appréciée par les responsables d’associations consultés, des blocages persistant de part et d’autre. Les collectifs anticoloniaux considèrent qu’elle ne va pas assez loin. Ils souhaitent un rapprochement avec l’Algérie et une reconnaissance plus ample des mémoires des nationalistes, mais refusent de dialoguer avec les collectifs nostalgiques de l’Algérie française. Ces derniers rejettent cette politique mémorielle jugée déséquilibrée et continuent de réclamer la réhabilitation de leur passé et de leur groupe. Ils n’envisagent pas de se rapprocher de l’Algérie ni des associations défendant les mémoires des nationalistes ou des communistes. Chacun de ces collectifs souhaite donc la reconnaissance de sa mémoire et son inscription dans le grand récit national, mais reste peu enclins à entendre celles des autres, préalable à une réconciliation. S’opposent ainsi au travers de ces associations deux lectures du passé colonial algérien, une « mémoire » de gauche et une « mémoire » de droite ultraconservatrice, renvoyant à des positionnements pris au cours de la guerre d’Algérie115. Les responsables d’associations culturelles d’immigrés algériens essayent de dialoguer avec ces différents groupes en recherchant l’apaisement des mémoires. Par ailleurs, ces associations, quelles qu’elles soient, sont probablement peu représentatives des catégories qu’elles défendent, leurs effectifs étant très limités, les témoins ayant disparu et les descendants ayant pour la plupart renoncé à reprendre le flambeau. Les questions mémorielles sont donc portées aujourd’hui dans ces associations par des « minorités actives » appartenant à une génération plus jeune moins impactée par le conflit algérien. Certains responsables associatifs, affiliés à des partis, ont contribué à réinscrire ces mémoires coloniales dans le clivage gauche-droite. Cette politisation des mémoires par ces collectifs militants entretient aussi ces conflits mémoriels. Les mémoires algériennes sont ainsi « recyclées » et se retrouvent au cœur des luttes actuelles sur des visions opposées de la France entre repli identitaire et ouverture de la Nation.

Notes

1 Ledoux Sébastien, Morin Paul Max, L’Algérie de Macron. Les impasses d’une politique mémorielle, Paris, PUF, 2024, pp. 67-106.

2 Stora Benjamin, Les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie, site internet officiel de l’Élysée, rapport, 2021, disponible à l’adresse suivante : https://www.elysee.fr/admin/upload/default/0001/09/0586b6b0ef1c2fc2540589c6d56a1ae63a65d97c.pdf (consulté le 13 novembre 2024) ; Stora Benjamin, France-Algérie. Les passions douloureuses, Paris, Albin Michel, 2021, 208 p.

3 En amont du rapport officiel de Benjamin Stora, Emmanuel Macron reconnait officiellement, le 13 septembre 2018, la responsabilité de la France dans l’exécution par des militaires français en 1957 du mathématicien communiste proche du Front de Libération Nationale (FLN), Maurice Audin. En juillet 2020, la France restitue à l’Algérie des crânes de résistants algériens à la conquête par la France au xixe siècle. À la suite des préconisations du rapport Stora, Emmanuel Macron reconnaît officiellement en 2021 l’assassinat de l’avocat du FLN, Ali Boumendjel, pendant la bataille d’Alger en 1957. À la veille des 60 ans de la répression sanglante d’Algériens par les forces de l’ordre dirigées par le préfet de police de Paris, Maurice Papon, lors d’une manifestation pacifique organisée à l’appel du FLN, le 17 octobre 1961, Emmanuel Macron dénonce « des crimes inexcusables pour la France ». Le 20 septembre 2021, Il a annoncé une loi « de reconnaissance et de réparation » pour les harkis, victimes d’un « abandon de la République française » qui a conduit à des massacres en Algérie, en leur demandant pardon. Le 30 septembre 2021, le président rencontre 18 « petits-enfants » de témoins de la guerre d’Algérie (descendants de nationalistes ou d’immigrés algériens, de Rapatriés, de harkis ou d’anciens combattants) afin de réconcilier les nouvelles générations. Le 26 janvier 2022, Emmanuel Macron reçoit à l’Élysée des associations de Rapatriés. Dans le discours qu’il prononce à cette occasion, il dénonce « un acte impardonnable pour la République » en évoquant la fusillade par des militaires français, rue d’Isly à Alger, le 26 mars 1962, de manifestants européens, faisant environ 50 morts et 200 blessés. Il fait déposer par le préfet de police de Paris, Didier Lallement, une gerbe au Père-Lachaise, le 8 février 2022, devant la sépulture collective des neuf victimes communistes de la manifestation anti-OAS du métro Charonne à Paris, « violemment réprimée par la police » le 8 février 1962. Le 1er novembre 2024, jour des 70 ans de la « Toussaint rouge » où débuta la guerre d’Algérie, Emmanuel Macron reconnaît officiellement l’assassinat par la France en 1957 de l’un des neuf fondateurs historiques du FLN, Larbi Ben M’Hidi. Le 8 mai 2025, 80 ans après les faits, Emmanuel Macron évoque « les violences et les massacres » de Sétif et de Guelma.

