Lejeunia, Revue de Botanique

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B. TOUSSAINT (1), F. HENDOUX (1) & J. LAMBINON (2)

DÉFINITION ET CARTOGRAPHIE DES TERRITOIRES PHYTOGÉOGRAPHIQUES DE LA RÉGION NORD/PAS-DE-CALAIS (FRANCE) (suite 1)[avec la collaboration de A. DESSE (1) & A. NOLLET (1) pour la cartographie]

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1e. Collines du Pévèle

2Géomorphologie et géologie : terrains mollement ondulés (altitude variant de 20 m dans les zones alluviales à 107 m au sommet du mont de Mons-en-Pévèle, avec une moyenne d’environ 40 à 50 m) constitués de substrats argileux ou sableux de l’Yprésien et du Landénien le plus souvent recouverts par des limons et, localement, de sédiments alluviaux récents. Près de la frontière belge, des terrains marneux du Crétacé sont presque entièrement recouverts de limons.

3Climat : ce secteur montre, par rapport aux sous-unités précédentes du district Brabançon, une pluviosité un peu plus importante (voisine de 700 mm/an) et une amplitude thermique supérieure, surtout dans sa partie orientale.

4Paysages : dominance des zones de culture mais les prairies sont un peu plus abondantes qu’en Flandre intérieure. Une chaîne de grands massifs forestiers occupe des terrains délaissés par l'agriculture (sables ou argiles) : forêt domaniale de Phalempin et bois voisins, bois de Flines-lez-Raches, forêt domaniale de Marchiennes (partie nord).

Primula vulgaris, Ranunculus ficaria. ficaria 1Carex binervisSambucus racemosa Stellaria nemorumThlaspi arvense

5Périmètre : inclut tous les terrains cénozoïques au nord de la Plaine de la Scarpe.

6f. Plaine de la Scarpe et de l’Escaut

7Géomorphologie et géologie : zone alluviale très plane (de 19 m d’altitude à Douai à 16 m à Mortagne-du-Nord, situé 30 km en aval), constituée d’alluvions récentes localement tourbeuses reposant sur des terrains tertiaires sableux ou argileux qui affleurent localement sous forme d’îlots généralement occupés par les villages et recouverts de limons. En forêt domaniale de Raismes-Saint-Amand-Wallers, quelques buttes atteignent 40 m d’altitude. Au nord de Bruay-sur-l’Escaut, une nappe de résidus à silex s’étale sur plusieurs kilomètres carrés. Le périmètre intègre la partie orientale du bassin minier.

8Climat : voir « Collines du Pévèle et du Bas-Ostrevent ».

9Paysages : mosaïque complexe de prairies, de cultures (maïs surtout) et de peupleraies. En dépit des remembrements, la zone conserve un caractère bocager qui tranche avec les paysages d’openfield des plateaux environnants. Un réseau dense de canaux et de fossés sillonne ce territoire. Terrils et friches industrielles abondent dans la zone minière. L’important massif forestier de Saint-Amand constitue un élément paysager très fort.

10Flore : forte présence des hydrophytes, des hélophytes et des plantes palustres. Quelques plantes turficoles persistent dans quelques tourbières ou bas-marais alcalins plus ou moins dégradés (Cladium mariscus, Teucrium scordium...). Quelques éléments à affinités médioeuropéennes sont présents dans les forêts (Senecio ovatus, Sambucus racemosa).

11Périmètre : de Douai à la frontière belge le long de la plaine alluviale de la Scarpe (en intégrant les principales divarications alluviales et les « îlots » tertiaires) et, dans la vallée de l’Escaut, de Valenciennes à la confluence avec la Scarpe en intégrant la vallée de la Vergne. Le massif forestier de Raismes-Saint-Amand-Wallers ainsi qu’une zone située juste au sud ont été intégrés dans ce périmètre pour des raisons pratiques (intrication complexe de zones alluviales et de buttes tertiaires). Les marais de Raimbeaucourt et de Beuvry-la-Forêt qui présentent des végétations plus acidiphiles (Juncion acutiflori Braun-Blanq. in Braun-Blanq. & Tüxen 1952 ) ont été rattachés à la sous-unité précédente.

12g. Pays de Mormal et Thiérache

13Géomorphologie et géologie : secteur caractérisé par une couverture presque complète de limons, de colluvions et de formations résiduelles. L'altitude du plateau varie généralement entre 150 et 180 m. La Sambre et l’Helpe Mineure ont entaillé le plateau et constitué des plaines alluviales étroites.

14Climat : pluviosité avoisinant 800 mm/an. Amplitude thermique importante (23 à 25°). Deux saisons pluvieuses (printemps et automne).

