Eigensinn https://popups.uliege.be/2795-8892 fr La femme appelée « Marie Madeleine » https://popups.uliege.be/2795-8892/index.php?id=159 Toutes deux s’appellent Marie. Elles sont saintes. L’une est égyptienne, l’autre est née à Magdala en Galilée. On les confond fréquemment. Bien des scènes de leurs vies se ressemblent au point que certains ont tenté de voir une seule et même femme réunie dans ces deux existences. Ce qui marque les esprits est, dans les deux cas, que ces femmes furent d’abord « pécheresses » avant de se repentir en vivant dans le désert dans un profond dénuement et d’avoir leurs cheveux pour seuls vêtements avant d’être portées au ciel par les anges à l’heure de la mort. Marie Madeleine dans le désert Marie l’Égyptienne dans le désert Marie Madeleine portée par des anges Marie l’Égyptienne portée par des anges Marie Madeleine tenant un pot à onguent Marie l’Égyptienne tenant trois pains Marie Madeleine vêtue de ses cheveux Marie l’Égyptienne vêtue de ses cheveux Marie Madeleine est citée à de nombreuses reprises dans le Nouveau Testament où elle tient un rôle non négligeable dans la vie du Christ et lors de sa résurrection : Marie Madeleine lave les pieds de Jésus de Nazareth / Marie Madeleine et son frère Lazare ressuscité / Marie Madeleine chez sa sœur Marthe / Marie Madeleine au pied de la croix du Christ / « Noli me tangere » ou Marie Madeleine et le Jardinier. La suite de son existence est mentionnée par Jacques de Voragine1 et connait quelques épisodes situés en Provence2. Marie l’Égyptienne, quant à elle, toujours suivant Jacques de Voragine, « passa 47 ans au désert, dans une austère p Mon, 27 May 2024 00:00:00 +0200 https://popups.uliege.be/2795-8892/index.php?id=159 Au cœur de la gira. https://popups.uliege.be/2795-8892/index.php?id=161 À partir d’images réalisées à l’invitation d’une cheffe de culte pendant la fête annuelle de la divinité Oxóssi dans son terreiro (lieu de culte), cette série de photographies propose une approche sensible du vécu des pratiques religieuses de l’umbanda, religion marquée par une logique de pluralisation dynamisant la « culture brésilienne des esprits1 ». Née en 1908 à Rio de Janeiro, l’umbanda a été construite dans les décennies suivantes comme une religion singulièrement brésilienne, dans la lignée idéologique de la démocratie raciale, impliquant alors un véritable syncrétisme entre différentes pratiques religieuses (spiritisme kardéciste, catholicisme, pratiques amérindiennes et afro-brésiliennes). Jusqu’à aujourd’hui, elle se caractérise par cette forte malléabilité et s’adapte à différents contextes socio-culturels où elle se fait présente, au Brésil et dans d’autres pays. Si au départ l’umbanda est pratiquée par les classes aisées, plutôt blanches et lettrées, c’est dans les quartiers les plus modestes peuplés de personnes racialisées que son processus de diffusion a d’abord eu lieu. Plus récemment, elle est marquée par l’ampleur de sa transnationalisation, le recours croissant aux technologies de l’information et de la communication et l’augmentation d’adeptes issus des classes moyennes — pour la plupart blancs de peau et ayant fait des études supérieures. L’umbanda a également connu ces dernières années une recrudescence des attaques de néo-pentecôtistes radicaux à l’ég Mon, 27 May 2024 00:00:00 +0200 https://popups.uliege.be/2795-8892/index.php?id=161 Catherine, conservatrice ou progressiste ? https://popups.uliege.be/2795-8892/index.php?id=149 De sainte Catherine d’Alexandrie, rayée du calendrier liturgique par le Saint-Siège en 19691, les traditions populaires ont conservé des rituels à l’occasion desquels « filles à marier » et « vieilles filles2 » sont assignées à des places et à des destins, les unes promises à la conjugalité, les autres à l’abstinence éternelle. Nous comprenons donc aisément pourquoi le patronage de la sainte a pu faire l’objet de certaines critiques féministes. Mais qui est donc cette sainte ? Que nous révèlent sa légende et son hagiographie ? Quels rôles religieux ou moraux a-t-on fait jouer à cette sainte patronne à travers la réalisation de rituels ? Quels sens et efficacités symboliques ont ces derniers pour les