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« Des braises qui brûlent encore » : le parti socialiste et la guerre d’Algérie dans les années 1970ent sans titre

Résumé
Cet article s’intéresse aux conditions socio-politiques de possibilité d’une mémoire de la guerre d’Algérie au Parti socialiste (PS) dans les années 1970. À partir de l’étude des rapports entre le souvenir du conflit et les enjeux contemporains d’immigration, il analyse la façon dont le contexte partisan explique le rapport mémoriel à la guerre. Il montre d’abord que l’engagement colonial constitue une étape décisive dans la trajectoire des soutiens socialistes à la cause des immigrés. Cependant, la référence anticoloniale est d’autant plus vive que, d’une part, elle est entretenue par un milieu militant actif et que, d’autre part, elle est intégrée à la construction d’une culture politique dans le cadre de la compétition intrapartisane. Ensuite, l’article montre que les rapports immédiats aux immigrés actualisent la mémoire du conflit, en contribuant à en faire une mémoire vive. L’article conclut ainsi au besoin de considérer l’état présent du jeu partisan pour saisir les fondements socio-politiques de la production mémorielle. Il repose sur un travail d’archives et d’entretiens et sur une analyse localisée portant sur le cas de Roubaix.
Table des matières
1À l’automne 1982, alors que l’Assemblée nationale discute d’un projet de loi « portant réparation des préjudices subis par les agents publics et les personnes privées en raison des événements d’Afrique du Nord », le socialiste Pierre Guidoni traduit à la tribune les désaccords qui agitent son groupe. En y voyant un débat qui « interroge notre propre histoire, nos propres souvenirs, pour nombre d’entre nous ce qu’a été notre jeunesse », il constate : « il y a là, sous les cendres à peine froides, apparemment froides, des braises qui brûlent encore »1. Vingt ans après les accords d’Évian, le rapport des socialistes à la guerre d’indépendance demeure complexe, marqué par le rôle que le parti a joué à plusieurs reprises dans la politique coloniale et notamment l’action militariste et répressive du gouvernement de Guy Mollet entre 1956 et 1957. La décennie qu’ouvre la refondation du Parti socialiste (PS) en 1971 inaugure pourtant d’importants changements : si les tenants de l’ancienne Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO) n’ont pas disparu, l’attitude de cette dernière est condamnée et le parti connaît l’arrivée d’une génération politique forgée dans l’anticolonialisme.
2Le rapport du PS à la guerre d’indépendance algérienne a fait l’objet de travaux de diverses natures, étudiant le rapport idéologique et organisationnel des socialistes à colonisation2, l’établissement d’une mémoire collective partisane3 ou, sur des périodes plus récentes, l’hypothèse d’un impensé colonial dans le rapport aux générations françaises d’ascendance algérienne4. Ces perspectives ont en commun d’interroger les bornes temporelles de la guerre en évaluant la réplique de ses effets au-delà de son terme en 1962. Elles questionnent également les conditions de possibilité de mémoires ou de récits collectifs sur la colonisation au regard de l’hétérogénéité des rapports à cet objet dans l’espace national. Cependant, si la mémoire collective de la guerre d’Algérie constitue aujourd’hui encore un objet de débat, pensé en termes de clivages et de cohésion nationale, ses déterminants et implications politiques n’ont pas été systématiquement abordés. Comme l’ont rappelé de récents travaux5, en politique la mémoire procède des cadres sociaux qui en contraignent l’établissement, mais constitue également, en retour, un cadre social contraignant. Dès lors, plus qu’à son contenu, il s’agit de s’intéresser à ses conditions socio-politiques de possibilité. Bien qu’elle ait encore peu été appliquée aux objets mémoriels, cette perspective retrouve les préoccupations de l’histoire sociale des idées politiques6. Celle-ci considère les idées à partir de leurs contextes linguistiques, intellectuels et sociaux de production, de circulation et de réception. Elle invite à faire réapparaitre la figure de l’acteur, en considérant sa position et ses dispositions sociales, et à considérer les idées comme des objets sociaux dotés d’une efficacité sociale7. En cela, elle permet de penser la mémoire en lien avec les intentions et les contraintes situationnelles des acteurs qui la produisent.
3Cet article questionne, au moyen des outils de la science politique, le rapport du PS à la guerre d’Algérie et à son souvenir dans les années 1970. Partant de l’idée que, définie comme un récit du passé, la mémoire est un fait social et un enjeu du présent8, l’article s’intéresse, d’une part, au rôle des conditions socio-politiques contemporaines sur la mobilisation du passé et, d’autre part, à la permanence des séquelles mémorielles du conflit sur l’activité ordinaire du parti. Pour ce faire, il étudie les rapports entre le souvenir de la guerre d’Algérie et le traitement socialiste des enjeux d’immigration dans les années 1970. Alors que l’industrie française d’après-guerre a largement recouru à la main-d’œuvre algérienne, ce thème pose la question du rapport politique aux populations étrangères et à leur place dans la nation et constitue un point d’observation heuristique. En effet, en tant que la présence d’immigrés algériens est susceptible d’actualiser le souvenir du conflit, tant du point de vue de l’hostilité qu’il peut leur être manifestée que des mouvements de solidarité, le rapport à l’immigration permet d’observer la production mémorielle à vif. Ainsi, dans quelle mesure le rapport au passé colonial influence-t-il la prise en compte des enjeux contemporains liés à l’immigration ? Comment le rapport immédiat aux immigrés et à l’immigration actualise-t-il la mémoire du conflit ? On s’interrogera donc sur la façon dont le contexte partisan explique le rapport à la guerre d’Algérie et sur la façon dont ce rapport constitue lui-même un cadre social contraignant la relation du parti à l’immigration.
4L’article s’appuie sur un travail d’archive – à partir des congrès nationaux du parti, de son secteur d’expertise sur l’immigration et de revues de courants – et d’entretiens – avec 31 responsables du parti, élus, militants et spécialistes de l’immigration. De manière à considérer le parti dans son hétérogénéité, il mobilise également une analyse localisée, à partir d’une monographie portant sur le cas de Roubaix9. Dans un premier temps, l’article se penche sur les acteurs socialistes de l’immigration de manière à cerner leur rapport personnel au conflit et les usages politiques qu’ils en font. Il montre que l’anticolonialisme constitue l’un de leurs principaux traits communs, mais qu’il est également intégré à la construction d’une « culture » politique conflictuelle. Ensuite, l’article explore les effets du rapport à l’immigration sur la possibilité d’une mémoire partagée. Il montre que l’immigration actualise, dans les années 1970, la question (anti-)coloniale, si bien que le rapport des socialistes à la guerre d’Algérie se juge avec les enjeux contemporains qui l’accompagnent.
Colonialisme et anticolonialisme : la guerre d’Algérie dans la politisation de l’immigration
5Au PS, la décennie 1970 sépare le congrès (re)fondateur d’Épinay en 1971 et la victoire de François Mitterrand à l’élection présidentielle de 1981. Cette trajectoire se forge dans la dynamique unitaire à gauche, consacrée par la signature du Programme commun de gouvernement en 1972, mais aussi par l’ouverture à d’autres composantes de la gauche. Sans lui être réductible, ce second mouvement est symbolisé par l’organisation des Assises du socialisme en 1974. Elles réunissent le PS, la minorité venue du Parti socialiste unifié (PSU) aux côtés d’acteurs comme Michel Rocard ou Robert Chapuis, des segments de la Confédération française démocratique du travail (CFDT) et une « troisième composante » qui regroupe des mouvements principalement autogestionnaires et catholiques. Cette séquence mène au PS plusieurs des tendances qui ont préalablement incarné la « gauche dissidente », construite dans l’opposition à la SFIO sur la question coloniale10. Cohabitent ainsi, au sein du parti, des figures ayant accompagné – sinon contribué à – l’implication de la SFIO dans la politique coloniale et une génération venue en politique dans l’opposition à ce parti par anticolonialisme. Parmi les membres du comité directeur en 1975, près d’un tiers (32,7%) a été membre de la SFIO, dont près d’un sur cinq (19,6%) durant la guerre, et six ont même exercé des fonctions ministérielles à cette période. À l’inverse, 15,57% ont appartenu au Parti socialiste autonome (PSA) et/ou au PSU, en dissidence de la SFIO sur la question algérienne. Dans certaines sections, le renouvellement des profils est encore moins évident et les militants ayant adhéré au temps de la SFIO sont parfois encore nombreux. Dès lors : quelle place la question coloniale occupe-t-elle dans le PS des années 1970 ? Poser cette question revient à penser les enjeux mémoriels à partir des contextes concrets de leur élaboration, c’est-à-dire en évaluant les effets de l’état du jeu partisan sur l’actualité et la sensibilité de la mémoire politique. Cette première partie souligne d’abord le rôle clé de l’opposition à la colonisation en Algérie dans les trajectoires individuelles des acteurs impliqués dans la politisation de l’immigration au PS. Elle montre ensuite que l’engagement anticolonial s’inscrit dans un réseau de relation dont la pérennité prolonge la vigueur politique de la référence à la guerre d’indépendance, rejouant, au sein du PS, la division structurelle entre les militants anticolonialistes et la SFIO.
