since 23 October 2015 :
View(s): 5 (0 ULiège)
Download(s): 0 (0 ULiège)
print        
Aslı Altinisik & Jeanne Lena

L’île de la Démocratie et des Libertés, la construction d’un « site de conscience » par le pouvoir politique en Turquie

(Numéro 5 — Dossier)
Article
Open Access

Attached document(s)

original pdf file

Résumé

Cet article explore la transformation de Yassıada, officiellement inaugurée en tant qu'île de la démocratie et des libertés en 2020, en un lieu de mémoire qui revisite les procès militaires de 1960, en particulier celui d'Adnan Menderes. Il examine la manière dont les trois musées de l'île encadrent et présentent cet épisode de l'histoire politique du pays, principalement à travers des installations immersives qui suscitent des réactions émotionnelles chez les visiteurs. L'article se concentre sur les stratégies muséographiques mises en œuvre sur l'île et met en évidence la réécriture du récit national, dans lequel le gouvernement actuel établit des parallèles entre Recep Tayyip Erdoğan et Adnan Menderes, renforçant ainsi une forme partisane de mémoire politique. En résumé, cette étude analyse la tentative de l'île de la Démocratie et des Libertés de construire un espace didactique et exclusif pour commémorer un événement historique, tout en interrogeant de manière critique la dynamique politique de la mémoire en Turquie.

Mots-clés : Yassıada , Île de la démocratie et des libertés , lieu de mémoire , muséographie immersive , Adnan Menderes

Abstract

This article explores the transformation of Yassıada, officially inaugurated as Democracy and Liberties Island in 2020, into a site of memory that revisits the 1960 military trials, particularly that of Adnan Menderes. It examines the ways in which the island’s three museums frame and present this episode in the country’s political history, which is primarily conveyed through immersive installations that prompt emotional reactions from visitors. The article focuses on the museographic strategies implemented on the island and highlights the rewriting of the national narrative, in which the current government draws parallels between Recep Tayyip Erdoğan and Adnan Menderes, thereby reinforcing a partisan form of political memory. This study, in short, analyses Democracy and Liberties Island’s attempt at constructing a didactical and exclusive space for commemorating an historical event, and at the same time critically interrogating the political dynamics of memory in Türkiye.

Keywords : Yassıada , Democracy and Liberties Island , site of memory , immersive museography, Adnan Menderes

1 

Introduction

2Située au large des côtes d'Istanbul, Yassıada reste gravée dans l'esprit du public comme le lieu où se sont déroulés les procès militaires après le coup d'État de 1960, notamment celui du premier ministre Adnan Menderes. À l'occasion du soixantième anniversaire du coup, l’île est inaugurée sous son nouveau nom, Demokrasi ve Özgürlükler Adası (Île de la démocratie et des libertés). Ainsi rebaptisée, elle accueille désormais trois musées qui livrent au public un compte-rendu des évènements de 1960 conforme à l'agenda politico-culturel du régime actuel. Nous soutenons la thèse que l’île de la Démocratie et des Libertés peut être envisagée comme un « site de conscience »1, un lieu préservé, destiné à rester gravé dans la mémoire collective et à fournir des leçons pour prévenir la répétition de l'histoire2. Cependant, cette île-musée est élaborée selon « une logique autoritaire et un fonctionnement top-down » emblématique de la réalisation de projets urbains par le Parti de la Justice et du Développement (AKP), ne laissant aucune place à la participation citoyenne. Nous souhaitons interroger cet écart entre le récit proposé au spectateur – un appel à la démocratie, et les pratiques exclusives dans la fabrication de celui-ci. Ce faisant, nous nous concentrons sur l’aspect muséologique de ce sujet, en examinant la manière dont les musées traitent les événements historiques tout en proposant également des expériences de visite au public3. Cet article présente l'histoire de l'île, met en lumière son instrumentalisation dans l’établissement de liens entre les dirigeants politiques, spécifiquement Adnan Menderes et Recep Tayyip Erdoğan, et examine le complexe muséal par rapport à d'autres entreprises culturelles de l’AKP.4

3 

4La culture est l'un des piliers fondamentaux de l'édifice de la légitimité politique, car elle tisse des récits, des valeurs et des normes qui étayent la légitimité des systèmes de gouvernement. L'interaction entre les éléments culturels – qu'il s'agisse de la langue, du patrimoine, de la religion ou des récits historiques – et les structures politiques ne façonnent pas seulement la perception de la légitimité, mais sous-tend également la stabilité ou le renversement des régimes, ce qui en fait une relation extrêmement dynamique. Les institutions culturelles telles que les musées peuvent devenir des instruments de l'État, en conservant de manière sélective les récits pour les aligner sur l'agenda du pouvoir en place. En contrôlant les récits culturels, les régimes peuvent chercher à influencer la compréhension et l'identité collectives, tout en renforçant leur autorité et leur légitimité.

