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Amours et désamours des musées liégeois. Esquisse d’une histoire du paysage muséal de Liège1

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2Comme l’indique le mot amateur – l’amateur d’art, celui qui aime l’art –, les musées et le patrimoine, c’est d’abord une question d’amour, ou plutôt d’un intérêt qui confine à l’amour, car la connaissance et l’intelligence n’y sont jamais étrangères. Mais on peut s’en déprendre, aussi. C’est alors le désamour. Á travers leur histoire, les musées de Liège illustrent ces amours irrégulières, infidèles, fluctuantes, alternant, trop souvent, les élans d’amour excessifs et le désintérêt profond.
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Un paysage changeant
4Le paysage muséal de la région de Liège a connu, depuis les premières décennies du XIXe siècle, un développement progressif qu’on peut qualifier de chaotique, ne s’organisant que très tardivement selon l’éventail d’institutions que nous connaissons aujourd’hui. Ceux qui fréquentent les musées, touristes comme visiteurs liégeois, découvrent avec plaisir le Grand Curtius, la Boverie, le Musée de la Vie wallonne, le Trésor de la cathédrale, mais aussi, dans un registre moins convenu, le Préhistomuseum2 à Ramioul, la Maison de la Métallurgie et de l’Industrie de Liège ou le Musée d’Herstal. Et l’aquarium universitaire, bien sûr.
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6Si on se transporte une trentaine d’années en arrière, au début des années 1990, ces mêmes visiteurs arpentaient les salles du Musée d’Art wallon à l’îlot Saint-Georges, du MAMAC – Musée d’Art moderne et d’Art contemporain dans le parc de la Boverie, des Musées d’archéologie et d’arts décoratifs – Curtius, Musée du Verre et Ansembourg –, du Musée de la Vie wallonne (à la Cour des Mineurs), du Musée d’Armes, du MARAM – Musée d’Art religieux et d’Art mosan, de l’aquarium et de quelques autres petits musées dont seul le souvenir subsiste. Quelle transformation en une génération à peine ! Et les changements ne portent pas seulement sur les dénominations, loin de là.
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8Reculons encore plus dans le temps, en 1955. Je vais m’appuyer, pour cette année-là, sur un guide touristique. Pas n’importe lequel : le fameux Guide bleu, publié par Hachette sous la direction de Francis Ambrière3. Le Guide bleu Belgique et Luxembourg de 1955, rédigé par André Rousseau, recense neuf musées à Liège4. Suivons-le, dans l’ordre du parcours, avec les précisions qu’il donne pour chacun :
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Le Musée des Beaux-Arts, Rue des Anglais (à côté de l’Académie) ;
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Le Trésor de la cathédrale et le Musée diocésain (accès par le cloître) ;
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L’Université, Place du Vingt-août, avec sa bibliothèque où peuvent se voir de nombreux manuscrits, tableaux, gravures, dessins et médailles, et un intéressant cabinet d’Histoire naturelle dont la section paléontologique est particulièrement riche ;
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Le Musée Grétry ;
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Le Palais des Beaux-Arts, à la Boverie, qui présente, « depuis peu, une très belle collection consacrée à l’art liégeois et, par extension, aux arts wallons » ;
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Le Musée d’Armes ;
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Le Musée Curtius, « somptueuse demeure que fit construire Jean Curtius, munitionnaire des armées espagnoles », qui renferme le Musée archéologique ;
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Le Musée de la Vie wallonne, au 136, rue Féronstrée, où peut se voir, entre autres raretés, la dynamo de Zénobe Gramme ;
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Le Musée d’Ansembourg, avec ses collections d’arts décoratifs liégeois du XVIIIe siècle.
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11Voilà ce que vous auriez pu visiter en fréquentant les musées de Liège en 1955. Le moins que l’on puisse dire est que le paysage muséal à Liège a bien changé durant ces septante ans – une vie d’homme. Quelle instabilité ! On est loin de ce qui peut s’observer ailleurs, en Belgique et dans les pays voisins, où l’univers muséal est beaucoup plus stable, confinant parfois à l’immobilisme. À Liège, la paralysie semble céder le pas à la frénésie du changement. On pourrait croire que ce sont les grandes rénovations du début du XXIe siècle qui donnent cette illusion de bouleversement. Ce n’est pas vraiment exact, comme le montre déjà la lecture du Guide bleu de 1955. Mais pour s’en convaincre tout à fait, il faut remonter davantage dans le temps. Et pour cette seconde exploration du passé muséal liégeois, plus de marche à rebours ; je suivrai la chronologie dans son ordre logique, en commençant au début du XIXe siècle.
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13J’ai divisé le développement du paysage muséal liégeois en trois périodes.
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Première période : 1800 – 1920 : La formation d’un paysage muséal
Des prémisses
151802-1812. Après la création à Paris du Muséum d’Histoire naturelle et du Muséum central des Arts – aujourd’hui Le Louvre – en 1793 (ouverture réelle en 1800), la République française décide, en 1802, d’implanter des musées dans les départements : quinze villes sont choisies, dont trois hors du territoire français actuel5. Parmi elles, Bruxelles. Un magistrat français, nommé à la Cour supérieure de justice à Liège, Louis-Pierre Saint-Martin (1753-1819), va multiplier les démarches pour obtenir la création d’un musée dans sa ville d’adoption6. Il achète même des œuvres, qu’il destine au futur musée espéré. En vain. Il meurt à Liège en 1819, sans avoir vu son rêve se réaliser.
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171816-1817. La seconde date à retenir dans notre parcours est celle de la fondation de l’Université de Liège. Pourquoi l’université ? Lorsque le roi Guillaume Ier crée un réseau d’établissements d’enseignement supérieur dans son jeune royaume, il s’inspire explicitement d’un modèle – qu’on qualifie aujourd’hui d’humboldien – proposé par le linguiste et homme politique prussien Wilhelm von Humboldt, qui crée sur cette base, à Berlin, l’université qui porte son nom aujourd’hui. Ce modèle fonde l’enseignement sur l’expérience pratique et la recherche, et prévoit la disponibilité de collections d’échantillons naturels et de documents historiques sur lesquels les professeurs peuvent appuyer leurs enseignements7. En créant l’université de Liège (c’est le cas à Gand également), Guillaume Ier offre des spécimens, des monnaies et des dessins extraits des collections royales pour initier le mouvement. Le décret de fondation8 prévoit qu’un professeur sera chargé d’accroître et de conserver les collections. Le premier, recruté par l’université dès 1835, est l’entomologiste Jean-Théodore Lacordaire9, qui sera recteur de l’université de 1857 à 1861. Sous sa direction, les collections naturalistes s’accroissent de façon exponentielle pour atteindre un total de 12.000 espèces à sa mort. C’est lui qui achète une importante collection de poissons tropicaux rassemblée par un explorateur professionnel français, le comte de Castelnau, dont l’université de Liège possède aussi les carnets de notes prises pendant ses expéditions en Afrique et en Amérique du Sud10.
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19Bien sûr, l’accès à ces collections est plutôt restreint ; limité en fait aux professeurs, chercheurs et étudiants, ainsi qu’aux naturalistes de passage. Il faut attendre la seconde moitié du XXe siècle pour qu’un large accès aux collections universitaires soit organisé. On y reviendra. Mais cette impulsion initiale, jamais démentie, fait que ce sont aujourd’hui les musées universitaires qui drainent le plus de visiteurs à Liège.
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De premiers « musées »
1836. Un Musée des Beaux-Arts
21Il faut bien choisir une date – 1836 – mais celle-ci s’inscrit dans une (pré-)histoire qui commence avec la création, en 1775, par le prince-évêque Velbruck, d’une Académie de peinture doublée d’une école de dessin, école qui renaît ensuite au sein de l’École centrale du régime français, puis sous la forme d’une Académie royale de dessin à partir de 182011.
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23Après l’indépendance de la Belgique, le premier bourgmestre de Liège, Louis Jamme, lui-même peintre amateur, obtient le maintien d’une école de dessin, transformée en Académie des beaux-arts – ce qui signifie qu’on y enseigne aussi la peinture et la sculpture – par décision du Conseil communal du 2 janvier 1835. La création de cette Académie12 s’accompagne du rassemblement d’œuvres pour servir de modèles aux élèves artistes. Le premier fonds est constitué de tableaux placés initialement à l’université et transférés, en 1831, à l’hôtel de ville, fonds bientôt enrichi des œuvres provenant des écoles de dessin précédentes13. Ces collections sont installées, provisoirement, dans l’église Saint-André désacralisée sur la Place du Marché, dès 1836. Retenons cette date comme point de départ de l’histoire, très mouvementée, du Musée des Beaux-Arts de Liège. L’Académie, elle, est installée en Féronstrée, dans l’ancien hospice Saint-Abraham. En 1860, le musée quitte la Place du Marché et vient s’installer non loin de l’Académie, dans l’ancienne Halle des drapiers, locaux qu’il quittera en 1903.
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25À cette date, en effet, un nouveau bâtiment a été construit Rue des Anglais, à proximité de la Place Saint-Lambert, pour abriter l’Académie et le Musée des Beaux-Arts, dont les collections, peu abondantes, dénotent un conservatisme marqué.
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27Mais il ne faut pas se leurrer. Pas plus que ses homologues universitaires, pas plus que le Musée d’archéologie qui se développe en parallèle, le musée de l’Académie n’ouvrait largement ses portes au public. Il rassemble avant tout des collections destinées aux étudiants de l’Académie et aux artistes.
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1850. L’Institut archéologique liégeois
29Le 4 avril 1850, quelques hommes animés du désir de « rechercher, rassembler et conserver les œuvres d’art et les monuments archéologiques que renferme la province » fondent l'Institut archéologique liégeois14. Un de leurs objectifs est l’ouverture à Liège d’un musée, « institution utile et patriotique qui permettra de raviver la science historique et pourra rendre aussi des services réels aux arts qui se nourrissent et s’inspirent de la tradition ; à l’industrie elle-même qui, à mesure que la civilisation avance, doit recevoir une impulsion de plus en plus vive de la science et des arts »15.
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31Il y a loin de la coupe aux lèvres et il faudra à ces fondateurs patienter plus d’un demi-siècle pour que ce désir de musée se réalise pleinement. Peut-être, justement, parce qu’il s’agit plus d’un désir que d’un véritable projet.