15Paysages : paysage bocager caractéristique (haies de charmes), y compris sur les plateaux (distinction avec le Cambrésis oriental, décrit plus loin). Le très vaste massif forestier domanial de Mormal, la forêt de Bois l’Évêque et le bois de la Lanière constituent les principaux boisements. Les vergers représentent également un élément caractéristique de ce secteur. L’habitat est relativement dispersé le long des axes routiers.

16Flore : quasi absence de la flore calcicole (ce qui justifie le rattachement de cette zone au district Brabançon). Notons cependant que les affleurements crayeux et marneux de la vallée de l’Hogneau, en bordure de la frontière franco-belge, hébergent une flore (neutro-)calciphile relativement riche. Les éléments submontagnards et médioeuropéens sont nombreux et bien représentés (Myosotis sylvatica, Alchemilla xanthochlora, Senecio ovatus, Sambucus racemosa, Equisetum sylvaticum, Cardamine amara, Impatiens nolitangere...). La présence exclusive dans la région de Gagea spathacea, espèce subcontinentale présente ailleurs dans le district Brabançon en territoire belge, est à souligner.

17Périmètre : limité à l’ouest par l’apparition des affleurements crayeux dans les vallées affluentes de l’Escaut et à l’est par l’apparition des terrains primaires.

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183. District Boulonnais

19a. Cuesta

20Géomorphologie et géologie : rebord de la cuvette du Boulonnais et du Pays de Licques (anticlinal érodé) au relief vif (dénivellation généralement voisine d’une cinquantaine de mètres), constitué d’assises de craies marneuses (Turonien moyen et inférieur et Cénomanien). A proximité du littoral, la craie sèche à silex (Turonien supérieur) occupe la partie supérieure des coteaux. La pointe septentrionale de la cuesta du Boulonnais forme les falaises crayeuses des environs du Cap Blanc-Nez. Au niveau de son prolongement sud-occidental sous forme de falaise fossile (Dannes, Camiers), la cuesta du Boulonnais rentre en contact avec les sables dunaires (dunes perchées).

21Climat : fort gradient de pluviométrie et d’ensoleillement entre les abords du littoral (750 mm/an au Cap Blanc-Nez) et l’intérieur des terres (plus de 1050 mm/an dans la région de Desvres). Amplitude thermique faible à assez faible (18 à 21°). Automnes pluvieux. En définitive, le climat du Boulonnais est globalement atlantique mais assez contrasté.

22Paysages : mosaïque de boisements, de coteaux crayeux, de pâtures et de cultures de céréales ou de plantes fourragères (sur les pentes les moins fortes).

23Flore : présence exclusive dans la région de Festuca ovina subsp. hirtula, Thymus praecox subsp. ligusticus (= T. drucei), Gentianella amarella et Sorbus aria. Globalement, la flore calcicole est riche et diversifiée.

24Périmètre : ligne continue reliant le Cap Blanc-Nez au nord et Dannes au sud, en formant un appendice au niveau du Pays de Licques. Dans le Boulonnais, on distinguera la cuesta nord, exposée de manière dominante au sud-ouest (du Cap Blanc-Nez à Lottinghen) et la cuesta sud, exposée au nord-nord-ouest. Dans sa partie sud-occidentale (environs de Dannes), la falaise fossile présente une exposition dominante à l’ouest.

25b. Bas-Boulonnais

26Géomorphologie et géologie : l’érosion d’un anticlinal fait affleurer une multitude de couches géologiques du Crétacé inférieur, du Jurassique, du Carbonifère et du Dévonien. Il résulte de cette diversité géologique une très grande variété lithologique (argiles, sables, grès, calcaires, schistes), les différentes roches se succédant parfois sur de très courtes distances. De petits fleuves côtiers entaillent le Boulonnais d’est en ouest (Slack, Wimereux, Liane). Le relief est assez accidenté. L’altitude varie par exemple de 10 m dans la basse vallée de la Liane à près de 190 m sur le Mont-Lambert, situé à peine 3 km plus loin.

27Climat : voir « Cuesta ».

28Paysages : les prairies ou parcelles cultivées entourées de haies constituent un paysage bocager à frênes très caractéristique et encore relativement bien préservé; il laisse cependant localement la place à des espaces cultivés plus ouverts, en particulier aux extrémités nord et sud de la zone. Les gigantesques carrières exploitant le marbre et d’autres roches paléozoïques constituent, dans la partie nord-est du Boulonnais un paysage d’origine anthropique particulier. Outre les deux grands massifs forestiers domaniaux (forêt de Boulogne et forêt de Desvres), une multitude de petits bois parsèment un paysage vallonné d’une grande qualité esthétique. L’habitat est relativement dispersé (nombreux petits hameaux). Boulogne-sur-Mer constitue le seul pôle urbain d’importance notable.

