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Jean Fagot

Catalogue commenté des Oedemeridae Latreille 1810 (Coleoptera Tenebrionoidea) de Belgique

(Volume 73 (2020))
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Résumé

Le catalogue des Oedemeridae de Belgique est présenté, assorti de cartes de répartition et de commentaires sur chacune des espèces de la faune nationale.

Mots-clés : Oedemeridae, catalogue, atlas, Belgique, faunistique.

Abstract

The catalogue of the Oedemeridae of Belgium is presented, with maps of distribution and comments on each species of the national fauna.

Keywords : Oedemeridae, catalog, atlas, Belgium, faunistics.

1. Avant-propos

1La famille des Oedemeridae nous est certainement connue par son représentant le plus commun, Oedemera nobilis Scopoli 1763 (Figure 3). Il est remarquable pour les fémurs hypertrophiés que le mâle arbore dans des couleurs métalliques très chatoyantes, le rendant facilement détectable sur de nombreuses fleurs des bois ou des bords des chemins. D’autres espèces d’Oedemeridae sont présentes chez nous mais beaucoup plus discrètes, ou plus rares, et moins spectaculaires. Ils ne présentent pas nécessairement de gros méta-fémurs comme le premier cité.

2Nous présentons ici une synthèse sur la famille et la répartition des espèces dans les différentes régions du pays. Nous nous proposions également d’élaborer une clé de détermination mais très récemment, Fadda (2016) a opportunément produit une mise à jour très bien construite pour les espèces françaises, rendant notre projet inutile. En outre, sa contribution, assortie de commentaires judicieux sur l’écologie et la biologie des espèces, fait le point sur l’évolution taxonomique et nomenclaturale de la famille. Cette clé est également bienvenue du fait qu’elle permet de s’affranchir des faunes certes importantes mais rédigées en langue étrangère ou embrassant un territoire tellement vaste que, de ce fait, bon nombre d’espèces traitées sont absentes chez nous.

3Il reste que les ouvrages antérieurs sont toujours très utiles pour qui voudrait en apprendre plus sur la famille. Nous citerons les publications de Vazquez (1993, 1995, 2002) et de Švihla (1988, 1999, 2008, 2011) sur les Oedemeridae paléarctiques, véritables références européennes, ainsi que les contributions de Allemand (1993, 1995, 2003) et ses participations dans Tronquet (2014, 2015). Nous n’oublions pas non plus les très belles illustrations de Kubisz & Švihla (2013) pour l’Europe centrale.

4La banque de données servant à la réalisation de notre contribution est construite par la même méthode que celle présentée et expliquée dans une note précédente concernant les Chrysomelidae (Fagot, 2019). Les cartes et les commentaires ont pu être élaborés grâce aux données des sources suivantes, mises à jour à la date du 1er janvier 2020. À savoir :

5-Pour le principal, les données provenant du conservatoire des insectes de Gembloux (ULiège, Gembloux Agro-Bio Tech, Professeur Frédéric Francis - GxABT), les données provenant des instituts d’enseignement supérieur (HEPL-La Reid (Jean Fagot), HEPH-Condorcet (Jean-Baptiste Dutrifoy)) ainsi que les données collectées par nos soins provenant de l’Institut royal des Sciences naturelles de Belgique (Wouter Dekoninck - RBINS) ;

6-Les données réunies par Noël Magis pour la collection didactique de la Station scientifique des Hautes Fagnes (SSHF) au Mont Rigi (ULiège) ;

7-La banque de données du site Waarnemingen.be/Observations.be permettant l’encodage en ligne. Les responsables sont Pieter Vanormelingen de Natuurpunt Studie et Jean-Yves Paquet de Natagora ;

8-La banque de données d’encodage en ligne de l’Observatoire de la Faune, de la Flore et des Habitats (OFFH - Yvan Barbier (SPW-DEMNA) en est le gestionnaire) ;

9-Les captures ou observations de divers entomologistes amateurs ou non, rassemblées en diverses collections privées que les détenteurs ont bien voulu nous laisser consulter.