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33Durant ce demi-siècle, l’institut – l’IAL – est hébergé en différents lieux du Palais des Princes-évêques. Jamais rien de définitif, et jamais rien qui ressemble à des salles d’exposition. Le moment est peu propice : le palais est en travaux pour y aménager les locaux à l’usage des autorités provinciales. Paradoxe : l’architecte en charge des travaux, Jean Charles Delsaux, est lui-même membre de l’IAL et il en a été le premier « conservateur », de 1850 à 1855. Mais les nécessités sont telles qu’il ne peut se montrer trop accommodant à l’égard de ses collègues. Au reste, ces différents lieux provisoires constituent des « points de chute » plus que de véritables installations, malgré le nom de Musée provincial qui lui est donné. D’ailleurs, la collection n’est pas bien grande : lors du déménagement de 1868, 600 pièces seulement sont à transporter d’un coin à l’autre du palais.
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35En fait, personne n’en veut de ce musée. Lorsque le président de l’IAL, le baron d’Otreppe de Bouvette, qui quitte Liège, propose de faire don de sa collection personnelle à la Province, celle-ci la refuse, au motif des frais que cela va générer. Il envisage alors de la donner à la Ville, qui lui fait savoir qu’elle refusera également. Personne n’en veut de ce musée, pas même les membres de l’Institut, qui sait ? Peut-être sont-ils restés trop collectionneurs, pas assez motivés par le sens de l’intérêt général, au-delà des discours lénifiants, de circonstance, prononcés par les uns et les autres à l’occasion des inaugurations.
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37Finalement, en 1874, trois salles décemment aménagées, à défaut d’être très vastes, sont mises à disposition de l’IAL et de ses collections, dans l’aile sud de la seconde cour du palais, le long de la Rue Sainte-Ursule. L’inauguration solennelle a lieu le 12 octobre 1874. L’Institut y reste jusqu’en 1909, mais ces salles ne sont pas aménagées pour accueillir du public et, s’il faut parler de musée à leur propos, il s’agit plutôt d’un musée destiné aux membres de l’association et à leurs éventuels invités.
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39L’état d’esprit va radicalement changer dans la dernière décennie du siècle. C’est de la Ville que vient la solution, définitive. Dès 1896, les autorités communales décident de regrouper leurs propres collections et celles de l’Institut archéologique liégeois dans la Maison Curtius, emblématique bâtiment du début du XVIIe siècle, que la Ville acquiert en 1901. Des travaux de rénovation et d’aménagement sont entrepris, sous la direction de l’architecte de la Ville, Joseph Lausberg. Le Musée archéologique liégeois – c’est son nom – est inauguré le 1er août 1909. Une convention définit les responsabilités de chacun : l’organisation du musée et la conservation incombent à l’IAL, tandis que la Ville pourvoit aux charges de fonctionnement et de personnel. Un directeur est nommé par l’Autorité communale, sur proposition de l’Institut. Le premier est Jean Servais. De provincial, le musée est devenu communal. Je reviendrai ci-après sur le devenir du musée archéologique au cours des XXe et XXIe siècles, mais avant de le quitter provisoirement, il faut évoquer l’action d’un de ses principaux acteurs. Marcel De Puydt (1855-1940), anversois d’origine, a fait toute sa carrière de juriste à la Ville de Liège. Il est considéré comme le fondateur de « l’école liégeoise de préhistoire »16. Parmi ses nombreuses découvertes archéologiques, il faut citer l’emblématique Homme de Spy17. Président à deux reprises de l’Institut archéologique liégeois, il est celui qui a apporté une assise scientifique solide à la vénérable institution, à laquelle il fait don de son importante collection en 1920, avant de retourner à Anvers, où il meurt en 1940.
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41Le changement d’attitude de la Ville a peut-être été motivé par la création, en 1885, du Musée d’Armes, à quelques dizaines de mètres de la Maison Curtius, sur le quai de Maastricht. Par rapport aux deux exemples que je viens de détailler, la situation est ici limpide.
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1885. Le Musée d’Armes
43À l’entame des années 1880, un petit groupe d’armuriers liégeois forment le projet d’une exposition commune de leurs productions et, éventuellement, sa transformation ultérieure en musée permanent. Parmi eux, Pierre Joseph Lemille, fils d’un soldat de l’Empire, qui avait rassemblé une riche collection d’armes, anciennes et contemporaines18. Lemille décède en 1882 et cède en legs à la Ville sa collection d’armes ainsi que son habitation, l’hôtel de Hayme de Bomal, avec obligation pour la Ville d’en faire un musée d’armes. L’intention de Lemille est double. Il s’agit de rassembler des armes à feu portatives du monde entier, à des fins didactiques et commerciales pour les professionnels, et pour répondre à l’intérêt du public en général. On retrouve là la double finalité assignée au Kensington Museum (aujourd’hui Victoria & Albert Museum) à Londres dans les années 1850.
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45Le Musée d’Armes ouvre ses portes le 19 juillet 1885. Enrichi au fil des ans par des achats et des donations, il poursuit son développement et devient un des principaux musées du genre dans le monde, s’appuyant sur la florissante industrie armurière liégeoise19. La linéarité de son histoire contraste fortement avec ce qui s’observe pour les autres musées liégeois.
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47On retrouve une semblable stabilité pour le Musée d’Ansembourg, ouvert dès 1905 dans l’hôtel du même nom, qui rassemble les collections d’arts décoratifs du XVIIIe siècle de la Ville. À partir de 1923, sa direction scientifique est confiée à l’IAL.
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49Ces trois musées voisins – Curtius, Ansembourg, Armes – déterminent dès ce moment un « quartier des musées » le long de l’axe de Féronstrée. Un quatrième musée les rejoint bientôt.
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1913. Le Musée de la Vie wallonne
51L’idée d’un musée de folklore wallon remonte à 1891 suite à l’exposition Ethnographie congolaise présentée au Conservatoire de Liège20. Ce rapprochement est en lui-même significatif. Précédé d’un éphémère Musée du Vieux-Liège (1894), devancé par le musée ethnographique créé à Anvers par Max Elskamp (1903)21, le Musée de la Vie wallonne voit le jour en 1913 grâce à l’action inlassable de Joseph-Maurice Remouchamps, militant wallon « tendance unitariste »22. Le Congrès wallon tenu à Liège en 1905 avait encouragé l’idée de créer des « musées d’art populaire et régional » en Wallonie. Quatre ans plus tard, le professeur Doutrepont, de l’Université de Liège, publie un article-manifeste : « De l’utilité de créer un Musée de la Vie wallonne ». Enfin, le 18 mars 1913, les statuts du musée sont approuvés et ses promoteurs lancent aussitôt un appel au public pour rassembler objets et documents afin de constituer un premier fonds. Cela est à souligner : il n’existe pas, dans ce cas, de collections préalables. Le musée existe – sur papier – avant la collection.
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53Se pose aussitôt la question du bâtiment : où installer le nouveau musée ? Il trouve d’abord refuge dans les combles de la Maison Curtius, grâce à la collaboration active de l’IAL et de son conservateur, Jean Servais, en particulier23. Malgré l’inconfort des lieux, Joseph-Maurice Remouchamps et ses collègues développent les activités du musée dans une orientation scientifique, en particulier par la mise sur pied des Enquêtes24.
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55En 1925, le Musée de la Vie wallonne s’installe dans ses murs au 136 de Féronstrée. C’est là qu’est implanté, dès 1930, le premier théâtre de marionnettes, un des thèmes majeurs du musée25. L’installation en Féronstrée devait être provisoire, dans l’attente de l’aménagement de l’ancien hospice du Vertbois, mais elle s’éternisera jusqu’en 1970 ! C’est alors seulement que le musée s’installe définitivement là où nous le connaissons aujourd’hui, dans l’ancien couvent des Frères mineurs.
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1892. Le Musée diocésain
57Avant de clôturer cette première période, il me faut revenir un peu en arrière et dire un mot d’un musée qui se crée discrètement, à l’ombre de la cathédrale Saint-Paul. Celle-ci, héritière de la cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Lambert détruite à la révolution liégeoise, possède de longtemps des collections d’objets religieux, d’œuvres d’art et de pièces textiles dont les droits de propriété ne sont pas toujours clairs : chapitre, évêque, paroisses ? En 1892, à l’initiative de la Société d’Art et d’Histoire du Diocèse de Liège, est créé un musée diocésain qui, bien que logé dans les bâtiments annexes du cloître de la cathédrale, se distingue du Trésor proprement dit. Cette situation quelque peu ambigüe subsistera jusqu’à la création d’un musée d’art religieux par la Ville, le MARAM, en 1977. J’y reviendrai.
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Bilan provisoire
59Avec la Première Guerre mondiale s’achève ce qu’on pourrait appeler le premier temps des musées à Liège, celui de leurs fondations et de leurs développements initiaux, trop souvent chaotiques comme on l’a vu. Le manque d’intérêt des autorités, la précarité des installations dans des bâtiments inadaptés et, sans doute aussi la faiblesse du tissu culturel local face à l’attractivité de Bruxelles, autant de facteurs qui conduisent à un paysage muséal tardif et bancal qui ne suscite guère l’intérêt du public.
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61Un observateur neutre note, en 1876 :
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« Maintenant encore, il n’y a guère de ville plus indifférente que Liège aux séductions de la peinture. Le catalogue du musée porte qu’il sera ouvert au public tous les dimanches et jours de fête ; pendant longtemps, on s’est conformé à cet article du règlement : comme personne ne venait, il a fallu prendre le parti de verrouiller les salles toute l’année. Si le gardien n’en troublait par moments la solitude, les araignées y fileraient tranquillement la guipure de leurs toiles, les rats s’y ébattraient à leur guise, comme les maîtres du lieu. »26
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64C’est bien cette indifférence, me semble-t-il, le facteur déterminant du retard de Liège, et plus largement de la Wallonie, dans le développement de véritables musées destinés au public : l’absence d’une demande de la part de ce dernier. Il est révélateur que ce soit les musées de sciences et techniques qui se développent en premier, tandis que les institutions plus culturelles sont à la traîne27. Jules Destrée ne dit rien d’autre, en 1911, lorsqu’il dresse le bilan de l’exposition de Charleroi :
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« Une exposition d’art devait être particulièrement bienfaisante en un milieu tel que le nôtre. L’affirmation d’idéal qu’elle comporte était indispensable en cette région de Charleroi. Nous avons une classe ouvrière admirable de générosité et d’endurance au travail, mais ses distractions sont grossières et trop souvent l’alcool et le tapage en sont les principaux éléments. Nous avons une bourgeoisie industrieuse, habile et avisée, mais qui, à part de rares exceptions, est aussi pauvre au point de vue intellectuel ou esthétique que le plus pauvre des ouvriers »28.
