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- Cahier n°11. La science politique et la guerre d’A...
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Une institution au travail. Le programme histoire mémoires de la guerre d’Algérie de l’ONAC-VG

Tabla de contenidos
L’école doit être mobilisée. L'Office national des anciens combattants et des victimes de guerre lancera cette année un programme global Histoire commune et mémoire partagée de la guerre d'Algérie. Ce programme comportera une exposition et permettra également des interventions dans les classes de témoins de la guerre d'Algérie – il y en a de nombreux ici – en appui aux enseignements d'histoire et de morale civique […].
La grandeur d'un pays, c'est d'être capable de réconcilier toutes les mémoires et de les reconnaître. Alimenter la guerre des mémoires, c'est rester prisonnier du passé ; faire la paix des mémoires, c'est regarder vers l'avenir. C'est ce message d'unité et de paix, de rassemblement aussi que j'entendais, aujourd'hui en ce 19 mars, délivrer devant vous.
Vive la République et vive la France ».
François Hollande le 19 mars 2016.
Introduction
1Ces extraits du discours de François Hollande, président de la République de 2012 à 2017, ont été prononcés à l’occasion de la « Journée nationale du souvenir et de recueillement à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc » qui commémore depuis 2012 les Accords d’Évian mettant fin à la guerre d’Indépendance algérienne (1954-1962)1.
2Lors de cette cérémonie de 2016 qui se tient devant le Mémorial national de la guerre d'Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie au Quai Branly à Paris, le président pose un diagnostic engageant et préoccupant sur la société française actuelle. Les mémoires associées au conflit algérien sont décrites comme vives et à l’origine d’une plaie béante dans le corps social. Une guerre des mémoires serait à l’œuvre emprisonnant le présent dans ce passé. Face à ce constat, François Hollande propose une politique de réconciliation. Cette dernière passe par la prise en compte de toutes les mémoires et la reconnaissance de toutes les victimes du conflit dans un même statut de victime. La réconciliation passe également par un travail sur la jeunesse en chargeant, ici, l’Office national des anciens combattants et des victimes de guerre (ONAC-VG) de développer un programme à destination des écoles.
3Ce discours révèle deux sous-entendus souvent associés aux mémoires de la guerre d’Indépendance algérienne et qui influencent mécaniquement la politique mémorielle. Le premier est qu’une guerre des mémoires serait à l’œuvre dans la société française2. Cette dernière n’est jamais définie laissant planer un flou sur les acteurs qui s’affronteraient dans ce conflit mémoriel. Le concept est adaptable pour décrire des situations différentes. S’agit-il d’une guerre entre anciens acteurs du conflit algérien ? Entre leurs descendants ? Entre associations ? Entre des partis politiques ? Le second sous-entendu est que ces tensions mémorielles déboucheraient, directement ou indirectement, sur une guerre des identités, opposant des communautés dans une société française perçue comme « balkanisée »3. Les jeunes seraient à la fois des acteurs et des victimes de ce risque de fragmentation. Ces derniers sont ici explicitement désignés comme les cibles de la politique publique de la mémoire proposée par le Président.
4Cet article se propose d’étudier cette politique publique en revenant sur la création, le déploiement et les effets du programme Histoire commune et mémoire partagée de la guerre d'Algérie annoncé par François Hollande. Devenu par la suite Histoire Mémoires de la Guerre d’Algérie (HMGA), ce programme est créé en 2017 par l’ONAC-VG au sein du ministère des Armées. Il a pour objectif la sensibilisation des jeunes à l’histoire et aux mémoires de la guerre d’Algérie. Il comporte cinq volets.
Le programme Histoire Mémoire de la Guerre d’Algérie
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Une exposition : Réalisée par Raphaëlle Branche, Jean-Jacques Jordi et Abderahmen Moumen, une exposition retrace l’histoire de la conquête, de la colonisation, de la guerre d’Indépendance puis des acteurs et enjeux de mémoires depuis 1962 en France. Elle permet ainsi une réinscription de la guerre d’Algérie dans le temps long et d’apporter des éléments pour comprendre le système colonial et les conséquences de cette histoire sur la France contemporaine. Elle se présente sous la forme d’une vingtaine de panneaux en kakémono pouvant être exposés dans les collèges et lycées. Au départ disponible en 23 exemplaires, il en existe 110 depuis septembre 2018, soit plus d’une par département afin de faciliter son déploiement sur le territoire national.
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Une mallette pédagogique : Elle comprend plus de 60h de contenu afin d’apporter aux professeurs des outils supplémentaires pour traiter le sujet : témoignages, textes scientifiques, analyses de films, de BD, de pièces de théâtre. Elle est complétée à partir de décembre 2018 de courtes vidéos réunies sur une chaine Youtube4. Mêlant interventions scientifiques et témoignages, neufs vidéos permettent d’introduire l’exposition puis « les catégories » d’acteurs affectés par le conflit : qu’est-ce qu’un harki ? Un Français d’Algérie, un appelé, un militaire de carrière, un insoumis, un militant du Front de Libération Nationale (FLN) ou de l’Armée de Libération Nationale (ALN), du Mouvement National Algérien (MNA) et de l’Organisation Armée Secrète (OAS).
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Formations de professeurs : En lien avec les Inspecteurs Pédagogiques Régionaux (IPR) de l’Éducation nationale, l’ONAC-VG organise des séminaires de formation et des Plans Académiques de Formations (PAF) assurés par des historiens et historiennes pour former les professeurs d’histoire-géographie à l’histoire et aux mémoires de la colonisation et de la guerre d’Algérie ainsi qu’à l’utilisation des outils proposés par le programme HMGA.
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Récoltes d’archives orales : Aux côtés du Service Historique de la Défense (SHD) et de l'Établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense (ECPAD), l’ONAC-VG participe à la récolte d’archives orales, d’abord de soldats, d’appelés et de harkis, et depuis 2018 de l’ensemble des acteurs de la guerre (militants pour l’Indépendance ou à l’OAS, Français d’Algérie et veuves de guerre).
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Témoignages à quatre voix en classe : L’ONAC-VG a développé une pédagogie pour faire témoigner ensemble des anciens militants pour l’Indépendance, des anciens harkis, des anciens appelés et des anciens pieds-noirs auquel s’adjoignent parfois des Juifs d’Algérie. A cet effet, des équipes de témoins sont constituées par région pour intervenir dans les établissements scolaires.
5Cet article se propose d’étudier le programme HMGA en revenant sur sa conception institutionnelle, son déploiement et ses effets attendus comme réels sur les publics cibles ou les acteurs impliqués. Il s’agit d’une contribution plus large sur les politiques de mémoire étudiée ici comme une politique publique ordinaire5.
6En quoi l’analyse d’une politique publique de la mémoire, telle que celle du programme HMGA, révèle les représentations et les enjeux institutionnels entourant le gouvernement des mémoires de la guerre d’Algérie en France ?
7Les données et observations présentées dans cet article ont été recueillies dans le cadre de mon contrat CIFRE6 effectué à la direction générale de l’ONAC-VG au sein du département Mémoire (DM) de septembre 2017 à décembre 2021 dans le cadre ma thèse Leur guerre d’Algérie : enjeux de mémoire dans la socialisation politique des jeunes français7. Durant cette période, j’ai travaillé sur le programme HMGA et ainsi observé une institution au travail en documentant dans un journal de thèse le comportement des acteurs institutionnels co-constructeurs de la politique publique ainsi que d’autres acteurs mobilisés par celle-ci (les témoins, les professeurs, les jeunes). J’ai ainsi assisté à 130 séances de témoignages en classe dans une diversité de territoires. Une étude quantitative consistant en une récolte de 98 questionnaires distribués aux jeunes élèves avant et deux semaines après les séances de témoignage à quatre voix permet de mesurer les effets à courts termes du programme auprès des publics ciblés par la politique publique.
8L’article suit le déploiement d’une politique publique en trois temps. Il revient dans un premier temps sur la construction d’un discours sur les « mémoires dangereuses » de la guerre d’Algérie soutenant la mise à l’agenda de cette politique de mémoire8. Dans une seconde partie, il documente la construction institutionnelle et le déploiement du programme pour répondre aux besoins identifiés. Une troisième partie présente les effets de la politique publique sur les acteurs et les publics cibles.
Le cadrage narratif à l’origine de la politique publique : « Les mémoires dangereuses » de la guerre d’Algérie.
I. Les conséquences réelles et fantasmées de la guerre d’Algérie
9La colonisation de l’Algérie par la France (1830-1962), la guerre d’Indépendance (1954-1962) et les exils qu’elles ont engendrés ont laissé de nombreuses et profondes marques sur la société française. Ces dernières sont d’ordre structurel, démographique, culturel, politique et épistémique.
10Le républicanisme comme le capitalisme français ou encore les institutions de la Ve République ont été forgés dans ces expériences historiques9. Des héritages coloniaux persistent également dans le fonctionnement de certaines institutions, comme par exemple le maintien de l’ordre10.
11La conséquence la plus importante est peut-être démographique. Si l’on additionne le nombre de soldats français et d’appelés du contingent mobilisés, de pieds-noirs, de harkis, de Juifs d’Algérie et d’immigrés algériens exilés en France depuis l’Indépendance ou encore celui de militants pour ou contre l’Indépendance, près de 7 millions de personnes auraient été directement affectées par les événements11. Ces personnes ont eu des enfants puis des petits-enfants dessinant une empreinte démographique considérable de la décolonisation de l’Algérie sur la société française. Ainsi, 39% des jeunes de 18 à 24 ans en 2020 déclaraient avoir au moins un grand-parent affecté par cette histoire12.