10Nous utilisons quelques-fois les abréviations suivantes:

11GxABT : ULiège, Gembloux Agro-Bio Tech

12HEPH : Institut Supérieur Agronomique Condorcet

13HEPL : Institut Supérieur Agronomique La Reid

14JF : Jean Fagot

15RNA : Réserve Naturelle Agréée

16SSHF : Station scientifique des Hautes Fagnes, Mont Rigi, ULiège

17Uliège : Université de Liège

18Les spécimens présents dans les collections GxABT, HEPL et HEPH sont issus en grande majorité des travaux de récolte que les étudiants en agronomie ont réalisés dans le cadre de leur formation. Ils sont donc de capture relativement récente. Néanmoins, de nombreux individus, appartenant parfois à des espèces plus discrètes ou devenues rares, proviennent des collections de collaborateurs scientifiques parfois très anciens ou d’entomologistes ayant légué leur collection à la Faculté à des fins de conservation du patrimoine naturel et à destination des jeunes générations de chercheurs.

19A noter cependant que bon nombre d’individus récoltés ne sont pas présents en collection. Ils ont été utilisés par les étudiants lors des exercices d’apprentissage de l’entomologie. Ces spécimens ne sont pas perdus pour autant. Tous ces insectes ont été déterminés au préalable et, ainsi que tous les autres, encodés sur fiches papier avec tous les détails figurant sur les étiquettes posées par les récolteurs.

20Toutes ces informations sont encodées dans la banque de données informatisée dont nous assurons la coordination et l’exploitation.

2. Nomenclature et atlas

21Pour la liste taxonomique des Oedemeridae de Belgique, nous nous sommes référé au très récent Catalogue des Coléoptères de France (Tronquet, 2014 et suppléments), à Löbl & Smetana (2008) et avantageusement aussi aux commentaires de Fadda (2016) déjà cité.

22Le lecteur intéressé se réfèrera utilement aux recherches de synthèse et de mise à jour effectuées par Xavier A. Vazquez et par Vladimir Švihla, spécialistes mondiaux de la famille. La somme des travaux de ce dernier peut être appréciée dans un hommage que Josef Jelínek & Jiří Hájek (2015) lui ont rendu in memoriam.

23Ci-dessous, se trouve la liste des espèces présentes aujourd’hui ou par le passé en Belgique, ou susceptibles de s’y rencontrer à l’avenir. Les espèces ne figurant pas encore au catalogue mais ayant été envisagées par les anciens ou citées erronément du pays dans la littérature sont entre parenthèses.

24Oedemeridae Latreille 1810

25Calopodinae A. Costa 1852

26Genre Calopus Fabricius 1775

27Espèce-type : Cerambyx serraticornis Linné 1758

28(C. serraticornis (Linné 1758))

29Nacerdinae Mulsant 1858

30 Tribu Asclerini Semenov 1894

31Genre Ischnomera Stephens 1832

32Espèce-type : Cantharis caerulea Linné 1758

33I. caerulea (Linné 1758)

34I. cinerascens cinerascens (Pandellé, in Grenier 1867)

35I. cyanea (Fabricius 1792)

36I. sanguinicollis (Fabricius 1787)

37 Tribu Ditylini Mulsant 1858

38Genre Chrysanthia W. Schmidt 1844

39Espèce-type : Cantharis viridissima Linné 1758

40C. geniculata geniculata (W. Schmidt 1846)

41Syn.: C. viridis W. Schmidt 1846

42Syn. : C. nigricornis Westhof 1881

43C. viridissima (Linné 1758)

44 Tribu Nacerdini Mulsant 1858

45Genre Anogcodes Dejean 1834

46Espèce-type : Necydalis melanura Fabricius 1787

47(A. fulvicollis (Scopoli 1763))

48A. melanurus (Fabricius 1787)

49Syn. : Nacerda ustulata (Fabricius 1787)

50Syn. : A. ustulatus (Scopoli 1763)

51(A. rufiventris (Scopoli 1763)