4 L’absence de repentance signifie le refus de demander pardon aux Algériens qui pourrait conduire à une demande de réparation et d’indemnisation.

5 Une « coalition de cause » est composée d’acteurs de divers horizons qui partagent un ensemble de valeurs et de croyances et qui participent à des activités coordonnées pour influer sur la prise de décision de politiques publiques. Le Galles Patrick, Thatcher Mark, Les réseaux de politique publique. Débat autour des policy networks, Paris, L’Harmattan, 1995, 272 p. ; Bergson Henri, Surel Yves, Valluy Jérôme, « L’Advocacy Coalition Framework. Une contribution au renouvèlement des études de politiques publiques », Politix, 1998, n°41, pp. 195-223 ; Comtat Emmanuelle, « Du vote des Pieds-Noirs aux politiques mémorielles à l’égard des Rapatriés. Étude du lien entre une opinion catégorielle et l’action publique », Pôle Sud, 2016, vol. 2, n°45, pp. 119-135.

6 C’est le cas de l’Association Justice Information Réparation (AJIR) de harkis et de l’Union Nationale des Combattants (UNC).

7 Association Josette et Maurice Audin, Association du 8 mai 1945, FNACA (Fédération Nationale des Anciens Combattants en Algérie, Maroc et Tunisie), etc.

8 La consigne des entretiens est « pouvez-vous me parler de la manière dont vous percevez la politique mémorielle de la France sur la colonisation de l’Algérie et la guerre d’Algérie ». Les interviewés se sont exprimés en tant que responsables d’association et sur leur parcours d’engagement.

9 Notamment la newsletter du Cercle algérianiste et du Collectif 17 octobre Isère.

10 Les déclarations de Suzy Simon-Nicaise, présidente nationale du Cercle algérianiste, sur la politique d’Emmanuel Macron, disponible à l’adresse suivante : https://www.dailymotion.com/video/x87cplk (consulté le 25 novembre 2024).

11 Ledoux Sébastien, Morin Paul-Max, L’Algérie de Macron : les impasses d’une politique mémorielle, op. cit., 296 p. ; Gensburger Sarah, Les Justes de France. Politiques publiques de la mémoire, Paris, Presses de Sciences Po, 2010, 240 p. ; Michel Johann. Gouverner les mémoires. Les politiques mémorielles en France, Paris, PUF, 2010, 208 p. ; Gensburger Sarah, Lefranc Sandrine, Á quoi servent les politiques de mémoire, Presses de Sciences Po, 2017 183 p. ; Gensburger Sarah, Qui pose les questions mémorielles, Paris, CNRS, 2023, 272 p. ; Baussant Michèle, Chauliac Marina, Gensburger Sarah, Venel Nancy, Les terrains de la mémoire. Approches croisées à l’échelle locale, Paris, Presses universitaires de Nanterre, 2018, 190 p.

