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Lara Feguenne & Karim Aït-gacem

Transports d’ici et d’ailleurs : un projet de médiation interculturelle au Musée des Transports

(Numéro 5 — Chronique muséale)
Chronique
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Mots-clés : Mobilité, dialogue interculturel, création sonore, primo-arrivants, muséologie sociale
Keywords : mobility, intercultural dialogue, sound creation, newcomers, social museology

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2Alors que la nouvelle définition du musée, adoptée par l’ICOM en 2022, reconnaît explicitement sa mission sociale – insistant sur l’inclusivité, la participation active des publics, l’accessibilité et l’engagement en faveur de la diversité et du développement durable –, de nouvelles pratiques de médiation se développent, proposant des démarches participatives et inclusives, en prise directe avec les enjeux contemporains. Le Musée des Transports en commun de Wallonie s’inscrit pleinement dans ce mouvement à travers différents projets, dont Transports d’ici et d’ailleurs (TIA), un programme d’animation interculturelle qui vise la rencontre entre personnes primo-arrivantes et publics locaux.

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4Le projet combine thématique universelle (la mobilité), cadre accueillant (le musée) et méthodologie collaborative (co-construction des animations). Il répond à plusieurs enjeux contemporains : inclusion, citoyenneté, dialogue interculturel et démocratisation de la culture. Soutenu dans un premier temps par les appels à projets PCI (Promotion de la Citoyenneté et de l’Interculturalité) de la Fédération Wallonie-Bruxelles, il bénéficie depuis 2023 d’un label triennal, qui lui permet de gagner en pérennité et d’élargir ses perspectives.

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6L’article qui suit propose une analyse de cette expérience muséale. Il s’appuie sur les retours de celles et ceux qui y ont participé : animateur·ices, participant·es, public et partenaires. Il revient sur trois années d’expérimentation (2021-2024), retrace les étapes du projet, explore ses réussites, ses difficultés et les ajustements opérés en chemin.

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Un musée accessible autour d’un thème universel

8Depuis la révision de son Projet scientifique et culturel en 2010, le Musée des Transports en commun de Wallonie a fait de l’accessibilité à tous les publics l’un des axes centraux de son développement. Cette ambition s’est traduite par diverses initiatives concrètes, notamment le projet Tourisme pour tous (2018), visant à offrir des moments de loisir de qualité à des publics fragilisés. Le service de médiation a conçu à cette occasion des visites sur mesure, en collaboration avec des associations, favorisant l’échange et la participation active : animations créatives, pauses conviviales, films participatifs, etc.

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10Parmi les publics ayant répondu avec enthousiasme à ces offres, figuraient de nombreux groupes de personnes primo-arrivantes. Le musée leur offrait en effet un cadre à la fois concret et rassurant, propice à la rencontre. La thématique de la mobilité touche à l’expérience de chacun·e et facilite le dialogue et la mise en récit. Les véhicules exposés – tramways, autobus, calèches – deviennent des points d’ancrage pour des récits intimes, des comparaisons culturelles, ou encore des débats sur les usages ou les inégalités d’accès.

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Genèse du projet Transports d’ici et d’ailleurs

12Fort de cet engouement, le musée a souhaité approfondir sa démarche en développant un programme plus ambitieux, spécifiquement dédié aux personnes primo-arrivantes. C’est ainsi qu’est né en 2021 le projet Transports d’ici et d’ailleurs. La mobilité en question (TIA), avec le soutien des dispositifs PCI (Promotion de la Citoyenneté et de l’Interculturalité – Fédération Wallonie-Bruxelles) et ILI (Initiative locale d’intégration – Région wallonne). Le projet en est aujourd’hui, en 2025, à sa quatrième édition.

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14TIA se donne pour objectif principal de favoriser la rencontre entre primo-arrivant·es et « natif·ves » autour d’un thème commun et fédérateur : la mobilité. Ce projet s’inscrit dans une logique de muséologie participative et citoyenne, en valorisant l’engagement actif des publics dans la création de contenus.