52Syn. : Nacerda rufiventris (Scopoli 1763)

53Syn. : A. aurulenta (Dufour 1851))

54(A. seladonius seladonius (Fabricius 1792)

55Syn. : Nacerda dispar (Dufour 1841))

56(A. ustulatus (Scopoli 1763)

57Syn. : A. ferrugineus (Schrank 1776))

58Genre Nacerdes Dejean 1834

59Espèce-type : Necydalis notata Fabricius 1792

60Syn. : Cantharis melanura Linné 1758

61N. (Xanthochroa) carniolica carniolica (Gistl 1834)

62N. (Nacerdes) melanura (Linné 1758)

63Oedemerinae Latreille 1810

64 Tribus Oedemerini Latreille 1810

65Genre Oedemera A.G. Olivier 1789

66Espèce-type : Necydalis caerulea Linné 1767

67Syn. : Cantharis nobilis Scopoli 1763

68O. (Oedemera) croceicollis Gyllenhall 1827

69O. (Oncomera) femoralis femoralis Olivier 1803

70Syn. : Oncomera femorata (Fabricius 1792)

71(O. femorata (Scopoli 1763))

72O. (Oedemera) flavipes (Fabricius 1792)

73(O. (Oedemera) lateralis Gebler 1829)

74O. (Oedemera) lurida lurida (Marsham 1802)

75O. (Oedemera) nobilis (Scopoli 1763)

76O. (Oedemera) pthysica (Scopoli 1763)

77Syn. : O. subulata (Olivier 1795)

78O. (Oedemera) podagrariae podagrariae (Linné 1767)

79O. (Oedemera) tristis W. Schmidt 1846

80O. (Oedemera) virescens virescens (Linné 1767)

81En ce qui concerne l’aspect cartographique, les cartes sont réalisées grâce au logiciel cartographique d’Yvan Barbier, BatchMaps (2019, vs 0.0.6.0, en construction). Le fond de carte présente les régions naturelles du pays, à savoir du NO au SE, le cordon dunaire, la région maritime, la Flandre, la Campine, le Brabant, le Condroz, la Fagne-Famenne, l’Ardenne et la Lorraine.

82Pour la prise en compte des espèces dans le catalogue et la réalisation des cartes de répartition, nous n’avons tenu compte que des individus dont nous avons pu vérifier l’exactitude de la détermination. De ce fait, un certain nombre de cartes sont minimalistes et ne reflètent pas la réalité. C’est notamment le cas pour Oedemera lurida et O. virescens.

83Au 1er janvier 2020, la banque de données compte près de 7800 enregistrements validés, témoignant de près de 15000 individus (nombre bien peu significatif !) répartis sur l’ensemble du territoire. La distribution de ces insectes est illustrée par la carte 1 qui montre les carrés UTM de 25 km2 (5x5) pour lesquels nous avons ou non des informations. Pour rappel, la Belgique est couverte par 1374 carrés UTM de 25 km2 et par 381 carrés UTM de 100 km2.

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Carte 1 : Localisation par carré UTM de 25 km2 (5x5) des données de la DB des Oedemeridae.

3. Oedemeridae Latreille 1810

84Les espèces sont présentées ci-dessous par ordre alphabétique des genres et des espèces.

85Genre Anogcodes Dejean 1834

861. A. melanurus (Fabricius 1787)

87Est présent en Belgique mais rare et dispersé (Forest, Grammont, Anvers, Mons, …). Plusieurs individus ont été rencontrés en 2018 dans 3 localités différentes. Cette espèce ne fréquente apparemment pas les reliefs du pays.

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88 A. rufiventris (Scopoli 1763)

89Une seule capture à Villers-devant-Orval en 1956 par E. Derenne (Coll. E. Derenne, RBINS). Aucune confirmation ne nous est parvenue de sa présence en Belgique.

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90Genre Calopus Fabricius 1775

91 C. serraticornis (Linné 1758)

92L’espèce est présente dans le massif des Vosges, pas encore chez nous.