12 Warin Philippe, Les usagers dans l’évaluation des politiques publiques, Paris, L’Harmattan, 1993, 317 p. ; Giraud Olivier, Warin Philippe, Politiques publiques et démocratie, Paris, La Découverte, 2008, 428 p. ; Roquefort Cook Katline, La participation des usagers aux politiques publiques locales, Paris, L’Harmattan, 2015, 134 p. ; Duvoux Nicolas, Les oubliés du rêve américain, Paris, PUF, 2015, 352 p.

13 Savarese Éric, Algérie. La guerre des mémoires, Paris, Non Lieu, 2007, 319 p. ; Eldridge Claire, From Empire to Exile: History and Memory within the Pied-noir and Harki communities 1962-2012, Manchester, Manchester University Press, 2016, 352 p. ; Comtat Emmanuelle, Les pieds-noirs et la politique, Paris, Presses de Sciences Po, 2009, 315 p. ; Baussant Michèle, Pieds-Noirs : mémoires d’exils, Paris, Stock, 2002, 475 p. ; Scioldo-Zurcher Yann, Devenir métropolitains. Politique d’intégration et parcours de Rapatriés d’Algérie en métropole 1954-2005, Paris, EHESS, 2010, 461 p. ; Hourcade Renaud, Les ports négriers face à leur passé. Politiques de la mémoire à Nantes. Bordeaux et Liverpool, Paris, Dalloz, 2014, 340 p. ; Celestine Audrey, Mobilisations collectives et construction identitaire : le cas des Antillais en France et des Portoricains aux États-Unis, thèse de doctorat en sciences politiques, Paris, Institut d’études politiques de Paris (Sciences Po Paris), CERI, 2009, 605 p.

14 Rothberg Michael, Mémoire multidirectionnelle. Repenser l’holocauste à l’aune de la décolonisation, Paris, Éditions Pétra, coll. « Des mémoires », 2018, 686 p. ; Lefranc Sandrine, Mathieu Lilian, Simeant Johanna, « Les victimes écrivent leur histoire », Raisons politiques, 2008, vol. 30, n°2, pp. 5-19 ; Fassin Didier, Rechtman Richard, L’Empire du traumatisme. Enquête sur la condition de victime, Paris, Flammarion, 2007, 452 p.

15 Coup de Soleil, l’Associations Nationale des Pieds-noirs Progressistes et leurs Amis (ANPNPA), le Collectif 17 octobre Isère, Algérie au cœur, l’Association des Anciens Appelés d’Algérie et leurs Amis contre la Guerre d’Algérie (4ACG fondée en 2004, disponible à l’adresse suivante : https://www.4acg.org/).

16 Pierre, 73 ans, responsable régional Isère de l’Association Nationale des Pieds-Noirs Progressistes, éducateur spécialisé à la retraite.

17 Lambert, 73 ans, vice-président national de Coup de Soleil, fonctionnaire territorial à la retraite, ancien militant PS, élu régional écologiste/EELV en Auvergne Rhône Alpes.

18 Le FN (Front national) est un parti d’extrême-droite fondé en 1972 par Jean-Marie Lepen. Ce parti fait une percée électorale à Dreux aux municipales de 1983 puis aux Européennes de 1984.

19 Né à Constantine en 1942, il a été conseiller dans le cabinet de Louis Mermaz puis responsable des questions sur le Maghreb au secrétariat international du PS de 1986 à 1993.

20 Louis Mermaz (1931-2024) a été président de l’Assemblée nationale (1981-1986) et ministre socialiste à plusieurs reprises.

21 La marche pour l’égalité et contre le racisme, dite « Marche des Beurs » (« rebeu » en verlan signifie « Arabe ») est la première manifestation nationale de descendants d’immigrés partie de Marseille le 15 octobre 1983 et arrivée à Paris le 3 décembre 1983.

