Tropicultura

0771-3312 2295-8010

 

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Gildas Louis Djohy , Boni Sounon Bouko, Paulin Jésutin Dossou , Yacoubou Boni & Jacob Afouda Yabi

Perception et adaptation des éleveurs de bovins aux changements climatiques dans le bassin de l’Ouémé Supérieur au Bénin
Perception et adaptation des éleveurs

(Volume 40 (2022) — Numéro 3/4)
Article
Open Access

Résumé

L’élevage bovin constitue une composante majeure de l’économie des sociétés pastorales africaines en général et béninoises en particulier. Cette activité fait face à de nombreuses difficultés ces dernières années, malgré ses multiples fonctions économiques et socioculturelles. La présente étude vise, d’une part, à appréhender la perception des dérèglements climatiques et environnementaux par les éleveurs de bovins et d’autre part, à analyser les stratégies d’adaptation développées par les éleveurs pour faire face aux nouvelles conditions climatiques. 300 éleveurs de bovins ont été enquêtés dans les communes de Tchaourou et de Djougou au Bénin. L’approche méthodologique adoptée comprenait une phase d’enquête exploratoire qui a permis la sélection des arrondissements et des villages d’enquêtes, une phase d’enquête approfondie qui a permis l’administration des questionnaires auprès des éleveurs à travers des entretiens individuels et des discussions de groupe. Les résultats révèlent que le changement climatique est perçu comme un phénomène majeur qui affecte les différentes pratiques d’élevage bovin, très dépendantes de l’environnement. Les éleveurs de bovins enquêtés ont remarqué une hausse des températures (48%), une baisse pluviométrique (46%) et une hausse de la vitesse du vent (6%) dans la zone d’étude. Ces conditions climatiques impactent négativement la disponibilité et la qualité des ressources fourragères et hydriques. De plus, elles influencent les performances des élevages notamment les performances laitières (47%), l’âge de la première mise bas (36%) et la croissance des animaux (17%). Les animaux sont soumis à la recrudescence des maladies dont la pasteurellose (28%), la péripneumonie (26%), la fièvre aphteuse (22%) et la trypanosomiase (8%). Dans ces conditions, les éleveurs adoptent diverses stratégies pour atténuer les effets de la sécheresse et de la dégradation des ressources pastorales à travers le recours à la transhumance (50%), le stockage du fourrage notamment des résidus de récolte (8 %) et la culture fourragère « Panicum maximumC1 » (17%). Face aux maladies bovines, 57% et 30% des répondants ont respectivement recours aux services vétérinaires et traitements ethno-vétérinaires. Ces stratégies que développent les éleveurs face aux effets néfastes des changements climatiques nécessitent d’être soutenues à travers des politiques de développement durable dans le secteur de l’élevage bovin afin de les rendre plus performantes.

Index de mots-clés : Bovin, éleveurs, changement climatique, adaptation, Bénin

Abstract

Perception and adaptation of cattle breeders to climate change in the Upper Oueme basin in Benin

Cattle breeding is a major component of the economy of African pastoral societies in general and Benin in particular. This activity has been facing many difficulties in recent years, despite its multiple economic and socio-cultural functions. This study aims, on the one hand, to understand the perception of climatic and environmental disturbances by cattle breeders and, on the other hand, to analyze the adaptation strategies developed by breeders to cope with the new climatic conditions. 300 cattle breeders were surveyed in the communes of Tchaourou and Djougou in Benin. The methodological approach adopted included an exploratory survey phase that allowed for the selection of survey districts and villages, and an in-depth survey phase that allowed for the administration of questionnaires to the herders through individual interviews and group discussions. The results reveal that climate change is perceived as a major phenomenon that affects the various cattle breeding practices, which are highly dependent on the environment. Cattle farmers surveyed noted an increase in temperature (48%), a decrease in rainfall (46%) and an increase in wind speed (6%) in the study area. These climatic conditions have a negative impact on the availability and quality of forage and water resources. In addition, they influence the performance of the farms, particularly milk performance (47%), age at first calving (36%) and animal growth (17%). The animals are subject to an upsurge in diseases, including pasteurellosis (28%), peripneumonia (26%), foot-and-mouth disease (22%) and trypanosomiasis (8%). Under these conditions, herders adopt various strategies to mitigate the effects of drought and the degradation of pastoral resources through the use of transhumance (50%), the storage of fodder, particularly harvest residues (8%), and the cultivation of "Panicum maximum C1" fodder crops (17%). In the face of bovine diseases, 57% and 30% of respondents have recourse to the veterinary services and ethno-veterinary treatments, respectively. These strategies developed by farmers in the face of the adverse effects of climate change need to be supported through sustainable development policies in the cattle breeding sector in order to make them more effective.