12Cette densité démographique nous livre une société aux multiples influences culturelles. Les références, pratiques et croyances des différentes populations marquées par l’histoire de la colonisation et du conflit ont pénétré et forgé la culture française contemporaine. Cette histoire a notamment joué un rôle important dans la formation des subjectivités, des identités nationales et communautaires, et notamment des processus de racialisation des rapports sociaux. Elle explique en partie la permanence des préjugés, du racisme, de l’antisémitisme et la rigidité ethnoculturelle de l’identité nationale française13.
13Les héritages politiques sont également importants en ce que la guerre d’indépendance algérienne a provoqué une recomposition du système partisan français de 1958 à 196214. Une partie d’une génération s’est politisée dans l’opposition ou le soutien à l’Algérie française ou à la guerre. La colonisation et la guerre d’Algérie ont donné naissance à des cultures politiques coloniales et anticoloniales aux effets durables, encore ressentis et mesurés de 1968 aux années 199015.
14L’histoire coloniale en Algérie a enfin des conséquences épistémiques importantes. Elle a été soutenue par une idéologie consistant en un ensemble de croyances et de représentations justifiant la mission civilisatrice et l’inégalité de traitement des populations. Des masques et des euphémismes ont longtemps été utilisé pour tordre le réel et rendre invisibles la violence et l’exploitation, rendant difficile la compréhension du colonialisme et de ses conséquences16. Des chercheurs soulignent d’ailleurs la nécessité d’une véritable révolution épistémiques pour en saisir toute l’ampleur17.
15Là sont les conséquences réelles et documentées de l’histoire algérienne de la France. Mais, elles restent peu connues et ne semblent pas alimenter le débat public et la mise à l’agenda de politiques de gestion du passé et de ses héritages. Ce sont davantage des conséquences fantasmées qui influencent le cadrage de la politique publique que nous étudions, même si la frontière entre fantasme et réalité est toujours poreuse.
16La déclaration de François Hollande en 2016 est à replacer dans le contexte des attentats terroristes de 201518. Ces derniers sont interprétés comme étant en partie une conséquence de la guerre d’Algérie et de ses supposées « mémoires dangereuses ». À l’époque, les commentaires dessinant une continuité entre la guerre d’Indépendance algérienne et les évènements se multiplient19. Attentats, état d’urgence, musulmans, terrorisme, terrasses, patrouilles : les mots même de la guerre retrouvent une actualité. Beaucoup de démarches artistiques qui aboutiront les années suivantes sur des romans ou des pièces de théâtre sur la guerre d’Algérie, débutent après les attentats de 201520. Des universitaires convoquent le conflit algérien pour historiciser la situation21. Les métaphores médicales ou psychanalytiques irriguent les discours pour décrire des mémoires refoulées gangrénant la France. Le tissu social est décrit comme durablement abimé par les oublis et les rancœurs, par une difficulté à comprendre le passé. D’autant que les indices ne manquent pas. En 2012, Mohammed Merah avait commis, à Toulouse, ses attentats le 19 mars, jour du cinquantième anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie. Certains des terroristes islamistes français sont d’origine algérienne, réactivant les discours sur l’impossible intégration. En 2017, un groupe d’extrême droite nommé OAS avait prévu l’assassinat de Musulmans, de Jean-Luc Mélenchon et du ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner22. En 2015 donc, la France semblait revivre un boomerang colonial menaçant la sécurité nationale et justifiant l’intervention du président de la République pour dessiner une politique de réconciliation.
17Cette interprétation du lien entre mémoires de la guerre d’Algérie et attentats est possible, malgré l’absence de travaux scientifiques sur le sujet. Elle repose sur la croyance partagée en l’existence d’une tension diffuse dans la société française où la guerre des mémoires se serait progressivement transformée en guerre des identités23. En 2024, avec Sébastien Ledoux, nous revenions sur l’histoire de cette croyance qui impose un cadrage narratif fort à la politique publique24.
II. Histoire d’une croyance
18Depuis la fin des années 1970, les acteurs associatifs hérités de la guerre d’Algérie (associations d’anciens combattants, de harkis ou de Français d’Algérie), ont développé un discours centré sur « l’oubli » du conflit par l’État. Pendant plusieurs décennies, ce discours leur a été utile pour appuyer des revendications de reconnaissance, d’indemnisation ou de réparation afin de forcer l’État à sortir de son silence. À partir des années 1990, cette rhétorique de l’oubli a ensuite été reprise par des responsables politiques, de droite comme de gauche, pour lire la société française et interpréter l’oubli comme étant à l’origine du manque de cohésion au sein de la société française.
19À l’image du syndrome de Vichy qui interprétait les tentions mémorielles issues de l’Occupation, un syndrome algérien est mobilisé pour décrire la France comme encore blessée par les mémoires de son passé colonial. Cette lecture est par ailleurs soutenue par des intellectuels influents25. Elle conduit à un réajustement des politiques mémorielles. Des années 1960 aux années 1980, ces dernières portent principalement sur des enjeux matériels : pensions, indemnisations financières, reconnaissance de statuts administratifs particuliers. À partir des années 1980-1900, elles se focalisent sur les enjeux symboliques et narratifs. La mémoire devient, pour les différents gouvernements, un outil au service de la cohésion sociale.
20Ainsi à partir des années 2000, les différentes initiatives prises par les gouvernants autour de la mémoire suscitent des clivages politiques de plus en plus nets. Ces tensions se cristallisent autour du rapport de la France à son histoire coloniale. La gauche s’inscrit dans une tradition anticolonialiste et contribue à la reconnaissance officielle de la guerre d’Algérie (1999) et de l’esclavage (2001). Elle prend le parti de porter un regard critique sur les crimes commis par l’État dans le but de construire une société plus inclusive. En réaction, la droite dénonce ce qu’elle qualifie de « repentance » et défend l’histoire nationale et impériale qu’elle juge attaquée26. Dans ce conflit politique, droite et gauche nouent des alliances de circonstance avec des associations ou des causes pour servir leurs agendas respectifs centrés sur l’identité27.
21Cette période de conflit politique a été interprétée comme une « guerre des mémoires » opposant des catégories de la population qualifiées hâtivement de « groupes de mémoires » aux existences et propositions jugées antagonistes et donnant l’illusion d’une société fracturée28.
22Sous la présidence de Nicolas Sarkozy, une tentative de réhabilitation de l’héritage colonial est portée par une partie de sa majorité et de son cabinet. Elle est pensée comme une réponse à cette situation. Elle s’inscrit dans un projet plus large de défense de l’identité nationale et de stigmatisation des descendants d’immigrés comme des intellectuels ou militants critiques de l’histoire coloniale. Seule une France fière de son passé saura réaliser son potentiel national29. À l’inverse, son successeur François Hollande multiplie les gestes de reconnaissance sur la guerre d’Algérie – notamment sur le 17 octobre 1961, le 19 mars 1962, la mort de Maurice Audin en 1957 et les massacres de Sétif de 1945, avec pour objectif de renforcer la cohésion nationale. La reconnaissance du passé est un instrument pour soigner les fractures sociales qui, en 2016, semblent accentuées par les attentats terroristes de 2015.
23François Hollande s’engage donc dans une politique de réconciliation avec d’une part une reconnaissance des faits historiques et de toutes les victimes pour « apaiser les mémoires » et d’autre part un travail sur la jeunesse pour « regarder vers l'avenir », et construire « l’unité, la paix, et le rassemblement »30.
24Désigner les jeunes comme publics cibles des politiques mémorielles ou éducatives est plutôt commun31. Cependant, dans le cas du gouvernement des mémoires de la guerre d’Algérie, cela révèle un sous-entendu important : les jeunes seraient potentiellement porteurs et héritiers des tensions mémorielles et historiques. Les « mémoires dangereuses », transmises dans le cloisonnement des familles ou des communautés fragmentées, joueraient un rôle dans leur construction identitaire et dans leur socialisation politique, nourrissant des phénomènes de politisation, de tensions identitaires voire de radicalisation.
25Ainsi, dans le cas de la guerre d’Algérie, les enjeux de mémoire se confondent avec des enjeux identitaires et sécuritaires. Ils ne sont jamais saisis comme simplement pédagogiques ou éducatifs. Le programme n’est d’ailleurs pas confié à l’Éducation nationale, qui aurait pu être légitime à encadrer des élèves, mais à l’ONAC-VG du ministère des Armées. À l’image d’autres politiques mémorielles étudiées par la littérature, le programme HMGA est soutenu par la croyance dans son caractère transformatif. Il modifierait les connaissances et les représentations des jeunes, avec pour responsabilité de produire et de diffuser des récits censés apaiser les relations sociales, renforcer la cohésion et interroger les représentations du Eux et du Nous32.
26Ce cadrage narratif exigeant mêlant des enjeux de mémoires, d’éducation et de cohésion nationale précède la politique publique et ce faisant l’investit d’attentes importantes. Il influence mécaniquement la conception institutionnelle du programme.
Sauver la France, sauver l’institution : le choix de l’ONAC-VG et la conception du programme HMGA
27Cette partie revient sur le choix de l’opérateur de la politique publique, l’ONAC-VG, et le déploiement du programme dont la conception se fait à l’intersection du cadrage narratif pacificateur, d’enjeux internes propres à l’institution et d’engagements individuels.
I. L’ONAC-VG : l’opérateur mémoriel de l’État
28L’ONAC-VG est un établissement public administratif au sein du ministère des Armées qui prend en charge l’administration des anciens combattants et les victimes de guerre et de terrorisme. S’appuyant sur la solidarité nationale, la mission historique de l’Office est de reverser les pensions et les indemnités à ses « ressortissants » et de les accompagner socialement dans diverses démarches (logements, emplois, retraites).