22 Néanmoins, au déclenchement de la guerre d’Algérie en 1954, François Mitterrand qui était Ministre de l’Intérieur a soutenu l’intervention des forces armées contre les insurgés du FLN. Il a déclaré alors, « L’Algérie, c’est la France ». Lorsqu’il était Garde des Sceaux en 1956 dans le Gouvernement du socialiste Guy Mollet, il a autorisé l’exécution de 45 nationalistes algériens.

23 Rosoux Valérie-Barbara, Les usages de la mémoire dans les relations internationales, Bruxelles, Bruylant, 2001, p. 118.

24 Lambert, Coup de Soleil, ex PS.

25 Bertrand Romain, Mémoires d’Empire : la controverse autour du fait colonial, Bellecombe-en-Bauges, Le Croquant, 2006, 221 p.

26 Beaugé Florence, « Les aveux du général Aussaresses: ’Je me suis résolu à la torture’ », Le Monde, 4 décembre 2013, disponible à l’adresse suivante : https://www.lemonde.fr/disparitions/article/2013/12/04/les-aveux-du-general-aussaresses-je-me-suis-resolu-a-la-torture_3524992_3382.html (consulté le 18 novembre 2024).

27 L’article 4 de cette loi invitait à reconnaître le rôle positif de la présence française outre-mer dans les programmes scolaires.

28 George Morin, président de Coup de Soleil, est l’ancien maire PS de Gières en Isère. Le vice-président de cette association est un élu régional écologiste à EELV en Auvergne Rhône Alpes.

29 Pierre, Pieds-Noirs Progressistes.

30 Morin Paul Max, Les jeunes et la guerre d’Algérie, Paris, PUF, 2022, 272 p.

31 Paco, 65 ans, responsable du Collectif 17 octobre en Isère et d’Algérie au cœur, ingénieur à la retraite, ex militant PC et syndicaliste CGT.

32 Pierre, Pieds-noirs Progressistes.

33 Paul, 63 ans trésorier du Collectif 17 octobre en Isère, enseignant à la retraite.

34 Pierre, Pieds-Noirs Progressistes.

35 Lambert, Coup de Soleil.

36 Paco, Collectif 17 octobre en Isère et Algérie au cœur.

37 Lambert, Coup de Soleil.

38 Pierre, ANPNPA.

39 Stora Benjamin, Les guerres sans fin, Paris, Stock, 2008, pp. 58-66.

40 Lambert, Vice-président Coup de Soleil.

41 Paco, Collectif 17 octobre en Isère et Algérie au cœur.

42 Paco, Collectif 17 octobre en Isère et Algérie au cœur.

43 Les porteurs de valises étaient un réseau de militants en France qui durant la guerre d’Algérie collectait et transportait des fonds en soutien aux combattants du FLN.

44 Les libéraux prônaient un rapprochement entre les communautés européennes et musulmanes durant la guerre d’Algérie.

45 Lambert, Coup de Soleil.

46 Pierre, Pieds-Noirs progressistes.

47 C’est le cas des responsables du Collectif 17 octobre Isère, d’Algérie au cœur, et de Coup de Soleil.

48 Bertrand Delanoe, ancien maire de Paris, a été le premier, à reconnaître officiellement lors d’une commémoration dans sa ville en 2001, le massacre du 17 octobre 1961. Il a été suivi par d’autres maires de gauche.

49 Macron a, le 8 mai 2025, avancé sur cette question.

50 Paco, Collectif 17 octobre en Isère et Algérie au cœur.

51 Le Mouvement national algérien (MNA) de Messali Hadj.

52 Paco, Collectif 17 octobre en Isère et, Algérie au cœur.

53 En visite à Alger, lors de la campagne présidentielle de 2017, Emmanuel Macron, interviewé par un journaliste algérien, a qualifié la colonisation de « crime contre l’Humanité »  ; Roger Patrick, « Colonisation, les propos inédits de Macron font polémique », Le Monde, 16 février 2017, disponible à l’adresse suivante : https://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/02/16/pour-macron-la-colonisation-fut-un-crime-contre-l-humanite_5080621_4854003.html (consulté le 1er novembre 2024).