I. Une matrice algérienne
6L’ouverture que symbolisent les Assises de 1974 répond à une volonté d’élargissement de la base électorale du parti et se concrétise par une diversification de ses thèmes d’engagement. Au congrès de Pau en 1975 est notamment créée une « Commission nationale ‘immigrés’ » (CNI), chargée de produire une expertise sur l’immigration. Elle présente plusieurs rapports au comité directeur, et est à l’origine de nombreuses propositions intégrées aux programmes du parti. Outre les professionnels de la politique qui l’organisent, la CNI est composée de « simples » militants qui, retrouvant l’analyse que fait Johanna Siméant du profil des militants de solidarité avec les immigrés11, suivent principalement deux trajectoires qui se recoupent par endroit sans pour autant se confondre. La première transite par des organisations de la « deuxième gauche » (PSU et CFDT principalement), quand la seconde est liée au catholicisme social. L’analyse dispositionnelle permet de signaler la place que l’anticolonialisme joue dans la trajectoire d’une part significative de ces acteurs.
7C’est d’abord vrai de ceux qui connaissent leur premier engagement politique au PSA, créé en 1958 en rupture avec la SFIO en raison de son soutien au régime gaulliste et de son attitude à l’égard de l’Algérie, ou au PSU, qui nait en 1960 de la fusion du PSA et de l’Union de la gauche socialiste (UGS) notamment12. « Véritable photographie de la famille anticolonialiste »13, le PSU apparaît comme « la ‘conscience’ de la gauche, suite à ses origines anticolonialistes, et d’une grande sensibilité internationaliste »14. Comme l’écrit Daniel Gordon, « après tout, sa raison d’être initiale peut se résumer en trois mots : ‘Et l’Algérie ?’ »15. Non seulement les anciens du PSA/PSU qui contribuent à l’activité de la CNI ont milité pour l’indépendance, mais ils sont même plusieurs à avoir appartenu formellement, pour cela, à des organisations. Ainsi en va-t-il de Raymond Guillaneuf, « Délégué fédéral ‘immigrés’ » (DFI). Membre de la Ligue des droits de l’Homme (LDH), il participe à la fondation du PSU dans le Puy-de-Dôme en 1961 et en devient le candidat en 1961 et 1962, puis le secrétaire fédéral. Instituteur, il est en poste en Algérie en 1959 et 1960 et devient vice-président des Libéraux d’Algérie, un mouvement critique de la situation coloniale et défenseur d’une forme de « troisième voie » proche d’Albert Camus16. Il en va de même de Pierre Bariol : permanent de la CFDT, il dirige entre 1968 et 1971 la fédération de l’Isère du PSU17 après s’être engagé dans le réseau Curiel, relais du réseau Jeanson, durant la guerre18.
8Dans la mesure où il charrie des cadres d’interprétation de la réalité, cet engagement dans un espace où se forge « une conception éthique de la politique »19 et où l’anticolonialisme opère comme un marqueur d’identité politique comporte une dimension cognitive indéniable. Bien que les anciens du PSA/PSU entrés à CNI aient souvent été trop jeunes pour adhérer durant la guerre d’Algérie, ils situent la question coloniale aux fondements de leur engagement. Leurs premières affiliations politiques y sont liées et se font dans l’espace militant qui s’est constitué en dissidence de la SFIO sur ce point. C’est ce qu’explique Alain Parmentier, qui, après un service militaire entamé en 1962, adhère au PSU et à la CFDT en 1964, puis au PS en 1974 avant d’entrer à la CNI en 1978 et d’en devenir le secrétaire en 1981.
« Toute mon adolescence, je l’ai fait avec la guerre d’Algérie. C’est vraiment la guerre d’Algérie qui a fait que je me trouve dans un camp contre l’armée française, contre Guy Mollet et sa politique. Donc, comme mon orientation politique est pour la décolonisation… moi j’admire des gens comme Pierre Stibbe (…) Pendant la guerre d’Algérie, je suis trop jeune pour adhérer quand même, mais j’étais proche de gens qui allaient aller au PSU, Jeune République, etc. Donc dès ma rentrée du service militaire, la première chose que j’ai faite c’est d’adhérer au PSU pour retrouver des gens que je connaissais bien ».
9La sensibilité anticoloniale qu’évoque l’enquêté est d’autant plus marquée qu’elle s’incarne dans des réseaux de connaissance soutenus par une génération politique formée dans l’engagement contre la guerre d’Algérie et le « contre-modèle » de la SFIO20. Elle représente également une sensibilisation aux questions internationales et à la cause du tiers-monde qui trouvera ultérieurement à s’exprimer dans la solidarité avec les travailleurs immigrés.
10La question algérienne constitue également un facteur important de la trajectoire des militants issus du catholicisme social. Leur présence en politique tient d’abord à des dynamiques propres au monde chrétien, et notamment au mouvement de modernisation qui suit le Concile Vatican II (1962-1965)21 et qui conduit à gauche une génération de « militants chrétiens »22. Elle est ensuite liée à diverses dynamiques sociales, dont le rôle des universités dans les « années 1968 », l’évolution des organisations de jeunesse catholiques ou les guerres coloniales au Vietnam et en Algérie23. Outre qu’elle pousse à « remettre en cause l’affirmation de la neutralité politique de l’Église »24, l’opposition à la guerre d’Algérie constitue un « terrain de rencontre » entre les militants de la gauche dissidente et les chrétiens, qui participe du mouvement d’adhésion de catholiques de gauche à la CFDT et au PSU25. Là aussi, l’anticolonialisme opère comme une matrice intellectuelle, modulant l’engagement de ces acteurs et particulièrement leur action auprès des immigrés, figure dominée et culturellement magnifiée. Ramon Casamitjana, premier secrétaire de la CNI en 1976, grandit dans un milieu catholique aisé et politiquement marqué au centre droit. Il explique comment la rencontre des aumôniers jésuites de la paroisse étudiante lors de ses études d’ingénieur à Grenoble modifient son rapport à la question algérienne.
« [Au collège et au lycée] on était très marqué par l’Algérie française parce qu’il y avait énormément de fils de planteurs, de colons, alors ils arrivaient avec leurs idées, ‘les arabes aiment le gourbi’, voilà, quand on est gamin, on écoute. C’était des fils de colons, les gars me disaient ‘mon père est transporteur en Algérie, on vient encore de lui bruler un camion’. Alors qu’à Grenoble, il y avait une tendance très forte cathos de gauche. Au début, j’étais Algérie française comme tout le monde, c’est les aumôniers qui nous ont fait évoluer, notamment les jésuites. Ce n’était pas une gauche militante où on nous obligeait à aller dans un parti, mais les idées c’était ça, c’était pour l’indépendance de l’Algérie ».