29Depuis 1916, l’ONAC-VG a ainsi eu à charge les poilus, les anciens combattants du Rif et ceux de 1939-1945, les déportés, les combattants en Indochine, supplétifs compris, ceux d’Algérie, les militaires qui depuis 1962 sont impliqués en opérations extérieures et enfin tous les anciens militaires de carrière. Depuis 1990, l’ONAC-VG gère également les victimes de terrorisme ; et depuis 2013, l’ensemble des dossiers des rapatriés d’Algérie, des harkis et de leurs familles33.
30Parmi ses actions de solidarité, l’établissement gère le Bleuet de France servant à lever des fonds pour les blessés de guerre, les pupilles de la nation, les victimes de terrorisme et les veuves de guerre.
31L’ONAC-VG gère également les dix Hauts lieux de la mémoire nationale et 275 nécropoles militaires. Cette mission l’amène à y organiser les différentes commémorations et hommages lors des journées nationales et de s’imposer progressivement comme l’opérateur mémoriel du ministère des Armées.
32L’Office est plus généralement l’établissement où s’articule le dialogue entre l’État et ces ressortissants. Un conseil d’administration paritaire rassemble des représentants du parlement, de l’administration, dont la tutelle du ministère des Armées via la DPMA – Direction du patrimoine, de la mémoire et des archives, devenue depuis DMCA – Direction de la mémoire, de la culture et des archives, ainsi que les associations d’anciens combattants, de rapatriés et de harkis. Dans cette arène, les différents acteurs ont acquis une connaissance mutuelle dans la longue durée. Ils y négocient les politiques publiques et les demandes des associations.
33L’Office est donc amené à gérer les dossiers de millions de ressortissants répartis sur l’ensemble du territoire national et au-delà. Cette mission lui lègue un maillage territorial unique qui, en 2018, compte 105 services départementaux, soit plus que ceux de l’Éducation nationale. Ces « SD » sont généralement hébergés dans les préfectures ou les sous-préfectures et reçoivent quotidiennement les anciens combattants et leurs familles pour les accompagner dans leurs démarches dans l’Hexagone, les territoires d’Outre-mer mais aussi en Afrique du Nord en direction des anciens combattants tunisiens, marocains et algériens de l’armée française. Les 800 agents des services départementaux sont épaulés par un réseau de 22 CMC – Conseillers Mémoires et Communication (aujourd'hui référents mémoire régional – RMR, un par ancienne région) qui s’occupent des activités mémorielles dites citoyennes et pédagogiques, ciblant principalement les jeunes.
34À partir des années 1990, l’ONAC-VG voit les actions mémorielles prendre de plus en plus d’ampleur sur ses activités historiques de solidarité. Il s’agit à la fois d’une demande des ressortissants eux-mêmes qui formulent des besoins de reconnaissance, d’une mutation des politiques mémorielles vers leurs dimension immatérielle et narrative, et d’un enjeu de survie institutionnelle pour l’ONAC-VG. En effet, l’établissement prend conscience que le nombre de ses ressortissants diminue mécaniquement avec le temps et que les 800 agents et 105 SD apparaîtront bientôt trop nombreux pour simplement gérer cette population. Le développement des actions mémorielles et pédagogiques permet de justifier et défendre l’existence institutionnelle de l’Office.
35La mémoire est pensée comme un outil supplémentaire pour poursuivre le travail de solidarité et de réparation. Elle est un nouveau droit pour les anciens combattants et un devoir pour le reste de la société française, notamment ses jeunes34. Au-delà des commémorations, l’Office développe des expositions, des concours scolaires et des récoltes de témoignages en lien avec les expériences de guerre.
36Depuis les années 2010, l’ONAC-VG a principalement à charge des ressortissants affectés par la guerre d’Algérie. Anciens appelés, harkis, rapatriés forment mécaniquement le plus gros contingent de personnes à accompagner financièrement et pour lesquelles ou autour desquelles l’Office déploie des activités commémoratives.
37Pourtant, aborder la guerre d’Algérie pour l’Office n’est pas un sujet facile pour des raisons historiques, institutionnelles et politiques. Premièrement, l’ONAC-VG est sous tutelle du ministère des Armées. Pour les militaires, la guerre d’Algérie est une défaite et une cause de rupture avec le politique, si ce n’est la société en général. En Algérie, l’Armée a fait la conquête, préparé et organisé la colonisation et maintenu le système colonial. En 1954, elle est envoyée pour « pacifier ». Le politique lui confie les pouvoirs spéciaux et lui demande de garder l’Algérie « par tous les moyens ». Elle le fait quitte à se salir les mains. Alors que l’armée peut gagner la guerre militairement, le politique concède l’indépendance. Une rupture qui s’illustre dans la tentative de putsch en avril 1961. Tortures, tentative de coup, trahisons des harkis et des Français d’Algérie, jeunesse fauchée pour des millions d’appelés : l’armée sort fragilisée du conflit. La guerre d’Algérie a été à l’origine de son retrait de la vie publique. Elle se replie dans ses casernes. Les militaires cessent de faire de la politique, n’interviennent plus dans les médias, gèrent dans l’ombre les affaires. Le général de Gaulle lui-même cesse de porter l’uniforme. Dans un entre-soi, s’entretiennent le silence et le souvenir de la défaite et de la trahison. L’annonce, dans le cadre du programme HMGA, d’une exposition co-réalisée par Raphaëlle Branche, l’historienne ayant documenté l’usage de la torture pendant la guerre d’Algérie, a pu être accueilli avec méfiance, prudence mais aussi enthousiasme ; signalant pour certains, une opportunité pour avancer.
38Cet héritage historique conséquent ne signifie pas pour autant qu’on ne parle pas de la guerre d’Algérie dans l’institution, au contraire. L’ONAC-VG est même un cercle au sein duquel les associations d’anciens appelés, de rapatriés, de militaires et de harkis parlent de la guerre et de leur guerre. Dans des cadres institutionnels dédiés, l’État organise la représentation de ces groupes et la discussion autour de politiques publiques. Les propositions de l’État sont commentées et négociées. Les associations y formulent des demandes auxquelles ce dernier répond. Afin de légitimer sa politique, l’État y dialogue avec des interlocuteurs considérés comme représentatifs, en dépit de groupes sociaux beaucoup plus hétérogènes. De leur côté, les associations trouvent dans ce rôle institutionnel, une raison d’être, la possibilité de revendiquer une représentativité et une capacité d’influence. Ce design institutionnel a ainsi contribué à donner l’impression d’un cloisonnement des « mémoires » et des « groupes mémoriels ». Ces derniers sont perçus comme revendicatifs, portant des propositions antagonistes et propres à leur groupe d’intérêt. Ce faisant, l’État fait l’économie d’un discours et d’une politique globale pour l’ensemble de la société, qui reste exclu de ces canaux institutionnels. En effet, les réponses apportées à ces associations sont circonscrites à ces groupes. Ainsi l’ONAC-VG avait déjà pu produire une exposition sur les harkis, organiser des témoignages d’appelés ou d’engagés, accompagner les rapatriés dans leurs démarches pour valoriser la mémoire des disparus mais à chaque fois en tant que réponse aux demandes des acteurs eux-mêmes plutôt qu’à celles de la société ou du politique. L’affaire des dates de commémoration de la guerre d’Algérie est d’ailleurs symptomatique de ce fonctionnement. En réponse aux demandes des associations, l’État a inscrit trois dates au calendrier national : le 19 mars pour les appelés, le 25 septembre pour les harkis, le 5 décembre pour les morts pour la France. L’ONAC-VG et ses services départementaux servent également de guichet pour financer les évènements mémoriels des associations. Du méchoui des anciens combattants au dépôt d’une plaque dans un cimetière, les associations sont ainsi dépendantes d’un système où l’État gère une clientèle en silo.
39Cette histoire particulière avec la guerre d’Algérie et ce fonctionnement institutionnel ont diffusé, à l’ONAC-VG, une culture de la retenue et de la prudence à l’évocation du conflit. Ce dernier est entouré d’une sensibilité dont héritent et que continuent de porter les agents de l’Office. Des décennies de consignes à ne pas froisser les sensibilités des associations comme de la tutelle militaire conditionne le rapport au conflit. La guerre d’Algérie était restée jusque-là dans le cloisonnement des réunions. Les cérémonies lorsqu’elles n’étaient pas perturbées par des militants associatifs, ne rassemblaient que les élus, les officiels, le monde combattant et certaines associations de Français d’Algérie et de harkis, dans ce qui prenait la forme de commémorations des restes d’Empire35.
40Concevoir un programme qui s’appuie sur l’histoire et les historiens, dont Raphaëlle Branche, participe d’une rencontre avec les jeunes et les enseignants, et s’inscrive dans le cadre d’un dialogue avec d’autres acteurs, notamment avec des anciens indépendantistes, relève d’une révolution institutionnelle pour l’Office.
41Cette révolution peut advenir pour trois raisons principales. Premièrement, la commande politique et la demande sociale sont fortes. Politiquement, la commande provient directement d’un président de la République. Le successeur de François Hollande, Emmanuel Macron a ensuite maintenu cette pression politique. Il a fait de la guerre d’Algérie le chantier mémoriel de son quinquennat et est à l’origine de nombreux gestes de reconnaissance, indiquant qu’un temps d’ouverture était venu. Enfin, la demande sociale est perçue comme importante. À l’extérieur, des gens écrivent des thèses, des livres, des pièces de théâtre, gagnent des Goncourt, posent des questions sur leurs prénoms, les silences de papa, le couscous de grand-mère : comme si le rendez-vous avec la société ne pouvait plus être évité.