Index by keyword : Cattle, breeders, climate change, adaptation, Benin

Introduction

1Le changement climatique et ses effets néfastes sont reconnus ces dernières années comme l’un des défis majeurs de la planète (1,2, 3). A l’échelle mondiale, les paramètres climatiques connaissent des changements, notamment une augmentation de la température et une modification des régimes pluviométriques (4). La température moyenne de la planète a connu une augmentation de 0,8 °C au cours des cent dernières années et augmentent de nos jours au rythme de 0,2 °C par décennie (5). Ces changements contribuent considérablement à la perte de la biodiversité qui pourrait atteindre 15 à 37% des ressources végétales et animales d’ici à 2050 (6).

2Les changements climatiques constituent une menace majeure pour l’élevage en raison de ses impacts sur la qualité des ressources fourragères et hydriques, la production animale et laitière, les maladies bovines, la reproduction animale et la biodiversité (7). Ainsi, les modifications climatiques et environnementales entraînent une augmentation de la vulnérabilité des communautés pastorales (8). La récurrence des périodes de sécheresse entraîne la pénurie des ressources en eau et la réduction des ressources fourragères, ce qui provoque le plus souvent la famine et la malnutrition des animaux (9). En Afrique en général et en particulier les zones arides et semi-arides, les changements climatiques impactent très sévèrement les activités pastorales à travers la baisse de la pluviométrie et la hausse des températures qui ont des conséquences négatives sur les écosystèmes pâturés et les différents systèmes de production (1). Les nouvelles conditions climatiques ont des impacts non seulement directs sur le comportement, la production et la santé des animaux, mais également indirects sur la disponibilité, la composition et la qualité des ressources alimentaires(10). Elles rendent les écosystèmes pastoraux fragiles très vulnérables (11).

3Au Bénin, les paramètres climatiques sont caractérisés ces dernières années par une récession pluviométrique, une augmentation des températures et une fréquence des extrêmes climatiques (12). Ainsi, le changement climatique se traduit par plusieurs évolutions des paramètres climatiques qui modifient les différentes conditions de production (13, 14), notamment pastorales. Ces évolutions climatiques influencent négativement la disponibilité des ressources pastorales et la productivité du bétail dans les zones tropicales arides (15).

4Les principaux effets du changement climatique sur les ressources fourragères sont entre autres la baisse de la productivité des pâturages et des cultures fourragères (8, 16, 17, 18, 19, 20) et la détérioration de la qualité des fourrages notamment la diminution de la teneur des fourrages en éléments nutritifs (21, 22, 23). La température et la pluviométrie constituent les paramètres climatiques les plus étudiés au cours des dernières décennies à cause de leurs impacts sur l’alimentation des animaux, les maladies bovines, les ressources en eau, la reproduction animale, la biodiversité et la sécurité alimentaire (24). Ainsi, la production animale qui constitue un atout essentiel pour les communautés pastorales notamment à travers ses multiples fonctions socio-économiques est mise à mal ces dernières décennies par les modifications thermométriques et pluviométriques (25).

5Dans ces conditions, il est indispensable aux éleveurs de bovins de mettre en place des stratégies pour atténuer leur vulnérabilité. Ces différentes mesures d’adaptation mettent en évidence le niveau de perception du changement climatique par les éleveurs de bovins (8, 13, 20, 26). Pour Dugué (14), il existe dans l’arsenal local de nombreuses régions, des pratiques et des techniques anciennes que mobilisent les communautés rurales pour mieux répondre aux contraintes nouvelles.

6En faisant l’hypothèse que les éleveurs de bovins ont non seulement une perception claire des effets néfastes des changements climatiques et environnementaux, mais développent également des stratégies adaptatives en conséquence, cette étude se propose d’une part, d’appréhender la perception des dérèglements climatiques et environnementaux par les éleveurs de bovins et d’autre part, d’analyser les stratégies d’adaptation développées par les éleveurs pour mieux faire face aux nouvelles conditions climatiques.

Matériels et méthodes

Présentation du milieu d’étude

7L’étude s’est déroulée entre octobre et décembre 2020 dans deux communes du bassin de l’Ouémé Supérieur à savoir Tchaourou et Djougou dans les départements du Borgou et de la Donga (Figure 1).

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Figure 1 : Situation des zones d’enquêtes dans le Bénin

8Les communes de Tchaourou et de Djougou s’inscrivent dans la zone phytogéographique soudanienne avec des climats respectivement de type sud-soudanien à pluviométrie moyenne annuelle comprise entre 1100 et 1200 mm en six à sept mois de pluie (27), et de type soudano-guinéen à pluviométrie moyenne annuelle comprise entre 1200 et 1300 mm en six à sept mois de pluie (28).

9L’agriculture et l’élevage constituent les principales activités des populations de la zone d’étude. Elles développent principalement les cultures céréalières (maïs, sorgho, riz), les légumineuses (niébé, soja, arachide), les tubercules (igname, manioc), et les cultures de rente (coton, anacarde, karité). Les résidus des différentes cultures notamment des céréales et des légumineux permettent aux éleveurs de nourrir les animaux en saison sèche. Le cheptel bovin est estimé à 80572 têtes (29, 30). L’élevage bovin qui est essentiellement extensif, constitue la principale activité des peuls de la zone d’étude. Par contre, il constitue la seconde activité pour les populations autres que les peuls. L’élevage des bovins représente non seulement la principale activité pourvoyeuse de richesses pour les communautés peules, mais constitue également une source majeure de protéines animales pour les communautés rurales du Bénin (31).