11La fréquentation des aumôniers grenoblois défendant la cause algérienne joue ici, avec d’autres expériences, le « rôle central dans la conversion du regard porté sur le monde » mis en évidence par Julie Pagis26. Dans ces deux ensembles de trajectoires, la question algérienne apparaît comme un facteur décisif dans les parcours militants et dans l’attrait pour la condition des immigrés en France. Sa signification politique perdure d’autant plus que l’anticolonialisme est associé à une culture politique qui, en raison du contexte partisan propre à la décennie 1970, tend à se structurer comme telle.
II. « Première » et « deuxième gauche » : l’anticolonialisme comme culture politique
12L’articulation de dimensions cognitives et organisationnelles suggère que l’anticolonialisme représente tant une matrice intellectuelle qu’un foyer de relations personnelles. Ces deux dimensions sont précisément associées dans la progressive revendication d’une famille politique – la « deuxième gauche » – qui contribue à faire apparaître la dimension identitaire du combat anticolonial, plus de dix ans après l’indépendance. Il en résulte que, en suivant les lignes de démarcation du jeu intrapartisan propre au PS et du fait de la période politique où la croissance des scores socialistes rapproche les perspectives d’alternance, la mémoire du conflit est collectivement construite et vécue par ces acteurs sur le mode de la culture politique.
13Une fois au PS, les militants venus du PSU, de la CFDT ou d’organisations chrétiennes ou autogestionnaires ne forment pas de courant à part entière, mais choisissent de se disperser au sein du parti. La stratégie change cependant à compter du congrès de Nantes en 1977, lorsque Michel Rocard prononce un discours demeuré célèbre sur les « deux cultures » de la gauche, l’une « jacobine, centralisatrice et étatique », l’autre « décentralisatrice, régionaliste, héritière de la tradition autogestionnaire »27. À compter de cette période, les rocardiens participent à la définition d’une identité politique propre, en rupture avec la stratégie d’assimilation adoptée après 197428. En tant qu’il constitue un « événement mobilisateur et fédérateur » ayant rapproché des courants pourtant divers, et parce qu’il « mettait en cause une gauche socialiste, communiste et radicale dominée par le nationalisme et la raison d’État »29, l’anticolonialisme représente un marqueur – sinon un emblème – valorisable pour une tendance en train de se construire comme culture politique. Il se place parmi les éléments distinctifs d’une « première gauche », associée à la fois à la politique coloniale de la SFIO et à l’action de François Mitterrand, ministre de l’Intérieur puis Garde des Sceaux entre 1954 et 195730. Noëlline Castagnez montre ainsi que « si les chevènementistes (…) ainsi que les rocardiens (…) critiquent avec toujours autant de virulence le passé colonial de la SFIO, les mitterrandistes préfèrent le trou de mémoire »31. Par exemple, à partir de 1979, la revue rocardienne Faire publie une « rubrique historique », qui contribue à construire la deuxième gauche comme une « tradition ». La revue le justifie, en évoquant notamment la volonté de « parler de choses quelquefois cachées depuis la fondation du PS et en tout cas rarement abordées », parmi lesquelles la guerre d’Algérie32. Au même moment, Patrick Viveret, ancien du PSU et fidèle de Michel Rocard qu’il accompagne au PS en 1974, fait également référence à la guerre d’indépendance dans l’opposition entre les « deux gauches ». Évoquant le procès en légitimité socialiste fait aux rocardiens par les soutiens de François Mitterrand, il assure :
« Je ne vois pas pourquoi, tous ceux qui, au cours des vingt dernières années, ont participé à des combats aussi fondamentaux pour le renouveau du socialisme que le refus de la guerre d’Algérie et que Mai 68, seraient traités de manière suspecte par ceux qui ont vécu Épinay et la signature du ‘Programme commun’ »33.
14De même, dans un numéro consacré à « l’histoire de la social-démocratie », le socialisme autogestionnaire revendiqué par les rocardiens est-il défini comme « l’héritier direct de [la] nouvelle gauche française qui combattit contre la guerre d'Algérie »34.
15Cette dimension culturelle constitue une dimension collective d’autant plus importante que, avec la création de nouveaux secteurs d’expertise en 1975, le PS entreprend de diversifier son offre, particulièrement à destination des partisans d’un « libéralisme culturel » au sein des classes moyennes salariées dont les attaches avec les organisations de la « deuxième gauche » sont nombreuses35. L’anticolonialisme, en tant qu’emblème commun, constitue donc également un produit d’appel parmi d’autres, particulièrement destiné aux milieux de solidarité avec les immigrés. Cette articulation entre revendications politiques, mémoire partagée36 et relations personnelles explique que la guerre d’Algérie constitue toujours, dans les années 1970, un marqueur politiquement significatif. Ces observations ne sont cependant possibles qu’en considérant l’état des relations au sein de la gauche, qui conduit la « deuxième gauche » à revendiquer son identité politique propre.
16Ce caractère de culture politique – comme substrat commun et comme construction – explique que l’engagement des membres de la CNI en faveur des immigrés soit assimilé au sein du PS à la « deuxième gauche » et que, ce faisant, il se trouve pris dans l’opposition avec la « première gauche ». André Bellon est entré au PS en 1971, via son aile gauche, le CERES, et compte parmi ceux de ses membres qui cultivent leur distance avec les courants de la « deuxième gauche ». Secrétaire de la commission « Tiers-Monde » du PS dans la seconde moitié des années 1970, il explique :
« La commission ‘immigrés’ n’était pas vraiment rattaché au Tiers-Monde. Ça reste assez indépendant. Le Garrec [qui dirige la CNI], je l’ai bien connu, mais très ce qu’on appelait deuxième gauche, nouvelle gauche, ce qui n'est pas vraiment mon orientation personnelle. Il est clair que les positions de Le Garrec ne sont pas les miennes. Le Garrec, c’est Rocard, Rocard, Rocard. […] En tant que corps politique, on n’avait pas de relations, il y avait une espèce de barrière entre les rocardiens et les autres »37.
17Alain Parmentier, rocardien, membre de la CNI, militant CFDT et ancien du PSU, adhère au PS en 1974. Il partage, depuis le point de vue opposé, la même lecture :
« Nous, on a accompagné la décolonisation mais il faut continuer de ne pas oublier que la SFIO n’est pas morte au sein du PS. C’est en 1981 que, au niveau des élections, le PS devient sympa, mais avant… D’ailleurs, il y en a qui ont refusé d’adhérer au PS. Il ne faut pas croire que c’est quelque chose de bien huilé notre affaire, on a fait avancer plein de choses mais ce n’est pas toujours avec 100% de complicité ».
18De fait, si les sigles politiques ont changé et bien que la guerre soit finie, les oppositions passées entre les forces de gauche n’ayant ni anticipé les revendications indépendantistes ni promu une décolonisation réussissant à rompre avec « l’illusion d’une colonisation bénéfique »38, et les indépendantistes en dissidence, n’ont pas disparu. Face à une gauche « incapable de revenir sur le passé (algérien notamment) »39, cette opposition est investie par ceux qui, dans le même temps, tentent de bâtir la catégorie de « deuxième gauche ». Elle est à ce titre constitutive d’une « mémoire historique », c’est-à-dire d’un usage de l’histoire à des fins autres que celle de la connaissance40 – et, en l’occurrence, politiques. La dimension mémorielle est inséparable des enjeux identitaires dont elle est investie, retrouvant l’idée que les mémoires de guerre « sont toujours convoquées pour mobiliser »41. Le rapport à la guerre d’Algérie continue donc de marquer les rapports internes au PS, tant parce qu’il constitue un facteur décisif dans la trajectoire d’une partie de ses membres que parce qu’il est actualisé par l’état de la compétition propre au PS des années 1970. Ce faisant, il constitue toujours une grille de lecture du jeu intrapartisan.
Une mémoire vive : l’immigration comme actualisation du conflit ?