42Deuxièmement, la réforme de l’État impose des coupes budgétaires, des efforts de restructurations et des transfert de compétences vers l’échelon local. L’ONAC-VG doit justifier son maillage territorial exceptionnel. S’adapter à de nouveaux publics est perçu comme une manière de moderniser et de sauver l’institution. Le développement d’un département mémoire et des activités pédagogiques et citoyennes est une réponse à la fois aux besoins de la société et de modernisation de l’Office. L’expérience de l’ONAC-VG dans la gestions des publics affectés par la guerre et de leurs mémoires est reconnue. Cette connaissance du sujet lui permet de se positionner pour porter la politique publique. L’Office apparaît comme le gardien de mémoires patientes, contenues, circulant jusqu’alors en huit clos. Il s’agit maintenant d’organiser dans un cadre global la rencontre entre l’histoire et les mémoires, entre les mémoires elles-mêmes et entre la guerre d’Algérie et la société qu’elle a contribué à créer.
43Enfin, ce tableau ne serait pas complet sans mentionner le rôle important des individus dans ce processus. L’implication de la directrice générale (2013-2019) a été décisive pour déjouer les résistances et réticences au déploiement du programme. DG est née en 1952 en Algérie. Cette histoire est donc la sienne : les quartiers pauvres des Européens à Alger, les compagnons de jeux Arabes dont on garde les prénoms en mémoire, ceux qui ont des chaussures et ceux qui n’en ont pas, les attentats du FLN, les discussions des adultes, le rapatriement, un pays sans poivrons, la honte à l’école puis vite l’intégration. De nombreux entretiens, souvent très longs lorsque l’on aborde l’Algérie, sont l’occasion d’évoquer ces souvenirs répétés. DG est animée par une histoire qui lui importe politiquement et émotionnellement, une agitation permanente qui la pousse parfois à s’échapper avec chauffeur et voiture de fonction dans les rues de Barbès ou de la Porte de Clignancourt pour retrouver les parfums perdus des profondeurs de l’enfance. Mettre l’institution au travail sur la guerre d’Algérie est donc une affaire personnelle. DG a également une socialisation militante qui lui permet de souligner la dimension politique et historique du déploiement de ce programme. Contrairement à ses collaborateurs, elle n’est pas issue du haut-fonctionnariat ou du monde militaire. Elle débute sa carrière dans les années 1970 comme collaboratrice parlementaire d’un sénateur socialiste. Elle fait la rencontre de François et Danielle Mitterrand et intègre le secrétariat de l’Élysée après la victoire de 1981 puis travaille pour la Fondation France-Liberté dont elle a été la Secrétaire Générale. La proximité avec le président lui permet d’intégrer le corps préfectoral. Fait du Prince ou reconnaissance due aux personnes pour qui les hautes fonctions de l’État sont inaccessibles ? Devenue haute-fonctionnaire, elle choisit les politiques mémorielles et travaille sur la mission Matteoli débouchant sur la politique d’indemnisation et de réparation des victimes de la Shoah. Sa socialisation à gauche contraste avec la culture conservatrice du ministère des Armées. Ses prises de position et décisions sont souvent moquées et contestées mais son expérience politique lui permet d’imposer ses choix.
44Le déploiement du programme n’aurait pas été possible sans le recrutement à la direction générale, de H1. Historien de formation, H1 est reconnu pour ses travaux sur les harkis. Anciennement chargé de mission dans une association dédiée à l’histoire et à la mémoire de l’immigration en France, il est attaché à une meilleure connaissance de l’histoire dans la société française. Comme pour DG, l’Algérie est aussi une histoire de famille. H1 est originaire d’une famille de harki sans toutefois que cela soit mis en avant. Un caractère conciliant et un sens de la diplomatie lui permettent de convaincre les collaborateurs de l’ONAC-VG de le laisser travailler puis dans un second temps de soutenir le projet.
45H1 s’appuie sur le département Mémoire de l’Office, dirigée à l’époque par DM. Ce dernier est un ancien militant du Mouvement des Jeunes Socialistes, tendance chevènementiste, passé par des expériences en cabinet au Secrétariat d’État aux anciens combattants sous le mandat de François Hollande. HMGA s’inscrit dans la continuité de ses engagements. Je suis personnellement recruté à l’automne 2017 pour faire ma thèse et accompagner le programme. J’ai moi-même une expérience militante pour avoir été directeur exécutif du Mouvement Antiraciste Européen – EGAM de 2011 à 2016. Cette ONG déployait un certain nombre d’actions en lien avec la mémoire. Je partageais également les objectifs de HMGA, mêlant mémoire et transformation sociale.
46Ainsi, un cadrage narratif où se mêlent mémoire et enjeux sociétaux, une commande politique forte, un besoin de modernisation de l’Office et des engagements individuels forment les conditions rendant possible la conception du programme.
II. Un programme à l’intersection des enjeux politiques et sécuritaires
47La conception du programme HMGA débute par un projet pilote directement rattaché à la direction générale de l’ONAC-VG. H1 travaille discrètement, à l’ombre du soutien de la direction. La première étape consiste à concevoir l’exposition. Dans un soucis d’équilibre politique, Raphaëlle Branche et Abderahmen Moumen travaillent avec Jean-Jacques Jordi, historien spécialiste des rapatriés, proche de l’ONAC-VG, considéré comme plus conservateur. H1 teste des dispositifs avec des professeurs, des inspecteurs, des témoins et les CMC volontaires de l’ONAC-VG. Les premiers témoignages à quatre voix se déploient en région parisienne, à Lyon et à Marseille en 2017. Les équipes travaillent avec prudence pour éviter une réaction négative d’une association ou d’un élu qui mettrait à mal le déploiement du programme. Une polémique offrirait une raison à la tutelle de l’ONAC-VG, la DPMA pour arrêter ou reprendre en main le programme.
48Afin de soutenir l’élargissement du programme, une stratégie de construction de soutiens extérieurs au ministère est privilégiée. DG, H1 et DM s’assurent du soutien des principales associations d’anciens acteurs de la guerre d’Algérie (appelés, rapatriés et harkis) en les impliquant dans les dispositifs de récolte de témoignages ou de témoignages en classe. Les retours, nombreux et positifs, des professeurs sont archivés pour convaincre les inspecteurs de l’Éducation nationale et le cabinet du ministre d’accompagner le déploiement du programme. D’autres rendez-vous politiques avec des conseillers du président de la République, la présidente du groupe d’amitié France-Algérie à l’Assemblée nationale où un évènement promotionnel est organisé permettent de construire un soutien politique fort et extérieur au ministère pour protéger le programme36. Des couvertures média sur les témoignages en classe permettent également d’être identifiés comme novateurs sur le sujet37.
49Le soutien au projet se manifeste ensuite par la recherche d’un financement extérieur et l’instauration d’une gouvernance propre regroupant plusieurs institutions. Le projet reçoit un soutien financier du CIPDR – Comité interministériel à la prévention de la délinquance et de la radicalisation, de la DILCRAH – Direction interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et à la haine anti LGBT+, du CGET – Commissariat général à l’égalité des territoires, de la CAF – Caisse d’allocations familiales et de la CARAC – la Mutuelle des Anciens Combattants. Ces financeurs rejoignent un comité de pilotage complété par la DGESCO de l’Éducation nationale, l’ECPAD et le SHD. Cette diversité de partenaires permet au programme d’être moins exposé et de pouvoir compté sur des soutiens et relais concrets.
50Les subventions permettent de multiplier l’exposition en 110 exemplaires, soit plus d’une par département, de développer de nouveau outils numériques, notamment la chaine Youtube, d’obtenir des financements spécifiques pour les interventions dans les quartiers prioritaires de la ville (terme utilisé par le CGET) et les quartiers de reconquête républicaine (terme utilisé par le CIPDR). Ces levées de fonds permettent également le recrutement d’un service civique puis d’un salarié.
51De manière intéressante, le pilotage financier et institutionnel reflète le cadrage narratif à l’origine de la politique publique. L’implication des organismes luttant contre le racisme, la radicalisation ou pour les quartiers populaires révèle que les enjeux d’histoire et de mémoire sont saisis comme des enjeux de sécurité et de citoyenneté. Les habitants des quartiers populaires, c’est-à-dire les descendants d’Algériens ou les Musulmans, sont implicitement désignés comme des publics cibles prioritaires. Cela révèle des sous-entendus puissants de la politique publique : premièrement, que le travail de pacification concerne principalement les jeunes mais surtout les jeunes descendants des Algériens ou d’autres colonisés, sous entendant que l’histoire de la guerre d’Algérie est avant tout l’histoire de l’Autre ; puis, deuxièmement, que les représentations des jeunes seraient communautaires, héritées de leurs appartenances familiales ou historiques. Ces jeunes auraient par rapport à d’autres des difficultés ou besoins spécifiques38.
52Toute une série d’acteurs, du ministère des Armées, aux décideurs politiques en passant par les professionnels de l’éducation, estime que la question du passé algérien est un sujet sensible, susceptible de provoquer des tensions chez les jeunes39. Les enfants d’origine algérienne ou nord-africaine auraient une vision culturellement spécifique du passé, centrée sur des ressentiments supposés liés à l’histoire coloniale. Développer une compréhension plus complexe du passé permettrait à ces élèves de renforcer leur sentiment d’appartenance et de se sentir mieux représentés dans les programmes scolaires nationaux.