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16Les finalités sont multiples :

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  • offrir un cadre bienveillant et valorisant à des publics éloignés des pratiques culturelles ;

  • déconstruire les stéréotypes en suscitant la rencontre et le dialogue interculturel ;

  • encourager l’expression, la créativité, la réflexion critique, la transmission ;

  • favoriser la pratique de la langue pour les personnes engagées dans un parcours d’apprentissage du français (Français Langue Étrangère – FLE) ;

  • repositionner le musée comme lieu de citoyenneté, espace de parole et de co-construction.

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19Le projet adopte immédiatement une approche participative : les animations ne sont pas conçues pour les publics, mais avec eux. Les groupes de participant·es – encadrés ou informels – sont invités à réfléchir à la manière dont la mobilité est vécue et perçue dans leur pays d’origine, en comparaison avec les réalités belges (historiques et contemporaines), en s’appuyant sur les collections du musée. Concrètement, l’animateur commence par installer un climat de confiance propice au partage spontané, puis pose des questions directes à partir d’objets ou de situations rencontrés lors de la visite. Devant un ancien tram muni d’un bouton d’arrêt : « Et dans votre pays d’origine, comment demande-t-on l’arrêt ? » Si la thématique du jour porte sur le vélo au féminin : « Comment est perçu le fait de faire du vélo, pour les femmes, dans votre pays d’origine ? » ou « Comment avez-vous appris ? » Ces invitations personnelles ouvrent rapidement un espace narratif où chacun compare, raconte, se souvient ; c’est là que la dimension interculturelle du projet prend forme. Ce travail débouche sur la création de visites « comparatives », enrichies d’éléments interactifs ou d’animation (jeux, musique, saynètes, etc.).

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21La première édition (2021-2022) a donné lieu à plusieurs soirées thématiques : « Destination Sénégal », « Sur la route du bled », « Embarquement pour la Syrie », « Femmes en mouvement », etc. Ces événements combinaient visite guidée, performances musicales ou théâtrales, jeux de piste et moments conviviaux. Chaque proposition est unique, ancrée dans les vécus des participant·es. Certains événements étaient portés par des groupes informels, d’autres par des associations telles que Cap Migrants, Step métiers ou encore le CVFE (Collectif contre les violences familiales). Organisés en soirée ou le week-end, les événements ont permis de toucher un public mixte et intergénérationnel.

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23Les retours furent très positifs, tant du côté des publics que des participant·es. Les évaluations soulignent l’originalité des visites et l’ambiance conviviale. Les événements, qui ont chaque fois rassemblé en moyenne une trentaine de personnes, ont créé des moments d'échanges et de rapprochements entre les participant·es. Du point de vue méthodologique, les outils écrits se révélant peu adaptés (maîtrise parfois limitée du français, grilles simplifiées peu nuancées), nous privilégions désormais des évaluations orales : discussions collectives « ce que j’ai aimé / moins aimé », retours spontanés en fin d’activité et, lorsque pertinent, de courts entretiens enregistrés. Ces formats libèrent la parole et produisent des retours plus fidèles au vécu.

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25Toutefois, des défis importants ont également émergé :

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  • pour les groupes informels : difficultés logistiques (instabilité des groupes, temporalité difficile à concilier avec des projets longs, obstacles liés au statut administratif de certain·es participant·es) ;

  • pour les groupes encadrés par les associations partenaires : contraintes horaires des associations, faible disponibilité du tout public en semaine durant les heures de travail…

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Ajustements et enrichissements : vers une nécessaire agilité dans la gestion du projet

28Conscient de ces limites, le musée a opéré un recentrage dès la seconde édition (2022-2023). Outre une nouvelle soirée thématique autour de l’Iran (mêlant visite participative, initiation au théâtre d’improvisation, débat mouvant sur la mixité dans les transports et atelier de tango pour illustrer les notions de proxémie), de nouvelles propositions ont vu le jour : réalisation de courts-métrages, grand rallye urbain, murder party, etc. Mais c’est surtout l’introduction des ateliers podcasts qui a marqué un tournant décisif dans la méthodologie du projet.

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30Ces ateliers ont permis une plus grande flexibilité : les séances peuvent avoir lieu hors-les-murs, dans les locaux des associations partenaires. La mixité des publics est assurée, les participant·es étant invité·es à interroger des passant·es dans l’espace public. Ces capsules audio, créées en petits groupes, sont devenues la nouvelle colonne vertébrale du projet.