29Flore : très grande diversité floristique. Bonne représentation de la flore acidiphile (massifs domaniaux notamment) et (méso-)hygrophile (argiles et marnes abondantes, vallons humides et sources nombreux). Des éléments méditerranéo-atlantiques (Ranunculus ophioglossifolius ou, parmi les épiphytes, la mousse Leptodon smithii) ou subméditerranéens (Gaudinia fragilis, Alopecurus rendlei) côtoient sur ce territoire contrasté des espèces à affinités nordiques ou montagnardes (Viola palustris, Vaccinium myrtillus, Stellaria nemorum) ou subcontinentales (Myosotis nemorosa, Senecio ovatus), souvent en disjonction d’aire.

30Périmètre : triangle formé par le littoral et les deux cuestas (nord et sud) du Boulonnais.

31c. Pays de Licques

32Géomorphologie et géologie : moins profondément érodé que le Bas-Boulonnais, le Pays de Licques ne laisse que très localement affleurer les terrains jurassiques. Cette dépression drainée par la Hem et ses ruisseaux affluents est donc essentiellement occupée par des craies marneuses du Turonien inférieur et du Cénomanien et des limons de plateau.

33Climat : pluviométrie importante (plus de 900 mm/an) et amplitude thermique annuelle assez faible (20 à 21°). Automnes pluvieux (indice des pluies d’automne > 1,5).

34Paysages : collines et vallons d’aspect moins bocager que le Bas-Boulonnais. Les prairies entourées de haies se rencontrent principalement au niveau des vallées et aux abords des villages (similitude avec le Haut-Artois). Des bois et des prairies calcicoles occupent les reliefs les plus saillants. Les plateaux sont également localement boisés. L’habitat est relativement dispersé.

35Flore : moins diversifiée que dans le bocage boulonnais en raison d’une plus grande homogénéité édaphique. Présence de Conopodium majus, espèce atlantique-méditerranéenne que l’on retrouvera également dans la partie du Haut-Artois voisine du Pays de Licques. Ornithogalum pyrenaicum, subméditerranéenne en isolat d’aire, est assez fréquent dans les bois.

36Périmètre : zone de forme plus ou moins circulaire délimitée par la cuesta du Pays de Licques et la partie orientale de la cuesta nord du Boulonnais.

374. District Picard

38a. Artois septentrional

39Géomorphologie et géologie : rebord nord-ouest du Bassin parisien présentant une mosaïque de zones crayeuses (craies sèches à silex du Sénonien et du Turonien supérieur) et de placages limoneux. La craie affleure principalement sur le flanc des vallons et des vallées. Localement, des îlots de terrains tertiaires (Landénien), parfois recouverts de limons, surplombent le socle crétacé. L’altitude est inférieure à celle du Haut-Artois (en général voisine de 50 à 75 m). Le réseau hydrographique est peu développé (tronçons de l’Aa, de la Lys, de la Laquette, de la Nave et de la Clarence) et les zones alluviales sont étroites.

40Climat : pluviosité annuelle variant le plus souvent entre 650 mm et 800 mm. Cette zone forme une transition entre la plaine des Flandres, à pluviosité et atlanticité modérées, et le plateau du Haut-Artois, très arrosé (climat atlantique teinté d’influences « submontagnardes » sur les zones d’altitude maximale).

41Paysages : collines nettement moins bocagères que dans le Haut-Artois (bocage cellulaire limité aux vallées et aux abords immédiats des villages). Dans sa partie sud-orientale, le périmètre inclut la pointe occidentale du Bassin minier (présence de terrils et de corons, urbanisation plus forte).

42Flore : absence ou grande rareté des éléments caractéristiques de la hêtraie (Melica uniflora, Galium odoratum). Quelques espèces à affinités subméditerranéennes telles que Torilis arvensis, Papaver hybridum et Fumaria densiflora trouvent localement des conditions favorables à leur développement. Les terrils et friches du bassin minier hébergent de nombreuses espèces thermophiles et/ou rudérales : Dittrichia graveolens, Herniaria glabra, H. hirsuta, Epilobium lanceolatum...