femmes placées sous le patronage de Catherine ? Quand et pourquoi sont-ils entrés en dissonance avec certaines valeurs sociales associées au célibat et au mariage ? Si nous nous penchons par exemple sur le prénom de la sainte3, nous apprenons qu’il vient du grec « katharos », adjectif qui désigne la pureté. Ce que nous connaissons moins en revanche, c’est son lien avec le terme « catin », utilisé familièrement pour qualifier les prostituées4. Ce prénom situerait d’emblée sainte Catherine tant du côté de l’asexualité que du côté de la sexualité, loin de l’idée qu’une élue de Dieu incarne uniquement la foi et la pureté. La fête de la Sainte-Catherine est également marquée de ces paradoxes. Je voudrais donc montrer ici que cette sainte est plus ambivalente qu’elle n’y paraît, et ce e Wed, 22 May 2024 00:00:00 +0200 https://popups.uliege.be/2795-8892/index.php?id=149 Celles qui ne meurent pas https://popups.uliege.be/2795-8892/index.php?id=151 Cet extrait est reproduit avec l’autorisation des éditions Farar, Straus and Giroux et des éditions Grasset. La poète et essayiste américaine Anne Boyer a 41 ans lorsqu’on lui diagnostique un cancer du sein. Dans Celles qui ne meurent pas (trad. fr. 2022, éd. anglaise [États-Unis] 2019), elle construit à partir de son expérience en première personne un cheminement littéraire, philosophique et politique qui tout à la fois désingularise la maladie et pointe les responsabilités politiques et collectives derrière elle. On y chemine en compagnie d’Alice James, de Charlotte Perkins Gilman, de Kathy Acker, de Rachel Carson, de Susan Sontag ou encore d’Audre Lorde. On y suit surtout l’écriture de Boyer avec sa délicatesse, sa drôlerie et son érudition. En 2020, ce livre a été récompensé du Prix Pullitzer de l’essai. * Une personne atteinte d’un cancer agressif est rarement dans une position où elle peut se passer des prières, de la magie ou de l’argent des autres. Des amis organisent une cagnotte sur Internet. Des connaissances me donnent des cristaux. Sur le conseil de quelqu’un, j’essaye la régression de mémoire et au lieu de la royauté qui semble être le lot de tout un chacun en matière de vies antérieures, je suis un vieux mendiant lépreux, malade et plus triste que je ne l’ai jamais été. Dans une autre vie, je suis un enfant qui passe plus de temps à mourir qu’à vivre. Je ne crois à rien de tout ça, mais je trouve logique qu’à travers toutes les vies possibles et imaginables, j’ Wed, 22 May 2024 00:00:00 +0200 https://popups.uliege.be/2795-8892/index.php?id=151 De l’immonde au divin https://popups.uliege.be/2795-8892/index.php?id=145 « Quel est le saint le plus représenté dans l’histoire de la peinture occidentale ? », ai-je demandé à l’outil d’intelligence artificielle ChatGPT. « Saint Jean Baptiste » m’a-t-il répondu, non sans se donner un air intéressant et me donner des détails sur le personnage. Cette réponse ne m’a pas convaincue. Il est vrai que s’il existait une sorte de ligue des saints à l’image des ligues de football, saint Jean Baptiste se situerait entre la première et la deuxième division, puisque — rappelons-le — il a baptisé le Christ lui-même. Cela dit, j’avais en tête des saints du star-system : un saint Laurent grillé, un saint Sébastien embroché de sept flèches, etc. J’ai continué à poser la même question à ChatGPT, mais cette fois-ci en lui parlant des saintes. Résultat : il semble que la plus représentée en peinture soit sainte Catherine d’Alexandrie, martyre et philosophe chrétienne du ive siècle. Pourtant, quand j’ai réutilisé sa réponse pour lui demander quelle était la sainte martyre la plus peinte, ChatGPT a répondu sainte Cécile, au grand dam de sainte Catherine d’Alexandrie. Comme le dit un vieux dicton espagnol (politiquement incorrect, je le reconnais) : « antes se pilla a une mentiroso que a un cojo », un menteur est plus vite attrapé qu’un boiteux, version espagnole du dicton « les mensonges ont des courtes jambes ». Après une succession de questions et de réponses un peu loufoques, j’ai finalement décidé d’aller droit au but, en demandant à ChatGPT d’établir un classement Tue, 21 May 2024 00:00:00 +0200 https://popups.uliege.be/2795-8892/index.php?id=145 