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67Le constat est amer, d’autant que la prospérité économique de la région liégeoise est exceptionnelle à cette époque, comme le montre puissamment l’exposition universelle de 1905.
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Seconde période : 1930 à 1990 : Grandeurs et décadences
69L’Entre-deux-Guerres constitue un temps de stabilisation pour les musées liégeois, après les difficultés initiales. En particulier, l’époque des déménagements est révolue, du moins provisoirement. R.A.S. donc ? Pas tout à fait.
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1939. La vente de Lucerne
71Dès l’arrivée au pouvoir des Nazis, en 1933, les musées allemands font l’objet de purges pour éliminer des collections ce que le régime qualifie d’Art dégénéré – Entartete Kunst - ; en fait, principalement les œuvres des artistes juifs ou communistes, ou supposés tels29. Le devenir des pièces saisies est variable, de la destruction par autodafé à la revente. En juin 1939, une sélection de 125 tableaux et sculptures, jugés rentables c’est-à-dire susceptibles de rapporter beaucoup de devises, sont proposés aux enchères à la Galerie Fischer à Lucerne, en Suisse. Le critique d’art liégeois Jules Bosmant30 en informe l’échevin des beaux-arts, Auguste Buisseret, soulignant la valeur artistique des œuvres mises en vente et l’opportunité que cela offre pour le musée des Beaux-Arts d’enfin acquérir des pièces significatives d’art moderne. Jusqu’alors, en effet, le musée s’en est tenu à une politique d’acquisition frileuse et très conventionnelle. Buisseret se laisse convaincre et bientôt des fonds importants sont rassemblés grâce au mécénat d’industriels liégeois sollicités et à un subside exceptionnel octroyé par le ministre de l’Instruction publique, Jules Duesberg, ancien recteur de l’Université de Liège. La Ville apporte également une contribution importante31.
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73Une petite délégation de cinq personnes, conduite par l’échevin Buisseret, se rend à la vente et réussit à acheter neuf tableaux (sur les dix espérés) pour un montant largement inférieur aux moyens financiers rassemblés pour l’occasion : 126.000 francs suisses (l’équivalent de 545.000 €). Parmi ces œuvres se trouvent La Famille Soler, de Picasso, le Sorcier de Paul Gauguin, les Chevaux bleus de Franz Marc ou encore La Maison bleue, de Chagall.
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75Ces neufs tableaux comptent aujourd’hui parmi les pièces maîtresses des collections liégeoises. Une seconde vente en août, à Paris, permet à Auguste Buisseret d’acquérir neuf œuvres supplémentaires, de moindre importance32.
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77Des voix s’élèvent pour reprocher d’avoir, par ces achats, alimenté en devises le trésor nazi. Chacun se fait sa propre opinion sur ce point mais une chose est certaine : les membres de la délégation liégeoise ne sont pas suspects de sympathie envers le régime hitlérien. Bosmant sera actif dans la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, Buisseret sera arrêté dès juin 1940, Ochs sera prisonnier politique et exécuté en 1944.
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1952. Le Musée d’Art wallon
79Comme en écho des appels et des actions de Jules Destrée pour la défense et l’illustration des artistes wallons, notamment lors de la grande exposition de Charleroi de 191133, le Congrès wallon de Liège, en 1945, réclame la création d’un musée d’art wallon34. Les autorités communales donnent suite à cette idée. En 1949, l’idée d’un musée consacré à l’art wallon s’impose et on retire des cimaises du Musée des Beaux-Arts les œuvres des artistes d’origine wallonne, du XVIe au XXe siècle, de Lambert Lombard à Georges Collignon, pour former un Musée d’Art wallon qu’on installe dans le Palais des Beaux-Arts construit dans le parc de la Boverie pour l’exposition universelle de 1905. Le nouveau musée, inauguré en 1952, reste lié à l’ancien, avec une direction unique : « La production wallonne, dans ce qu’elle a de meilleur, exprime à l’évidence, une sensibilité bien particulière. Elle n’avait jamais eu l’occasion de se manifester aussi pleinement »35, affirme Jules Bosmant, tout à la fois conservateur du Musée de l’Art wallon et du Musée des Beaux-Arts, dans son discours inaugural.
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81Cette scission des collections en deux entités distinctes ne manque pas de susciter d’âpres controverses qui opposent les tenants d’un militantisme wallon et les partisans d’une histoire de l’art qu’on voudrait neutre, objective. Nombreux sont ceux qui estiment qu’un musée sert mieux les artistes wallons en exposant leurs œuvres avec celles des productions moins locales, en permettant la comparaison plutôt qu’en les isolant. Quarante ans plus tard, la querelle n’est pas encore éteinte, régulièrement ravivée par une exposition ou une publication, comme le montre un savoureux article du professeur Colman36.
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83La création du Musée d’Art wallon offre l’occasion d’une réorganisation des salles du musée de la Rue des Anglais pour y installer les œuvres acquises en 1939 à Lucerne et Paris. Cependant, cette partition constitue aussi le début du démantèlement du Musée des Beaux-Arts lui-même. A la fin des années 1970, un nouveau Musée d’Art wallon est construit par l’architecte Henri Bonhomme dans le complexe de la Cité administrative à l’ilot Saint-Georges, tandis que les collections modernes et contemporaines sont rassemblées, dans le bâtiment de la Boverie devenu vacant, en un Musée d’Art moderne et d’Art contemporain (MAMAC), inauguré en 1993, qui n’aurait pas été possible sans les achats de 1939 et la donation Graindorge37. Les collections restantes (art ancien flamand ou étranger) sont, elles, remisées en réserve.
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85En 1979, le bâtiment de la Rue des Anglais est démoli38 pour dégager l’espace nécessaire à la percée autoroutière qui conduit, depuis le carrefour de Fontainebleau, jusqu’à la Place Saint-Lambert. Exit le Musée des Beaux-Arts. Il renaîtra de ses cendres, ailleurs, une trentaine d’années plus tard.
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Le Musée d’Herstal
87En mars 1936 est constituée à Herstal une ASBL qui prend le nom de « Les Amis du musée herstalien »39. Elle affirme, par son nom, sa volonté de voir créer un musée consacré à l’histoire, l’art et l’archéologie de cette ville de la banlieue liégeoise. Il leur faudra de nombreuses années de patience avant de voir ce souhait se réaliser. Pourtant, les choses semblaient se présenter favorablement. La commune avait acquis, en 1930, un immeuble du XVIIe siècle, la Maison Lovinfosse, pour y établir un musée. C’est compter sans la guerre. Après plusieurs installations provisoires, c’est en 1970 seulement que le musée herstalien peut prendre définitivement possession de la Maison Lovinfosse et d’un bâtiment annexe et y exposer ses collections, fort variées, où, à côté de l’archéologie, la dimension industrielle occupe une belle place, passé – et présent – métallurgique local oblige40. Une grande exposition Herstal avant l’an mil, conçue sous la direction du professeur André Joris, inaugure cette installation.
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Le renouveau des musées universitaires
89L’élection de Marcel Dubuisson comme recteur en 1953 va provoquer un bouleversement en profondeur des musées de zoologie. Ce professeur de biologie, peu connu à l’origine41, se révèle un entrepreneur hors pair. Convaincu que l’université doit assumer une mission de diffusion des connaissances au-delà du public restreint des chercheurs et des étudiants, il lance le projet d’un grand complexe muséal, destiné au public le plus large, au Quai van Beneden, comprenant un aquarium en sous-sol de l’institut de zoologie et un muséum tout en haut du bâtiment sous une nouvelle toiture42. Muséum et aquarium sont inaugurés en 1962. Ils deviennent très vite, l’aquarium surtout, l’institution muséale la plus fréquentée de Liège. Cinq ans plus tard, Dubuisson organise, avec l’aide du FNRS, la première expédition scientifique à la Grande Barrière de Corail, dans le Pacifique, au large de l’Australie. L’extraordinaire succès scientifique de cette expédition se mesure notamment par la quantité gigantesque d’échantillons et de spécimens marins rapportés à Liège, où ils viennent enrichir les collections, les bassins et les vitrines du tout jeune aquarium-muséum.
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91Par ailleurs, en 1968, les collections artistiques et historiques de l’Université de Liège, conservées jusque-là par la Bibliothèque générale de l’institution – le Guide bleu de 1955 en faisait mention –, quittent le giron de celle-ci et bénéficient d’un statut autonome qui permet une gestion vraiment muséale des collections, en particulier par l’organisation d’expositions, sous le nom de Collections artistiques de l’Université de Liège, puis de Galerie Wittert en 1996 à l’occasion de leur installation dans des locaux plus spacieux, et aujourd’hui de Musée Wittert (depuis 2018), du nom d’un généreux donateur du début du XXe siècle43. Cependant, leur localisation au sein même du complexe de bâtiments universitaires les prive d’une bonne visibilité et leur accessibilité reste problématique, malgré la recherche de solutions pragmatiques.
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93L’installation, à partir de 1967, d’un nombre grandissant de facultés sur un nouveau campus décentré dans les bois du Sart Tilman, offre une opportunité pour un nouveau musée, qui sera un musée de sculptures contemporaines en plein air. La création du Musée en plein air, sous l’impulsion du professeur Philippe Minguet, remonte aux origines mêmes du campus44. La première œuvre – le « Mur de pierre d’âge viséen » de Pierre Culot – est inaugurée en 1967, en même temps que le campus. Une collaboration avec le Ministère de la Communauté française pour la création et l’intégration d’œuvres d’art sur le campus universitaire aboutit dix ans plus tard, en 1977, à la création d’une asbl « Musée en plein air du Sart Tilman ». L’université est chargée de la gestion de la collection et du musée, tandis que la Communauté française finance l’achat des œuvres. Celles-ci offrent la particularité d’être conçues en fonction du lieu où elles doivent être installées. Il s’agit de commandes à des artistes wallons et bruxellois45, le musée ayant vocation d’encouragement à la création contemporaine. Le musée compte aujourd’hui plus d’une centaine d’œuvres, dispersées sur l’ensemble du campus, que le promeneur peut découvrir au détour du chemin.