Collecte des données

10La collecte des données a été faite entre octobre et décembre 2020 dans les communes de Tchaourou et de Djougou en deux étapes à savoir la phase d’enquête exploratoire et la phase d’enquête approfondie. L’enquête exploratoire a permis de discuter avec les éleveurs de bovins afin d’identifier les différents arrondissements et villages d’investigation dans la zone d’étude. Dix discussions de groupe ont été organisées avec en moyenne sept personnes. A la fin des différentes discussions, sept zones d’enquêtes ont été retenues dont les arrondissements de Tchatchou, Alafiarou, Goro et Bétérou dans la commune de Tchaourou et les arrondissements de Patargo, Onklou et Serou dans la commune de Djougou (Figure 1).

11Ces arrondissements ont été choisis en fonction de la disponibilité des ressources pastorales notamment les ressources fourragères et hydriques et de l’importance du cheptel bovin. Ainsi, les arrondissements d’investigation constituent les principaux foyers du développement de l’élevage bovin de la zone d’étude. Au total, 21 villages ont été sélectionnés à l’intérieur de ces différents arrondissements pour servir de support aux différentes enquêtes de terrain dont trois villages par arrondissement. Les enquêtes approfondies ont été réalisées par trois enquêteurs, chacun étant accompagné d’un interprète.

12Ces enquêtes ont permis d’administrer le questionnaire à 300 éleveurs de bovins dont 43 éleveurs dans les arrondissements de Tchatchou, Alafiarou, Bétérou, Patargo, Onklou et Serou et 42 éleveurs dans l’arrondissement de Goro. Ces entretiens ont permis de collecter diverses données relatives aux caractéristiques sociodémographiques des éleveurs, les systèmes d’élevage, la perception des éleveurs sur l’évolution des paramètres climatiques et leurs stratégies d’adaptation. Les données météorologiques (température et précipitations) des stations synoptiques les plus proches (Parakou et Natitingou) de la zone d’étude ont été collectées sur la période de 1980 à 2019 à la direction de la Météo-Bénin.

Analyse des données

13Les différentes données collectées auprès des éleveurs de bovins sur le terrain ont été traitées avec les logiciels IBM SPSS et Microsoft Excel. Les réponses des éleveurs enquêtés sur les indicateurs climatiques et environnementaux ont été codifiées pour faciliter la détermination du nombre et de la proportion des répondants pour chaque question. Cette opération préalable à tout traitement (32) a permis la représentation des différentes fréquences relatives sous forme de figures et de tableaux. La statistique descriptive a permis de calculer la moyenne, le minimum, le maximum, la médiane et l’écart-type des différentes données collectées sur les caractéristiques sociodémographiques des enquêtés.

14Les éleveurs enquêtés ont été classifiés en trois catégories dont 32 petits éleveurs (20-50 têtes de bovins), 99 moyens éleveurs (50-100 têtes de bovins) et 169 grands éleveurs (100 têtes de bovins et plus). Cette classification des éleveurs a permis de réaliser des tests khi-deux afin de déterminer les dépendances entre les réponses et les catégories d’éleveurs (au seuil de signification de 0,05). Les dynamiques pluviométriques et thermométriques ont été analysées suivant les indices de pluie (variable centrée réduite) (33).

Résultats

Profil sociodémographique des éleveurs enquêtés

15La structure sociodémographique des éleveurs enquêtés dans les communes de Tchaourou et de Djougou est résumée dans le tableau 1. Les éleveurs de bovins enquêtés avaient en moyenne 62±10 ans et ont en moyenne 38±9 ans d’expérience dans le domaine de l’élevage. La taille du ménage de ces enquêtés était en moyenne de 6±2 personnes.

16Ces ménages étaient constitués en moyenne de 7±3 enfants dont les enfants filles scolarisés étaient en moyenne 1±1 fille et les enfants garçons scolarisés étaient en moyenne 2±1 garçons. La taille du cheptel bovin était en moyenne 112±60 têtes. Les principaux systèmes pastoraux développés par les éleveurs enquêtés étaient le système agropastoral (52 %) et le système pastoral (48 %). La main-d’œuvre employée par les éleveurs était principalement familiale (48,4 %) et salariée-familiale (46,3 %).