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Les podcasts participatifs : médiation linguistique et sociale

32Un simple micro peut-il devenir un passeport pour aller à la rencontre de l’autre ? C’est ce que semble illustrer l’animation podcast qui poursuit deux objectifs : permettre à des groupes de primo-arrivant·es engagé·es dans un apprentissage du français de pratiquer la langue en situation réelle, et favoriser des interactions mixtes dans l’espace public autour d’un thème commun : la mobilité. Dans le cadre du projet TIA, l’animation podcast expérimentée mêle visite participative, apprentissage du français et exploration de l’espace public à la rencontre des passant·es. Elle se déroule en deux temps : visite participative au musée, puis interviews dans l’espace public.

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Visite participative du musée

34La visite du musée est un préalable indispensable de l’animation. C’est un moment de mise en confiance d’un public très souvent intimidé. L’animateur utilise le français facile et prend le temps nécessaire pour se faire comprendre. Il interpelle les participant·es, pose des questions, écoute et reformule les réponses si nécessaire. Le parcours dans le musée prend appui sur différents véhicules qui symbolisent l’histoire de la mobilité en Wallonie, du carrosse du Prince-évêque au nouveau tram de Liège, en passant par les tramways, les trolleybus ou les bus diesel. Les différentes haltes devant les véhicules permettent aux participant·es de se raconter via les questions de l’animateur. L’objectif est que la visite devienne un espace d’échanges vivants sur les expériences de mobilité, ici et ailleurs.

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36C’est dans ce contexte qu’un participant originaire du Soudan nous a raconté qu’il marchait jusqu’à quatre heures par jour pour se rendre au travail dans son village, alors qu’à Liège, il prend le bus pour tout trajet de plus de vingt minutes. Une Ukrainienne a évoqué avec nostalgie les trolleybus de sa ville natale, dont le trajet est bardé de câbles électriques. Une femme originaire du Maroc a expliqué comment, dans son pays, le taxi est un mode de transport partagé et abordable, accessible à tou·te·s, et sa surprise lorsqu’elle a vu le prix au compteur s’envoler lorsqu’elle s’est hasardée à le prendre en Belgique. On y a abordé aussi la joie simple de voyager assis dans un train, ou encore le souvenir du receveur qui vient encaisser les billets, remplacé aujourd’hui par une machine qui bippe.

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38La visite doit donner envie de raconter, de comparer, de se rendre compte des évolutions, des écarts, des envies aussi. Que les histoires se croisent, s’entrechoquent. Ce moment permet également de créer un climat de confiance et de curiosité partagée, qui sera fondamental pour la suite de l’activité. Il introduit naturellement les thèmes que les participant·es pourront aborder lors des interviews de rue : la voiture, le train, le bus, le vélo, le prix des transports, les temps de trajet, etc. En rendant ces thèmes concrets et proches, la visite facilite le passage d’un espace muséal fermé et « protégé » à l’espace public plus ouvert et potentiellement incertain.

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Exploration de l’espace public et captation sonore

40L’apprentissage du français pour des personnes nouvellement arrivées ou en difficulté linguistique ne se résume pas à des cours de grammaire et de vocabulaire. Parler est un acte social, un exercice où l’émotion joue un rôle clé. Lors de nos visites avec des apprenant·es au Musée des Transports, un constat frappant s’est imposé : beaucoup de participant·es maîtrisaient déjà un peu la langue, mais iels n’osaient pas la parler. Cette peur de mal s’exprimer, de faire des fautes ou d’être jugé·e était un véritable frein à leur progression et à leur intégration sociale.

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42Pour répondre à ce défi, nous avons imaginé une animation participative sous forme de micro-trottoir. Muni·es d’enregistreurs numériques, les apprenant·es ont pour mission d’aller interroger des passant·es, souvent au parc de la Boverie, sur un sujet simple et universel : leurs préférences en matière de transport. 