93Genre Chrysanthia W. Schmidt 1844

942. C. geniculata geniculata (W. Schmidt 1846)

95L’espèce est illustrée par de nombreux spécimens provenant de l’ensemble du territoire national et montre une répartition plus étendue que viridissima.

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963. C. viridissima (Linné 1758)

97Cette espèce est présente en de nombreux exemplaires et est bien répartie dans toute la partie sud du pays. Au contraire de geniculata, l’espèce est bien présente en Ardenne mais peu fréquente dans le reste du pays et notamment au nord du sillon Sambre-et-Meuse.

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98Genre Ischnomera Stephens 1832

994. I. caerulea (Linné 1758)

100Cette espèce nous apparait comme très rare en Belgique. Nous ne connaissons avec certitude qu’un seul individu capturé à Maffle (Province du Hainaut) en 2018 (HEPH). Nous restons très dubitatif sur le statut de cette espèce en Belgique. Sa distribution reste à préciser alors qu’elle semble pourtant bien présente en France (Allemand, 1995) et en Angleterre (Mendel, 1990).

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1015. I. cinerascens cinerascens (Pandellé, in Grenier 1867)

102Tout comme l’espèce précédente, est très rare en Belgique. Nous connaissons une dizaine d’individus dont 4 ont été récoltés en Gaume.

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1036. I. cyanea (Fabricius 1792)

104Est présente dans quasi toutes les régions du pays et semble même en extension des points de vue géographique et démographique. Moins rencontrée en Ardenne et dans le Sud.

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105I. sanguinicollis (Fabricius 1787)

106La seule mention « récente » connue à proximité de nos frontières est de Othe-sur-Othain (FR54 Meurthe-et-Moselle), le 21.v.1998 par Yves Thieren. La dernière capture connue remonte à 1955 dans le district maritime et avant cela, en 1920 près de Bruxelles.

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107Genre Nacerdes Dejean 1834

1087. N. carniolica carniolica (Gistl 1834)

109Présente dans l’Est de la France, elle était attendue en Belgique. Un individu fut découvert par Nobby Thys en 2013 dans la Province d’Anvers.

110Sa présence n’a pas été confirmée depuis.

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1118. N. melanura (Linné 1758)

112Cette espèce littorale fut trouvée en plusieurs exemplaires à Knokke sous des planches rejetées par la mer et laissées sur la plage du Zwin (Collections Guy Lhost (GxABT), RBINS et E. Derenne) entre 1879 (Blankenberge) et 1965 (Het Zwin). Dernière observation au Westhoek en 2003.

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113Genre Oedemera Olivier 1789

114 O.lateralis

115Cettes espèce fut parfois renseignée erronément. Elle ne fait pas partie de notre faune. Sa distribution est bien plus méridionale, voire méditerranéenne.

1169. O. croceicollis Gyllenhall 1827

117Taxon peu présent dans les collections mais qui existe discrètement dans l’ensemble du pays. Nous en connaissons une douzaine d’occurrences, toutes après 1982 dont 5 en 2019. Tout récemment, 9 individus (7 mâles et 2 femelles) ont été trouvés à Trazegnies (Province du Hainaut), en juin et juillet 2019, par David Ignace (Figure 1).

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Figure 1 : Oedemera croceicollis Gyllenhal 1827. Trazegnies (Province du Hainaut) sur terril le 3.vii.2019. Rec., coll. et photo David Ignace.

11810. O. femoralis femoralis Olivier 1803

119Cette espèce est la seule du sous-genre Oncomera en Belgique. Elle se rencontre de temps à autre essentiellement dans la haute vallée de la Meuse.

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120O. femorata (Scopoli 1763)

121D’après Švihla (1999) et Vasquez (2002), l’espèce serait bel et bien présente en Belgique. Nous n’en avons jamais vus en collection, ni sur le terrain. Probablement y a-t-il eu jadis confusion entre O. femorata (Fabricius 1792), synonyme ancien de O. (Oncomera) femoralis femoralis Olivier 1803, et O. femorata (Scopoli 1763), espèce qui nous est étrangère.