43Périmètre : bande de moins de 10 kilomètres de large, coincée entre la Flandre intérieure et le Haut-Artois, s’étirant du nord-ouest au sud-est entre Tournehem-sur-la-Hem et Bruay-la-Buissière. Au sud de Thérouanne, une longue faille limite ce secteur par rapport au Haut-Artois. Malgré une position géographique encore plus septentrionale, les plateaux crayeux situés entre Tournehem-sur-la-Hem et le littoral ont été rattachés au Haut-Artois en raison de leurs affinités phytogéographiques (potentialité de la hêtraie), même si le caractère plus atlantique de ces zones leur confère une certaine originalité floristique. Les limites de l’Artois septentrional sont sans doute à affiner.

44b. Haut-Artois

45Géomorphologie et géologie : plateau aux altitudes se situant le plus souvent entre 100 et 150 m (maximum voisin de 200 m à proximité de la pointe orientale du Boulonnais), entaillé de vallées et vallons nombreux sur les flancs desquels affleurent les terrains crayeux ou marneux du Crétacé. Les roches tertiaires (Landénien) n’occupent que de petites surfaces, principalement dans la partie orientale de ce secteur. Très localement des terrains primaires gréseux affleurent. Le Haut-Artois comporte les têtes du bassin hydrographique de l’Aa, de la Lys, de la Ternoise et des affluents de la rive droite de la Canche (secteur des « 7 vallées »). Les zones alluviales sont très étroites.

46Climat : secteur caractérisé par une pluviométrie très élevée (plus de 1100 mm à l’est de Desvres), avec décroissance progressive vers l’est (700 mm à l’ouest d’Arras).

47Paysages : plateau cultivé parsemé de bois, entaillé par de nombreuses vallées bocagères le long desquelles se localisent de manière préférentielle les villages. Aucune agglomération urbaine n’est présente dans ce secteur. Les principaux massifs forestiers forment une ligne discontinue entre Tournehem-sur-la-Hem et Hesdin.

48Flore : secteur caractérisé par l’absence ou la grande rareté d'éléments à affinités subméditerranéennes qui abondent dans les sous-secteurs voisins (par exemple Eryngium campestre ou Euphorbia amygdaloides). Les éléments atlantiques (Conopodium majus, Primula vulgaris) sont essentiellement localisés à proximité du Pays de Licques. Quelques éléments submontagnards trouvent, dans la continuité de la partie sud du Boulonnais, des conditions favorables à leur développement : Alchemilla xanthochlora, Cardamine bulbifera. Les bois hébergent plusieurs espèces caractéristiques des hêtraies (Melica uniflora, Galium odoratum).

49Périmètre : correspond à la zone d’expression potentielle de la hêtraie (cf. Carte de végétation potentielle). Au sud, les flancs de la rive droite de la Canche ont été choisis pour limiter le Haut-Artois de l’Artois méridional sur la base d’arguments floristiques (notamment l’apparition d’Eryngium campestre). Comme signalé plus haut, la zone située au nord du Boulonnais et du Pays de Licques a été intégrée à cette sous-unité en dépit de quelques originalités floristiques imputables sans doute à un caractère montagnard atténué.

50c. Montreuillois

51Géomorphologie et géologie : partie occidentale du plateau Artésien surplombant la Plaine maritime picarde et le littoral du Marquenterre et profondément entaillé par les basses vallées de la Canche et de son affluent la Course, ainsi que par la basse vallée de l’Authie. Le substrat géologique est composé essentiellement de limons de plateau et d’affleurements crayeux ou plus ou moins marneux du Crétacé supérieur (Turonien supérieur et Sénonien) mais un plateau étendu de sables et d’argiles riches en silex déposés à l’ère tertiaire surplombe la rive gauche de la Canche au niveau de Sorrus et de Saint-Josse. D’anciennes terrasses alluviales constituées de cailloutis de silex, sables et graviers s’observent au sud de Montreuil. Les alluvions modernes des deux vallées sont localement enrichies en matières organiques (bas-marais alcalins).

52Climat : atlanticité marquée, avec des précipitations annuelles voisines des 850 mm et une amplitude thermique annuelle faible (19 à 20°). Les automnes sont pluvieux.

53Paysages : les zones de grandes cultures dominent, ce qui tranche avec la situation du Haut-Artois et de l’Artois méridional. Les basses vallées de l’Authie, de la Course et de la Canche constituent l’élément paysager le plus remarquable du secteur. Les zones alluviales, limitées par des versants au relief parfois vif, sont composées d’une mosaïque de marécages parsemés d’étangs (correspondant en partie à d’anciennes fosses de tourbage), de pâtures et de peupleraies.