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Des musées de l’industrie
95On ne saurait trop souligner l’importance de l’industrie dans la culture régionale, que l’on s’intéresse aux milieux populaires ou bourgeois. Il n’est pas étonnant dès lors que ce pan des activités humaines occupe une place remarquable dans les musées locaux. C’est le cas au Musée de la Vie wallonne, qui est davantage urbain et industriel que rural, au contraire de ses homologues français, le Museon Arlaten ou le Musée Alsacien de Strasbourg, par exemple, ou allemands, les Heimatmuseum.
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97Ce trait culturel se manifeste aussi par la création à Liège d’un musée spécifique au nom explicite, le Musée du Fer et du Charbon. Deux cadres d’entreprises métallurgiques rassemblent, dans les années 1950, des collections relatives à leur secteur professionnel : Léon Willem à Espérance-Longdoz et René Évrard à la Compagnie des Conduites d’eau. À la mort d’Évrard, l’entreprise cède la collection rassemblée par ce dernier à la société Espérance-Longdoz, au début des années 1960. Cela permet à Léon Willem de créer le Musée du Fer et du Charbon, dans l’ancienne usine Dothée, un bâtiment de 1845 appartenant à l’entreprise, en plein cœur de Liège. La pièce maîtresse du musée, c’est le haut fourneau de Gonrieux, datant de 1693, démonté de son emplacement d’origine dans le Hainaut et remonté à Liège, à l’intérieur du musée, en 1959-6046. Pour prestigieux qu’il soit, ce monument ne doit pas cacher le reste de la riche collection, qui comprend notamment le modèle n° 2 de la dynamo de Zénobe Gramme.
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99En 1973, Cockerill-Sambre absorbe Espérance-Longdoz et devient propriétaire du musée et de ses collections. Trois ans plus tard, Cockerill-Sambre, en difficultés financières, cède l’ensemble du musée, biens meubles et immeubles, à la Ville de Liège, qui confie la gestion au Musée de la Vie wallonne. Mais cet « hôpital venu au secours de la charité » ne résiste pas longtemps et, en 1990, la Ville jette l’éponge. Le musée est repris par une association fondée par cinq membres institutionnels : deux entreprises privées – Cockerill-Sambre et la Vieille Montagne –, deux partenaires publics – la Ville et l’Université de Liège – et la Fondation d’Utilité publique Musée de la Vie wallonne. Les bâtiments restent propriétés de la Ville et sont concédés par emphytéose à l’ASBL. Cette restructuration s’accompagne peu après d’un changement de nom. Dès 1980, le musée s’intitule Maison de la Métallurgie de Liège, transformé quelques mois plus tard en Maison de la Métallurgie et de l’Industrie de Liège47.
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101Outre l’abandon du mot musée au profit de maison, jugé moins rebutant (sic), le passage de Musée du Fer et du Charbon à Maison de la Métallurgie et de l’Industrie témoigne d’une réorientation du propos liée à une décision peu commune, qu’il convient de souligner. Lors de la création de Blégny-mine en 198048, les deux institutions s’accordent sur une répartition des thématiques : le charbon à Blégny, la métallurgie à Liège, en vertu de quoi le musée met en dépôt chez son partenaire ses collections relatives à l’industrie charbonnière. Cet esprit collaboratif se manifeste à nouveau quelques années plus tard, en 2013, lorsque la MMIL renonce à exploiter la thématique de l’industrie digitale et prête à long terme au NamIP49 sa collection relative à ce thème, y compris la fameuse Machine d’Hollerith, que lui avait cédée la firme IBM50. Malgré ces amputations volontaires, la MMIL reste un des principaux musées industriels de Belgique et gère une collection exceptionnellement riche.
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103À mi-chemin entre industrie et art, la production verrière occupe une place de choix en Wallonie et singulièrement en région liégeoise où les cristalleries du Val-Saint-Lambert jouissent d’une renommée internationale depuis deux siècles. La collection verrière rassemblée par Armand Barr, à la suite de son père Alfred, est à la base de la création du Musée du Verre. À son décès en 1942, sa collection est riche de plus de 2400 pièces, issues de divers pays. La production liégeoise y occupe une place de choix. Dépositaire de la collection depuis 1946, la Ville l’achète six ans plus tard et constitue un important département du verre au sein du Musée archéologique liégeois, département qui acquiert son autonomie en 1959 pour former le Musée du Verre. Sous l’impulsion de Joseph Philippe, directeur des Musées d’Archéologie et des Arts décoratifs, la collection verrière s’accroit fortement pour atteindre aujourd’hui un total de plus de 10 000 pièces, l’une des plus prestigieuses du monde.
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105Pour clore cette deuxième période, il me faut évoquer un épisode dramatique qui aurait pu engendrer des dommages de premier ordre aux collections communales, singulièrement celles du Musée d’Art moderne et d’Art contemporain. Heureusement, celles-ci ont échappé au pire mais la réputation de la Ville sur le plan patrimonial s’en est trouvée très affectée.
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1989. L’affaire Picasso
107Les années 1980 constituent une période de crise profonde pour la Ville de Liège, au bord de la faillite, suscitant les pires inquiétudes pour le personnel communal et, forcément, un climat social agité. Le personnel des musées n’est pas épargné : les agents, notamment les conservateurs, non statutaires (contractuels) sont licenciés. Seul un petit nombre sont repris sous statut précaire, dans le cadre des programmes gouvernementaux de mise au travail des chômeurs.
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109La Ville se débarrasse de deux musées. Celui de la Vie wallonne est repris par la Province. Le Musée du Fer et du Charbon, rebaptisé Maison de la Métallurgie et de l’Industrie de Liège, est pris en charge par une ASBL, on l’a vu.
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111Dans ce climat délétère, une nouvelle va faire l’effet d’une bombe : la Ville s’apprêterait à vendre le tableau de Picasso La famille Soler, acheté lors de la vente de Lucerne et considéré comme le plus « bankable » des collections. Le conditionnel est de rigueur : les autorités communales démentent, dans un premier temps. On apprend bientôt que l’œuvre a été expertisée chez Sotheby et vaudrait un milliard de francs51. La réprobation est quasi unanime. L’opposition à la vente se mobilise ; un colloque « Musées à vendre ? » est organisé à l’université de Liège par Pierre-Yves Kairis52.
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113Finalement, la vente ne se fait pas. La Ville a trouvé d’autres moyens – essentiellement régionaux – pour restructurer sa dette.
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115Parmi les pistes proposées par les opposants à la vente pour sauver le secteur muséal, un groupe d’universitaires militent pour le regroupement de toutes les collections communales en un seul grand musée, que certains verraient bien occuper le palais des princes-évêques, en voie d’être abandonné par la justice53. Serait-ce cette vision prémonitoire qui aurait inspiré les grandes restructurations des musées communaux durant les décennies suivantes, qu’il faut aborder maintenant ?
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Troisième période : de 1990 à 2016 : Renouveau et redéploiement
117La seconde période s’est achevée dans une atmosphère crépusculaire pour le paysage muséal liégeois. Heureusement, la troisième, la plus courte de mon séquençage, est marquée par un renouveau sans précédent qui voit la création de nouveaux musées, certains ex nihilo, d’autres par le regroupement d’institutions préexistantes, dans une perspective d’aggiornamento, de mise à niveau par rapport aux standards européens. Le public trouve enfin une place dans les préoccupations des musées liégeois. Ceux-ci ne négligent pas pour autant la gestion des collections, qui se trouvent mieux conservées, mieux inventoriées, mieux étudiées et mieux exposées que par le passé.
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119Cette évolution positive, en projet dès le milieu des années 1990, se voit renforcée par la nouvelle législation sur les musées54 et son système de classification-reconnaissance où les musées liégeois se taillent la part du lion.
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121Cette période très récente – trop récente, diraient certains – est difficile à aborder pour moi. Plusieurs des acteurs sont encore actifs à Liège. Moi-même, j’ai été partie prenante, à des titres divers, de la plupart des opérations muséales mentionnées. Difficile dans ces conditions de prendre la distance nécessaire et de garder une certaine objectivité. Il serait cependant frustrant et, d’une certaine façon, inélégant de s’arrêter à ce point de la narration, de rester sur une période marquée d’événements dramatiques négatifs, alors que l’on connaît le renouveau qui suit. J’ai donc fait le choix d’aller jusqu’au bout du récit, jusqu’en 2016, jusqu’à l’aboutissement du projet Boverie et l’ouverture du Préhistomuseum. Ce dernier est l’aboutissement d’un projet plus ancien et il convient d’en parler en ouverture de cette troisième période.
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Des musées nouveaux
Depuis 1985, la Préhistoire à Flémalle
123La société savante Les Chercheurs de la Wallonie, fondée en 1907, s’est consacrée, au long de son siècle d’existence, à l’archéologie et la spéléologie, en particulier par des fouilles et des observations concernant la biologie en milieu karstique. Elle a constitué une très riche collection, qui n’était guère valorisée auprès du public jusqu’en 1985. Le petit musée qu’elle entretenait, situé à Ramioul (Flémalle) était avant tout destiné aux membres de l’association et aux chercheurs qui en faisaient la demande55.
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125Le projet de rénover ce musée et de l’ouvrir au public a trouvé une oreille attentive de la part d’André Cools, bourgmestre de Flémalle, qui a su mobiliser la Communauté française, en la personne d’André Marchal, et le Service de Préhistoire de l’université de Liège56, pour concevoir un musée moderne à vocation didactique, le Musée de la Préhistoire en Wallonie, inauguré en 1985, dans un bâtiment communal entièrement rénové et agrandi.
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127Quelques années plus tard, c’est l’engagement de Fernand Collin qui lui donne une orientation nouvelle et totalement originale, fondée sur le concept « Viens vivre la Préhistoire », grâce à des animations spécifiques. Le Préhistosite était né (1994). Cette approche originale, conçue à Ramioul, a aujourd’hui fait école, en Belgique et dans les pays voisins57.