Tableau 1 : structure sociodémographique des éleveurs enquêtés

Variables qualitatives

Total

Pourcentage (%)

Sexe

Masculin

298

99,3

Féminin

2

0,7

Ethnie

Peule

300

100

Niveau d'instruction

Non alphabétisé

286

95,4

Alphabétisé

3

1

Primaire

10

3,3

Secondaire

1

0,3

Croyance

Musulmane

249

83

Chrétienne

45

15

Religions endogènes

6

2

Système d’élevage

Agropastoral

156

52

Pastoral

144

48

Main-d'œuvre employée

Familiale

145

48,4

Salariée

16

5,3

Salariée-familiale

139

46,3

Variables quantitatives

Moyenne

Médiane

Écart-type

Minimum

Maximum

Age

62

62

10

40

86

Taille du ménage

6

6

2

2

15

Nombre de femmes

1

1

0

0

2

Nombre d’enfants

7

6

3

0

16

Nombre d'enfants filles scolarisés

1

0

1

0

3

Nombre d'enfants garçons scolarisés

2

2

1

0

12

Nombre d’années d’expériences dans l’élevage

38

37

9

20

65

Nombre de bovin

112

100

60

20

350

Perception du changement climatique par les éleveurs

17Pour la quasi-totalité des éleveurs enquêtés (99,7%), les changements climatiques sont une réalité dans le bassin de l’Ouémé Supérieur au Bénin. Pour les répondants, les effets de ces dérèglements climatiques sont devenus de plus en plus perceptibles au cours des deux dernières décennies dans le milieu d’étude. Pour eux, la pluviométrie et la température constituent les deux principaux paramètres climatiques qui ont connu des modifications significatives dans la zone d’étude (Figure 2).

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Figure 2 : perception des éleveurs enquêtés sur les changements climatiques

légende : GE : Grands Eleveurs / ME : Moyens Eleveurs / PE : Petits Eleveurs

18La baisse pluviométrique (46 %), la hausse des températures (48 %) et les vents violents (6 %) étaient les principaux changements perçus par des éleveurs enquêtés. Les différentes catégories d’éleveurs enquêtés variaient de façon non-significative dans leur perception des changements (Figure 2), avec des taux de citation plus élevés chez les grands et moyens éleveurs en comparaison des petits éleveurs (p > 0,05).

19L’évolution des paramètres climatiques dans la zone d’étude est illustrée par la figure 3. Le milieu d’étude a enregistré au cours de la période de 1980 à 2019, 52,5 % d’années de déficit pluviométrique et 47,5 % d’années d’excédent pluviométrique. L’amplitude des années déficitaires varie entre -0,1 et -2,6 et celle des années excédentaires varie entre 0,0 et 1,8. Au cours de la même période, la zone d’étude a enregistré 52,5 % d’années de baisse de la température avec des amplitudes variant entre -0,1 et -1,9 et 47,5 % d’années de hausse de la température avec des amplitudes variant entre 0,0 et 2,4. Ces informations confirment l’instabilité pluviométrique et thermométrique relevée par les éleveurs de bovins.

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Figure 3 : indices pluviométriques (a) et indices thermométriques (b) de la zone d’étude

Source : Données de Météo-Bénin, 2021

20Le tableau 2 montre la perception des éleveurs sur les manifestations des paramètres climatiques dans le bassin de l’Ouémé Supérieur au Bénin. Les réponses liées à la perception des éleveurs sur la fréquence des extrêmes thermométriques sont significativement différentes entre catégories d’éleveurs (p ≤ 0,05). Par contre, les réponses liées à la perception des éleveurs sur la quantité d’eau précipitée (p = 0,09) et la fin de la saison pluvieuse (p = 0,07) sont tendanciellement liées aux différentes catégories d’éleveurs.

21Les réponses liées à la perception des différentes catégories d’éleveurs sur la durée de la saison pluvieuse, le début de la saison des pluies, la fréquence des extrêmes pluviométriques, la répartition spatio-temporelle des pluies, la durée de la saison sèche, le niveau de la température et la fréquence des vents violents ne présentent aucune différence significative.

Tableau 2 : perception des manifestations des paramètres climatiques

Paramètres

Indicateurs de changement

GE

ME

PE

Tests Khi-deux

Quantité d'eau précipitée

Augmentation

0

0

1

0,09

Diminution

168

99

31

Normale

1

0

0

Durée de la saison pluvieuse

Augmentation

1

1

0

0,95

Normale

1

1

0

Raccourcissement

167

97

32

Début de la saison pluvieuse

Normale

1

3

0

0,39

Précoce

15

4

1

Tardif

153

92

31

Fin de la saison pluvieuse

Normal

5

5

0

0,07

Précoce

158

94

29

Tardif

6

0

3

Fréquence des extrêmes pluviométriques

Augmentation

6

6

3

0,76

Diminution

158

91

29

Ne sait pas

5

2

0

Répartition spatio-temporelle des pluies

Mauvaise

159

93

32

0,39

Ne sait pas

0

2

0

Normale

10

4

0

Durée de la saison sèche

Prolongement

168

97

31

0,52

Raccourcissement

1

2

1

Niveau de la température

Augmentation

168

95

31

0,23

Diminution

1

4

1

Fréquence des extrêmes thermométriques

Augmentation

108

46

31

0,00

Diminution

25

22

1

Ne sait pas

36

31

0

Vitesse du vent

Moins violents

13

14

1

0,30

Normale

0

2

0

Plus violents

156

83

31

GE : Grands Eleveurs / ME : Moyens Eleveurs / PE : Petits Eleveurs

Perception des causes du changement climatique par les éleveurs

22Pour les éleveurs enquêtés, la déforestation (94 %) et la punition divine (6%) constituent les principales causes des changements climatiques dans les communes de Tchaourou et de Djougou au Bénin (Tableau 3). Les taux de citation des causes du changement climatique n’affichent aucune différence significative entre catégories d’éleveurs (p > 0,05). Certains répondants pensent que la désobéissance aux normes sociales notamment la dégradation des liens d’entraide et de solidarité entre les hommes est à l’origine des modifications de la nature et par conséquent des changements climatiques.