54 Guignard Didier, L’Algérie sous séquestre. Une coupe dans le corps social (xixe-xxe siècle), Paris, CNRS Editions, 2023, 272 p.

55 Lambert, Coup de Soleil.

56 Paco, Collectif 17 octobre en Isère et Algérie au cœur.

57 L’OAS (Organisation Armée Secrète) est l’organisation terroriste pro-Algérie française créée en 1961.

58 Comtat Emmanuelle, Les pieds-noirs et la politique, op. cit., 320 p.

59 Pierre, Pieds-Noirs Progressistes.

60 ASALI (Association de Solidarité des Algériens en Isère) a été créée en 1992. C’est un réseau d’entraide destiné aux personnes d’origine algérienne en Isère. Elle regrouperait 2400 adhérents. Disponible à l’adresse suivante : https://www.ici-grenoble.org/structure/asali

61 AMAL, qui signifie « espoir » en arabe, est une association culturelle franco maghrébine en Isère. Disponible à l’adresse suivante : https://www.amal38.fr/page/531109-presentation

62 Franz Fanon, Pour la révolution africaine, Paris, La Découverte, 1964, 223 p ;

63 Ali, 72 ans, membre du bureau d’ASALI, enseignant à la retraite.

64 Omar, membre du bureau d’AMAL, 53 ans, enseignant.

65 Omar, AMAL.

66 Ali, ASALI.

67 Emmanuel Macron en a parlé plus tard.

68 Ali, ASALI.

69 Omar, AMAL.

70 Hirsch Marianne, The Generation of Post-memory, writing and virtual culture after the Holocaust, New York, Columbia University Press, 2012, 320 p.

71 Notamment le film Indigènes de Rachid Bouchareb de 2006, les chansons de Zebda ou du rappeur Médine.

72 Ali, ASALI.

73 Fabbiano Giulia, Héritier 1962. Harkis et immigrés algériens à l’épreuve des appartenances nationales, Paris, Presses universitaires de Paris Ouest, 2016, 266 p.

74 Besnaci-Lancou Fatima, Moumen Abderahmen, Les Harkis, Paris, Le Cavalier bleu, 2008, 128 p.

75 Ali, ASALI.

76 Ibid.

77 Omar, AMAL.

78 Association Nationale des Français d’Afrique du Nord d’Outre-Mer et leurs Amis.

79 Fédération nationale des Rapatriés.

80 Sur ces collectifs : Comtat Emmanuelle, Résistances coloniales et mémorielles de collectifs militants partisans de l’Algérie française face à la politique de réconciliation des mémoires algériennes du président Macron, Cahiers Mémoire et politique, n°8, 2022, disponible à l’adresse suivante : https://popups.uliege.be/2295-0311/index.php?id=285 (consulté le 18 novembre 2024).

81 La France a « transporté » de manière autoritaire des insurgés en Algérie au xixe siècle.

82 Marc, 76 ans, président local du Cercle algérianiste en Isère, ingénieur travaux publics retraité.

83 Luc, 64 ans, président national du Cercle algérianiste jusqu’en 2022, ancien conseiller économique de la présidence UMP/LR du Conseil régional des Pays de Loire.

84 L’ANFANOMA reste encore active dans quelques territoires : Pierrelatte, Montélimar, Marseille, Montpellier, Grasse.

85 Où de nombreux Rapatriés se sont installés en 1962.

86 Associations d’Oranais ou d’anciens de Bab-el-Oued, etc.

87 Le Congrès national du Cercle algérianiste a eu lieu ces dernières années à Perpignan dirigée par le maire RN, Louis Aliot, fils de Rapatriés, et à Béziers dirigée par la maire Robert Ménard, d’origine pied-noir.