53En 2017-2018, aucune étude préalable n’avait permis d’établir ce constat de jeunes d’origine algérienne s’accrochant à des récits et identités communautaires. Au contraire, les expériences en classe se déroulent généralement sans tensions. Des études scientifiques postérieures au programme ont monté que, quelque soient leurs origines, les jeunes possèdent des connaissances du passé complexes et variées davantage dépendante de leur socialisation politique que de leurs origines40. Néanmoins, un double mythe de la « sensibilité » et de « l’identité communautaire » continue d’irriguer la conception du projet.
III. Le déploiement du programme
54La question de la normalisation du programme et de son intégration dans le fonctionnement ordinaire de l’Office se pose désormais. Il s’agit de passer du projet pilote à un déploiement à l’échelle des territoires, en s’appuyant sur les agents des services départementaux.
55Fin 2018, des instructions sont envoyées aux directeurs des services départementaux ainsi qu’aux CMC :
« À l'heure ou le cycle commémoratif de la Grande Guerre est sur le point de s'achever, il ne vous a sans doute pas échappé que les enjeux mémoriaux liés à la guerre d'Algérie sont d'une toute autre actualité et sensibilité. Et l'ONACVG doit prendre sa part dans le travail de mémoire, notamment auprès des plus jeunes, qui aboutira peut-être un jour à une forme d'apaisement »41.
56Il est demandé que l’exposition puisse circuler dans au moins cinq établissements par département par an, soit près de 500 établissements par an, 2 500 d’ici à 2022. La mallette pédagogique jusqu’ici dupliquée en 500 exemplaires doit être disponible en 2 500 exemplaires pour répondre à la demande des professeurs. Les sessions de témoignages en classe à quatre voix doivent également se multiplier. Il s’agit de construire dans chaque région française une ou plusieurs équipes de témoins pouvant se déplacer dans les collèges et lycées. L’objectif est fixé à cinq sessions par an par région, soit 90 sessions par an en France, près de 500 d’ici à 2022. Les formations de professeurs, au cœur du dispositif, devraient pouvoir être organisées dans chaque académie pour couvrir l’ensemble du territoire d’ici à 2022. Enfin, la récolte de témoignage implique une récolte de 300 témoignages d’anciens acteurs d’ici à 2022.
57Toutefois, le processus de normalisation du programme se heurte à des problèmes politiques et structurels.
58Dans un premier temps, une série de changements au sein de l’équipe dirigeante marque un tournant. DG prend sa retraite. Le chef du département Mémoire est remplacé. H1, s’il continue à travailler sur le projet, est nommé directeur d’un service départemental en région. Le salarié intègre le département Mémoire et ne travaille plus exclusivement sur HMGA mais sur d’autres projets. L’équipe initialement chargée du programme est progressivement déchargée de sa gestion au profit du département Mémoire. Ce processus de normalisation dans les canaux institutionnels classiques de l’Office est l’opportunité d’une reprise en main politique du programme.
59En 2019, un tournant plus conservateur, moins enclin à promouvoir un programme critique sur le passé colonial s’impose dans le paysage institutionnel. Le conseiller mémoire du Président, Sylvain Fort, est remplacé par Joseph Zimet puis par Bruno Roger-Petit marquant une droitisation de la politique mémorielle d’Emmanuel Macron42. La nouvelle directrice générale de l’ONAC-VG s’inscrit dans ce tournant conservateur. Cela se manifeste par exemple par des consignes à ne pas faire intervenir des anciens du FLN dans les classes car ils restent des « ennemis de la France » mais des simples soutiens à l’Indépendance.
60Les tâches de l’équipe du projet pilote sont réattribuées aux représentants locaux de l’ONAC-VG et à l’équipe du département Mémoire. Une partie de l’expertise et du dynamisme institutionnel est dissoute dans le fonctionnement quotidien de l’institution.
61Bien que compétents sur la Seconde Guerre mondiale, les chargés de mission mémoire (SD ou CMC) ne sont pas nécessairement formés pour traiter du sujet de la guerre d’Algérie, ni pour interagir avec de nouveaux acteurs tels que les anciens indépendantistes ou les enseignants des quartiers populaires. Ils manquent également des réseaux nécessaires pour identifier des témoins à l’échelle régionale – notamment d’anciens militants du FLN ou du MN – ou pour collaborer avec des associations de jeunesse intervenant dans les quartiers défavorisés.
62Le récit d’une tentative de déploiement du programme dans les Hauts-de-France illustre ces difficultés structurelles. Le Nord de la France est une région marquée par la guerre d’Algérie43. Aux côtés de l’Ile-de-France et de la région Sud où le programme est déjà déployé, il est identifié comme prioritaire. En juillet et octobre 2018, les CMC locaux reçoivent une formation sur la guerre d’Algérie et les outils du programme. Il leur a ensuite été demandé de rencontrer l’inspecteur de l’Éducation nationale à Lille pour lui présenter HMGA. Cette rencontre fût un échec. Les agents locaux de l’ONAC-VG invoquaient la sensibilité du sujet, la susceptibilité des harkis et préconisaient la retenue et donc le report voire l’abandon du projet. Leur connaissance du terrain leur permettait de prescrire l’inaction. Afin de mieux les accompagner, nous planifions un déplacement début décembre 2018 pour rencontrer les agents locaux de l’ONAC-VG, l’Éducation nationale et les associations. Les relations avec les agents locaux sont difficiles. Le projet n’est pas souhaité. Connaissances du terrain et sensibilité sont plusieurs fois invoquées contre un projet pensé comme inadéquat. Cette volonté de freiner se traduit par l’absence de réponses ou des réponses partielles aux demandes de rendez-vous, de contacts ou à de simples questions.
63Notre déplacement ne nous permettra pas, malgré nos demandes répétées, de rencontrer les anciens combattants, les rapatriés et harkis locaux dont les services départementaux ont la charge et qui seraient potentiellement des témoins pour les interventions scolaires. Seul un rendez-vous avec l’inspecteur d’histoire géographie de l’académie de Lille est fixé. Alors qu’on nous répétait les réticences de l’Éducation nationale, l’IPR est au contraire très enthousiaste et nous convenons d’un programme de formations des professeurs de l’académie et d’une communication sur nos outils. Cet enthousiasme contraste avec l’attitude même de l’agent de l’ONAC-VG qui en plein rendez-vous déclare son « scepticisme » quant au programme alors qu’il est sensé représenté l’institution mettant en œuvre ce dernier.
64Cet échange avec l’IPR révèle que ce programme serait vu comme un outil pour parler de « l’histoire des autres ». Le Eux et le Nous reviennent régulièrement dans la conversation. « Il faut parler de ce que nous leur avons fait ». « Eux aussi ont le droit à leur histoire »44. Travailler sur la guerre d’Algérie reviendrait finalement à travailler en direction des descendants d’immigrés. Comme si cette histoire coloniale ne s’adressait qu’aux minorités, anciennement colonisées. Le projet HMGA est vécu comme le moment où l’on doit faire une place à l’Autre dans l’histoire de France et dans le déploiement des politiques publiques. Je comprends que les appels à la retenue de mes collègues masquent non pas une peur du sujet en tant que tel mais une peur de l’altérité. Aller sur ce terrain impliquerait, dans leur conception, de rencontrer l’Autre et l’intégrer dans leur pratique quotidienne. Or l’Autre est inconnu. Ces agents n’ont pas l’habitude de travailler avec ces publics qu’ils se représentent comme le eux ; que l’on parle des témoins potentiels du FLN ou du MNA ou de leurs descendants à Roubaix, Tourcoing ou Maubeuge. Je comprends que ces agents locaux de l’ONAC-VG ne vont pas dans les quartiers populaires. Ils ne considèrent pas leurs habitants comme faisant partie des bénéficiaires des politiques publiques qu’ils ont l’habitude de déployer. L’obstruction masquait une indifférence voire une peur d’explorer ces espaces inconnus. Le refus des agents de se saisir du programme n’a évidemment pas qua à voir avec leurs dispositions psychologiques ou politiques individuelles mais également à un manque de formation et d’encadrement, à une structure institutionnelle qui rend possible cette situation. À l’image des recherches sur la politique au guichet, d’autres travaux sur la socialisation et le travail quotidien des agents sont nécessaires45.
65Avec pour objectif de déployer le programme dans des quartiers populaires, nous organisons une réunion avec des associations à Roubaix. Cette réunion était suivie d’une projection d’un documentaire sur les mémoires locales de la guerre d’Algérie et d’une présentation de notre exposition au cinéma de Roubaix. Le contraste entre la retenue des agents de l’ONAC-VG, qui d’ailleurs ne nous accompagneront pas à la réunion, comme si une rencontre avec des éducateurs à Roubaix ne relevait pas de leurs fonctions, et l’enthousiasme que soulève la présentation de nos outils aux associations est saisissant : « C’est bien vrai tout cela ? Cela fait vingt ans qu’on vous attend »46. Les associations formulent des demandes répétées de travailler sur ce sujet avec les institutions. Nous convenons que ces associations nous épauleront dans l’identification des témoins et dans la présentation de nos outils dans les établissements et centres sociaux. Elles ne seront jamais recontactées par les agents locaux de l’ONAC-VG.
66Ainsi, le déploiement du programme est limité nationalement par un tournant conservateur moins ambitieux puis localement par des agents dont les compétences mais aussi la culture politique limitent leur capacité d’action. Ces difficultés structurelles n’ont pas été nécessairement résolues. La mise en œuvre de HMGA reste inégale sur le territoire, dépendant exclusivement de l’implication des agents locaux les plus volontaires.