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129Le public était alors essentiellement constitué de groupes scolaires (plus de 85%). Pour rééquilibrer la fréquentation, plusieurs phases de transformation ont été mises en œuvre, avant une rénovation complète, accompagnée d’un changement de nom : le Préhistomuseum ouvre ses portes en octobre 2016, dans un bâtiment neuf, bardé d’acier Corten, conçu par l’architecte Gil Honoré, qui a subtilement intégré l’ancien bâtiment dans le bardage.
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131Grâce à des activités et des animations orientées vers les familles et à une politique d’expositions temporaires plus volontaristes – on se souvient de Lascaux, où les visiteurs découvraient une restitution 3D de la grotte en réalité virtuelle – le public individuel et familial est aujourd’hui légèrement dominant.
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1991. La Maison de la Science
133L’éventail des musées universitaires va encore s’enrichir d’un nouvel acteur en 1991. Mais la création de la Maison de la Science a été précédée de plusieurs expositions préfiguratives thématiques tout au long des années 198058. Pilotée par Roger Moreau, c’est du modèle parisien du Palais de la Découverte que la Maison liégeoise s’inspire. Les démonstrations réelles, réalisées par les animateurs du musée devant les visiteurs, doivent faire appréhender les sciences de façon moins statique, plus vivante que les expositions traditionnelles sous vitrines. C’est le credo du Palais de la Découverte à Paris59, créé en 1937 par le physicien français Jean Perrin, Prix Nobel 1926 et secrétaire d’État à la Recherche dans le gouvernement du Front populaire. C’est aussi celui de son homologue liégeois des bords de Meuse. Plus récemment, elle s’est dotée d’un planétarium numérique, cinéma géodésique de six mètres de diamètre.
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135S’adressant prioritairement, mais pas exclusivement, aux groupes scolaires, la Maison de la Science attire de 50 à 60 000 visiteurs chaque année et constitue, avec l’Aquarium-Muséum voisin, un ensemble muséal consacré aux sciences particulièrement attractif.
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Le Madmusée
137Un musée d’art atypique voit également le jour dans les années 1990 dans le parc d’Avroy, en plein cœur de Liège. Le MADmusée est le fruit des activités du Créham, Créativité et handicap mental, un centre créé par Luc Boulangé en 197960. À partir de 1992, une collection d’œuvres (peintures, sculptures, dessins, textiles…) se met en place, alimentée par des dons et legs du Créham mais aussi d’autres institutions similaires. En 1998, le musée ouvre ses portes dans l’ancien Trinkhall, grâce à la collaboration de la Ville de Liège61. Par la suite, les lieux bénéficient d’une rénovation radicale (2014-2020), qui s’accompagne du changement complet de l’équipe dans un contexte conflictuel, et finalement d’un changement de nom (Trinkhall museum).
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Le Trésor de la cathédrale et l’Archéoforum
139En tant que trésor religieux, l’institution existe depuis fort longtemps, bien avant l’apparition des musées. Nous l’avons vu coexister avec le Musée diocésain, dans les bâtiments autour du cloitre de la cathédrale Saint-Paul. Dans les années 1990, le Trésor bénéficie de financements régionaux qui permettent à Philippe George, son dynamique conservateur, de concevoir un véritable musée où les objets religieux, les chefs-d’œuvre d’orfèvrerie, les tableaux, les tissus orientaux etc. sont mis en scène pour raconter une histoire, celle de l’évêché et de la principauté de Liège62. Tout récemment, une rénovation en profondeur de la scénographie en a encore accru l’attractivité.
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141C’est dans les années 1990 également qu’est finalisée, sous le nom d’Archéoforum, la mise en valeur des vestiges découverts lors des grandes fouilles de la Place Saint-Lambert, au centre de Liège. La visite permet de plonger, littéralement, au cœur de l’histoire de la cité. Conservés à peu près63 in situ sous une dalle de béton, les traces de plusieurs occupations préhistoriques, d’une villa romaine et des édifices successifs du Haut-Moyen-Âge à la cathédrale gothique64 nécessitent cependant un accompagnement médiatique spécifique pour être compréhensibles par le grand public. Cette médiation se fait en collaboration avec le Trésor de la cathédrale, unissant ainsi l’ancien et le nouveau siège épiscopal liégeois.
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Les grands projets du XXIe siècle
143J’ai annoncé ci-dessus que, dès les années 1990, des réflexions sont menées au sein des autorités communales pour une réorganisation des musées et des collections appartenant à la Ville. C’est notamment la conséquence des controverses autour de la vente envisagée du Picasso mais aussi du démantèlement de l’ancien Musée des Beaux-Arts. Pourtant, ce n’est pas un musée communal qui va, le premier, bénéficier d’une rénovation complète mais bien une institution provinciale, le Musée de la Vie wallonne.
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2008. La rénovation du Musée de la Vie wallonne
145Passé sous gestion provinciale en 1989 suite à la crise financière de la Ville65, le Musée de la Vie wallonne a bénéficié, dix ans plus tard, d’une rénovation en profondeur qui a porté sur tous les aspects de la vie d’une institution muséale. Dans un premier temps, un chantier des collections a permis de reprendre la totalité des cents mille objets conservés et de les transporter dans de nouvelles réserves externalisées à Ans, préalable indispensable aux travaux de rénovation complète des bâtiments de la cour des Mineurs et celle de l’église Saint-Antoine désacralisée, désormais intégrée au projet. Celle-ci est devenue une grande salle d’exposition temporaire. La restauration de bâtiments historiques classés et leur adaptation aux exigences actuelles, en particulier au fonctionnement d’un musée au XXIe siècle, est toujours chargé de grandes difficultés et le chantier du MVW n’a pas échappé à la règle. Le résultat est cependant très satisfaisant, de mon point de vue, malgré les contraintes.
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147Pour la première fois sans doute à Liège, la transformation du musée est pilotée avec l’appui d’un Comité scientifique où se retrouvent des conservateurs du musée, des responsables provinciaux et des personnalités scientifiques extérieures, venus notamment de l’Université de Liège. J’en étais.
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149Sans perdre sa pertinence en termes de folklore, ni ignorer l’importance de la riche collection détenue, le nouveau parcours se veut davantage musée de société, où l’accent est mis en premier sur le visiteur. Dans cette logique, il rompt avec la vision passéiste de l’ancien musée et pousse le discours – et la collecte d’objets, matériels et immatériels – jusqu’au temps présent66.
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151Le musée rénové est inauguré le 12 septembre 2008 et rencontre, depuis lors, un succès de fréquentation remarquable, grâce à une politique d’expositions temporaires attractives, portant sur des enjeux de société actuels.
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1995 – 2009. Le projet Grand Curtius
153Au début des années 1990, les autorités communales réfléchissent à un projet de regroupement des musées communaux en un ou deux ensembles plus vastes susceptibles, à la fois, d’attirer davantage de public et de générer des économies d’échelle. Un comité scientifique est mis en place, qui réunit collaborateurs internes et membres externes. J’en ai fait partie. Son fonctionnement s’avère peu efficace, au point qu’on finit par oublier son existence. Le déroulement de ce projet d’importance majeure, tant par l’ampleur des musées concernés que par son coût, est révélateur de la difficulté pour l’administration municipale de gérer des dossiers aussi lourds. Cela mérite qu’on s’y attarde67.
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155En 1995, la décision est prise de réaliser l’EMAHL, Ensemble Muséal D’Art et d’Histoire de Liège, dans un vaste quadrilatère incluant plusieurs bâtiments anciens, dont l’hôtel de Hayme de Bomal, où se situait le Musée d’Armes, et la Maison Curtius, entre Féronstrée et quai de Maastricht. L’architecte Jean-Marc Huygen est chargé d’une étude préalable devant conduire à un schéma directeur. La Ville délègue la maîtrise d’ouvrage à la SPI+. En novembre 1995, le projet architectural est attribué à un consortium dirigé par le bureau parisien Repérages68 (Adeline Rispal), associé aux architectes belges Blondel et Vanden Eynde. Cette équipe présente un avant-projet, qui prévoit un grand parcours linéaire et chronologique sur lequel viennent se greffer des expansions verticales pour exposer plus largement les collections phares comme les armes (au palais Curtius) et le verre (à Hayme de Bomal). Un cube de verre sur trois étages prend place au cœur du quadrilatère pour distribuer les circulations, point névralgique dans ce genre d’ensemble vaste et disparate. Cette proposition paraît très convaincante et elle est ardemment défendue par certains. Mais l’implantation de cette structure contemporaine suscite l’opposition virulente de certaines personnes et associations, d’autant que le projet prévoit la démolition d’une partie d’un bâtiment classé, en mauvais état. Des recours contre le permis de bâtir sont introduits. S’en suit une longue bataille juridique durant laquelle le chantier est plusieurs fois entamé puis arrêté. Repérages et ses associés vont eux-mêmes en justice contre la Ville et la SPI+ qui ont décidé, contraintes et forcées, d’abandonner leur projet. Finalement, le litige se conclut par une importante indemnité pour rupture de contrat en faveur du consortium d’architectes.
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157À partir de 2001, les travaux de restauration des bâtiments classés (Curtius et Hayme de Bomal) reprennent heureusement, sous la responsabilité de deux bureaux d’architectes (Satin - Lesage et p.HD).
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159Par ailleurs, après appel d’offres pour l’aménagement général du musée, un nouveau marché est attribué (janvier 2002) à un groupe français, Caffé (Christian Menu). Les propositions de ce concepteur sont disproportionnées par rapport au budget estimé et provoquent un nouveau litige, qui finit lui aussi devant les tribunaux. Sans attendre le jugement, la SPI+ confie, en 2005, la finalisation du projet – reprise et réorganisation de l’architecture, plus muséographie, en contrat « pour compte » – à l’association momentanée Cabinet p.HD (Paul Hautecler) – Jean-Marc Huygen, qui conduit enfin le chantier à son terme, en novembre 2008.