Tableau 3 : principales causes du changement climatique

Catégories d'éleveurs

Causes du changement climatique

Déforestation

Punition divine

Grands Eleveurs

100 têtes de bovins et plus

0,51

0,02

Moyens Eleveurs

50-100 têtes de bovins

0,35

0,03

Petits Eleveurs

20-50 têtes de bovins

0,08

0,02

Total

-

0,94

0,06

La différence entre catégories d’éleveurs n’est pas significative au seuil de 0,05 (Chi-2).

Évolutions des ressources pastorales

23Pour les éleveurs enquêtés, les changements climatiques influencent fortement la disponibilité des ressources fourragères et hydriques, les paramètres zootechniques et la santé animale.

Ressources pastorales

24La totalité (100 %) des éleveurs de bovins enquêtés ont constaté une dégradation de l’offre fourragère des parcours naturels. Les espèces fourragères les plus citées par les éleveurs enquêtés en langue locale peule sont : Sɔnorε (Andropogon gayanus), Cakatε (Brachiaria falcifera), Wucigaagarε (Eleusine indica), Sowεjε (Imperata cylindrica), Tamataiiji (Digitaria horizontalis), Layilεɖε (Ipomoea eriocarpa), Sɔgε (Boerhavia erecta), Gnɔtarε (Andropogon chinensis), Gawε (Spermacoce stachydea) et Lεkɔ (Aeschynomene indica).

25Pour ces éleveurs enquêtés, ces espèces deviennent de plus en plus rares sur les parcours naturels à cause de l’extension des champs (43 %), la baisse pluviométrique (29 %), la prolifération des espèces envahissantes (15 %) et la pression démographique (13 %). Pour ces répondants, l’extension des champs a réduit considérablement les aires de pâturage. De plus, la baisse pluviométrique a entraîné la fragilisation des écosystèmes pâturés et a réduit l’offre fourragère des parcours naturels.

26La prolifération des espèces envahissantes notamment Mesosphaerum suaveolens (Lumunyɔ) et Chromolaena odorata (Figure 4) empêche le développement des ressources herbacées les plus appétées, notamment les graminées qui constituent selon les éleveurs de bovins enquêtés les fourrages de meilleur qualité. Selon les éleveurs enquêtés, la pression démographique et anthropique est à l’origine des défrichements abusifs et par conséquent de la dégradation du couvert végétal en général et des espèces ligneuses (kahi (Khaya senegalensis), Wargnahi (Afzelia Africana), Kohi (Cassia sieberiana), Karlahi (Daniellia oliveri), Batahi (Isoberlinia doka), Banouhi (Pterocarpus erinaceus)) en particulier (Tableau 4).

Tableau 4 : facteurs de dégradation des ressources pastorales

Facteurs de dégradation des ressources

GE

ME

PE

Total

Tests du Khi-deux (p-valeur)

Ressources fourragères

Baisse des pluies

0,22

0,08

0

0,29

0,21

Essor démographique

0,08

0,05

0

0,13

Extension des champs

0,17

0,19

0,08

0,43

Prolifération d'espèces envahissantes

0,06

0,08

0,02

0,15

Ressources hydriques

Baisse des pluies

0,14

0,12

0,05

0,31

0,34

Essor démographique

0,08

0

0

0,08

Extension des champs

0,27

0,21

0,05

0,53

Hausse des températures

0,03

0,05

0

0,08

GE : Grands Eleveurs / ME : Moyens Eleveurs / PE : Petits Eleveurs

27Pour les grands éleveurs, la baisse des pluies (22 %), l’extension des champs (17 %) et l’essor démographique (8 %) constituent les principaux facteurs de dégradation des ressources fourragères. Par contre, pour les moyens éleveurs la dégradation des ressources fourragères est due à l’extension des champs (19 %), la prolifération des espèces envahissantes (8 %) et la baisse des pluies (8 %). L’extension des champs (8 %) constitue la principale source de dégradation des ressources fourragères selon les petits éleveurs. Ces perceptions ne présentent aucune différence significative entre catégories d’éleveurs (p > 0,05).

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Figure 4 : espèces envahissantes, Mesosphaerum suaveolens (a) et Chromolaena odorata (b) dans l’Ouémé Supérieur au Bénin

Source : Djohy G.L, Novembre 2020

28Pour les éleveurs de bovins enquêtés, l’extension des champs (53 %), la baisse pluviométrique (31 %), la pression démographique (8 %) et l’augmentation de la température (8 %) constituent les principaux facteurs de dégradation des ressources hydriques (Tableau 4). Pour ces répondants, l’extension des champs a entraîné la dégradation de la qualité de certaines sources d’eau à cause de l’usage abusif des engrais chimiques aux abords des cours et plans d’eau. La baisse pluviométrique a contribué à la réduction des ressources en eau de surface et souterraine.