5 

6Benedict Anderson définit les nations comme des « communautés politiques imaginées »5. Il affirme que le musée, le recensement et la carte sont des outils « profondément politiques » pour « inventer » une nation et rejette l’idée selon laquelle les nations sont des organismes intrinsèquement cohérents avec des liens organiques entre leurs membres6. En adoptant la théorisation des nations d'Anderson, nous analysons les récits des musées comme l'un des nombreux moyens de (re)produire la mémoire collective et de (re)construire une identité nationale.

7 

8Transposant les théories de Foucault aux musées, Tony Bennett7 (1995) définit les musées comme des institutions situées à l'intersection de l'État et de la culture. Il conçoit le musée comme un espace physique et idéologique permettant d'imaginer et de reproduire une identité et un récit nationaux. Les musées commémorent et occultent à la fois, et cette capacité d'arbitrage est l'une des principales raisons pour lesquelles les récits exercent une telle influence8. Poursuivant le travail de Bennett, Donald Preziosi développe la relation co-constitutive entre l'identité nationale et les musées. Selon Preziosi, le mythe moderne de l’État-nation n’est pas une « chose » qui existe séparément du récit national dans un musée, ou vice versa. Le musée et la nation contribuent à se créer mutuellement ; ils sont co-construits et co-évolutifs »9. En souscrivant à la théorisation de Preziosi, nous considérons les musées non pas comme des institutions passives d’exposition, mais comme des espaces actifs qui envisagent, modifient, contestent et décrivent un récit historique.

9 

10En nous appuyant sur ces études, nous maintenons une lecture critique des musées de l'île. La mise en contexte de la transformation de Yassıada en île de la Démocratie et des Libertés nous permet d'avoir une compréhension analytique du processus. Sur la base de nos visites sur l'île et de nos observations, nous souhaitons développer une compréhension du site de conscience, de ses liens avec l'histoire et de la manière dont ce dernier présente un récit aux visiteurs.

11 

De Yassıada à l’île de la Démocratie et des Libertés : histoire des acteurs politiques

12Yassıada, anciennement Plati, s'étend sur 0,52 km² de terre et est située à environ 13 km au large des côtes d'Istanbul, dans la mer de Marmara. L’île est répertoriée en tant que lieu d'exil et de réclusion lors des périodes byzantine et romaine. Elle reste principalement déserte, jusqu'en 1859, date à laquelle Sir Henry Bulwer, ambassadeur britannique à Istanbul, l’acquiert avec l'approbation du sultan Abdülmecid. Après le départ de Sir Bulwer, l’île est vendue à Ismaïl Pacha, le khédive d'Égypte. En 1947, l'île change à nouveau de propriétaire : elle est transférée aux Forces navales turques qui y bâtissent leurs structures10. À la suite du premier coup d'État en mai 1960, le gymnase de la base navale est aménagé en tribunal entre 1960 et 1961. À la fin des procès, les Forces navales reprennent les entraînements et en 1978, abandonnent les installations en raison de difficultés logistiques. En 1993, l’île est attribuée au département de la vie marine de l’Université d’Istanbul, qui ne l'utilise que durant deux ans, en raison des contraintes de transport11. Jusqu'au début des années 2000, l'île demeure largement inhabitée, ne servant que d'escale aux pêcheurs et aux marins.

13 

14Un groupe dénommé Genç Siviller (Jeunes civils])commence à organiser des excursions sur l'île en 2008, à l'occasion de l’anniversaire du coup d'État militaire de 1960 et poursuit ses visites jusqu'en 2013. Les membres de ce mouvement de jeunesse autoproclamé proviennent d'un large éventail de milieux socio-politiques ; leurs actions sont caractérisées comme étant « informelles » à destination du grand public12. Leur objectif déclaré est d'attirer l'attention sur les questions politiques en adoptant des méthodes non conventionnelles. À cette fin, ils organisent des excursions autour de l'île pour mettre en lumière ce qu'ils appellent “histoire non confrontée du coup d'État militaire” – l’île ne faisant alors l’objet d’aucune politique de commémoration.