19Comme la sociologie partisane a permis de le souligner, les partis constituent des champs de force complexes dont l’étude doit considérer l’épaisseur sociale et l’hétérogénéité42. Plus récemment, des travaux relevant de l’analyse idéelle ont rappelé leur dimension inévitablement collective, du fait de leur participation à la compétition politique43. Cette ambivalence entre homogénéité et hétérogénéité pose la question du rapport entre la mémoire par le haut et la mémoire vive des militants, entre l’hétérogénéité du parti et les conditions de possibilité de positions collectives. Or, comme la souligné Noëlline Castagnez en observant l’attitude des députés méditerranéens44, la référence à la guerre d’Algérie est susceptible d’évoluer significativement en fonction des enjeux immédiats – notamment locaux – auxquels elle fait écho. Au-delà des itinéraires individuels et de l’état du jeu partisan étudiés dans la première partie, il convient donc d’analyser les facteurs susceptibles d’actualiser la mémoire du conflit et, ce faisant, de la prolonger. Pour cela, cette seconde partie adopte une perspective locale, à partir d’une monographie réalisée à Roubaix, qui est à la fois un bastion du socialisme, une terre d’immigration et un territoire marqué par les répliques de la guerre d’indépendance (encadré 1). Cette seconde partie étudie d’abord le rôle joué par l’espace de solidarité avec les immigrés dans la permanence de la référence anticoloniale, en écho à ce qui s’observe au plan national. Elle souligne ensuite le rôle de la relation contemporaine aux immigrés sur la construction du souvenir de la guerre.
Encadré 1.
Roubaix est une ville de tradition socialiste – quasiment sans interruption depuis la fin du XIXe siècle – au point d’y voir un « modèle de municipalité socialiste »45. Dans les années 1970, la section socialiste demeure une section ouvrière et où les anciens militants de la SFIO sont encore nombreux. Historiquement nourrie de l’immigration belge46, Roubaix voit l’arrivée de travailleurs algériens durant les « Trente glorieuses », surtout dans l’industrie textile (où les immigrés représentent 18% des effectifs en 1970)47. Cette évolution s’accompagne d’une montée des actes discriminatoires dès les années 1970, mais également des mobilisations antiracistes48, alimentant une question électorale et une politique publique la prenant en charge49. La région a également été marquée par les répliques des oppositions violentes entre frontistes et messalistes50, très implantés à Roubaix51, comme en mars 1962 où éclatent plusieurs fusillades meurtrières52. Comme dans d’autres communes du Nord, les violences ne cessent pas avec l’indépendance, en raison des oppositions entre « musulmans ‘immigrés’ et ‘rapatriés’ »53, tandis qu’à partir de 1962 la ville voit arriver plusieurs centaines de harkis54 (leur nombre est estimé, au début des années 1980, à 2 50055). La présence « algérienne » à Roubaix est donc importante, mais fracturée.
I. L’anticolonialisme, un milieu social
20Les travaux portant sur les trajectoires militantes ont souligné le rôle des imaginaires politiques dans l’engagement56, par exemple concernant les catholiques et la cause des immigrés57. Les enquêtés reprennent d’ailleurs cette perspective, comme lorsque l’un d’eux note : « vis-à-vis de l’immigration, en particulier l’immigration d’Afrique du Nord, on a quand même été des soutiens au FLN ». Cependant, ces travaux soulignent également le rôle des diverses expériences personnelles susceptibles de modifier ou de renouveler certaines dispositions, et rappellent l’influence des relations interpersonnelles58. Alors que nous avons souligné dans la première partie que la référence à la guerre d’indépendance était d’autant plus vive qu’elle était intégrée à une culture politique, l’analyse du cas roubaisien permet d’observer que ce lien est renforcé par l’expérience concrète de la solidarité avec les immigrés.
21Tout d’abord, si l’anticolonialisme est présent dans la trajectoire des enquêtés, ils ont également en commun une expérience personnelle de l’immigration. C’est, à Roubaix, le cas de Marc Vandewynckele, qui milite d’abord au PSU et rejoint le PS en 1972. En 1977, il instaure un groupe de travail sur l’immigration dans le PS roubaisien et devient délégué fédéral « immigrés » (DFI). Sa connaissance des immigrés est liée à ses activités dans le logement populaire, notamment en tant que directeur-adjoint de l’Organisme pour la suppression des courées de la Métropole Nord, et à son rôle dans la mise en place des comités de quartier. Il milite d’ailleurs pour l’expression des immigrés au niveau municipal, en instaurant une commission extra-municipale des populations immigrées. Il retrouve en cela le profil des membres de la CNI cités précédemment, comme Alain Parmentier, qui habite à proximité du bidonville de Nanterre et travaille dans le milieu industriel et explique qu’il a « connu les immigrés sur le lieu de travail et de vie ». De même, Ramon Casamitjana, recruté dans une usine de Villeneuve-La-Garenne, rappelle que :
« [avec ma femme], on a voulu habiter près du travail et on a trouvé un logement qui avait devant la porte bidonville et cité de transit, donc, on s’est retrouvé au cœur de la question immigrée ».
22Cette dimension est décisive en ce que, tout en ayant à voir avec la socialisation politique dans l’opposition à la colonisation en Algérie, elle constitue une donnée contemporaine renouvelant l’engagement anticolonial. Cela vaut d’autant plus que, pour les membres de la CNI comme pour les DFI, l’engagement partisan et l’investissement dans l’espace de la cause des immigrés sont postérieurs à l’indépendance, tout en étant associés à des figures politiques dont l’aura est liée à celle-ci. La vivacité du marqueur algérien est ainsi renouvelée par l’immigration, qui constitue tant un lien avec ce combat matriciel qu’un enjeu d’actualité.
23Ensuite, si le rapport de ces acteurs aux immigrés est marqué par les cadres de compréhension de la figure algérienne, la perspective locale permet d’observer que cette dimension cognitive est d’autant plus vive – et donc, effective – que l’engagement auprès des immigrés leur fournit un accès à des espaces militants empreints du combat anticolonial. La référence au conflit dépend donc également de l’existence de réseaux de relation personnelle durables. La trajectoire de Marc Vandewyckele permet de nouveau d’en rendre compte. Ancien prêtre et aumônier de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), il incarne une tradition du catholicisme social favorable aux immigrés. Cette filiation est entretenue par son inscription durable dans un pôle chrétien de solidarité avec les immigrés – bien structuré dans le Nord59 – où l’opposition à la colonisation a par endroit constitué un vecteur de rapprochement avec la deuxième gauche. Elle est également entretenue par son militantisme à la CFDT, autre foyer intellectuel de la « deuxième gauche ». De la même manière, les membres de la CNI partagent un multi-engagement, qui procède d’engagements syndicaux ou associatifs entamés en amont de leur entrée en politique et conservés par la suite. C’est notamment le cas avec la CFDT, avec des associations comme les Associations de soutiens aux travailleurs immigrés (ASTI), ou avec des mouvements confessionnels ou d’origine confessionnelle, comme les mouvements de paroisse pour l’alphabétisation ou le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD). Ces appartenances les situent dans la nébuleuse des mouvements de solidarité en assurant des relations régulières avec des espaces où l’engagement anticolonial constitue un marqueur fort. Les enquêtés sont ainsi nombreux à évoquer le rôle joué par des figures comme Pierre Beregovoy, opposé à la guerre d’Indochine et à la guerre d’Algérie et critique de l’action gouvernementale de Robert Lacoste en Algérie, qui participe à la fondation du PSA puis du PSU, Robert Buron, négociateur des accords d’Évian, ou Stéphane Hessel, membre du PSA et du PSU puis président de l’association France-Algérie fondée en 1963. L’adhésion de certaines de ces figures au PS au début des années 1970 favorise même l’arrivée au parti de nombreux militants anticoloniaux, notamment auprès de Michel Rocard en 1974, ainsi que l’explique Alain Parmentier :
« Je rejoins le PS en 1974. C’était bien sûr lié aux questions d’immigration, mais avec un Mitterrand qui était pour l’Algérie française, enfin qui était ministre de l’Intérieur, je n’y vais pas avec…c’est pas facile pour moi d’y aller (…) Je suis copain avec Rocard, je suis copain avec Le Garrec, et puis avec d’autres. Surtout, mon grand copain c’était Beregovoy. Et heureusement que Beregovoy était là, jamais j’aurais adhéré au Parti socialiste sinon, si je n’avais pas cette caution auprès de Mitterrand ».