Primula vulgaris, Ranunculus ficaria ficaria 2, Ulex europaeusGalium odoratum,Equisetum sylvaticumVaccinium myrtillusRhynchospora alba, R. fusca, Erica tetralix, Scirpus cespitosusgermanicusHypericum elodes

54Périmètre : le Littoral picard et surtout la Plaine maritime picarde constituent la limite occidentale du Montreuillois (frontière entre le district Maritime et le district Picard). La limite orientale correspond à l’apparition de la hêtraie potentielle et des paysages plus bocagers. Elle coïncide approximativement avec l’isohyète 900 mm/an.

55d. Artois méridional

56Géomorphologie et géologie : comparable au Haut-Artois. Le réseau hydrographique se réduit presque exclusivement aux moyennes et hautes vallées de la Canche et de l’Authie.

57Climat : pluviosité comprise entre 800 et 900 mm/an, avec une diminution graduelle vers l’est. A la faveur d’une altitude inférieure (75 à 130 m sur les plateaux), ce secteur présente un climat globalement plus doux que le Haut-Artois. Sur les versants exposés au sud des vallées de la Canche et de l’Authie, ainsi que des vallons affluents, de forts contrastes thermiques sont responsables de microclimats particuliers non perceptibles par les statistiques météorologiques mais influençant notablement la composition floristique de ces zones.

58Paysages : assez comparables à ceux du Haut-Artois (bocage dans les vallées et aux abords des villages, cultures sur les plateaux, nombreux petits bois). Dans les zones alluviales, les peupleraies sont fréquentes. Quelques reliefs vigoureux s’observent sur les versants des vallées.

59Flore : présence d’éléments thermophiles absents ou très localisés dans le Haut-Artois : Eryngium campestre, Legousia speculum-veneris et Ajuga chamaepitys (tous deux en voie de disparition), Lactuca perennis, Hippocrepis comosa, Orchis simia, Cephalanthera longifolia... et de quelques stations dispersées d’espèces à affinité thermo-continentale tels Cornus mas, Vincetoxicum hirundinaria, Phleum phleoides (non revu récemment) et Polygala comosa. Les éléments atlantiques sont très peu représentés. Les espèces de la hêtraie sont largement répandues.

60Périmètre : des sources de l’Authie et de la Canche jusqu’à l’ouest d’Hesdin (axe Beaurainville - forêt de Labroye) en incluant les flancs de la rive droite de la Canche (les limites seraient éventuellement à affiner).

61e. Plaine du Bas-Cambrésis et de la Gohelle

62Géomorphologie et géologie : vaste plaine limoneuse de basse altitude (en général 50 à 100 m) où affleurent, principalement dans les vallées et les vallons adjacents, des terrains crayeux du Crétacé supérieur et, plus localement sur des buttes, des terrains argileux ou sableux du Landénien ou exceptionnellement de l’Yprésien (bois de Bourlon). Les zones alluviales se cantonnent aux vallées de la Scarpe, de la Sensée et de l’Escaut. Les alluvions de la vallée de la Sensée sont localement très tourbeuses. Les dépôts miniers (schistes) sont abondants dans la partie septentrionale de ce secteur.

63Climat : pluviosité remarquablement réduite (moins de 600 mm/an à 700 mm/an). L’atlanticité est très réduite (amplitudes thermiques de 22 à 23°, avec des automnes assez secs).

64Paysages : zone de grandes cultures céréalières et d’autres productions végétales intensives (betterave, chicorée, maïs...). Le paysage est extrêmement ouvert, les prairies et les haies se cantonnant aux abords immédiats des villages. Le bassin minier tranche par son urbanisation très importante et ses nombreux terrils et friches minières. La vallée de la Sensée se caractérise par ses étangs, témoins de l’exploitation ancienne de la tourbe, et ses vastes peupleraies. Les bois sont rares et le plus souvent de superficie réduite.

65Flore : le trait le plus caractéristique de ce secteur presque entièrement voué à l’agriculture intensive est la relative abondance, sur les talus routiers et en bordure des champs, d’éléments subméditerranéens neutro-calciphiles tels que Torilis arvensis, Eryngium campestre, Papaver hybridum, Cynoglossum officinale. On notera dans les champs l’abondance de Thlaspi arvense, également thermophile, presque absent des autres sous-unités du district Picard ainsi que de l’Avesnois et celle de Lathyrus tuberosus, espèce à affinités continentales. Les rares milieux semi-naturels hébergent également des espèces thermophiles en limite d’aire (Sorbus torminalis). On y observait encore naguère Salvia pratensis. L’abondance de Scilla bifolia témoigne du caractère thermo-continental de ce secteur. Le bois de Bourlon montre en outre quelques affinités submontagnardes (Convallaria majalis et Maianthemum bifolium). La plupart des espèces atlantiques ne pénètrent pas ce secteur; ainsi Hyacinthoides non-scripta est rare dans les bois et Ilex aquifolium ne s’y rencontre que très exceptionnellement.