12211. O. flavipes (Fabricius 1792)

123Peu d’exemplaires sont présents en collection mais d’expérience, nous savons que cette espèce peut être abondante et commune localement dans les régions chaudes de Calestienne essentiellement (Figure 2).

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Figure 2 : Oedemera flavipes (Fabricius 1792). RNA Heid des Gattes (Sougné-Remouchamps - Province de Liège), 22.viii.2010, sur Aster linosyris (L.) Bernh (©JF)

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12412. O. lurida lurida (Marsham 1802)

125Espèce très commune. Se rencontre sur les fleurs de nombreuses espèces quasi partout dans le pays. Contrairement à virescens, elle n’est pas autant renseignée du massif ardennais que des autres régions du pays. Sa phénologie est très étalée et plus estivale que d’autres espèces. Elle visite alors de grandes fleurs comme les Crepis, Hieracium, Leucanthemum ou encore les Cardueae.

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12613. O. nobilis (Scopoli 1763)

127Il s’agit de l’espèce la mieux représentée et la mieux documentée (environ 5150 données sur les 7800 de notre banque).

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Figure 3 : Oedemera nobilis (Scopoli 1763). RNA Le Rocheux (Theux-Province de Liège), 02.vii.2013 (© JF).

12814. O. podagrariae podagrariae (Linné 1767)

129L’espèce n’est pas très commune bien que dans la nature, nous la rencontrions en nombre dans les situations thermiques qui lui conviennent (Calestienne, Fagne-Famenne, Gaume) (Figure 4).

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Figure 4 : Oedemera podagrariae podagrariae (L. 1767). RNA Les Pairées (Resteigne - Province de Luxembourg), 12.vii.2014, sur Achillea ptarmica L. 1753 (© JF)

13015. O. pthysica (Scopoli 1763)

131Espèce très rare dans nos régions mais qui se rencontre sporadiquement au fil des ans dans le Sud du pays, à proximité du sillon Sambre-et-Meuse. (Figure 5)

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Figure 5: Oedemera pthysica (Scopoli 1763).

© М.Э. Смирнов.

13216. O. tristis W. Schmidt 1846

133Plutôt rare, nous n’en connaissons que quelques individus de Belgique (Figure 6). Comme la précédente, l’espèce se raréfie dans le pays.

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13417. O. virescens virescens (Linné 1767)

135Très abondant et dans les mêmes conditions que lurida, espèce avec laquelle il n’est pas toujours aisé de faire la distinction sur le terrain ou sur photo.

136Voir les commentaires sous O. lurida (Point 5).

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Figure 6 : Oedemera tristis W. Schmidt 1846.

© С.В. Колов.

4. Répartition des espèces dans les régions naturelles du pays

137A notre connaissance, avant ce travail, il n’existait pas de données précises sur la répartition des espèces d’Oedemeridae en Belgique.

138Ci-après, le tableau 1 donne une idée de cette distribution dans les régions naturelles du pays. Il s’agit des régions naturelles définies selon les districts phytosociologiques au sens de et précisés par Lambinon & Verloove (2012). La date charnière séparant les données anciennes (-) et les nouvelles (+) est fixée à 1975. Nous continuons de la sorte le travail d’inventaire des coléoptères de Belgique initié par Coulon (1995).

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Tableau 1 : Répartition des espèces dans les régions naturelles du pays. Les abréviations représentent les districts maritime (Ma), flandrien (Vl), campinien (Ke), brabançon (Br), mosan (Mo), ardennais (Ar), de haute Ardenne (HA) et lorrain (Lo).

5. Commentaires

139Les Oedemeridae sont une petite famille dont les représentants sont caractérisés par une formule tarsale (5-5-4). Ils relèvent de ce fait des Tenebrionoidea, vaste groupe dont la plus grande partie des espèces se rencontre en régions chaudes, plus au sud ou sur d’autres continents. La Belgique ne sera donc pas la mieux fournie en espèces de cette famille contrairement à la Suisse, par exemple, qui par sa diversité florale ou altitudinale présente une faune forte de 28 espèces (Breitenmoser et al., 2016).