24Le militantisme de solidarité avec les immigrés constitue ainsi un espace où se renouvellent des relations forgées antérieurement dans l’opposition à la guerre d’Algérie60. La cause des immigrés constitue donc, elle aussi, un « terrain de rencontre » entre des acteurs d’horizons divers mais ayant en commun un itinéraire personnel, politique et intellectuel marqué par la guerre d’indépendance. La pérennité de ces relations personnelles prolonge ainsi la vigueur politique du conflit. Elle alimente particulièrement son inscription dans une culture politique, tel qu’observé précédemment, en rappelant l’imbrication des appartenances collectives et des expériences individuelles dans le rapport au passé.
II. L’hétérogénéité locale du rapport au passé colonial
25Si, en la transposant à un enjeu d’actualité, l’immigration actualise la valeur politique de la référence anticoloniale pour les militants de solidarité, il en va de même pour d’autres militants, moins favorables à cette cause et qui conservent un souvenir différent du conflit. Ainsi que le montre le cas de Roubaix, la diversité des mémoires dépend des configurations locales et particulièrement des histoires migratoires et des enjeux électoraux qui y sont associés. Les sections socialistes roubaisiennes entretiennent en effet essentiellement avec l’immigration une relation marquée par la distance et la défiance.
26L’étude de la section socialiste de Roubaix permet tout d’abord d’observer une forte distance entre les militants socialistes et les immigrés algériens. Non seulement ceux-ci ne sont pas engagés au PS, mais de plus les lieux de la sociabilité socialiste ne sont pas ceux que fréquentent les immigrés. Annick Coppieters, qui entre dans la section SFIO de Roubaix à la fin des années 1960 et devient membre du CERES à partir de 1971, est la fille d’un militant socialiste roubaisien qui tient l’un des cafés de la ville où se font les réunions de la section :
« À l’époque, dans les années 1970, il y avait les cafés arabes et les cafés français. On ne fréquentait pas les cafés arabes. On avait chacun son chez soi. Il n’y avait pas forcément d’animosité, mais on ne se fréquentait pas. Et il n’y en avait pas beaucoup d’arabes parmi les militants et ils n’avaient jamais de responsabilités. Je sais qu’au niveau de la section, je ne me souviens même pas d’avoir vu des gens avec des noms à consonance arabe »61.
27À partir de 1977, un groupe de travail dédié à l’immigration est mis en place. Cependant, celui-ci ne parvient pas à mobiliser les militants socialistes. Son animateur déplore l’absence de certaines associations, comme l’Amicale des algériens en Europe, et note que « dans leur majorité les militants [socialistes] ne sont guère sensibilisés aux problèmes de l’immigration »62. Si un foyer antiraciste s’organise à la même période dans la ville, la section socialiste n’a pas de lien avec les organisations qui l’animent. Le mouvement associatif antiraciste revendique quant à lui son autonomie politique63, d’autant que la transmission intergénérationnelle de la mémoire de la guerre d’Algérie ne prédispose pas ceux qui seront plus tard qualifiés de « deuxième génération » à un rapprochement avec une section encore très marquée par l’ancienne SFIO. Alors qu’à la fin des années 1970, un « comité de vigilance antiraciste » s’établit à Roubaix, l’un des membres la section y participe et rapporte que :
« le maire et le PS ont été ‘à la barre des accusés’ au cours de cette réunion, que certains participants ne sont absolument pas ouverts à aucune espèce de discussion et que toute discussion de fond est donc impossible »64.
28De plus, ce sont surtout les milieux du catholicisme social qui soutiennent ce mouvement antiraciste. Or, ceux-ci pénètrent peu la section et la balance entre le pôle « nouvelle gauche » et celui des anciens SFIO évoquée précédemment penche en la faveur des seconds.
29À cette logique de distance, s’ajoute un rapport de défiance. Alors que la CNI évoque en 1978 le besoin d’initier une « riposte contre les pratiques racistes dans le parti »65, les entretiens conduits au sujet de la section roubaisienne s’accordent pour constater l’importance du racisme.
« Moi, je peux vous dire une chose, qu’on ne dise pas que c’est pas vrai, il y avait un racisme au niveau du parti socialiste. Un racisme, mais alors… Chez mes parents, à la Betterave [café], avec les militants socialistes, les réunions une fois par mois (…) Un beau jour, mes parents chauffent la salle, on fait tout, et personne ne vient. Sans prévenir mes parents, ils avaient organisé la réunion de notre groupe dans une école derrière. Mon père se renseigne et on apprend par un militant que c’est parce qu’il y avait trop d’arabes chez nous, qu’on ne pouvait pas faire la réunion du PS. Il y avait un racisme profond dans les militants, ça, moi, je peux le dire »66.
30Ce rapport à l’immigration – algérienne, en premier lieu – est pensé en lien avec l’expérience locale de la guerre d’Algérie. Liliane Petrieux, qui adhère à la SFIO à Roubaix en 1961 et dont le père, également militant socialiste, a été adjoint au maire, explique :
« Les vieux socialistes étaient racistes, même mon père… Il a fallu travailler mon père et ses idées pour qu’un peu il change mais d’instinct ils étaient…Bah, ils avaient vécu la guerre d’Algérie. Certains avaient perdu des enfants. Dans ces années-là, ils restaient sur cette idée de la guerre d’Algérie. Il y avait beaucoup de racisme. Il y avait encore tout ce ressentiment anti-arabe parce qu’à Roubaix, il y a eu beaucoup de scènes dues à la guerre d’Algérie, des meurtres, des problèmes… Parce que comme il y avait beaucoup d’Algériens à Roubaix, la guerre était un peu transportée à Roubaix et dans les années 70, il y avait encore ce ressentiment par rapport aux arabes »67.
31Arlette Quennoy, fille d’ouvrier, adhère à la SFIO en 1964, puis devient trésorière de la section socialiste dans les années 197068. Elle prolonge :
« À Roubaix, on a eu plus de 33 morts à la guerre d’Algérie. Personnellement, j’ai été prise dans deux attentats où il y a eu des morts. Les roubaisiens ont vu leurs gosses partir. Il y en avait toujours un qu’on allait sonner à sa porte pour dire ‘madame, votre fils est parti’. Après, on a eu de sacrées bagarres entre l’OAS et … Et là, les gens ont vu ça aussi dans les rues. C’est à ce moment qu’est arrivée la phobie de l’Algérien parce qu’autrement avant, on ne les entendait pas, ils allaient travailler et revenaient pour dormir »69.