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44L’activité fait peur. Lorsqu’on l’annonce, on entend des petits cris, on voit des visages stupéfaits. Aller à la rencontre d’inconnu·es et leur poser des questions intimide même celles et ceux qui parlent couramment français. L’animateur et les encadrant·es jouent alors un rôle essentiel pour dédramatiser et encourager avec humour les participant·es à se dépasser. Il est essentiel d’instaurer une dynamique légère et ludique pour rassurer. L’objectif n’est pas d’obtenir une performance linguistique parfaite, mais d’oser aller vers l’autre, d’échanger, de s’autoriser à parler sans crainte du jugement.

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46Les questions sont adaptées au niveau des apprenants, avec une progression possible :

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  • Première approche : on pose une question simple sur les habitudes ou préférences de transport ;

  • Pour les groupes plus à l’aise : on explore des anecdotes de voyages ou de trajets ;

  • Pour les participant·es confirmé·es : on amorce des échanges plus réflexifs, par exemple sur la place de la voiture dans l’imaginaire collectif.

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49L’utilisation des enregistreurs numériques s’est révélée être un levier puissant pour favoriser la prise de parole et encourager la participation. Non seulement cet outil permet de dédramatiser l’exercice oral, mais il donne aussi une légitimité aux apprenant·es : iels deviennent les acteur·ices d’une vraie démarche de collecte de témoignages et non plus seulement des élèves en apprentissage. Iels peuvent tout autant infléchir leurs propres idées reçues que celles de leurs interlocuteur·ices. Un jeune Érythréen, un peu découragé après quelques échecs dans ses tentatives d’aborder les passant·es, en était venu à penser que s’iels refusaient de répondre, c’était sans doute par racisme. Puis, accompagné de son groupe l’encourageant à continuer, il a eu la surprise de voir une dame s’arrêter, l’écouter attentivement et même reformuler ses questions pour être sûre d’avoir bien compris. Il en est ressorti un peu troublé : « Finalement, ils ne sont pas tous fermés. »

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51Ce projet d’enregistrement sonore est aussi né d’un constat répété en boucle par les primo-arrivant·es : « On ne parle qu’aux guichets, aux profs, aux vendeurs. Mais jamais aux gens, aux vrais. » Comme ce Syrien qui nous a dit un jour, avec un brin d’amertume : « On m’a souvent demandé de cuisiner du houmous ou des fatayers pour les fêtes. Mais personne ne m’a jamais invité à goûter les boulets-frites ou une raclette. »

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53L’activité podcast répond également à la difficulté d’attirer des publics mixtes lors des activités TIA. L’idée poursuivie est donc de renverser un peu les rôles et d’aller chercher la mixité dans la rue. En donnant aux apprenant·es un objet (le micro) et une mission (poser des questions), un changement de posture se produit : ils et elles ne sont plus seulement des personnes qui cherchent à s’intégrer mais aussi des enquêteur·ices de terrain, des collecteur·ices d’histoires, des personnes curieuses de l’autre, de ce qu’iel pense et ressent.

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55Sur ce projet, il est arrivé également que les publics participants soient mélangés. Un groupe d'apprenant·es en français a travaillé avec le groupe de marche de l’association Revers, composé de personnes en difficulté psychologique. Et ça a matché ! Très vite, les rôles se sont inversés, complétés, enrichis. Celleux qui pensaient ne rien pouvoir dire se sont mis·es à guider les autres : « Tu veux que je t’aide à poser ta question ? »

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57À la fin de l’animation, c’est souvent l’euphorie. On se retrouve sur un banc du parc, les témoignages affluent. « On a parlé avec un couple qui promenait son bébé ! Ils étaient trop sympas ! » ; « Une vieille dame de 80 ans nous a raconté qu’elle faisait encore du vélo ». C’est tout simple, mais ça veut dire beaucoup quand on ne s’est jamais senti légitime dans l’espace public. Le micro, c’est bien plus qu’un objet technique. C’est une baguette magique qui permet d’aller vers l’autre, un passeport pour oser parler. Il donne du poids à la parole, même tremblante. Il transforme un·e apprenant·e en interviewer, un·e passant·e en témoin et un instant fugace en souvenir sonore.

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59Après un petit montage, les enregistrements sont envoyés aux structures d’apprentissage du français qui organisent des séances d’écoute. Certains enregistrements vivent aussi parfois une seconde vie dans le cadre de balades sonores qu’on peut réécouter, partager, valoriser.