140La faune des Oedemeridae de Belgique est riche de 17 espèces réparties en 5 genres dont les mieux représentés et les plus souvent rencontrés dans la nature (et dans les collections) sont sans nul doute Oedemera et Chrysanthia. Nous connaissons 8 espèces dans le premier genre et 2 dans le second, l’espèce la plus médiatisée étant sans conteste Oedemera nobilis.

141Le troisième genre présent est Ischnomera. Il est beaucoup plus rare et compte trois espèces dans notre pays, trois espèces délicates à identifier.

142Il est plus aléatoire, voire improbable, de rencontrer les genres Anogcodes et Nacerdes qui accueillent le solde des 17 espèces belges.

143Quelques espèces sont très communes, d’autres par contre ne se rencontrent que sporadiquement voire accidentellement. Parfois, il n’existe que des données historiques. C’est le cas pour Anogcodes rufiventris, Ischnomera sanguinicollis ou Nacerdes melanura.

144La carte 1 montre que nous n’avons des informations que sur une partie du territoire seulement, approximativement 75 % des 1374 carrés 25 km2 couvrant la Belgique. Connaissant l’abondance et la forte présence de certaines espèces, nous ne pouvons que nous étonner de cette situation et nous n’en connaissons pas les causes.

145Sur base de nos observations dans la nature et dans les collections consultées, nous avons choisi d’attribuer un niveau de rareté/abondance aux différents taxons. Nous sommes bien conscient que cette démarche est hasardeuse (Fagot & Dethier, 1998; Dethier et al., 2000) mais, comme nous le voyons, le statut des espèces est très contrasté. Il s’agit ici d’illustrer et de tenter d’objectiver ces propos (Tableau 2).

146Nous répétons que cette démarche est bien entendu on ne peut plus subjective et tout-à-fait arbitraire. Elle ne doit pas être prise au pied de la lettre, certaines espèces étant plus abondantes dans certaines régions que dans d’autres (voir pour l’exemple les cartes d’O. podagrariae ou d’O. flavipes).

147Comme déjà évoqué plus avant, certaines réalités sont surprenantes. Le tableau 2 prend en compte les occurrences enregistrées à partir du 1er janvier 2000.

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Tableau 2 : Classement des espèces belges d’Oedemeridae selon la probabilité de les rencontrer dans la nature depuis l’an 2000. Les espèces sont qualifiées de RR (très rare), R (rare), C (courante), CC (très courante) et ? (improbable ou à redécouvrir).

148Anogcodes melanurus

149Bien que très rare, nous ne désespérons pas qu’une recherche ciblée permette de retrouver cette espèce en Belgique. Dernière donnée en 1996 dans les Ardennes françaises.

150Anogcodes rufiventris

151Extrêment rare, une éventuelle découverte devrait impérativement être signalée aux gestionnaires des sites concernés.

152Ischnomera caerulea versus cyanea

153Historiquement, de nombreuses confusions ont eu lieu concernant les 3 espèces d’Ischnomera à pronotum sombre de notre faune. C’est Dahlgren (1976, 1979) qui attira l’attention sur l’existence de deux espèces distinctes sous l’identité caerulea et distingua cyanea de caerulea.

154Après révision des collections belges, tous les individus identifiés jadis comme caerulea se sont révélés être en fait des cyanea.

155De caerulea, nous ne connaissons que l’exemplaire de Maffle, récolté par une étudiante de la HEPH.

156Il s’en suit que caerulea est une espèce peu commune dans un genre lui-même peu présent en Belgique, bien que ces deux dernières années en aient vu passer un plus grand nombre sous notre loupe binoculaire.

157Ischnomera cinerascens

158L’espèce est également très rare en Belgique. Et ailleurs aussi… Elle ne fut seulement repérée en Grande-Bretagne qu’en 1980 alors qu’elle y avait déjà été capturée en 1958 (Skidmore & Hunter, 1981).