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161Au printemps 2008, quelques mois seulement avant l’ouverture programmée du musée, survient un nouveau rebondissement, qui oblige les concepteurs du musée à une refonte partielle du parcours. En donnant une collection d’horloges parisiennes de la transition XVIIIe – XIXe siècle à la Ville et en exigeant qu’elle soit exposée dans le nouveau musée, le baron et la baronne Duesberg ne rendent pas un grand service aux musées liégeois, malgré l’apparente générosité du geste69. Outre le fait que les conditions imposées par les donateurs et acceptées par le Conseil communal sont déontologiquement inacceptables, en dépit de l’incongruité de ces horloges parisiennes dans un musée consacré à l’art et l’histoire du Pays de Liège, la restructuration du parcours « XVIIIe » conduit à renvoyer en réserves les objets sélectionnés pour ces espaces, faisant l’impasse sur une des périodes fastes de l’histoire de l’ancienne principauté et de ses productions artistiques.
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163Durant ces années, l’équipe des conservateurs, sous la direction de Claude Gaier, directeur du Musée d’Armes, a conduit un vaste chantier des collections des cinq musées destinés à fusionner : Musées d’archéologie et d’arts décoratifs, Verre, Armes, Musée d’Art Religieux et d’Art Mosan et Ansembourg70. Non sans mal, ils trouvent un accord sur les pièces à exposer, chacun voulant « sauver » un maximum d’objets de « son » ancien musée.
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165Le musée, rebaptisé Grand Curtius, ouvre ses portes le 6 mars 2009. Il est, dans l’ensemble, très bien accueilli malgré, ou en raison, des difficultés de sa gestation. Cependant, des incohérences et des disfonctionnements apparaissent à l’usage, dont une mauvaise gestion des circulations et le sous-dimensionnement de certains équipements. Depuis son ouverture, il n’a cessé d’évoluer, avec, notamment, un redéploiement plus important des collections Verres et Armes.
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167Au total, le Grand Curtius aura coûté pas loin de 48 millions d’euros, financé essentiellement par les Fonds Européens de Développement Régional (FEDER), la Région wallonne, la Ville et la Fédération Wallonie-Bruxelles.
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2016. Le projet Boverie
169Apparemment pas échaudée par les difficultés pour faire aboutir ce premier grand projet, la Ville se lance derechef dans une nouvelle opération d’envergure. Son origine, bien éloignée des musées liégeois, mérite d’être évoquée car la Ville s’est quelque peu vue forcer la main.
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171Un fonds important d’archives de l’entreprise Cockerill se trouvait, depuis 1945, en URSS qui les avaient emportées de Berlin où l’Allemagne les conservait depuis la Première Guerre mondiale. Lors des négociations à Moscou pour leur récupération, Bernard Serein, PDG de CMI (aujourd’hui John Cockerill S.A.), se trouve à discuter de la possibilité d’établir à Liège, dans le Palais des Beaux-Arts au parc de la Boverie, occupé alors par le MAMAC, une antenne du Musée de l’Hermitage de Saint-Pétersbourg. Mise en concurrence avec d’autres ville, Liège échoue finalement et l’Hermitage s’installe à Amsterdam.
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173Une autre idée émerge alors, celle d’établir à la Boverie un centre d’expositions à ambition internationale, le CIAC71, comme il en existe à Paris (Grand Palais), à Amsterdam (Nieuwe Kerk) ou encore à Bonn. L’objectif est évidemment de drainer vers Liège un nombre important de visiteurs – touristes mais un tel centre apporterait aussi une solution au manque de lieu adéquat pour les expositions temporaires des musées de la Ville. Un consultant (Roger Dehaibe) se voit confier une étude de faisabilité, puis un cabinet danois est chargé d’une analyse plus approfondie, fondée sur des comparaisons internationales. Ces spécialistes concluent notamment que les expositions ne peuvent pas se limiter au domaine de l’art contemporain, à l’audience trop limitée – ce que préconisaient certains – si ce centre veut drainer un vaste public. La barre est placée très haut : la Ville attend que le fonctionnement de ce nouvel outil culturel soit autofinancé, ce qui implique une fréquentation de 400 à 600.000 visiteurs par an ! Le coût du projet est estimé à 40 millions d’euros, à financer dans le cadre d’un partenariat public/privé. Les pouvoirs publics, Ville et FEDER, apporteraient 25 millions tandis qu’un consortium d’entreprises réunies autour de l’assureur liégeois Ethias s’engage à hauteur de 15 millions. Un dossier est introduit au FEDER sur ces bases. Il reçoit une réponse positive.
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175Mais la crise financière de 2008 survient et Ethias est entrainée dans la tourmente. Elle échappe de peu à la faillite. Les millions promis s’envolent et l’ambition du projet doit être revue à la baisse et se limiter aux 25 millions de financement public.
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177Entretemps, le concours d’architecture a été lancé et c’est l’architecte vedette Rudi Ricciotti72, associé au liégeois Paul Hautecler, qui l’emportent, sur la base d’un projet fort séduisant… qui doit bientôt être rogné pour la raison évoquée. Après quelques atermoiements, le chantier peut commencer.
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179Dans ce dossier, la Ville fait preuve d’une certaine inconstance. Trois exemples.
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Elle veut confier la gestion du centre d’exposition à une entreprise privée mais les dossiers soumis, à deux reprises73, par les deux seuls candidats ne sont pas satisfaisants, malgré la générosité du subside annuel annoncé de la Ville, qui décide finalement de conserver la maitrise de la gestion.
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Alors qu’il s’agit d’un centre d’exposition, comme l’a recommandé le consultant danois et comme le détaille le projet approuvé par le FEDER, la Ville décide soudain, en cours de chantier, d’installer, à l’étage inférieur (demi-sous-sol) du bâtiment, le BAL – le musée des Beaux-Arts recréé en 2011 dans les salles du musée d’Art wallon – malgré l’exiguïté des lieux, amputant d’autant les espaces pour le centre d’exposition.
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La Ville conclut un accord avec le Musée du Louvre pour la production d’expositions d’art. Partenariat prestigieux qui peut attirer des visiteurs en nombre et rassurer le public sur la valeur de ce centre d’exposition. Mais lors de la signature de l’acte, pour laquelle le Président-Directeur du Musée parisien s’est déplacé jusqu’à Liège, la Ville ajoute une tâche supplémentaire dans le cahier des charges du partenariat : le Louvre devra se charger également de la muséographie – scénographie de la collection permanente, ce qui n’était pas du tout prévu, ni budgété dans la rémunération des services prodigués par l’institution parisienne. D’où surcoût, cela va de soi.
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181Le chantier est cependant conduit à bon port et la Boverie – c’est le nom finalement retenu pour désigner ce centre – peut ouvrir ses portes, en mai 2016, avec une grande et belle exposition made in Louvre sur le paysage (« En plein air »).
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183Comment expliquer ce revirement spectaculaire de la politique muséale de la Ville ? Comment expliquer que l’on passe, en deux décennies, de la quasi faillite de la Ville, avec en corollaire le projet de vente de chefs d’œuvre des collections, à ces deux réalisations ambitieuses, et onéreuses ?
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185Il faut y voir en premier lieu le reflet d’une volonté politique. Le Bourgmestre Demeyer a placé la culture au centre de sa politique communale. Il l’a affirmé à plusieurs reprises, dès son entrée en fonction en 200174. Les musées ont occupé une place prépondérante dans cette politique culturelle. Mais la volonté politique ne suffit pas. C’est aussi la disponibilité des fonds européens FEDER qui a permis ces grands projets, par un effet d’aubaine décisif. A l’inverse, la faiblesse de l’appareil administratif et une certaine incapacité à gérer des projets exceptionnels expliquent les difficultés rencontrées.
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Conclusions
187Rappelons les faits, en synthèse.
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189À l’issue d’une gestation balbutiante, un premier ensemble de musées est en place à l’aube du XXe siècle. Une petite dizaine d’institutions dessinent alors un paysage large, des beaux-arts à l’industrie, en passant par l’archéologie, la science (universitaire) et la vie populaire.
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191La deuxième période constitue une phase de consolidation et de redéploiement pour certains, comme les musées universitaires, par exemple, ou de démembrement, pour le musée des Beaux-Arts. La crise financière communale, dans les années 1980, laisse craindre le pire.
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193Mais après avoir touché le fond, la Ville rebondit et la restructuration de ses musées est porteuse d’une mise à niveau par rapport aux standards internationaux qui redessine positivement le paysage muséal, où la présence très efficace d’autres acteurs : Province, université, associations, doit être soulignée.
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195Pour terminer, je voudrais m’arrêter quelques instants sur un ensemble d’événements muséaux qui ont connu un grand succès et attiré un large public à la fin des années 1960 et dans la décennie suivante. Je veux parler d’une série de grandes expositions de portée internationale, lancée par le professeur Jean Lejeune, historien, alors échevin des travaux publics et des musées et Président du Grand Liège, et continuées par son successeur à l’échevinat Georges Goldine. Elles ont permis de parcourir un millénaire d’histoire liégeoise, en établissant un état de la question, sur le plan scientifique, pour la période concernée. Chaque exposition était accompagnée d’un volumineux catalogue :
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Liège et Bourgogne en 1968 ;
-
Rhin – Meuse. Arts et civilisation en 1972 ;
-
Le siècle de Louis XIV en Pays de Liège, en 1975 ;
-
Le siècle des Lumières en Principauté de Liège, en 1980.
197
198Ce furent de grandes et belles expositions. Vingt ans plus tard, l’exposition Vers la Modernité. Le XIXe siècle au Pays de Liège renouait avec cette tradition, en 2001, dans le même esprit de collaboration entre la Ville et l’Université.
199
200Malheureusement, ces expositions n’ont pas engendré, pour les musées, les effets positifs qu’on pouvait espérer75. À la fin de son avant-propos dans le catalogue de Liège et Bourgogne, Jean Lejeune exprime sa gratitude à l’égard de la Ville, qui a dégagé les moyens nécessaires pour que « soient réunis et présentés comme il convenait les témoignages d’un siècle qui prendront place, un jour, dans un musée qui fait encore défaut à Liège et que nous projetons de consacrer à l’Histoire de Liège et de son pays à travers les siècles »76.
201
202Ce projet resta lettres mortes. Le Grand Curtius aurait pu être ce musée. Je ne suis pas sûr que Jean Lejeune en aurait été pleinement satisfait.