Regarder comme une fille https://popups.uliege.be/2795-8892/index.php?id=147 Ne voyez-vous pas que c’est Dieu que vous outragez avec votre entêtement ? C.T. Dreyer, La Passion de Jeanne d’Arc Personnage emblématique de la culture occidentale, Jeanne d’Arc a traversé les siècles et les frontières en laissant dans son sillage une multitude de traces, fantomatiques ou fantasmées. Elle a, à ce titre, connu diverses récupérations politiques douteuses et une littérature abondante, tant de nature purement documentaire que fictionnelle (de Christine de Pizan à Marc Graciano, en passant par Nathalie Quintane et Jules Michelet), qui ont contribué à l’enfermer au cœur d’un mythe-forteresse : Jeanne est l’épée plantée dans le rocher à laquelle tous les preux veulent s’essayer. Elle est aujourd’hui ce que les mots et les images ont fait d’elle, puisqu’en dépit de l’absence de représentations d’époque tangibles, elle n’a pas manqué de susciter un déferlement de peintures, de films et de dessins — preuve supplémentaire, s’il était encore besoin de le démontrer, que l’image des femmes leur échappe depuis des siècles. Au cinéma, les portraits de Jeanne d’Arc sont particulièrement nombreux. Pour autant, est-elle sujet ou objet de ces différentes représentations filmiques, entrelaçant discours et postures ? Les films les plus populaires qui la mettent en scène sur la période 1916–2019 tracent les contours d’une figure ambiguë, constituée des regards qui la capturent autant que de ceux qu’elle renvoie aux spectateurices. Couplée à la critique du male gaze (issue des étud Tue, 21 May 2024 00:00:00 +0200 https://popups.uliege.be/2795-8892/index.php?id=147 Perpétuelle félicité https://popups.uliege.be/2795-8892/index.php?id=143 Cet extrait est reproduit avec l’aimable autorisationdes éditions Vanloo. Lucie est riche, belle on ne sait pas, et l’on ignore si les saintes qui ne sont pas dites belles par légende sont des laiderons ou juste de simples filles, si la laideur aussi pourrait être voie du martyr. Qu’importe la grâce de la face, jeune Luce réside là, entre cytises et amaryllis, respire à l’ordinaire des jours qui s’écoulent, jusqu’à ce qu’un matin, puis le lendemain, puis les tous autres jours encore au point de devenir habitude tenace et malheureuse, la mère saigne. Le redouté est désormais le possible. Les cotonnades fibreuses chaque soir deviennent pourpres, brunes d’humeurs sèches. Plus de pause dans le cycle, c’est l’abattage de la bête dont le moule s’épuise en giclures. Nul ne sait de quoi souffre la mère. Comme les arbres qui ont à vivre avec leur gui, le mystère du cycle continue où la maladie se prélasse, la mère à la chambre est à demi au tombeau, la viande entre les draps de soie qui semble soudain du chanvre hirsute à la chair qui souffre. Il n’y a plus de distraction, il y a le corps qui lâche et se manifeste à plein temps contre l’oubli, les articulations chaque matin sont comme figées dans une synovie refroidie, ça grince, le pied au sol, toujours le droit d’abord par crainte des représailles invisibles, puis l’autre pied, l’un devant l’autre, jusqu’à la fosse d’aisance, la bassine de métal froide où la compagnie, à laquelle il a fallu se résoudre, défait les linges souillés de Sun, 05 May 2024 00:00:00 +0200 https://popups.uliege.be/2795-8892/index.php?id=143 La fabrique d’une « sainte » à l’ère de sa reproductibilité technique https://popups.uliege.be/2795-8892/index.php?id=140 En 1861, Lourdes n’est plus cette bourgade « engourdie », simple relais sur la route des stations thermales de Barèges ou de Cauterets, « plus traversée que recherchée pour elle-même », car n’offrant « rien qui puisse retenir quiconque1 ». La ville est devenue, depuis le mois de février 1858, le théâtre d’évènements que relayent tous les organes de presse du pays. Provoqués par les visions de Bernadette Soubirous et les premières rumeurs de guérisons miraculeuses, des rassemblements spontanés forment désormais une foule dense, régulièrement réunie aux abords de la grotte de Massabielle. Devant le spectacle de ces manifestations de ferveur, bien qu’il ne se soit pas encore prononcé sur l’authenticité des apparitions et des