66Périmètre : limité au nord par le district Brabançon (sous-unités des Collines de Flandre intérieure, du Mélantois, des Collines du Pévèle et de la Plaine de la Scarpe et de l’Escaut). Les limites ouest, sud et est correspondent approximativement à la courbe de l’isohyète 700 mm/an et à la zone d’altitude inférieure à 100 mm. Elles pourront éventuellement être affinées sur la base de bioindicateurs floristiques. Le couloir thermophile de la vallée de l’Escaut sépare le Haut-Cambrésis et le Cambrésis oriental.

67f. Haut-Cambrésis

68Géomorphologie et géologie : plateau d’altitude voisine de 100 m, intermédiaire entre le Haut-Artois et la Plaine du Bas-Cambrésis et de la Gohelle. La géologie est très comparable à celle de cette dernière sous-unité. Le réseau hydrographique est peu développé (haute vallée de la Scarpe et deux de ses affluents).

69Climat : zone de transition entre le Haut-Artois et la Plaine du Bas-Cambrésis et de la Gohelle (caractère atlantique très atténué).

70Paysages : comparables à ceux du Bas-Cambrésis. Les bois et les prairies sont cependant un peu plus nombreux.

71Flore : secteur de transition surtout caractérisé de manière négative par rapport à ses voisins : très faible présence des éléments atlantiques et des plantes caractéristiques de la hêtraie, absence des éléments sub-continentaux. Quelques espèces thermophiles sont présentes tels Eryngium campestre ou Salvia pratensis, mais les espèces les plus exigeantes citées dans la sous-unité précédente sont absentes ou très rares.

72Périmètre : limité au nord et à l’ouest par le domaine de la hêtraie potentielle (Haut-Artois et Artois méridional) et à l’est par la Plaine du Bas-Cambrésis et de la Gohelle.

73g. Cambrésis oriental

74Géomorphologie et géologie : plateau très largement recouvert de limon et entaillé de nombreuses petites vallées (Rhônelle, Écaillon, Selle, Erclin...) sur les flancs desquelles affleurent des terrains crayeux du Crétacé supérieur. L’altitude augmente progressivement d’ouest en est (entre 100 et 130 m sur le plateau et entre 50 et 85 m dans les vallées).

75Climat : zone de transition entre le secteur sec et chaud de la Plaine du Bas-Cambrésis et de la Gohelle et celui plus frais et arrosé du Pays de Mormal et de la Thiérache. La pluviosité augmente progressivement d’ouest en est, en relation avec l’altitude croissante (entre 700 et 750 mm/an).

76Paysages : contraste important entre les vallées bocagères à dominante herbagère et les plateaux cultivés. Les bois sont rares et surtout situés dans la partie méridionale du périmètre (bois de Busigny, du Gard et de Gattigny). Les villages se localisent principalement en chapelet le long des rivières.

77Flore : les nombreux affleurements crayeux des flancs de vallées permettent encore la présence d’une flore calcicole relativement diversifiée qui tend à disparaître à l’est de cette zone. Quelques éléments submontagnards et sub-continentaux s’observent dans quelques bois (Equisetum sylvaticum, Myosotis sylvatica, Senecio ovatus). Les espèces thermophiles caractéristiques de la Plaine du Bas-Cambrésis et de la Gohelle sont ici absentes ou très localisées.

78Périmètre : la limite occidentale suit approximativement la courbe de l’isohyète 700 mm/an et l’aire de distribution de nombreuses espèces thermophiles. La limite orientale correspond à l’extinction des affleurements crayeux et de leur flore caractéristique et à l’apparition du bocage sur les plateaux (paysage caractéristique du Pays de Mormal et de la Thiérache voisins).

795. District Mosan

80a. Bocage avesnois

81Géomorphologie et géologie : zone d’extension de terrains primaires (Carbonifère et Dévonien supérieur) fortement recouverts de limons. Très localement, des terrains plus récents affleurent (Landénien ou Crétacé). La Sambre, ses rivières affluentes (Helpe Mineure, Helpe Majeure, Tarsy, Solre...) et de multiples ruisselets drainent un plateau dont l’altitude avoisine souvent 150 à 175 m.

82Climat : caractère sub-continental marqué (amplitude thermique annuelle comprise entre 23 et 25°, printemps et automnes pluvieux). Pluviosité importante, supérieure à 800 mm/an.

83Paysages : mosaïque de zones bocagères herbagères à charmes, de vergers, de zones de cultures (en extension récente) et d’un petit nombre de boisements. Les zones urbaines sont essentiellement localisées en bordure de la Sambre (région de Maubeuge) et de l’Helpe Majeure (Avesnes-sur-Helpe).