29Pour les grands éleveurs, l’extension des champs (27 %), la baisse des pluies (14 %) et l’essor démographique (8%) constituent les principaux facteurs de dégradation des ressources en eau. L’extension des champs (21 %) et la baisse des pluies (12 %) constituent les principaux facteurs de dégradation des ressources en eau selon les moyens éleveurs. Les sites d’abreuvement des animaux, en nombre généralement insuffisants sont devenus de plus en plus inaccessibles aux éleveurs du fait de la mise en valeur de leurs abords par des agriculteurs en saison pluvieuse et de leur tarissement précoce en saison sèche.

30Ainsi, l’accès aux sources d’eau permanentes notamment les barrages, les plans d’eau, la rivière d’Okpara et le fleuve Ouémé se complexifie d’année en année du fait de l’extension des champs. L’utilisation commune de certaines sources d’eau de surface entre éleveurs, agriculteurs et pêcheurs est également rapportée comme difficulté par les éleveurs. La concurrence devient de plus en plus rude autour de ces sources d’eau de surface. Les perceptions des différentes catégories d’éleveurs sur les facteurs de dégradation des ressources hydriques ne présentent aucune différence statistique (p > 0,05).

Paramètres zootechniques

31Plusieurs impacts sur les performances de production des animaux ont été rapportés par les éleveurs de bovins enquêtés, notamment la baisse des productions laitières (47 %), l’augmentation de l’âge à la première mise bas (36 %) et la baisse de la vitesse de croissance des animaux (17 %) (Figure 5).

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Figure 5 : évolution des paramètres zootechniques

GE : Grands Éleveurs / ME : Moyens Éleveurs / PE : Petits Éleveurs

32Pour les éleveurs enquêtés, la productivité laitière d’une vache qui couvrait par le passé les besoins d’une famille en lait ne peut alimenter que son veau ces dernières années. Cette baisse de la productivité laitière des animaux est perçue comme l’une des conséquences de l’insuffisance de ressources fourragères. La baisse des performances laitières est perçue par 23% des grands éleveurs enquêtés, 17 % des moyens éleveurs et 7 % des petits éleveurs.

33Les conditions d’insuffisance alimentaire ont entraîné également une baisse de la vitesse de croissance des animaux selon 9 % des grands éleveurs enquêtés et 8 % des moyens éleveurs. Les répondants ont constaté également une augmentation de l’âge à la première mise bas notamment par 20 % des grands éleveurs, 14 % des moyens éleveurs et 2 % des petits éleveurs. Les réponses des différentes catégories d’éleveurs sur les effets du changement climatique sur les performances des élevages ne sont pas liées aux catégories d’éleveurs (p > 0,05).

Santé animale

34La totalité des répondants (100 %) ont perçu une détérioration de l’état sanitaire des animaux liée à la récurrence des maladies bovines (Figure 6).

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Figure 6 : principales maladies citées par les éleveurs enquêtés. Les noms vernaculaires cités par les éleveurs sont assortis du diagnostic vétérinaire localement accepté comme leur correspondant.

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35Les animaux développent diverses pathologies qui contribuent considérablement à la diminution de la quantité de lait produit et la capacité reproductive des animaux. Pour les éleveurs enquêtés, ces maladies ont principalement pour source la rencontre entre les animaux de zones pastorales diverses au pâturage. Ainsi, la transhumance favorise la propagation des maladies contagieuses d’une zone pastorale à une autre.

36La rencontre des animaux d’origines diverses autour des points d’abreuvement ou au pâturage favorise une large contamination des animaux par la péripneumonie contagieuse bovine, la trypanosomiase et les maladies telluriques (charbon). Les autres raisons évoquées par les éleveurs enquêtés sont entre autres la prolifération dans les zones pastorales de certains insectes vecteurs de maladies et la sous-alimentation qui affaiblit l’organisme des animaux. Les taux de réponses sur la perception des éleveurs sur l’état sanitaire des animaux ne sont pas spécifiques aux catégories d’éleveurs (p > 0,05).

Stratégies d’adaptation développées par les éleveurs

Stratégies d’adaptation contre la dégradation des ressources pastorales

37Face aux conséquences des modifications climatiques et environnementales sur l’activité pastorale, les éleveurs ont adopté une diversité de stratégies d’adaptation (Figure7). Ces stratégies intègrent le recours à la transhumance (50 %), le stockage du fourrage notamment des résidus de cultures (8%) et la culture fourragère « Panicum maximum C1 » (17 %). Pendant la période de soudure (sécheresse) où le fourrage herbacé se fait rare, les éleveurs enquêtés ont recours à la transhumance afin de mettre en valeur les ressources pastorales dispersées. Les stratégies d’adaptation développées par les éleveurs enquêtés sont spécifiques aux différentes catégories d’éleveurs (p < 0,05). Le stockage et l’utilisation des résidus de récolte permettent aux petits et moyens éleveurs de valoriser les sous-produits agricoles (Figure 8).