88 Jean, 82 ans membre du bureau de la FNR, retraité.

89 Marc, Cercle algérianiste.

90 La présidente nationale du Cercle algérianiste, Suzy Simon Nicaise, âgée de 8 ans lors du rapatriement, est une ancienne élue de la municipalité Pujol (UMP) à Perpignan.

91 Comtat Emmanuelle, Les Pieds-noirs et la politique, op. cit., 320 p. ; IFOP, « Le vote pied-noir : mythe ou réalité », IFOP Group, mars 2014, disponible à l’adresse suivante : https://www.ifop.com/publication/vote-pied-noir-mythe-ou-realite/ (consulté le 25 novembre 2024).

92 Luc, Cercle algérianiste.

93 Marc, Cercle algérianiste.

94 Jean, FNR.

95 L’OCI est une organisation trotskiste française.

96 Luc, ex président national du Cercle algérianiste.

97 L’Union nationale des combattants.

98 Luc, Cercle algérianiste.

99 Ibid.

100 Dans un communiqué de presse du 2 novembre 2024, le Cercle algérianiste s’oppose à la reconnaissance de l’assassinat par la France de Larbi Ben M’hidi, disponible à l’adresse suivante : https://www.cerclealgerianiste-lyon.org/wp-content/uploads/2024/11/CP-2024-11-02-Macron-ToussaintRouge.pdf (consulté le 20 novembre 2024).

101 Alcaraz Emmanuel, Les lieux de mémoire de l’indépendance algérienne, Paris, Karthala, 2017, 322 p.

102 Ces associations se sont opposées à la proposition du rapport Stora, non reprise par Emmanuel Macron, de faire entrer au Panthéon l’avocate Gisèle Halimi à cause de son soutien aux nationalistes algériens considéré comme une « intelligence envers l’ennemi » et une « trahison à la Nation ».

103 Luc, Cercle algérianiste.

104 George, 80 ans, ANFANOMA, retraité.

105 Discours d’Emmanuel Macron à l’Élysée le 26 janvier 2022, disponible à l’adresse suivante : https://www.youtube.com/watch?v=lKIikyKix8s (consulté le 13 novembre 2024).

106 Le Cercle algérianiste a décliné l’invitation à l’Élysée pour cette raison.

107 Marc, Cercle algérianiste.

108 Jordi Jean-Jacques, Les disparus civils européens de la Guerre d’Algérie. Un silence d’État, Paris, Soteca, 2011, 200 p.

109 Pervillé Guy, Oran, 5 juillet 1962. Leçon d’histoire sur un massacre, Paris, Vendémiaire, 2014, 320 p.

110 Comtat Emmanuelle, « Les disparus civils européens de la guerre d’Algérie. Processus de construction d’une cause victimaire militante », Papeles del CEIC/International Journal on Collective Identity Research, 2017, vol. 1, 27 p.

111 Luc, ex-président national Cercle algérianiste.

112 Jean, FNR.

113 Luc, Cercle algérianiste.

114 Ibid.

115 Toutefois, la gauche a longtemps été partagée sur la question algérienne (François Mitterrand et Guy Mollet ont envoyé l’Armée combattre les nationalistes. 146 députés du PC ont voté en 1956 la loi sur les Pouvoirs spéciaux qui a permis la torture) de même que la droite qui a soutenu l’Algérie française avant sa fracturation après la politique d’autodétermination décidée par Charles de Gaulle en 1959.

Pour citer cet article

Emmanuelle Comtat, «Des collectifs militants pro et anticoloniaux face à la politique de réconciliation des mémoires d’Emmanuel Macron : Analyse de la réception d’une politique mémorielle présidentielle par ses destinataires», Cahiers Mémoire et Politique [En ligne], Cahier n°11. La science politique et la guerre d’Algérie, URL : http://bibli-cloud15.segi.ulg.ac.be/2295-0311/index.php?id=341.