203
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Notes
1 Ce texte a pour origine une conférence donnée à Liège en avril 2024, dans le cadre des Conférences sur l’histoire de Liège organisées par l’asbl Les Grandes Conférences liégeoises. Il reprend, pour l’essentiel, la structure et le déroulé de la présentation orale, mais dans une forme plus rédigée. J’y ai ajouté l’apparat critique indispensable. Qu’il me soit permis de remercier les organisateurs, et en particulier le pro-recteur Arthur Bodson, de m’avoir incité, par leur invitation, à me pencher sur un sujet curieusement fort peu débattu et qui mériterait d’être approfondi.
2 Cette graphie, sans accent sur le second e, a été choisie par l’institution malgré qu’elle ne suive pas la règle orthographique qui voudrait un – muséum.
3 Les guides touristiques « ancienne manière » constituent des sources exceptionnelles pour qui s’intéresse aux musées et à leur histoire. Guide bleu, Baedeker, Guido del Touring Club italiano (TCI) étaient alors de véritables mines d’or qui décrivaient dans le détail les musées, salle par salle.
4 Rousseau André, Belgique et Luxembourg, Paris, Hachette (Les Guides bleus), 1955, p. 434-448.
5 Sur la création du Louvre et du réseau de quinze musées, voir Poulot Dominique, Musées, nation, patrimoine. 1793-1815, Paris, Gallimard, 1997 ; Gob André, De Rome à Paris. Retour sur l’origine du musée moderne, Liège, PUL, 2019, chap. 8.
6 Louis-Pierre Saint-Martin est un personnage complexe, tour à tour abbé, avocat au Parlement de Paris, aumônier de la Garde nationale, secrétaire de la Commission du Directoire à Rome en 1798-1799, avant de finir sa vie à Liège comme conseiller à la Cour supérieure (Sabatini Liliane, Le Musée de l’Art wallon, Bruxelles, Crédit Communal (coll. Musea Nostra), 1988).
7 Östling Johan, Humboldt and the modern German University. An intellectual History, Lund, Lund University Press, 2018 ; Vieregg Hildegard, « Wilhelm von Humboldts Ideen zur Bildung des Menschen : museologische, philosophische und pädagogische Betrachtung », Icofom Study Series, 2006, p. 178-193 ; GOB André, « Allocution de bienvenue et d’introduction au colloque », Les Cahiers de muséologie [en ligne], hors-série n° 1 (actes du colloque Les musées universitaires et leurs publics, ULiège, 5-7 novembre 2019), 2021, p. 14-17.
8 Décret royal du 25 septembre 1816. Les cours commencent en novembre 1817, dans l’ancien collège des Jésuites, déjà établissement d’enseignement supérieur sous le régime français (École centrale puis lycée impérial). La construction de la majestueuse salle académique est achevée en 1824, sur des plans dessinés par l’architecte de la Ville Jean-Noël Chevron.
9 De 1824 à 1832, il explore l’Amérique du Sud, sur les traces d’Alexander von Humboldt, le frère de Wilhelm. Jean-Théodore est le frère d’Henri Lacordaire, le fougueux prédicateur dominicain qui faisait se pâmer les jeunes filles pieuses, si l’on en croit Sainte-Beuve.
10 Wanson Sonia et Michel Christian, « L'Aquarium-Muséum », Carnets du patrimoine. Le patrimoine de l’Université de Liège, n° 47, 2008, p. 38.
11 L’histoire du Musée des Beaux-Arts de Liège reste à écrire ; un travail de fonds est nécessaire sur cette question. On trouve des informations parcellaires dans l’ouvrage de Liliane Sabatini dans la collection Musea Nostra (op. cit.). Voir aussi Duchesne Jean-Patrick, « Le cadre institutionnel », Vers la modernité. Le XIXe siècle au Pays de Liège, catalogue d’exposition, Liège, Musée de l'art wallon et salle Saint-Georges, 2001, p. 49-53.
12 Loir Christophe, « L’émergence des beaux-arts en Belgique : institutions, artistes, public et patrimoine de 1773 à 1835 », Études sur le XVIIIe siècle, n° 10, 2004, p. 254-256. L’Académie de Liège est subventionnée par l’État dès sa création.
13 Sabatini, op. cit. p. 19.
14 L’acte de fondation de l’association de fait est signé le 12 avril 1850, sous la présidence du baron Albert d’Otreppe de Bouvette. Les statuts sont publiés dans le 1er volume du Bulletin de l’Institut archéologique liégeois, dès 1852-53, aux pages V à VIII.
15 Extrait d’un discours du baron de Macar, alors président de l’IAL, cité par le Gouverneur de la Province lors de l’inauguration du premier musée, au palais provincial, le 10 mai 1857. L’histoire des 75 premières années de l’Institut et de son musée a été remarquablement présentée par Félix Magnette lors de la célébration du 75e anniversaire (BIAL, t. 50, 1925, p. 17-56). Je me suis appuyé sur ce texte pour toute cette période. Voir aussi le site de l’IAL (https://ialg.be/a-propos/notre-histoire/) et Gaier Claude, Chariot Constantin et Lemeunier Albert (dir.), 7000 ans d’art et d’histoire au Grand Curtius, Liège, Luc Pire, 2009 (ouvrage publié à l’occasion de l’inauguration du Grand Curtius).
16 Otte Marcel et Noiret Pierre, « Histoire de l’art et archéologie de l’époque préhistorique », Art&Fact, n° 23, 2004, p. 10-16.
17 De Puydt fouille la grotte de la Betche al’roches à Spy avec le géologue Max Lohest en 1885-1886. Julien Fraipont, anthropologue professeur à l’Université de Liège, est associé à leurs recherches dès la découverte des ossements néandertaliens, en juin-juillet 1886. Toussaint Michel, « Les hommes fossiles en Wallonie. De Philippe Charles Schmerling à Julien Fraipont, l’émergence de la paléoanthropologie », Carnets du Patrimoine, n° 33, 2001, p. 36-47.
18 Gaier Claude, Chariot Constantin et Lemeunier Albert (dir.), op. cit. p. 16-17, 19-20 ; Gaier Claude, Le Musée d’Armes de Liège et l’archéologie industrielle, fiche du PIWB (Patrimoine industriel de la fédération Wallonie-Bruxelles), s. d., p. 15-16.
19 Notamment sur la FN, Fabrique nationale d’armes de guerre, fondée en 1889 pour répondre aux commandes de l’État belge. La FN a payé le salaire du directeur du musée jusqu’à son intégration dans le Grand Curtius.
20 L’histoire du musée a été publiée en introduction de Krupa Alain-Gérard, Dubois-Maquet Nadine et Lempereur Françoise, Musée de la Vie wallonne, Liège, Bruxelles, Crédit communal (coll. Musea Nostra), 1992, p. 7-17.
21 Poète anversois renommé, Max Elskamp (1862-1931) lègue une importante collection de cadrans solaires au musée liégeois.
22 Jaminon Sophie et Delforge Paul, « Remouchamps Jean-Maurice », Dictionnaire des Wallons [en ligne], s. d.
23 De Rassenfosse Nadine et Postula Jean-Louis, « Le Musée de la Vie wallonne et l’Institut archéologique liégeois. Contribution à l’histoire des relations entre deux institutions patrimoniales », BIAL, n° 129, 2025, p. 207-229.
24 Postula Jean-Louis, « Les enquêtes de terrain du Musée de la Vie wallonne ; un outil au service de la collecte de la mémoire, des savoirs et savoir-faire régionaux », Actes du 10e Congrès de l’Association des Cercles francophones d’Histoire et d’Archéologie de Belgique (Arlon, 2016), Arlon, Institut archéologique du Luxembourg, 2018, p. 921-931.
25 Marionnettes. Collections du Musée de la Vie wallonne, Liège, Éditions de La Province de Liège, 2018, p. 40-47. Voir aussi Lempereur Françoise et Postula Jean-Louis (dir.), Actes du Colloque international « La marionnette, objet de musée et patrimoine vivant », Liège, Éditions de la Province de Liège, 2019.
26 Michiels Alfred, Histoire de la peinture flamande depuis ses débuts jusqu’en 1864, t. 10, Paris, Lacroix, Verboeckhoven et Cie, 1876, p. 179. Je remercie Pierre-Yves Kairis qui m’a signalé ce passage.
27 Gob André, « Les musées, un enjeu culturel pour la Wallonie », dans Demoulin Bruno (dir.) Histoire culturelle de la Wallonie, Bruxelles, Fonds Mercator, 2012, p. 327-337.
28 Destatte Philippe, « Jules Destrée. De l’individualisme culturel à l’indépendance politique (1881-1936) », dans Sabatini Liliane, Ferrante-Hollenfeltz Martine et Lhoest Françoise (dir.), Un double regard sur 2000 ans d’art wallon, Tournai, La Renaissance du Livre, 2000, p. 28.
29 Gob André, « Le Kulturkampf, un enjeu de société », Aide-mémoire [en ligne], n° 71, 2015.
30 Instituteur de formation, historien de l’art autodidacte, Bosmant (1893-1975) est conservateur-adjoint, puis conservateur en chef du Musée des Beaux-Arts de 1944 à 1958.
31 Duchesne Jean-Patrick, « Des tableaux "d’art dégénéré" pour Liège », dans Gob André, Des musées au-dessus de tout soupçon, Paris, Armand Collin, 2007, p. 192-202.
32 L’article de Duchesne précité donne la liste détaillée (provenance, prix d’acquisition etc.) des œuvres achetées à Lucerne et à Paris.
33 Godefroid Corinne, « Entre culture, industrie et politique, les Salons de Charleroi en 1911 », dans Sabatini Liliane, Ferrante-Hollenfeltz Martine et Lhoest Françoise (dir.), op.cit. p. 55-65.
34 Raxhon Philippe, « Les contours d’une quête en pointillé », dans Demoulin Bruno (dir.) Histoire culturelle de la Wallonie, Bruxelles, Fonds Mercator, 2012, p. 111-131 ; Sabatini Liliane, op. cit. ; Destatte Philippe, op. cit.
35 LA BOVERIE [en ligne], Historique des acquisitions de la Ville de Liège, s. d.
36 Colman Pierre, « L’art wallon et son musée. Un terrain miné », Bulletin de l’Académie royale de Belgique, numéro spécial, 1995, p. 137-155.