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Figure 7 : stratégies d’adaptation face à la dégradation des ressources pastorales

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Figure 8 : stratégies de stockage des résidus de maïs (a) et de l’haricot (b) dans l’Ouémé Supérieur au Bénin

Source : Djohy G.L, Novembre 2020

38En plus des résidus de récolte, les éleveurs développent ces dernières années des parcelles de culture fourragère notamment de Panicum maximum C1. Les éleveurs sont encouragés à la culture fourragère depuis 2017 dans la zone d’étude à travers la mise en œuvre du projet de « contrôle de l’invasion de Hyptis suaveolens Poit dans les pâturages naturels par la culture de Panicum maximum C1 dans les exploitations peulh au Bénin » par l’Etat.

Stratégies d’adaptation contre les maladies bovines

39Les éleveurs enquêtés ont recours aux services vétérinaires (57 %) et traitements ethno-vétérinaires (30 %) pour lutter contre les maladies bovines (Figure 9). Toutefois, 13 % des éleveurs enquêtés ont choisi la voie de la mobilité des exploitations pastorales dans le but de préserver la santé des animaux. Pour ces éleveurs, certaines maladies bovines ont pour principale cause l’accumulation intense des déjections animales sur les exploitations. Mais le choix des méthodes de traitement des maladies bovines n’est pas lié aux catégories d’éleveurs (p > 0,05).

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Figure 9 : méthodes de gestion des maladies bovines

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Discussion

40Le changement climatique est perçu par les éleveurs de bovins des communes de Tchaourou et de Djougou à travers la hausse des températures et la diminution des hauteurs pluviométriques. Des résultats similaires ont été rapportés par Nassef et al. (34), Delille (35), Vissoh et al. (36), Allé et al. (37), Djohy et al. (38), Kimaro et al. (9) et Abdou et al. (8) sur la perception du changement climatique par les communautés pastorales notamment des précipitations irrégulières et moins abondantes, une hausse des périodes de sécheresse prolongées et fréquentes et une hausse de la température.

41Les éleveurs sont bien conscients des tendances générales du climat dans leur milieu, de sa variabilité, de son évolution et des impacts des évènements climatiques sur la production animale et les ressources pastorales (9).

42Ainsi, la perception des répondants recueillie lors de cette étude révèle une dégradation de la quantité et de la qualité des ressources fourragères et hydriques. Ces résultats corroborent ceux obtenus par Lemaire et al. (39) qui ont rapporté que la dégradation des ressources pastorales est liée à la modification des régimes pluviométriques et à la prolifération d’espèces envahissantes. Pour Alassane (40), les relations entre l’élevage bovin et l’environnement sont devenues complexes ces dernières années à cause de la disparition des espèces herbacées très recherchées et appréciées et la prolifération des espèces non appétées.

43Les péjorations climatiques sont à l’origine de la dégradation accélérée des écosystèmes pâturés (41). Cette dégradation des ressources pastorales est également liée à l’extension des emblavures sur les aires de pâturage (8).

44Les impacts des changements climatiques et environnementaux ont réduit les surfaces pâturables et sont susceptibles de continuer tant que les conditions climatiques vont continuer à se dégrader et que les producteurs vont continuer à augmenter les emblavures agricoles. Ces changements impactent les paramètres zootechniques et la santé animale.

45Ces résultats sont similaires à ceux rapportés par Abdou et al. (8) et Rojas-Downing et al. (7), qui ont révélé que les changements climatiques et environnementaux impactent non seulement les paramètres zootechniques mais dégradent également la santé animale. Les informations recueillies auprès des éleveurs enquêtés révèlent une augmentation de l’âge à la première mise bas, une baisse des performances laitières et une baisse de la vitesse de croissance des animaux. Les changements climatiques et les événements météorologiques extrêmes ont entraîné la réduction des ressources alimentaires et par conséquent, la baisse de la production laitière (9).

46Les stress thermiques impactent plusieurs paramètres zootechniques notamment les conditions physiologiques et comportementales des animaux, les performances reproductives des animaux, les taux de mise bas et l’âge du premier vêlage chez les bovins (17, 19). Pour ces auteurs, les nouvelles conditions climatiques ont entraîné une baisse des taux de conception et de mise bas, une diminution de la fertilité des animaux et une augmentation de l’âge au premier vêlage chez les bovins. De plus, la dégradation de l’état sanitaire des animaux est parfois liée au regroupement des animaux au pâturage qui favorise la diffusion et la propagation des maladies contagieuses et la sous-alimentation des animaux en saison sèche qui provoque l’émergence des maladies animales (42).

47Les déplacements des animaux à la recherche de fourrage et de site d’abreuvement sont d’importants facteurs de risque, car ils augmentent le risque d’introduction de maladies animales dans les milieux pastoraux (43). Ainsi, les éleveurs font face à l’émergence des maladies bovines comme la peste bovine, la brucellose, la trypanosomose, la fièvre aphteuse et la péripneumonie qui sont devenues de véritables pathologies diminuant sensiblement les capacités productives des animaux (9, 44, 45).