84Flore : en raison de la couverture limoneuse très importante et de la rareté des espaces boisés ou semi-naturels, ce secteur comporte relativement peu d’espèces différentielles. Les taxons à tendance continentale y sont cependant potentiellement bien représentés (Senecio ovatus, Sambucus racemosa...).

85Périmètre : arc limité au nord et à l’ouest par la vallée de la Sambre, au sud-ouest par le versant nord de la vallée de l’Helpe Mineure et à l’est par la forte régression des placages limoneux et l’apparition d’un paysage fortement boisé caractéristique de la Fagne.

86b. Fagne

87Géomorphologie et géologie : dominance de terrains schisteux du Famennien affleurant ou, plus rarement que dans le Bocage avesnois, recouverts de limons. Ce plateau aux altitudes dépassant souvent 200 m (localement proche de 250 m) est drainé par l’Helpe Mineure, l’Helpe Majeure, la Solre et quelques autres rivières. Les ruisselets sont très nombreux.

88Climat : pluviosité annuelle variant de 800 à 900 mm. Amplitude thermique importante (23 à 25°). Printemps et automnes pluvieux.

89Paysages : la Fagne se caractérise essentiellement par la grande importance des espaces boisés (forêt domaniale de l’Abbé-Val-Joly, forêt de Trélon et nombreux bois de grande superficie), au sein d’un paysage bocager et herbager traditionnel bien conservé. Les cultures sont peu abondantes (maïs et céréales). Aucun pôle urbain n’est présent dans ce secteur.

90Flore : présence caractéristique de nombreux éléments médioeuropéens ou montagnards, certains en limite occidentale de distribution et absents des autres districts ou sous-unités phytogéographiques du Nord/Pas-de-Calais (à l’exception parfois du district Ardennais) : Poa chaixii, Phyteuma nigrum, Luzula luzuloides, Cardamine impatiens, Alchemilla glabra, Alchemilla filicaulis subsp. vestita). Des espèces subatlantiques présentant localement un caractère submontagnard sont également abondantes (Phyteuma spicatum, Lathyrus linifolius). De rares éléments subméditerranéens occupent les affleurements thermophiles de schistes (Draba muralis, Dianthus armeria).

91Périmètre : la délimitation de la Fagne par rapport au Bocage avesnois est essentiellement basée sur la raréfaction des couvertures limoneuses et le passage d’un paysage bocager à un paysage boisé. La limite proposée pourrait être affinée ultérieurement (on pourrait notamment en extraire le secteur de Cousolre-Bousignies-sur-Roc, rattaché à la « Thudinie méridionale » ou « Pays de Liège » par DUVIGNEAUD, 1971).

92c. Calestienne

93Géomorphologie et géologie : terminaison occidentale des affleurements de calcaires paléozoïques (Frasnien et Givétien) s’étendant largement en Belgique. La Calestienne forme un gradin étroit dominant la Fagne et dont l’altitude varie de 200 à 240 m.

94Climat : voir « Fagne ».

95 Paysages : les Monts de Baives constituent, avec leurs pelouses calcaires et leurs boisements de pins l’élément paysager le plus original de ce territoire, où les cultures sont plus nombreuses que dans la Fagne et l’Ardenne voisines.

96Flore : cortège calcicole bien développé (essentiellement sur les Monts de Baives et de Baillièvre) avec abondance de plantes à affinités thermo-continentales rares ou absentes ailleurs dans la région, tels Polygala comosa, Vincetoxicum hirundinaria et Scilla bifolia. D’autres espèces thermophiles sont en disjonction d’aire régionale plus ou moins importante mais montrent une continuité vers l’est dans la partie belge du district Mosan (Gentianella germanica, Salvia pratensis, Cynoglossum officinale...).

97Périmètre : zone d’extension des calcaires frasniens et givétiens formant une étroite bande orientée est-ouest entre Féron et Baives. La Calestienne se poursuit longuement vers l’est au delà de la frontière.

986. District Ardennais

99Géomorphologie et géologie : zone d’affleurement de roches gréseuses ou schisteuses du Dévonien inférieur (Emsien, Siegénien et Gedinnien) souvent recouvertes de limons. Les quartzites et phyllades du Cambrien (Revinien) n’affleurent que plus au sud, dans le département de l’Aisne (secteur des forêts d’Hirson et de Saint-Michel). L’altitude du plateau avoisine 250 m, alors que le fond des vallées présente une altitude d’environ 220 m. Le cours de l’Oise entaille assez profondément la marge sud du périmètre, à la frontière avec le département de l’Aisne.