guérisons2, mais pressentant les enjeux que représente la maîtrise de ce qui peut advenir en ces lieux3, l’évêque de Tarbes fait acquérir, par le diocèse, la langue de terre longeant le Gave et incluant la grotte. L’année de cette transaction avisée, Zola a 21 ans ; il mène la vie misérable qu’il évoque dans La Confession de Claude et qui le conduit à rompre avec les modèles romantiques, à affirmer l’importance de la science et à promouvoir une littérature naturaliste soucieuse de rendre compte de « l’humaine condition ». Nadar monte en ballon et réussit la première photo aérienne au-dessus de Bièvres. Claude Bernard entame la rédaction des Principes de médecine expérimentale. Renan est élu au Collège de France. Charcot, promu chef de service à la Salpêtrièr Sun, 10 Mar 2024 00:00:00 +0100 https://popups.uliege.be/2795-8892/index.php?id=140 Éditorial https://popups.uliege.be/2795-8892/index.php?id=130 Les parois du petit chapiteau, qui semblent faites de voilures roses et de pâte d’amande, détonent avec les lignes épurées de l’ancien hall de gare dans lequel il est installé. Au milieu du musée d’art contemporain Hamburger Bahnhof de Berlin, à l’été 2021, visiteurs et visiteuses prennent place dans cette réplique quasiment pâtissière du Colisée. Iels y visionnent Fat to Ashes, une installation réalisée par l’artiste française Pauline Curnier Jardin, concaténations d’images tirées de trois réalités dont les affinités surgissent peu à peu, au fil d’une bande-son composée de bruits de circulation et de claquements de talons hauts : une procession en l’honneur de sainte Agathe de Catane, l’abattage rituel d’un cochon et les éclats festifs, déguisés et alcoolisés du carnaval de Cologne. La joie de la fête (le précontentement avant de faire bonne chère, la solennité et la séduction religieuse des apparats, la jouissance du travestissement) y est aussi puissante qu’impure, contrebalancée par la souffrance des corps au prix de laquelle elle se paie : Agathe aux seins coupés, truie vidée de son sang, visages à la fois ravis et abimés par la fête. Les scènes tournées en Sicile captivent l’attention. Une petite fille, choisie cette année-là pour jouer Agathe, jouit de son premier rôle dans ce scénario macabre. La famille l’observe probablement avec fierté, un garçon (qui doit être l’un de ses camarades de classe) fait mine de mutiler à coups de pince le corps qu’elle ne possède encore Wed, 06 Mar 2024 00:00:00 +0100 https://popups.uliege.be/2795-8892/index.php?id=130 Transpaternite sainte : Saintx Marin et Theodorx https://popups.uliege.be/2795-8892/index.php?id=131 En 2023, Logan Brown fait la couverture de Glamour UK. Dénudé, mais avec un costume masculin peint sur le corps, il affiche sa grossesse en plaçant sa main dans l’ouverture que le faux vêtement dessine sur son ventre1. On croirait un clin d’œil à la Madonna del Parto de Piero della Francesca, qui désigne l’enfant à venir en pointant du doigt sa robe entrouverte2. L’interview publiée dans le magazine rapporte ses paroles : « Je suis un homme trans enceint et j’existe. Peu importe ce que qui que ce soit en dit, je suis une preuve vivante3. » Il répondait ainsi au cyberharcèlement qui le poursuivait depuis des mois, alors qu’il évoquait sa grossesse sur son blog. L’argument discriminatoire était toujours le même : un homme ne peut pas tomber enceint. Le magazine s’est présenté comme montrant la première image d’un homme enceint, et Logan Brown, bloggeur et défenseur des droits de personnes trans, y a vu l’opportunité de proposer une image empouvoirante et militante. En réalité, depuis l’assouplissement de certaines lois permettant le changement d’état civil dans les années 2010, il est possible de déclarer une grossesse en étant légalement reconnu comme de « sexe masculin4 ». Pourtant, il reste toujours aussi difficile de vivre et de représenter publiquement des grossesses transmasculines. Les personnes trans subissent des discriminations d’une violence inouïe et largement banalisées dès qu’il est question de filiation, lors du parcours de grossesse (médicalement assistée ou non Wed, 06 Mar 2024 00:00:00 +0100 https://popups.uliege.be/2795-8892/index.php?id=131