48Pour atténuer les effets des changements climatiques et environnementaux sur l’élevage bovin, les éleveurs ont développé plusieurs options d’adaptation (15, 34, 46), dont la transhumance qui leur permet d’exploiter les ressources dispersées. La transhumance permet de compenser le faible taux de renouvellement des ressources pastorales (47). Pour Abbagana et Youla (48), la transhumance « répond avant tout à des contraintes écologiques mais elle peut résulter aussi de facteurs agricoles, sanitaires, économiques et socioculturels ».

49Les éleveurs procèdent au stockage d’importantes quantités de ressources fourragères notamment des résidus de cultures pour mieux prévenir la période de soudure. C’est ce qu’ont aussi trouvé Totin et al. (49), qui ont rapporté que les éleveurs stockent les résidus de cultures notamment les résidus de mil, sorgho, maïs, riz, soja, arachide et haricot pour mieux faire face à la sécheresse. Ces fourrages sont utilisés en période de soudure afin de maintenir l’état de bonne santé des animaux jusqu’à la saison des pluies. Ils ne couvrent pas la totalité des besoins alimentaires des animaux en saison sèche, d’où les éleveurs font recours aux ligneux fourragers et aux cultures fourragères. La plantation d’herbe fourragère constitue une stratégie d’adaptation majeure pour les éleveurs face aux effets des changements climatiques (50).

Conclusion

50L’étude portant sur la perception du changement climatique et des stratégies d’adaptation des éleveurs de bovins aux contraintes environnementales dans le bassin de l’Ouémé Supérieur au Bénin a permis d’appréhender que les évolutions climatiques et environnementales sont une réalité selon les éleveurs enquêtés dans la zone d’étude qui les perçoivent et modifient leurs systèmes de production en réponse à ces changements. Les dérèglements climatiques sont perçus par les éleveurs enquêtés à travers la diminution de la pluviométrie et l’augmentation de la température.

51Ces évolutions climatiques contribuent fortement à la dégradation des ressources pastorales et à la détérioration de la santé animale. Ainsi, les bouleversements climatiques et environnementaux ont entraîné des répercussions négatives sur l’activité pastorale dans la zone d’étude. Il s’agit de la baisse du disponible fourrager et de la prolifération de nouvelles épizooties qui empêchent le bon développement de l’activité pastorale. Les éleveurs rencontrent également des difficultés au cours de la transhumance qui constitue un moyen d’exploitation des ressources pastorales dispersées dans le but de compenser les insuffisances en ressources fourragères et hydriques dans certaines localités.

52D’autres stratégies endogènes permettent aux éleveurs de faire face aux nouvelles conditions agro-écologiques. Mais ces différentes stratégies ne répondent pas à toutes les attentes des éleveurs. Il serait important de mener des réflexions sur les politiques et les projets de développement à promouvoir pour renforcer l’adaptation des éleveurs de bovins face aux effets néfastes des changements climatiques et environnementaux.

Déclaration des contributions des auteurs

53GLD a assuré la conception du guide d’entretien et du questionnaire de terrain, la collecte des données de terrain, l’analyse et l’interprétation des données et la rédaction de la première version du manuscrit. BSB, PJD, YB et JAY ont participé à la relecture du manuscrit.

Conflits d’intérêts

54L’étude a été réalisée sans aucun conflit d’intérêts.

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To cite this article

Gildas Louis Djohy , Boni Sounon Bouko, Paulin Jésutin Dossou , Yacoubou Boni & Jacob Afouda Yabi, «Perception et adaptation des éleveurs de bovins aux changements climatiques dans le bassin de l’Ouémé Supérieur au Bénin», Tropicultura [En ligne], Volume 40 (2022), Numéro 3/4, URL : https://popups.uliege.be/2295-8010/index.php?id=2135.

About: Gildas Louis Djohy 

Doctorant en Aménagement et Gestion des Ressources Naturelles, Nationalité Béninoise, Université de Parakou, Ecole Doctorale des Sciences Agronomiques et Eau, Parakou, Bénin. Auteur pour la correspondance : E-mail : gildasdjohy@gmail.com / 03 BP 303 Parakou/Bénin

About: Boni Sounon Bouko

Maître de Conférences, Nationalité Béninoise, Université de Parakou, Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, Département de Géographie et Aménagement du Territoire, Parakou, Bénin

About: Paulin Jésutin Dossou 

Maître de Conférences, Nationalité Béninoise, Université de Parakou, Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, Département de Géographie et Aménagement du Territoire, Parakou, Bénin

About: Yacoubou Boni

Docteur, Nationalité Béninoise, Université de Parakou, Laboratoire d’Ecologie de Botanique et de Biologie Végétale (LEB), Parakou, Bénin

About: Jacob Afouda Yabi

Professeur, Nationalité Béninoise, Université de Parakou, Faculté d’Agronomie, Laboratoire d’Analyse et de Recherche sur les Dynamiques Economique et Sociale, Parakou, Bénin