100Climat : pluviosité élevée (plus de 1000 mm/an) et contrastes thermiques importants (23 à 25°). Printemps et automnes pluvieux.

101Paysages : zone bocagère fortement boisée (forêt domaniale de Fourmies, bois communaux de Trélon et d’Anor...). L’agglomération de Fourmies constitue le seul pôle urbain significatif du secteur.

102Flore : l’abondance des plantes acidiphiles caractérise l’Ardenne. Parmi les plus intéressantes du secteur, signalons Viola palustris, Nardus stricta, Eriophorum angustifolium, Potamogeton polygonifolius, très rares ou disparus ailleurs que dans l’Avesnois. Festuca altissima est peut-être la seule espèce actuellement quasi strictement inféodée à ce district. La plupart des taxons subcontinentaux ou submontagnards cités en Fagne sont également présents ici et on peut souligner aussi l'abondance de Vaccinium myrtillus. Les espèces (neutro-)calciphiles sont extrêmement peu représentées.

103Périmètre : de la limite sud de la Calestienne à la frontière avec l’Aisne, où l’Ardenne se prolonge au sud au niveau des massifs forestiers d’Hirson et de Saint-Michel et vers l’est en Belgique et dans le nord du département des Ardennes.

104BIBLIOGRAPHIE

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107CHOISNET, G., 1995. - Les coteaux calcaires de la cuesta du Boulonnais et du Pays de Licques : typologie et propositions de gestion pour la mise en place de mesures agri-environnementales. Rapport du CRP/CBNBL pour le Syndicat Mixte d'Aménagement et de Développement du Boulonnais, 91 p. + annexes.

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113INSEE, Région Nord - Pas-de-Calais, Chambres Régionales Consulaires, 1995. - Atlas Nord- Pas-de-Calais, 197 p.

114Inventaire Forestier National, 1986. - Département du Nord (Résultats globaux du 2ème Inventaire Forestier). Ministère de l’Agriculture, Service des Forêts, tome 1, 137 p.

115Inventaire Forestier National, 1986. - Département du Pas de Calais (Résultats du 2ème Inventaire Forestier). Ministère de l’Agriculture, Service des Forêts, tome 1, 149 p.

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121VAN DER MEIJDEN, R. (& coll.), 1996. - Heukels' Flora van Nederland. Tweeëntwintigste druk, eerste bijdruk. Wolters-Noordhoff, Groningen, 678 p.

122Cartes régionales de distribution dans le Nord/Pas-de-Calais

123[quadrillage I.F.F.B. (mailles de 16 km²)]

124FIG. 3. – Alchemilla xanthochlora Rothm.

125FIG. 4. – Brassica nigra (L.) Koch

126FIG. 5. – Descurainia sophia (L.) Webb ex Prantl

127FIG. 6. – Eryngium campestre L.

128FIG. 7. – Festuca altissima All.

129FIG. 8. – Galium odoratum (L.) Scop.

130FIG. 9. – Knautia arvensis (L.) Coulter

131FIG. 10. – Lathyrus tuberosus L.

132FIG. 11. – Poa chaixii Vill.

133FIG. 12. – Primula vulgaris Huds.

134FIG. 13. – Senecio ovatus (P. Gaertn., B. Mey. et Scherb.) Willd.

135FIG. 14. – Sison amomum L.

136FIG. 15. – Thlaspi arvense L.

137FIG. 16. – Torilis arvensis (Huds.) Link

138FIG. 17. – Viola kitaibeliana Schult.

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Notes

1 Au sens de la Nouvelle Flore. Ce taxon doit malheureusement être rebaptisé R. Ficaria subsp. fertilis (LAEGAARD, 2001),

2 Voir la note au bas de la p. 19,

To cite this article

B. TOUSSAINT (1), F. HENDOUX (1) & J. LAMBINON (2), «DÉFINITION ET CARTOGRAPHIE DES TERRITOIRES PHYTOGÉOGRAPHIQUES DE LA RÉGION NORD/PAS-DE-CALAIS (FRANCE) (suite 1)[avec la collaboration de A. DESSE (1) & A. NOLLET (1) pour la cartographie]», Lejeunia, Revue de Botanique [En ligne], N° 171 (décembre 2002), URL : https://popups.uliege.be:443/0457-4184/index.php?id=1844.

About: J. LAMBINON (2)

(1) Centre Régional de Phytosociologie & Conservatoire Botanique National de Bailleul, Haendries, F-59270, Bailleul, France.(2) (Université de Liège, Institut de Botanique, Sart Tilman, B22, B-4000 Liège, Belgique.