67La troisième partie s’attache à analyser les témoignages en classe et leurs effets tant sur les témoins que sur les élèves.
Mettre en scène la réconciliation : les témoignages à quatre voix en classe
68Les témoignages en classe se basent sur le recrutement d’équipes de témoins régionales. Les témoins sont recrutés après avoir recueilli leurs témoignages sur le terrain ou en lien avec des associations d’appelés, de harkis ou de rapatriés. Il n’existe pas de critères formalisés pour sélectionner les témoins. Cependant, la pratique indique que certains profils sont privilégiés pour pouvoir témoigner à quatre et assurer les interventions. Les témoins sont évalué sur leur capacité à s’adresser à un jeune public, c’est-à-dire à être clairs, généreux et émouvants, mais aussi à être capable d’entendre l’histoire des autres témoins. Ainsi, les profils trop militants, motivés par le revanche ou le ressentiment et les porteurs de revendications trop marquées ne sont pas sélectionnés.
69Les témoins pressentis se rencontrent lors d’un événement informel et la constitution des équipes se fait au grés des témoignages en identifiant les personnes habiles à l’exercice et les synergies entre elles.
70Grâce à ce processus de sélection et de préparation, les témoins de HMGA acquièrent une certaine forme de professionnalisme. Leurs témoignages s’aiguisent à force de répétition. Certains finissent par rédiger une forme de script pour tenir le temps imparti et se focaliser sur l’essentiel. D’autres, tels des acteurs, intègrent une forme de rythme. Ils entrent dans le récits, mobilisent l’intime, connaissent les moments forts et savent conclure avec émotion et emphase. Le fonctionnement en équipe crée une synergie certaine dans laquelle l’émotion et la générosité des uns et des autres se répondent.
71Certains récits sur le passé, notamment les discours de haine ou revanchards, sont de fait exclus du dispositif qui n’est pas une restitution de l’histoire mais une transmission de récits qui même s’ils peuvent être critiques, sont voulus apaisés. Il s’agit de mettre en scène la réconciliation. Si chaque témoin raconte son histoire, ils s’accordent sur la condamnation de la haine et des inégalités du colonialisme, sur une dénonciation de la violence indiscriminée de la guerre et de l’exil et enfin sur la nécessité « d’apaiser », « de dépasser », « de se réconcilier », « de ne pas se laisser enfermer dans la haine ». Les témoignages se centrent sur les parcours de vie et n’abordent que très rarement la question des responsabilités. Lorsque cela advient, la violence était imputable à la politique et non aux individus.
72Les témoins présentent des visions différentes de ce qu’était l’Algérie française : un système de domination pour certains, un paradis idyllique pour d’autres. Ces récits, parfois contradictoires, permettent d’aborder les différentes positions dans la société coloniale, les inégalités et le désir d’indépendance. Les anciens appelés décrivent la manière dont de jeunes Français ont été transformés en soldats et emportés dans une guerre non choisie et décrite comme injuste. Les anciens harkis racontent les conditions de leur enrôlement, de leurs services et de leur abandon. Les rapatriés et les Juifs d’Algérie dépeignent une vie souvent agréable en Algérie au contact des Algériens puis l’arrivée de la guerre et l’épreuve de l’exil et de la réinsertion en France. Dans l’ensemble, la multiperspectivité offre une lecture non binaire du passé, dans laquelle des voix apparemment opposées se révèlent complémentaires. Elle introduit de la complexité, établit le lien entre histoire individuelle et collective, et facilite l’assimilation des connaissances par une expérience de transmission alternative à la classe.
73L’analyse quantitative des questionnaires distribués avant et deux semaines après le déploiement de HMGA dans un établissement scolaire révèle que 90% des participants ont déclaré en savoir beaucoup plus sur la colonisation et la guerre d’Algérie après l’intervention des témoins. Alors que seulement 50% des élèves connaissaient la Toussaint Rouge (le début de la guerre, le 1er novembre 1954), ce chiffre est passé à 88% après la séance de témoignages. En complément du cours, le programme contribue à une simple transmission alternative de connaissances.
74Il a néanmoins un effet transformatif sur les perceptions et les représentations des élèves. Ces derniers adoptent des points de vue plus critiques sur le colonialisme, y compris dans les quartiers politiquement conservateurs. Lorsqu’on les interroge sur les causes de la guerre d’Algérie, ils évoquent désormais les inégalités, le désir d’indépendance et le déclin de l’enthousiasme pour le colonialisme, plutôt que de se limiter aux attaques terroristes. Après avoir participé aux séances de témoignages, les élèves ont tendance à percevoir la colonisation comme un système beaucoup plus violent qu’ils ne le pensaient auparavant47.
75Leur perception des harkis se fait également plus nuancée. Avant les témoignages, les élèves considéraient généralement les harkis comme des traîtres ou des collaborateurs : 68% étaient initialement d’accord ou tout à fait d’accord pour dire que les harkis avaient trahi l’Algérie. Après les séances de témoignages, 64% d’entre eux ont exprimé leur désaccord avec cette affirmation48. Ainsi, le programme semble créer les conditions permettant aux élèves de comprendre que les individus sont situés dans des contextes sociaux et politiques qui influencent ou contraignent les choix.
76Les élèves soulignent l’importance de la possibilité d’échanger directement avec des témoins dans une transmission intergénérationnelle qui se poursuit après les séances. Ces dernières ont d’ailleurs nourri un dialogue avec la famille : 71% des élèves ont indiqué avoir parlé de HMGA avec leur mère, et 41% avec leur père. En évoquant l’Algérie à la maison après les séances, beaucoup ont découvert qu’un membre de leur famille avait également été touché par la guerre49. Ces programmes offrent ainsi des occasions d’échanges familiaux. Ces données suggèrent que l’un des aspects les plus précieux du projet réside dans la création d’espaces et de de moment favorisant le dialogue intergénérationnel.
77Le principe de réconciliation domine les séances de témoignages ainsi que les autres supports du programme. Les conflits et les controverses ont été écartés ou relégués à la périphérie du dispositif. L’ambition centrale de HMGA reste de produire du consensus, de réaffirmer des valeurs communes et de promouvoir des récits de paix et de réconciliation, même si le projet permet de faire entendre des voix indépendantistes ou critiques longtemps absentes des classes.
78In fine, les observations et les résultats de l’enquête montrent que le programme produit principalement de la connaissance, de la rencontre et de la transmission intergénérationnelle. Il sensibilise les élèves à l’histoire et met en scène une entente entre les témoins, une capacité à écouter et à accueillir l’histoire de l’Autre. Cette mise en scène de la réconciliation peut éventuellement être inspirante pour les jeunes qui transposeraient ce geste dans leurs contextes sociopolitiques contemporains mais le dispositif d’enquête ne nous a pas permis de le prouver. Il est cependant clair que les effets du programme pédagogique restent modestes comparés aux objectifs initiaux de paix sociale, de déradicalisation, de lutte contre le racisme ou encore de citoyenneté dans les quartiers populaires induits par le cadrage narratif. HMGA offre avant tout des temps, des espaces, des cadres sociaux, pour enseigner et transmettre autrement.
Conclusion
79L’analyse du programme Histoire Mémoires de la Guerre d’Algérie met en évidence la manière dont une politique publique peut naître d’un récit présidentiel et d’un cadrage narratif engageant. Le discours de François Hollande en 2016 et une croyance partagée par une série d’acteurs mobilisent les notions de « paix des mémoires » et de « réconciliation », constituant le socle symbolique du programme porté par l’ONAC-VG. Ce cadrage initial, où les enjeux de mémoire se mêlent aux préoccupations sécuritaires et identitaires dans le contexte post-attentats, a assigné au programme une mission ambitieuse : apaiser les tensions sociales, renforcer la cohésion nationale et prévenir la radicalisation à travers le travail de mémoire.
80Ainsi, la mise en œuvre de HMGA révèle la force des représentations et des logiques institutionnelles qui pèsent sur la construction d’une politique publique. Les représentations projetées sur les jeunes – supposés porteurs de « mémoires dangereuses » ou de ressentiments héritées de la colonisation – ont largement orienté la conception et le déploiement du dispositif. Ces idées préconçues, rarement vérifiées empiriquement, ont orienté la portée du programme en focalisant l’action sur certains publics jugés sensibles plutôt que sur l’ensemble des élèves. Il apparaît dès lors nécessaire que toute politique mémorielle s’appuie sur des études préparatoires permettant d’identifier les besoins, les attentes et les représentations réelles des jeunes, afin d’éviter les biais et stéréotypes qui traversent les institutions.
81Le programme HMGA témoigne également du poids de la culture administrative et de la vie quotidienne d’une institution. L’ONAC-VG, opérateur historique de la mémoire combattante, a dû concilier prudence bureaucratique, impératifs politiques et engagements individuels. Le rôle de personnalités – chercheurs, directeurs ou agents convaincus – a été décisif pour faire évoluer la culture de l’institution vers une lecture critique de la guerre d’Algérie et du passé colonial. À l’inverse, des résistances politiques et institutionnelles et l’absence de culture de travail avec certains acteurs et publics ont limité la normalisation de HMGA sur le territoire.
82Les résultats du programme HMGA apparaissent modestes au regard de ses ambitions initiales. S’il ne transforme pas la société ni ne résout les fractures héritées du passé colonial, il produit néanmoins de la connaissance, de la rencontre et de la transmission intergénérationnelle. En mettant en scène un dialogue entre témoins, il ouvre des espaces où les jeunes peuvent accéder à une part de leur histoire collective. Ces effets symboliques, bien que limités, constituent une contribution précieuse à l’enseignement de la guerre d’Algérie et à la transmission intergénérationnelle.