15 

16C'est donc Genç Siviller qui formule pour la première fois l'idée de transformer Yassıada en Demokrasi Adası (Île de la démocratie)13). Les membres concrétisent leur projet en accrochant une pancarte nominale sur le mur du gymnase, là où les procès ont eu lieu. Genç Siviller souhaite alors bâtir sur l'île : « un musée où nous confronterons les coups d'État militaires, un institut où notre niveau de démocratie sera élevé [...] Que Yassıada soit le symbole d'une nouvelle ère »14. Leurs voyages annuels attirent l'attention des médias et ils sont rejoints par des politiciens ainsi que par les petits-enfants de certains membres du Parti démocrate jadis poursuivis en justice.

17 

18En parallèle, plusieurs décrets sont émis afin de modifier le statut juridique de l'île. En janvier 2010, le ministre de la Culture et du Tourisme, Ertuğrul Günay, demande que la gouvernance de Yassıada soit transférée à son ministère au motif de son potentiel touristique. Quatre mois plus tard, certains bâtiments de l'île15 reçoivent le statut de biens culturels avant qu’en 2011, la Direction générale des biens nationaux attribue la gestion de l’ensemble de l’île au ministère de la Culture et du Tourisme. Le statut de zone naturelle protégée de Yassıada est monté en plusieurs étapes en 2012 et 2013.

19 

20La transformation de l'île en site de conscience est exclusive, la diversité des voix et des perspectives n'étant pas prise en compte dans la création des récits du musée. Malgré les pétitions, les objections et les actions en justice de diverses associations et organisations de la société civile, le ministère de l'Environnement et de l'Urbanisme approuve la modification du statut de Yassıada, qui passe d'une aire militaire fermée à une zone de tourisme et d'établissements culturels16. Le processus de transformation urbaine est ainsi fermé aux discussions démocratiques17 et à toute éventuelle participation de la société civile. Le 27 mai 2020, l'île est inaugurée et commence à accueillir des visiteurs un an après l'ouverture officielle. Le jour de l'inauguration, Yıldıray Oğur, porte-parole du Genç Siviller susmentionné, rapporte que ni le Genç Siviller ni aucun membre de la famille de ceux qui ont été jugés au début des années 1960 n’ont été invités à la cérémonie d'ouverture. Il écrit :

21 

« Je souhaite que [nous] n'ayons jamais mis les pieds sur l'île il y a douze ans [...] Parce que ce que nous avons devant nous n'est pas Yassıada, mais un projet immobilier de masse dans la banlieue d'Istanbul qui a évolué en une tentative de record pour insérer le plus grand nombre de bâtiments par mètre carré. »

22 

23Quelques jours après l'inauguration, Ertuğrul Günay, ministre de la Culture et du Tourisme entre 2007 et 2013, qui a participé au début du projet, déclare dans une interview que l'île s'est révélée complètement différente de ce qu'ils avaient initialement prévu18. Il ajoute qu'elle ressemble à une attraction touristique sans lien authentique avec l'histoire, et que le résultat est « tout simplement embarrassant ». Son commentaire sur la conception de l'île est significatif, car il témoigne du choix d’un mode de muséification non-participative. L'histoire de la transformation de Yassıada est finalement celle, ironique, de la création exclusive d’un projet visant à promouvoir le concept de démocratie.

24 

La valeur symbolique d'Adnan Menderes pour Recep Tayyip Erdoğan

La réappropriation du symbole de Menderes par l’AKP

25La volonté de faire de l’île un lieu de conscience, voué à transmettre la mémoire d'un événement historique est particulièrement visible dans les reconstitutions organisées en son sein. Cette section examine les parallèles entre Erdoğan et Menderes, ce dernier jouant un rôle central dans le récit de l'île. Non seulement Erdoğan fait souvent l'éloge de Menderes dans ses discours, mais les documents politiques de l'AKP font référence à l'époque de Menderes comme une période de « stabilité politique et de gouvernance forte ». Avant d’expliciter ce point, il convient de préciser que les parallèles entre les gouvernements du Parti Démocrate de l’AKP sont établis sur la base d’arguments politiques développés par le second parti et non sur la conjoncture politique en Turquie, pour éviter tout risque d’analyses anachroniques. Cela dit, les similitudes entre les règnes politiques de Menderes et d'Erdoğan méritent d’être relevées.