37 Fernand Graindorge (1903-1985), industriel liégeois, fondateur de l’APIAW – l’Association pour le Progrès intellectuel et artistique de la Wallonie – avec Marcel Florkin, est un amateur d’art averti. En 1981, il fait don à la Communauté française, au profit de la Ville de Liège, d’une importante collection d’art moderne et contemporain qui vient opportunément et magnifiquement compléter le fonds débuté grâce aux achats de la vente de Lucerne (PARISSE Jacques, « L’Association pour le Progrès intellectuel et artistique de la Wallonie », dans Un double regard sur 2000 ans d’art wallon, op. cit., p. 69-73 ; DUCHESNE Jean-Patrick, Des mécènes pour Liège, catalogue d’exposition, Liège, Salle Saint-Georges, 1998).
38 La partie musée ; l’Académie, elle, reste en place. Elle s’y trouve encore aujourd’hui.
39 Tinlot Denise, « Les Amis du Musée herstalien. 50 ans d’existence », Bulletin des amis du Musée herstalien, n° 33, 1986, p. 4-8.
40 Tout récemment (2022), l’immeuble a bénéficié d’une remarquable restauration. Il ne manque que l’extension promise, mais reportée, pour permettre au musée de pleinement mettre en valeur le passé de Herstal.
41 Son élection a nécessité 39 tours de scrutin.
42 Wanson Sonia et Michel Christian, op. cit.
43 MUSÉE WITTERT [en ligne].
44 PÔLE MUSÉAL ET CULUREL [en ligne], Les collections du Musée en plein air, 17 septembre 2021.
45 À la fin des années 1980, la construction du Centre Hospitalier Universitaire (CHU) et l’installation des lambris émaillés font du Sart Tilman un lieu d’exposition permanente pour quelques artistes de renommée mondiale, tel Sol LeWitt, Daniel Buren, Niele Toroni, Olivier Debré, Claude Viallat, etc.
46 Leboutte René, « Le Musée du Fer et du Charbon, à Liège », PIWB, n° 2, 1985, p. 3-7. M. Leboutte était à ce moment (en 1985) conservateur-adjoint du musée, qui est alors une section du Musée de la Vie wallonne ; Levecq Stéphanie et Marcos Alvarez Elena, « La métallurgie à Liège : La MMIL, une histoire de collecte et de valorisation du patrimoine industriel », dans Delaet Jean-Louis, Payen Carole et Crul Jacques (dir.), Des usines et des hommes : 40 ans de patrimoine industriel en Wallonie et à Bruxelles, Mons, Musea Nostra et PIWB, 2024, p. 137-143..
47 En 2006, la MMIL participe à la création de l’Embarcadère du Savoir, en association avec des partenaires muséaux de l’Université, Embarcadère intégré depuis dans le Pôle muséal universitaire tout en y gardant un rôle spécifique dont témoigne son statut conservé d’ASBL alors que le Pôle fait administrativement partie de l’université.
48 Centre touristique para-muséal qui offre aux visiteurs l’opportunité de descendre dans un vrai puit de mine, dont l’exploitation s’est arrêtée deux mois seulement avant l’ouverture du centre. Depuis 2012, Blégny-mine est classé, conjointement à trois autres sites miniers de Wallonie, au Patrimoine mondial de l’Unesco (BLÉGNY-MINE [en ligne], Un peu d’histoire, s. d.).
49 Il s’agit d’un musée de l’informatique créé à Namur en 2013 par le rassemblement de trois collections privées, outre les pièces en dépôt de la MMIL (https://www.nam-ip.be). Le dépôt à long terme est effectué via la Fondation Roi Baudouin.
50 Il s’agit d’un des quatre exemplaires connus d’un machine mécanographique mise au point par Herman Hollerith, ingénieur américain (1860-1929) pour le recensement de la population des USA de 1890. Son entreprise, la Tabulating Machine Company, deviendra IBM en 1924.
51 L’équivalent de 25 millions d’euros en 1990, beaucoup plus aujourd’hui.
52 Kairis Pierre-Yves (dir.), Musées à vendre ? La politique des musées à Liège : bilan et perspectives, Liège, Université de Liège, 1989. L’année suivante, dans un ouvrage qu’il coordonne, Pierre-Yves Kairis synthétise cette affaire en posant la question, pertinente, de la légitimité du projet de vente par la Ville de Liège : Kairis Pierre-Yves (dir.), Le Syndrome Picasso : un pouvoir public peut-il vendre une œuvre d'art appartenant à son patrimoine ? : le cas liégeois, Liège, Édition de l’Académie royale Beaux-Arts/Yellow Now, 1990.
53 Projet qui n’a pas abouti.
54 Le décret de la Fédération Wallonie-Bruxelles est adopté en juillet 2002 mais il n’est mis en œuvre qu’en septembre 2007 (Gob André, op.cit., 2012, p. 336).
55 Raynaud expose en détails l’histoire de cette association et du musée (Raynaud Roland, « Des "Chercheurs de la Wallonie" à la Communauté de patrimoine », Bulletin des Chercheurs de la Wallonie, n° 57, 2024, p. 11-195).
56 Marguerite Ulrix-Closset et moi-même avons été les chevilles ouvrières de ce projet, en collaboration avec André Marchal.
57 Levecq Stéphanie, Collin Fernand et Gob André, « "Vivre la préhistoire" au Préhistosite de Ramioul, près de Liège (Belgique) », Bulletin des Chercheurs de la Wallonie, n° 44, 2005, p. 19-26 ; Collin Fernand et Gob André, La préhistoire en question, Flémalle, Préhistosite de Ramioul, 2007.
58 MAISON DE LA SCIENCE [en ligne], Présentation, 21 mars 2023.
59 Le Palais de la Découverte, situé à l’arrière du Grand-Palais sur l’avenue des Champs-Élysées, est aujourd’hui rattaché à la Cité des Sciences et de l’Industrie.
60 Cette association, par le biais d’ateliers d’arts plastiques et scéniques, suscite et encourage la création artistique chez certaines personnes handicapées mentales, en dehors du contexte occupationnel et thérapeutique (Levecq Stéphanie, « La collection du Madmusée », Création Franche, n° 30, 2009, p. 3-7 ; id. « A brief history of the collection », Brewed in Belgium: The collection of MADmusée, Liège, 2014, p. 2 ; voir aussi Boulangé Luc et Servais Amandine, Être avec. Une histoire du Créham, Liège, Trinkhall museum, 2020.
61 D’abord dénommé Musée d’Art différencié, il devient vite le Madmusée (notamment pour se différencier d’autres institutions d’art brut ou outsider) et, depuis 2020, le Trinkhall museum, empruntant le nom du bâtiment qui l’abrite (Havelange Carl, Voir avec. Le Trinkhall et les arts situés, Liège, Trinkhall museum, 2020).
62 Sur la transition entre trésor et musée, voir George Philippe, Trésors des cathédrales d’Europe. Liège à Beaune, catalogue d’exposition, Paris, Somogy, 2005, en particulier l’excellente introduction aux p. 14 à 69.
63 Dans un premier temps, une partie des vestiges – les plus significatifs du passé de Liège – ont été découpés en blocs d’environ 1 m³ et mis en dépôt en un lieu provisoire dans l’attente de leur réinstallation sur la place, sur un support en béton, un ou deux mètres au-dessus de leur position initiale. Ce traitement des plus barbares s’est révélé inutile puisque, suite à une modification des plans des infrastructures de la gare des bus, ils ont pu être replacés, à peu de choses près, là d’où on les avait extraits !
64 L’ancienne cathédrale Notre-Dame et Saint-Lambert a été détruite lors de la révolution liégeoise, à partir de 1790. Elle se situait sur le lieu même de l’assassinat de l’évêque Lambert.
65 La ville conserve néanmoins la propriété des collections, du moins de la part qui lui appartient en propre (environ 50%), le reste appartenant à la FUP Musée de la Vie wallonne. En outre, une très petite partie des collections actuelles appartient à la Province.
66 Postula Jean-Louis et Quoilin Cécile, « Rendre compte de la société d’aujourd’hui », Les Cahiers de muséologie [en ligne], n° 0, 2017, p. 74-88.
67 Toute cette partie est fondée sur mes souvenirs et notes personnels, ainsi que sur des dossiers inédits élaborés par les différents intervenants durant le développement du projet. On en trouve un bref résumé dans l’ouvrage publié à l’occasion de l’ouverture du musée (7000 ans d’Art et d’Histoire au Grand Curtius, Bruxelles, Luc Pire, 2009).
68 Avant Liège, Repérages a collaboré à la réalisation ou la rénovation de plusieurs musées dont, en Belgique, le Centre d’interprétation de l’ancienne Principauté de Stavelot-Malmédy à Stavelot, ainsi que le Musée d’Histoire de la Ville de Luxembourg.
69 GOB André, « L’affaire Duesberg. La donation du baron et de la baronne François Duesberg au Musée Grand Curtius de Liège », dans DAVID Géraldine et MAIRESSE François (dir.), Collectionneurs et musées, Bruxelles, Wittockiana, 2022, p. 49-60.
70 Une partie importante des collections appartient à l’Institut archéologique liégeois (IAL) comme on l’a vu plus avant. Celui-ci est donc associé de près à ce chantier des collections (voir Maquet Julien, « L’Institut archéologique liégeois de 1950 à 2025 », Bulletin de l’Institut archéologique liégeois, n° 129, 2025, p. 231-281).
71 Centre international d’Art et de Culture, appellation qui reflète exactement le contenu du projet présenté aux instances européennes.
72 Originaire de Toulon (Var), il a notamment réalisé le MuCEM à Marseille.
73 Un premier appel d’offre portait sur l’ensemble travaux (gros œuvres et finitions) et gestion. Ce second volet n’ayant pas été attribué, faute d’offre intéressante, un second marché a été lancé, relatif à la seule gestion du musée. Les deux mêmes soumissionnaires se sont présentés.
74 Notamment lors d’une conférence à l’Université de Liège en février 2001.
75 Dès l’époque de Lejeune, la Ville consacre des budgets importants pour ses musées et ces efforts financiers se sont poursuivis jusqu’à aujourd’hui, avec des effets qui ne sont pas à la hauteur des montants investis, notamment en terme de fréquentation et de productions scientifiques.
76 Liège et Bourgogne, catalogue d’exposition, Liège, Musée de l’Art wallon, 1968, p. 12.