83Ainsi, il nous parait important de ramener de tels programmes à leur juste dimension pédagogique. La mémoire ne peut être un instrument de réparation du champ social. Les enjeux de cohésion sociale, de racisme, d’antisémitisme, d’inégalités ou de radicalisation relèvent d’autres politiques publiques qui ne sauraient se satisfaire d’un travail sur le passé.
Notes
1 Pour une réflexion sur les termes utilisés pour nommer l’événement, voir Thénault Sylvie, « La guerre d’indépendance algérienne. Mémoires françaises », Historiens et géographes, vol. 425, 2014, pp. 75-90.
2 Pour une explication détaillée de comment cette notion de guerre des mémoires s’est imposée dans le discours public sur les mémoires de la guerre d’Algérie, voir Ledoux Sébastien, « Écrire l’histoire de la mémoire du 21e siècle : face aux biopolitiques mémorielles », 20 & 21. Revue d’histoire, 2024, vol. 162, n°2, pp. 75-90, et également Ledoux Sébastien, Morin Paul Max, L’Algérie de Macron : Les impasses d’une politique mémorielle, Paris, PUF, 2024, 296 p. pour une histoire détaillée des politiques mémorielles de la guerre d'Algérie.
3 Ce terme est utilisé à plusieurs reprise dans les réunions et les notes du ministère pour décrire le champ mémoriel comme la société française actuelle. Pour des militaires, il renvoie à la peur pour la France de vivre la décomposition de la Yougoslavie en un conflit ethnique. Il révèle l’existence d’un diagnostic partagé parmi les haut-fonctionnaires d’une société française perçue comme communautaire, ethnicisée et fragmentée.
4 « Présentation (1/9) ‘La guerre d’Algérie. Histoire commune, mémoires partagées ?’», youtube.com, 2018, disponible à l’adresse suivante : https://www.youtube.com/watch?v=3TlZ3NToDP8
5 Boussaguet Laurie, Jacquot Sophie, Ravinet Pauline, Dictionnaire des politiques publiques, Paris, Presses de Sciences Po, 2019, 520 p. ; Hassenteufel Patrick, Sociologie politique : l’action publique, Malakoff, Armand Colin, 2011, 320 p. Sur les politiques de mémoires en France, voir : Michel Johann, Gouverner les mémoires. Les politiques mémorielles en France, Paris, PUF, 2010, 224 p. ; Cohen Samy, Mayer Nonna, Gensburger Sarah, Lefranc Sandrine, Devaux-Spatarakis Agathe, « Comment évaluer les politiques de mémoire ? La Shoah comme étude de cas » 2022, 12 p. disponible à l’adresse suivante :https://sciencespo.hal.science/hal-04724226 ; Gensburger Sarah, Lefranc Sandrine, À quoi servent les politiques de mémoire ?, Paris, Presses de Sciences Po, 2017, 192 p. ; Gensburger Sarah, Les Justes de France : Politiques publiques de la mémoire, Presses de Sciences Po, 2010, 239 p. ; Boursier Jean-Yves (dir.), Musées de guerre et mémoriaux : Politiques de la mémoire, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2005, 364 p.
6 Les Conventions Industrielles de Formation par la Recherche (Cifre) est un dispositif porté par l’ANRT (Agence Nationale de la Recherche et de la Technologie) permettant de faire une thèse en lien avec une entreprise ou une administration.
7 Morin Paul Max, Leur guerre d’Algérie : enjeux de mémoire dans la socialisation politique des jeunes Français, thèse de doctorat en science politique, Paris, Institut d’études politiques, sous la direction de Muxel Anne, 2022.
8 Ce terme est emprunté au livre de Stora Benjamin et Jenni Alexis publié en 2016 après les attentats : Les mémoires dangereuses, Paris, Albin Michel, coll. « Essais », 2016, 238 p.
9 Van den Abbeele George, Stovall Tyler (dir.), French civilization and its discontents: nationalism, colonialism, race, Oxford, Lexington Books, 2003, 288 p. ; Manceron Gilles, Marianne et les colonies, Paris, La Découverte, coll. « Poche », 2005, 322 p. ; Shepard Todd, 1962 : comment l’indépendance algérienne a transformé la France, Paris, Payot, 2012, 416 p.
10 Blanchard Emmanuel, La police parisienne et les Algériens, Paris, Nouveau Monde Éditions, 2011, 450 p.
11 Stora Benjamin, La gangrène et l’oubli: La mémoire de la guerre d’Algérie, Paris, La Découverte, 1991, 382 p.
12 Morin Paul Max, Les jeunes et la guerre d’Algérie, Paris, PUF, 2022, 272 p.
13 Stora Benjamin, Le Transfert d’une mémoire : De l’Algérie française au racisme anti-arabe, Paris, La Découverte, 1999, 141 p. ; Thénault Sylvie, Les Ratonnades d’Alger, 1956 : Une histoire de racisme colonial, Paris, Seuil, 2022, 336 p. ; Blevis Laure, « Les avatars de la citoyenneté en Algérie coloniale ou les paradoxes d’une catégorisation », Droit et société, vol. 48, n°2, 2001, pp. 557-580 ; Hajjat Abdellali, Les frontières de l’identité nationale, L’injonction à l’assimilation en France métropolitaine et coloniale, Paris, La Découverte., 2012, 338 p.
14 Stora Benjamin, La gangrène et l’oubli: La mémoire de la guerre d’Algérie., op. cit.
15 Percheron Annick, « La mémoire des générations : les exemples de la guerre d’Algérie et de mai 1968 », in Sofres, L’état de l’opinion 1991, Paris, Le Seuil, 1991, pp. 39-57. À voir dans ce numéro 2025 des Cahiers Mémoire et Politique, les articles de Muxel Anne et Sitcharn Karine.
16 Stoler Ann-Laura, « Colonial Aphasia: Race and Disabled Histories in France », Public Culture, 2011, vol. 23, n°1, pp. 121-156.
17 Brun Catherine, Guerres d’Algérie : les mots pour le dire, Paris, CNRS Éditions, coll. « Histoire », 2014, 328 p.
18 Attentats revendiqués par des terroristes islamistes. Le 7 janvier à Paris contre la rédaction de Charlie Hebdo par les frères Kouachi se revendiquant d’Al-Qaïda. Le 8 janvier, contre une policière à Montrouge et le 9 janvier contre un Hyper Casher à Vincennes par Amedy Coulibaly se revendiquant de Daesh (État Islamique). Le 13 novembre à Saint-Denis au Stade de France puis à Paris au Bataclan et contre des terrasses de café, attentats coordonnés et revendiqués par Daech (État islamique).
19 Comme par exemple : Zemmour Éric, « La guerre d’Algérie n’a jamais cessé », Le Figaro, 20 avril 2016, disponible à l’adresse suivante : https://www.lefigaro.fr/vox/monde/2016/04/20/31002-20160420ARTFIG00260-la-guerre-d-algerie-n-a-jamais-cesse.php ; Zemmour Éric, « L’invité de LCI du 12 septembre 2016 : Éric Zemmour », TF1 Info, 12 septembre 2016, disponible à l’adresse suivante : https://www.tf1info.fr/player/5b06aeef-a8c6-427f-bb8f-ba40106bd835/
20 Par exemple, Zeniter Alice, L’art de perdre, Paris, Flammarion, coll. « Litterature française », 2017, 512 p. ; Compagnie Nova, Et le cœur fume encore, pièce de théâtre écrite et mise en scène par Eskénazi Margaux, Carré Alice, 2019 ; Pérache François, De guerre en fils, podcast, Arte Radio, 2018.
21 Stora Benjamin, Jenni Alexis, Les mémoires dangereuses, op.cit. ; Fourquet Jérôme, Lebourg Nicolas, La nouvelle guerre d’Algérie n’aura pas lieu, Paris, Fondation Jean Jaurès, 2017, 100 p. ; Quemeneur Tramor, « Racisme et terrorisme. Points de repères et données historiques après l’attentat contre Charlie Hebdo », Raison présente, 2015, vol. 194, n°2, pp. 87-94 ; Laurence Jonathan, « The Algerian Legacy », Foreign Affairs, 15 janvier 2016, disponible à l’adresse suivante : https://www.foreignaffairs.com/articles/france/2015-01-16/algerian-legacy ; Blanchard Emmanuel, « État d’urgence et spectres de la guerre d’Algérie », La Vie des idées, 16 février 2016, disponible à l’adresse suivante : https://laviedesidees.fr/Etat-d-urgence-et-spectres-de-la-guerre-d-Algerie
22 Voir par exemple, Le Figaro avec AFP, « Groupe d’ultradroite ‘OAS’ : la plupart des suspects remis en liberté », Le Figaro, 18 avril 2019, disponible à l’adresse suivante : https://www.lefigaro.fr/flash-actu/groupe-d-ultradroite-oas-la-plupart-des-suspects-remis-en-liberte-20190418
23 Blanchard Pascal, Bancel Nicolas, Thomas Dominique, Vers la guerre des identités ? De la fracture coloniale à la révolution ultranationale, Paris, La Découverte, coll. « Revue problèmes politiques et sociaux », 2016, 296 p.
24 Voir la première partie du livre Ledoux Sébastien, Morin Paul Max, L’Algérie de Macron, op. cit.
25 Dans cet article déjà cité, Sébastien Ledoux revient sur le rôle de certains historiens dans la conceptualisation des enjeux de mémoire : « Écrire l’histoire de la mémoire du 21e siècle », op. cit.