159Nacerdes melanura

160Cette espèce est probablement encore présente sporadiquement sur nos côtes ou non loin. Près de chez nous, David Ignace en a trouvé un exemplaire à Calais en 2015. A rechercher aussi le long des canaux à eaux saumâtres du Nord du pays et également sur les berges de l’Escaut ou de l’Yser.

161Oedemera croceicollis

162Extrêmement rare ou éphémère et discret, à rechercher avec attention sur les végétaux à proximité des zones humides (Phragmites, Calamagrostis, …). Se présente semble-t-il en assez grand nombre aux endroits où il est trouvé.

163Oedemera flavipes

164Sur les sites d’encodage en ligne, des photos de flavipes sont fréquemment identifiées comme nobilis. Notons cependant combien sa répartition géographique est très particulière, limitée aux contreforts nord de l’Ardenne.

165Oedemera lurida versus virescens

166Ces deux espèces ne peuvent généralement pas être distinguées l’une de l’autre sur photo. La taille de l’individu, bien difficile à apprécier sur photo, ne suffit pas. Il est indispensable de déterminer le sexe et ensuite, chez les femelles, d’examiner l’extrémité du dernier sternite. Pour les mâles, le diagnostic est plus aisé. Les ♂ virescens ont les fémurs légèrement mais visiblement épaissis. Aussi, à quelques exceptions près, nous n’avons pas tenu compte des mentions des deux espèces sur les sites d’encodage en ligne. Les cartes présentées sont de ce fait minimalistes.

167Oedemera nobilis

168Il s’agit de l’espèce pour laquelle nous avons le plus d’occurrences. Mais c’est aussi l’espèce qui attire le plus le regard. Dans les collections (rarement !) et sur les sites d’encodage en ligne (souvent !) parmi des nobilis correctement identifiés, se trouvent régulièrement des mentions des espèces virescens ou lurida et parfois aussi des flavipes. La qualité insuffisante des photos ou l’angle de prise de vue induisent des perspectives ou des aspects de forme et de couleur qui trahissent la réalité des choses (voir remarque ci-avant concernant O. virescens/lurida).

6. Remerciements

169Nous souhaitons remercier les acteurs en entomologie pour la confiance accordée et la gentillesse manifestée en nous permettant d’avoir accès à tout ou partie des collections personnelles ou collectives dont ils sont ou ont été conservateurs. En particulier, MM Wouter Dekoninck (RBINS-Institut royal des Sciences naturelles de Belgique, Bruxelles) et Frédéric Francis (ULiège Gembloux Agro-Bio Tech), sans oublier les étudiants et les innombrables entomologistes amateurs déjà cités dans Fagot (2019).

170Nous tenons à remercier chaleureusement Sylvain Fadda pour la relecture attentive de cette contribution.

171Nous associons aussi à ces remerciements, les gestionnaires des banques de données en ligne : Yvan Barbier pour le SPW-DEMNA, Pieter Vanormelingen de Natuurpunt Studie et Jean-Yves Paquet de Natagora pour la gestion de Waarnemingen.be/Observations.be.

172Un merci tout particulier à Pol Limbourg, interface efficace avec les collections du RBINS, pour son dynamisme et son énergie motivante ainsi qu’à son compère David Ignace pour sa gentillesse et la réalisation de ses superbes photos.

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Para citar este artículo

Jean Fagot, «Catalogue commenté des Oedemeridae Latreille 1810 (Coleoptera Tenebrionoidea) de Belgique», Entomologie faunistique - Faunistic Entomology [En ligne], Volume 73 (2020), URL : https://popups.uliege.be/2030-6318/index.php?id=4879.

Acerca de: Jean Fagot

Collaborateur scientifique à l’Université de Liège, Gembloux Agro-Bio Tech, unité d’Entomologie fonctionnelle et évolutive (Prof. F.Francis). Passage des Déportés 2, BE-5030 Gembloux. Adresse privée : Route du Moulin de Dison 53, Jalhay. Jean.fagot@uliege.bejean.fagot@gmail.com