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Une reconnaissance pérenne et la création d’outils transférables

61Depuis 2023, le projet bénéficie du label PCI de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Cette reconnaissance permet au musée de déployer une programmation sur trois ans, avec des moyens renforcés. L’ambition est désormais double : approfondir les activités proposées, tout en concevant des outils transférables.

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63En 2023-2024, une trentaine d’ateliers et sept événements ont été organisés et ont mobilisé environ 300 personnes au total. Nos liens avec le monde associatif se sont enrichis grâce à de nouveaux partenariats, notamment avec le centre de demandeur·euses d'asile de Rocourt, les asbl Revers, Cof, la Bobine et l'IHOES. Parallèlement, nous avons renforcé nos collaborations avec des partenaires établis tels que La Baraka, Step métiers et Cap Migrants.

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65La labellisation permet également de travailler sur le développement d’outils vidéo transférables, à visée réflexive. Trois axes thématiques, choisis en dialogue avec les participant·es, structurent cette production :

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  • La voiture dans l’imaginaire du migrant : objet de désir, symbole d’émancipation ou de réussite sociale ?

  • La pratique féminine du vélo : entre liberté, danger et contraintes culturelles.

  • Les trajets vers le travail : organisation quotidienne, contraintes, enjeux de genre et de statut.

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68Chacun de ces axes fera l’objet de films participatifs, mêlant documentaire et fiction. Ces productions, réalisées à la fois en Belgique et dans les pays d’origine, pourront être utilisées comme supports de discussion par d’autres associations.

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Conclusion

70Loin d’apporter des réponses toutes faites, le projet « Transports d’ici et d’ailleurs » explore, tâtonne, s’adapte. Il témoigne surtout d’une volonté sincère d’ouvrir les portes du musée à d’autres voix, d’autres récits, à créer du lien et faire du musée un espace de rencontre. Cette démarche ne va pas sans difficultés ni ajustements, mais elle repose sur une conviction : les musées ont un rôle à jouer dans la construction d’une société plus inclusive.

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72Débuté en 2021, le projet compte à son actif plus de 70 ateliers et 15 événements thématiques. Il a mobilisé 9 associations partenaires et touché plusieurs centaines de bénéficiaires. Les prochaines années verront se développer des outils transférables, afin de diffuser l’expérience au-delà des murs du musée.

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74À travers ses expérimentations et formats hybrides – podcast, visites comparatives, improvisations, films participatifs –, TIA illustre comment une structure modeste peut, à son échelle, cultiver le lien, l’écoute et l’ouverture. Ce type de démarche rappelle qu’un musée peut être bien plus qu’un lieu de savoir : un espace vivant, un lieu de rencontre et de dialogue pleinement ancré dans le monde qui l’entoure.

To cite this article

Lara Feguenne & Karim Aït-gacem, «Transports d’ici et d’ailleurs : un projet de médiation interculturelle au Musée des Transports», Les Cahiers de muséologie [En ligne], Numéro 5, Chronique muséale, p. 274-281 URL : http://bibli-cloud15.segi.ulg.ac.be/2406-7202/index.php?id=2011.

About: Lara Feguenne

Lara Feguenne est responsable du Service des publics et de la communication au Musée des Transports en commun de Wallonie. Elle conçoit et coordonne expositions, dispositifs de médiation, événements et partenariats, ainsi que la stratégie de communication. Diplômée en communication (IHECS, Bruxelles), Arts Administration (City, University, Londres) et Patrimoine culturel immatériel (ULiège – Unamur). Elle pilote « Transports d’ici et d’ailleurs » depuis 2021.

About: Karim Aït-gacem

Karim Aït-gacem est chargé de projet socioculturel et créateur sonore. Diplômé en histoire (Paris XIII), pratiques philosophiques et culture vidéoludique (ULiège), il coordonne et anime le projet Transports d’ici et d’ailleurs au Musée des Transports. Lauréat du Prix de la création sonore de la SCAM, il travaille en documentaire et fiction sonore, publie notamment dans Médor et mène des projets mêlant expression artistique, médiation culturelle et participation citoyenne en milieu associatif, scolaire et carcéral.