26 Les désaccords se fixent notamment sur les dates commémoratives de la guerre d’Algérie. La gauche œuvre à la reconnaissance du 19 mars 1962, date du cessez-le-feu, et du 17 octobre 1961. La droite instaure le 25 septembre comme journée d’hommage aux harkis et le 5 décembre comme journée du souvenir pour le monde combattant. Dans les années 2000, deux controverses alimentent ces divisions : la première sur les révélations de tortures par l’armée française, à la suite de témoignages publiés dans le journal Le Monde en 2000 ; la seconde sur la loi du 23 février 2005, dont l’article 4 – finalement abrogé – préconisait un enseignement du « rôle positif » de la colonisation. Pour plus de détails voir : Bertrand Romain, Mémoires d’Empire la controverse autour du « fait colonial », Paris, Éditions. du Croquant, 2006, 219 p. ; Beauge Florence, Algérie, une guerre sans gloire : histoire d’une enquête, Paris, Calmann-Lévy, 2005, 302 p.
27 Voir l’article de Savarese Éric dans ce numéro des Cahiers Mémoire et Politique, 2025.
28 Morin Paul Max, « Cultural Insecurities and the Desire for Separation : political Articulations of the Memory of the Algerian War in France », Modern Languages Open, 2020, n°1, 2020, pp. 1-13.
29 Voir notamment l’influence du conseiller spécial du président, Patrick Buisson, auteur par ailleurs de La Guerre d’Algérie, Paris, Albin Michel, 2009, 272 p.
30 Discours du 19 mars 2016, cité en début d’article.
31 Sur un autre sujet, voir le travail de Geoffrey Grandjean sur l’enseignement de la Shoah en Belgique : Les jeunes et le génocide des Juifs, De Boeck Supérieur, coll. « Ouvertures Sociologiques », 2014, 288 p.
32 Gensburger Sarah, Lefranc Sandrine, À quoi servent les politiques de mémoire ?, Paris, Presses de Sciences Po, 2017, 192 p. ; Oeser Alexandra, When Will We Talk about Hitler?: German Students and the Nazi Past, New York, Berghahn Books, 2019, 418 p.
33 Pour un travail très complet sur l’ONAC-VG et la politique publique en direction des harkis, voir : Baudy Alice, L’État face aux victimes du passé colonial. Enfants de harkis et agents de l’administration à l’épreuve des politiques de réparation (1962-2022), thèse de doctorat en science politique, sous la direction de Aldrin Philippe et Signoles Aude, Aix-Marseille Université, 2025.
34 Ledoux Sébastien, Le devoir de mémoire. Une formule et son histoire, Paris CNRS Éditions, 2016, 368 p.
35 Pour une histoire des commémorations de la guerre d’Algérie et leurs caractères polémiques voir : Dalisson Rémi, Guerre d’Algérie. L’impossible commémoration, Paris, Armand Colin, 2018, 256 p.
36 Événement à l’Assemblée nationale : Office national des combattants et des victimes de guerre (ONAC-VG), « Exposition sur la guerre d’Algérie présentée à l’Assemblée Nationale », ONAC-VG Actualités, 7 juin 2018, disponible à l’adresse suivante : https://www.onac-vg.fr/actualites/exposition-sur-la-guerre-algerie-presentee-assemblee-nationale. Puis à Dijon avec Fadila Khattabi, députée, présidente du groupe d’Amitiés France-Algérie : Khattabi Fadila, « Exposition Guerre d’Algérie : histoire commune, mémoires partagées », site officiel de la députée Fadila Khattabi, 5 avril 2019, disponible à l’adresse suivante : https://www.fadilakhattabi.fr/exposition-guerre-dalgerie-histoire-commune-memoires-partagees/.
37 Baudet Marie-Béatrice, « Des lycéens face aux mémoires plurielles de la guerre d’Algérie », Le Monde, 19 mars 2019, disponible à l’adresse suivante : https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/03/19/des-lyceens-face-aux-memoires-plurielles-de-la-guerre-d-algerie_5438065_3224.html ; Chabert Florence, « Bachir, Héliette et les autres, mémoires de la guerre d’Algérie », La Croix, 1er décembre 2021, disponible à l’adresse suivante : https://www.la-croix.com/France/Bachir-Heliette-autres-memoires-guerre-dAlgerie-2020-12-01-1201127670
38 Les responsables de la politique publique les mentionnent dans plusieurs notes préparées pour la ministre en amont du soixantième anniversaire de la fin de la guerre, en 2022. Dans ces documents internes, les jeunes sont explicitement désignés comme un public cible, décrits comme étant « traversés par des enjeux identitaires » ou influencés par des discours politiques « peu républicains ». Cette situation est clairement perçue comme un enjeu démocratique auquel ces politiques doivent répondre.
39 Par exemple, lors d’un groupe de discussion organisé en mai 2019 avec des enseignants à Draguignan (Var), plusieurs professeurs d’histoire ont exprimé leur crainte de voir surgir des tensions en classe, notamment de la part d’élèves d’origine algérienne. L’un d’eux s’est exclamé : « Ce programme va mettre le feu dans ma classe ! ». Pourtant, lorsqu’il leur a ensuite été demandé de nommer ou de décrire concrètement des situations de tension, aucun des dix enseignants présents n’a été en mesure d’en citer une seule.
40 Dans ma thèse, l’enquête menée auprès de 3 000 jeunes, complétée par des entretiens réalisés avec des petits-enfants d’anciens militants du FLN, montre que les jeunes d’origine algérienne — comme l’ensemble des descendants de familles marquées par la guerre — présentent une politisation plus forte que les autres jeunes. Toutefois, l’étude ne révèle aucun lien direct entre l’appartenance familiale ou communautaire et les jugements portés sur le passé et ses acteurs. Chez les jeunes d’origine algérienne, le sentiment de ressentiment ne relève d’aucune réalité statistique. Ils manifestent, par contre, un plus fort sentiment de partage d’une histoire commune avec les autres Français (80% d’entre eux, contre une moyenne nationale de 67%).
41 Note envoyée par la direction générale en décembre 2018.
42 Sébastien Ledoux et Paul Max Morin ont documenté ce tournant dans L’Algérie de Macron, op. cit.
43 Son passé minier et industriel en fait dès l’entre-deux-guerres un bassin de l’immigration algérienne en France et par conséquent du mouvement indépendantiste. Pendant la guerre d’Algérie, le Nord est une région stratégique pour le FLN. Son implantation y est cruciale pour recueillir l’impôt révolutionnaire, pour recruter des militants, pour s’appuyer sur la frontière belge qui permet une circulation des fonds, des armes et des hommes et enfin pour combattre le MNA – Mouvement National Algérien de Messali Hadj qui reste très implanté dans cette région. Le Nord est ainsi le théâtre d’affrontements violents et réguliers entre messalistes et militants FLN, un conflit qui fera des milliers de morts jusqu’en 1965. Les familles de militants messalistes ont souvent été impliquées dans des affrontements fratricides. Leurs descendants sont les héritiers d’une défaite. Si l’indépendance constituait bien un horizon, elle fut atteinte par d’autres, ceux-là même qui les combattaient. Le Nord est aussi un bassin d’emploi qui accueille les familles de pieds-noirs et de harkis en 1962. Amiens se dote par exemple de la cité de la Briqueterie pour héberger les harkis. Pour des ouvrages sur le sujet voir Genty Jean-René, L’immigration algérienne dans le Nord Pas De Calais 1909-1962, Paris, Éditions L’Harmattan, 1999, 318 p. ; Genty Jean-René, Des Algériens dans la région du Nord : de la catastrophe de Courrières à l’indépendance, Paris, Éditions L’Harmattan, 2005, 210 p. ; Genty Jean-René, Le mouvement nationaliste algérien dans le Nord, Paris, Éditions L’Harmattan, 2012, 284 p. ; Sidi-Moussa Nedjib, Devenirs messalistes (1925-2013) : sociologie historique d’une aristocratie révolutionnaire, thèse de doctorat en science politique, sous la direction de Dobry Michel, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 2013 ; Sidi-Moussa Nedjib, Algérie, une autre histoire de l’indépendance. Trajectoires révolutionnaires des partisans de Messali Hadj, Paris, PUF, 2019, 336 p.
44 Propos tenus par l’IPR lors de cette réunion.
45 Pour un résumé sur les politiques publiques au guichet voir Dubois Vincent, « Chapitre 10 : Politiques au guichet, politique du guichet », in Borraz Olivier, Guiraudon Virginie (dir.), Politiques publiques 2 : Changer la société, Presses de Sciences Po, pp. 265-286.
46 Propos tenus par un responsable associatif.
47 À partir d’une liste de termes à connotation positive et négative, les élèves devaient en choisir trois qu’ils associaient à la colonisation. La majorité des mots sélectionnés étaient négatifs, mais après les témoignages, 70% d’entre eux placent la violence en premier, alors qu’elle n’occupait que la quatrième position avant les interventions.
48 Les termes employés après la séance pour décrire les harkis sont plus neutres, tels que : militaires, injustice, victimes, guerre, Algériens.
49 Par exemple, dans le cas d’un établissement scolaire de la banlieue parisienne favorisée, 16% des élèves ont déclaré avoir un lien familial avec l’Algérie deux semaines après la séance, alors que seulement 3% en avait conscience auparavant.
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Acerca de: Paul Max Morin
Paul Max Morin est chercheur à l’université au Centre for the Science of Place and Memory à l’université de Stirling et associé au Cevipof (Sciences Po).