32La place occupée par la mémoire du conflit est donc d’autant plus grande qu’elle est renouvelée par les relations plus immédiates avec les immigrés algériens, tandis que l’immigration industrielle croît après-guerre et que, notamment sous l’effet de l’arrivée de travailleurs algériens, la population étrangère triple entre les années 1960 et 1980. Dans le même temps, la situation industrielle se dégrade et la crise frappe durement l’industrie textile où les travailleurs algériens sont nombreux. Entre 1973 et 1978, 23% des emplois de l’industrie textile de Roubaix-Tourcoing sont supprimés, puis de nouveau 18% entre 1978 et 198270. À cela, s’ajoute l’exode d’une partie des classes moyennes et supérieures vers Lille, ce qui alimente la paupérisation de la ville. Dans ce contexte, l’afflux de nouveaux travailleurs étrangers, leur sédentarisation et les regroupements familiaux suscitent des réactions d’hostilité dont la structuration, dès les années 1970, de mouvements d’extrême droite et la multiplication d’actes racistes sont les révélateurs71. Par son rôle de variable d’ajustement du modèle industriel local, l’immigration maghrébine et particulièrement algérienne « porte la charge de la disparition du modèle industriel et de sa mutation » et ses ressortissants paraissent être « les acteurs de la clôture du monde industriel et dans le même temps vont prendre de plein fouet la mutation du système »72. La dimension industrielle joue indubitablement un rôle dans une section où, en 1975, encore un tiers des militants est ouvrier73. Comme l’observe Jean-Charles Scagnetti dans son étude des relations entre le Parti communiste français (PCF) et le Front de libération nationale (FLN) :
« … aussi ‘exemplaires’ qu’ils pussent demeurer, les flux migratoires des Algériens, désormais ressortissants d’un pays étranger, eurent à pâtir de rancœurs héritées de la guerre et d’un racisme ambiant s’exprimant de plus en plus violemment à leur encontre. Si les anciens Français musulmans se trouvaient membres de droit d’une classe ouvrière française opprimée, déracinés qu’ils étaient par le colonialisme, ils furent dans le même temps perçus comme des concurrents acceptant des salaires plus bas et des emplois déqualifiés »74.
33Outre les dimensions liées à l’emploi, le pan culturel est lui aussi porteur de tensions. Comme le révèle « l’affaire de la Mosquée » en 198075, la culture socialiste locale est marquée par un « véritable blocage culturel dans la prise en compte de nouvelles données telle que l’émergence de l’islam »76. Dans le même temps, la tradition laïque est d’autant plus présente que les réseaux socialistes locaux sont fortement structurés par les mouvements laïcs, notamment les Amicales laïques, qui constituent autant de ressources, notamment matérielles, à préserver. Au sujet de ladite « affaire de la Mosquée », André Renard – militant proche de la « deuxième gauche », membre de la CFDT qui adhère au PS à Roubaix en 1974, avant d’entrer en 1977 au PSU et de revenir au PS en 1986 – explique :
« Pierre Prouvost [maire PS de Roubaix] mesure le clivage qu’il y a dans la ville entre les populations blanches, essentiellement belges, polonaises, et la communauté maghrébine et il a eu peur de donner le sentiment qu’il était pro-musulman. Donc, ça ne s’est pas bien passé, il a voulu donner des gages à la communauté blanche et il n’a pas su dialoguer »77.
34Le rapport à l’immigration algérienne contribue à faire de la mémoire de la guerre une mémoire vive pour la section roubaisienne. Alors qu’une part conséquente de ses membres a animé l’ancienne SFIO – sans que, de fait, ses positions sur l’Algérie n’aient conduit à leur départ – s’observe une hostilité à l’égard d’une population qui, après avoir voulu son indépendance, est associée à la dégradation de la situation industrielle78. Ainsi, d’une part, le rapport socialiste à l’immigration continue, dans les années 1970, d’être marqué de manière décisive par le souvenir de la guerre d’indépendance algérienne qui associe les immigrés aux tensions et aux violences observées dans la région. Mais, d’autre part, l’immigration contribue elle aussi à entretenir ce souvenir en l’actualisant. Le récit de la colonisation, des violences passées et de leur réplique locale est en effet empreint de la relation contemporaine aux immigrés algériens, notamment sur le lieu de travail ou dans certains quartiers, qui apparaissent pour les enquêtés comme autant de traces de ce passé. Dès lors, la place de la mémoire du conflit dans la section socialiste transite par sa mise en lien avec des données plus contemporaines qui tout à la fois la prolongent et la modulent.
35Si des exemples analogues ont pu être étudiés79, dans d’autres territoires – où le tiers-mondisme, l’anticolonialisme ou le libéralisme culturel sont plus fortement représentés dans les sections socialistes ou dans l’électorat – le rapport à l’immigration est nettement moins imprégné de l’héritage de l’attitude de la SFIO à l’égard de la colonisation. Ainsi en va-t-il, par exemple, de Dreux où l’équipe de la maire, Françoise Gaspard – ancienne militante du PSU, engagée dans l’alphabétisation – instaure un « festival des cultures immigrées », ou à Nanterre :
« Ça a été utilisé à Nanterre pour les socialistes pour se différencier des communistes parce que là il y avait beaucoup de gens proches des milieux catholiques qui avaient déjà été dans les années 1960, à l’époque du bidonville de Nanterre et avant la construction des cités, venaient en aide aux algériens dans ce bidonville de Nanterre. Notamment, en octobre 1961, et cette tradition a perduré au sein du PS »80.
36Les rapports socialistes à l’immigration sont donc marqués par une forte hétérogénéité, notamment en fonction des sensibilités locales. Les échos de la guerre d’indépendance constituent une donnée décisive pour comprendre cette diversité. Cependant, dans le sens inverse, le rapport entretenu à l’immigration actualise le rapport à la question algérienne et, ce faisant, prolonge la pertinence de l’anticolonialisme comme grille d’analyse du jeu partisan.
Conclusion
37Les travaux conduits sur la mémoire socialiste de la guerre d’Algérie concluent, pour la décennie 1970, à la définition d’un compromis revenant à considérer que « le conflit a affecté l’unité du mouvement, mais il a aussi créé les conditions de son renouveau ; il a permis aux socialistes de dépasser leur vision colonialiste, mais il a entrainé des souffrances chez les pieds-noirs qui doivent être respectées »81. Dans cet article, il s’agissait moins d’éclairer le contenu de ce récit mémoriel, que d’en observer les conditions socio-politiques de possibilité. En dépit de l’absence de véritable débat mémoriel sur la guerre d’Algérie au PS dans les années 1970, le souvenir et l’empreinte du conflit sont bien présents. L’analyse des trajectoires de militants de la cause des immigrés témoigne d’abord du rôle matriciel de l’anticolonialisme, en tant que cadre intellectuel et que réseau de relations personnelles. Cependant, la valeur politique que conserve cette référence ne se comprend qu’en considérant les éléments contemporains qui, l’actualisant, la prolongent. Il en va d’abord ainsi de l’état du jeu partisan, dès lors que la rivalité entre courants socialistes conduit à des tentatives d’objectivation de cultures politiques incluant l’emblème anticolonial. Ce faisant, c’est en tant qu’élément identitaire que ce passé est convoqué, pour s’identifier et se distinguer, en fonction moins des évènements auxquels il fait référence que des tensions politiques qui le convoquent. Cette mémoire est donc partie prenante d’un processus identitaire. Il en va de même de l’immigration qui, devenant un « objet social » dans les années 197082, actualise à son tour le souvenir du conflit tant pour ceux des militants qui s’engagent dans les mouvements de solidarité que pour ceux qui associent les problèmes de logement et d’emploi aux revendications ou aux violences passées. Si le rapport à la colonisation cadre le rapport à l’immigration, celui-ci, en retour, en prolonge la significativité politique. Cette dimension contemporaine est donc décisive. Il en résulte que le rapport socialiste à la mémoire de la guerre d’Algérie ne se comprend qu’en considérant, d’une part, le rôle politique collectivement dévolu aux objets mémoriels et, d’autre part, les conditions socio-politiques de leur existence. En considérant ainsi le parti comme une entité complexe et plurivoque, il est possible d’objectiver l’hétérogénéité des rapports à la guerre d’Algérie et leur sédimentation dans des enjeux contemporains et, ainsi, d’éclairer le compromis mémoriel mis en évidence par la littérature et visant à préserver l’unité collective d’une organisation lancée vers la conquête du pouvoir.
Notes
1 Guidoni Pierre, 3e séance du 21 octobre, cité dans Castagnez Noëlline, « Les députés socialistes méditerranéens face à la guerre d’Algérie : histoire et mémoire », Cahiers de la Méditerranée, 2018, n°96, pp. 67-79.
2 Thénault Sylvie, « La gauche et la décolonisation », in Becker Jean-Jacques, Candar Gilles (dir.), Histoire des gauches en France. Volume 2. XXe siècle : à l’épreuve de l’histoire, Paris, La Découverte, 2005, pp. 436-451.
3 D’Almeida Fabrice, Histoire et politique en France et en Italie. L’exemple des socialistes 1945-1983, Rome, École française de Rome, 1998, 629 p. ; Castagnez Noëlline, Quand les socialistes se souviennent de leurs guerres. Mémoire et identité (1944-1995), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2021, 478 p.
4 Geisser Vincent, « De l’islam comme marqueur de classe à sa construction partisane comme problème social. Le Parti socialiste face aux mouvements de l’immigration (1983-2008) », Sociétés contemporaines, 2022, vol. 127, n°3, pp. 147-176.
5 Castagnez Noëlline, op. cit.
6 Gaboriaux Chloé, Skornicki Arnault, Vers une histoire sociale des idées politiques, Lille, Septentrion, 2017, 322 p.
7 Rioufreyt Thibaut, « La mise en politique des idées. Pour une histoire sociale des idées en milieu partisan », Politix, 2019, vol. 126, n°2, pp. 7-35.
8 Gensburger Sarah, Lefranc Sandrine (dir.), La mémoire collective en question(s), Paris, PUF, 2023, 540 p.
9 Infra pour la justification de ce cas.
10 Kesler Jean-François, De la gauche dissidente au nouveau Parti socialiste, Paris, Privat, 1993, 471 p.
11 Siméant Johanna, La cause des sans-papiers, Paris, Presses de Sciences Po, 1998, 504 p.
12 Morin Gilles, De l’opposition socialiste à la guerre d’Algérie au Parti socialiste autonome (1954-1960). Un courant socialiste de la SFIO au PSU, thèse de doctorat en histoire, Université Paris I Panthéon-Sorbonne, 1991.
13 Thénault Sylvie, « La gauche et la décolonisation », op.cit., p. 449.
14 Gordon Daniel, « Le PSU et les luttes de l’immigration : perspectives nationales et internationales », in Kernalegenn Tudi, Prigent François, Richard Gilles, Sainclivier Jacqueline (dir.), Le PSU vu d'en bas, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2010, pp. 327-336.
15 Ibid.
16 Il participe notamment aux pourparlers avec le FLN dans la perspective de la rencontre de Melun. Voir Desalle Raphaël, Girault Jacques, Morin Gilles, « Raymond Guillaneuf », Le Maitron, 2024, disponible à l’adresse suivante : https://maitron.fr/guillaneuf-raymond/ (consultée le 19 août 2024).
17 Frappat Pierre, Geo Boulloud, le métallo de Dubedout, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, coll. « Empreinte du temps », 2015, pp. 171-172.
18 Stora Benjamin, La gangrène et l'oubli. La mémoire de la guerre d’Algérie, Paris, La Découverte, 2005, p. 46-73.
19 Duclert Vincent, « La ‘deuxième gauche’ », in Becker Jean-Jacques, Candar Gilles (dir.), Histoire des gauches en France, op. cit., p. 177.
20 Bantigny Ludivine, « Jeunesse et engagement pendant la guerre d’Algérie », Parlement[s], Revue d'histoire politique, 2007, vol. 8, n°2, pp. 39-53.
21 Blanc-Chaléard Marie-Claude, « Les travailleurs immigrés en quête d'autonomie », in Pigenet Michel, Tartakowsky Danièle (dir.), Histoire des mouvements sociaux en France. De 1814 à nos jours, Paris, La Découverte, 2014, p. 528 ; Schlegel Jean-Louis, Pelletier Denis (dir.), À la gauche du Christ. Les chrétiens de gauche en France de 1945 à nos jours, Paris, Seuil, 2012, pp. 259-295.
22 Au sens qu’Ismail Ferhat donne à ce terme. Voir « Un chemin de Damas ? Le Parti socialiste et les chrétiens dans les années 1970 », Chrétiens et sociétés, 2011, n°18, pp. 165-184.
23 Pelletier Denis, La crise catholique. Religion, société, politique en France 1965-1978, Paris, Payot, 2002, 321 p.
24 Donegani Jean-Marie, « Itinéraire politique et cheminement religieux », Revue française de science politique, 1979, vol. 29, n°4-5, p. 117.
25 Soulage Vincent, « L’engagement politique des chrétiens de gauche, entre Parti socialiste, deuxième gauche et gauchisme », in Schlegel Jean-Louis, Pelletier Denis (dir.), À la gauche du Christ, op.cit., pp. 425-456.
26 Pagis Julie, « La politisation d’engagements religieux. Retour sur une matrice de l’engagement en mai 68 », Revue Française de Science Politique, 2010, vol. 60, n°1, p. 72.
27 Fondation Jean-Jaurès, « Discours au congrès de Nantes », Centre d’archives socialistes, Archives numériques de la Fondation Jean-Jaurès, disponible à l’adresse suivante : https://archives-socialistes.fr:443/ark:21895/1efceac0142f69b0b2b8fa163e8087d3.moteur=arko_default_66fc54783c9d2 (consultée le 15 juillet 2026).
28 Dans son ouvrage Rocard Michel, Si la gauche savait, Paris, Robert Laffont, 2005, p. 209, il l’explique lui-même en indiquant : « à Nantes, nous voulions nous constituer une identité ». Cette évolution, perceptible dans les discours de Michel Rocard lors des congrès de 1977 et 1979 (archives de la Fondation Jean-Jaurès), s’exprime également dans la revue rocardienne Faire.
29 Duclert Vincent, « La ‘deuxième gauche’ », op. cit., p. 183 ; p. 186.
30 Duhamel Éric, « François Mitterrand en guerre d’Algérie. Enjeu de pouvoir, enjeu de mémoire » in Bouchet Thomas, Gacon Stéphane, Wolikow Serge (dir.), Traces de la guerre d’Algérie. 40 ans de turbulences dans la vie politique française, Dijon, Éditions Universitaires de Dijon, coll. « Territoires contemporains : Cahiers de l’IHC »,1995, pp. 41-65 ; Malye François, Stora Benjamin, François Mitterrand et la guerre d’Algérie, Paris, Calmann-Lévy, 2010, 312 p.
31 Castagnez Noëlline, Quand les socialistes se souviennent de leurs guerres, op. cit., p. 336.
32 Faire, 1979, n°40, p. 29.
33 Ibid, p. 5.
34 Faire, 1979, n°41, p. 24.
35 Hatzfeld Hélène, Faire de la politique autrement, Rennes, PUR, 2005, 330 p.
36 C’est-à-dire « qui fait l’objet d’une construction et d’une transmission », par opposition à la mémoire commune, « admise d’emblée pour telle » (Castagnez Noëlline, Quand les socialistes se souviennent de leurs guerres, op. cit., 2021, p. 25).
37 Entretien avec l’auteur, réalisé le 17 janvier 2022.
38 Thénault Sylvie, « La gauche et la décolonisation », op. cit., p. 437.
39 Duclert Vincent, « La ‘deuxième gauche’ », op, cit., p. 187.
40 Lavabre Marie-Claire, « La ‘mémoire collective’ entre sociologie de la mémoire et sociologue du souvenir », document de travail, 2016, disponible à l’adresse suivante : https://shs.hal.science/halshs-01337854v1
41 Castagnez Noëlline, Quand les socialistes se souviennent de leurs guerres, op. cit., p. 25.
42 Bachelot Carole, « L’étude des partis politiques : entre permanence et renouveau », Pouvoirs, 2017, vol. 163, n°3, pp. 127-139.
43 Cos Rafaël, Les programmes du Parti socialiste. Sociologie politique d'une entreprise programmatique (1995-2012), Paris, Dalloz, 2019, 642 p.
44 Castagnez Noëlline, « Les députés socialistes méditerranéens face à la guerre d’Algérie : histoire et mémoire », op. cit.
45 Lefebvre Rémi, Le socialisme saisi par l’institution municipale des années 1880 aux années 1980, thèse de doctorat en science politique, Université Lille 2, 2001, p. 350.
46 Petillon Chantal, « Roubaix, une ville industrielle nourrie d’immigration belge », in David Michel, Duriez Bruno, Lefebvre Rémi, Voix Georges (dir.), Roubaix. 50 ans de transformations urbaines et de mutations sociales, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2006, pp. 23-29.
47 En 1982, la part des algériens parmi les 20 458 étrangers de la ville est prépondérante (43,46%), devant les Portugais (23,25%), les Italiens (9,7%) et les Marocains (6,6%). Voir Dewitte Pascal, Bataille Philippe, Wieviorka Michel, « Exclusion sociale et racisme, l'exemple de Roubaix », Hommes et Migrations, 1992, n°1157, pp. 15-22.
48 Rainhorn Judith, « Histoire et mémoire des immigrations dans le Nord-Pas-de-Calais », XIXe-XXe siècles, Rapport final, Direction régionale Nord-Pas-De-Calais, Lille, 2007, p. 22.
49 Wybo Mathilde, Cultures, patrimoines et migrations à Roubaix, rapport final, programme interdisciplinaire de recherche, « Mémoires de l’immigration : vers un processus de patrimonialisation ? », Ministère de la culture et de la communication, février 2009 ; David, Michel, « Roubaix et l’immigration », in David Michel, Duriez Bruno, Lefebvre Rémi, Voix Georges (dir.), op. cit., pp. 205-221.
50 Talpin Julien, Politisations ordinaires, démobilisations minoritaires. Contribution à une ethnographie du rapport des classes populaires au politique (Roubaix, 1962-2020), mémoire original d’habilitation à diriger des recherches (HDR), Université Paris I Panthéon Sorbonne, 2021, p. 169.
51 Julien Talpin rappelle que Roubaix est « un des bastions français du mouvement nationaliste algérien, et notamment du messalisme, signe de la politisation rapide de ces immigrés fraichement arrivés » (ibid., p. 167).
52 « Il y a 60 ans, un week-end sanglant fait six morts chez les Algériens de Roubaix », voir : La voix du Nord, 4 mars 2022.
53 Alidières Bernard, « La guerre d'Algérie en France métropolitaine : souvenirs ‘oubliés’ », Hérodote, 2006, vol. 120, n°1, p. 150.
54 Boulhaïs Nordine, Histoire des harkis du nord de la France, Paris, L’Harmattan, 2005, 300 p.
55 David Michel, Une politique publique locale à l’épreuve de l’immigration. Le cas de la Ville de Roubaix, mémoire de diplôme d’études approfondies (DEA), Institut d’études politiques de Lille/Université Lille 2, 2009, p. 60.
56 Agrikoliansky Éric, La ligue des droits de l’homme et du citoyen depuis 1945. Sociologie d’un engagement civique, Paris, L’Harmattan, 2002, p. 248.
57 Péchu Cécile, « Les générations militantes à Droit au logement », Revue française de science politique, 2011, vol. 51, n°1-2, pp. 80-81.
58 Fillieule Olivier, « Propositions pour une analyse processuelle de l'engagement individuel », Revue française de science politique, 2001, vol. 51, n°1-2, pp. 199-215.
59 Pette Mathilde, Eloire Fabien « Pôles d'organisation et engagement dans l'espace de la cause des étrangers. L'apport de l'analyse des réseaux sociaux », Sociétés contemporaines, 2016, vol. 101, n°1, pp. 5-35.
60 Siméant Johanna, La cause des sans-papiers, op. cit., pp. 190-191.
61 Entretien avec l’auteur, réalisé le 9 septembre 2021.
62 « Compte rendu de la réunion de Roubaix les 8 et 9 octobre 1977 », Archives de l’Office universitaire de recherche socialiste (OURS), F5 219 BD.
63 Garbaye Romain, « Gouvernance urbaine, minorités ethniques et identités locales à Birmingham, Lille et Roubaix », in Arnaud Lionel (dir.), Les minorités ethniques dans l'Union européenne, Paris, La Découverte, 2005, p. 170.
64 « Compte rendu de la réunion du 17 octobre 1979 », Archives municipales de Roubaix, fonds 4J, cote 30.
65 Combats socialistes immigrés, n°4, supplément au n°36, décembre 1978, Archives de l’Office universitaire de recherche socialiste (OURS).
66 Coppieters Annick, entretien avec l’auteur, réalisé le 9 septembre 2021.
67 Entretien avec l’auteur, réalisé le 22 septembre 2021.
68 Cette seconde partie contient plusieurs témoignages de femmes, alors que la première ne comprend que des témoignages d’hommes. Ce déséquilibre tient aux terrains étudiés et à la sélection opérée par le temps entre la période étudiée et la période d’enquête. Si la CNI étudiée dans la première partie comptait plusieurs femmes, celles-ci étaient décédées au moment de l’enquête (à l’exception de deux n’ayant pu donner suite aux demandes d’entretien). À l’inverse, plusieurs entretiens avec des femmes ayant eu une activité importante et durable au sein des sections socialistes de Roubaix dans les années 1960 et/ou 1970 ont pu être conduits.
69 Entretien avec l’auteur, réalisé le 13 septembre 2021.
70 Joubrel Yannig, La vie politique à Roubaix dans les années 1980, mémoire de maîtrise, Université Lille III, 1994, p. 10 cité dans Wybo Mathilde., Cultures, patrimoines et migrations à Roubaix, op. cit., p.36.
71 Nord-Éclair, 19-20 février 1978.
72 David Michel, « Une politique publique locale à l’épreuve de l’immigration… », op. cit., p. 47.
73 Lefebvre Rémi, Le socialisme saisi par l’institution municipale, op. cit., 2001, p. 500.
74 Scagnetti Jean-Charles, « Les relations PCF-FLN au prisme de l’émigration algérienne en France (1962-1981) : des rapports ‘exemplaires’ ? », Parlement[s]. Revue d'histoire politique, 2018, vol. 27, n°1, p. 103.
75 En 1979, des musulmans « issus de la communauté harki » investissent le siège du consortium textile pour réclamer la mise à disposition de lieux de culte. Alors que le maire les met en cause, en les accusant de liens avec « l’islamisme », ceux-ci l’accusent en retour de racisme.
76 David Michel, « Une politique publique locale à l’épreuve de l’immigration… », op. cit., p. 79.
77 Entretien avec l’auteur, réalisé le 24 septembre 2021.
78 Green Nancy, Poinsot Marie, Histoire de l’immigration et question coloniale en France, Paris, La Documentation française, 2008, 208 p.
79 C’est par exemple le cas de Gennevilliers, où au milieu des années 1960, les immigrés représentent jusqu’à 20% de la population locale. Jean-Charles Scagnetti observe alors que le racisme s’exprime « dans les rangs des anciens membres du contingent ou des soutiers de la croissance industrielle » en raison à la fois de la guerre d’Algérie et de la concentration du logements des immigrés dans certaines communes (voir Scagnetti Jean-Charles, « Les relations PCF-FLN au prisme de l’émigration algérienne en France (1962-1981)… », op. cit., p. 114. Voir également Olivier Masclet, « Une municipalité communiste face à l'immigration algérienne et marocaine. Gennevilliers, 1950-1972 », Genèses, 2001, vol. 45, n°4, p. 150-163).
80 Jean-François Merle, rocardien et ancien premier secrétaire de la Fédération des Hauts-de-Seine, entretien avec l’auteur, réalisé le 5 mai 2021.
81 Castagnez Noëlline, Quand les socialistes se souviennent de leurs guerres, op. cit., p. 341.
82 Weil Patrick, La France et ses étrangers. L’aventure d’une politique de l’immigration, Paris, Gallimard, coll. « Folio Histoire », 2005, p. 592.
Pour citer cet article
A propos de : Pierre-Nicolas Baudot
Pierre-Nicolas Baudot est docteur en science politique (Université Paris-Panthéon-Assas, Centre d’Études Constitutionnelles et Politiques), chercheur contractuel au sein de la chaire Colibex (CNRS, Triangle).