26 

27Tout d’abord, en tant que premier ministre élu après vingt-sept ans de gouvernance d'un seul parti, Menderes représente une avancée démocratique dans l'histoire du pays et cela constitue un pilier central sur lequel l'AKP construit son concept de démocratie. Le renversement du gouvernement de Menderes et son exécution ultérieure sont présentés par certains, dont Erdoğan, comme un supplice enduré pour la défense d’une cause : un martyre de la démocratie. Le jour de l'inauguration de l'Île de la Démocratie et des Libertés, Erdoğan (2020) déclare que : « ceux qui ont attaqué Menderes [...] dirigent maintenant leur même haine vers [l'alliance électorale du] Peuple », étendant ainsi les similitudes le rapprochant à Menderes à leurs opposants respectifs. L'héritage de Menderes et les schémas de commémoration sont instrumentalisés par Erdoğan et l'AKP pour légitimer leur propre action et forger des parallèles émotionnels, un point bien discuté dans des articles académiques, ainsi que dans des médias locaux et internationaux.19 De ce point de vue, la tentative de coup d'État du 15 juillet 2016 crée l’occasion d’un parallèle majeur entre les deux dirigeants – que Menderes soit vaincu par l'un et qu'Erdoğan défie l'autre rend le discours d'autant plus épique.

28 

29Ensuite, l'AKP s'est souvent présenté comme l’héritier du parti d'Adnan Menderes, le DP (parti démocrate). Erdoğan ainsi que d'autres membres de l'AKP évoquent régulièrement Menderes comme une ligne directrice pour l'agenda politique de l'AKP. Par exemple, Ibrahim Kalın, porte-parole de la Présidence, rend hommage aux trois membres du DP « injustement et impitoyablement martyrisés » lors du soixante-et-unième anniversaire du coup d'État de 1960 et affirme que l'AKP continuera à œuvrer pour établir une culture démocratique que le DP a initiée20. De même, Erdoğan lui-même exprime dès 2003 que l'AKP est « une continuité du DP », ou plus récemment, en 2023, qu'ils ont un soutien populaire comparable à celui dont Menderes et le DP bénéficieraient21. En d'autres termes, revendiquer une telle relation historique et y faire continuellement référence ouvre la voie à l'AKP pour s'identifier à l'idéologie, aux forces et aux succès du DP.

30 

31Enfin, Menderes et Erdoğan partagent des croyances et des idées analogues, à savoir l'islam politique22 et le conservatisme. Menderes est célébré pour avoir défendu des valeurs conservatrices et créé un espace pour les pratiques islamiques en Turquie, notamment en supprimant l'interdiction de l'appel à la prière en arabe et en introduisant des cours de religion dans le programme scolaire élémentaire23. De même, Erdoğan aspire à promouvoir le conservatisme et l'islam comme des forces unificatrices en Turquie, ce dont témoignent l'augmentation du budget, de l'autorité et des fonctions de la Direction des affaires religieuses sous son ordre direct. Des pratiques comparables et des chevauchements idéologiques facilitent l'auto-identification d'Erdoğan avec Menderes et justifient la revendication du premier sur l'héritage politique du second.

32 

33Cette affinité entre Adnan Menderes et Recep Tayyip Erdoğan fait l'objet de diverses publications. Bahadır Türk24 analyse le caractère politique d'Erdoğan et étudie les manières dont ce dernier se compare à Menderes (et à d'autres politiciens de droite). Nicolas Danforth25 examine l'efficacité de l'auto-comparaison d'Erdoğan avec Menderes et la façon dont elle contribue aux réalisations politiques d'Erdoğan. Les parallèles entre les deux hommes politiques sont mis en évidence au musée Adnan Menderes de l'île, qui comprend une vingtaine de salles consacrées à différents événements et/ou thèmes de la vie de Menderes. Des objets originaux, comme un diplôme, et des reliques, comme un lit de prison, sont exposés, et à l'entrée de chaque pièce se trouve un long texte complémentaire. Ces textes explicatifs constituent les discours forgeant des affinités historiques et idéologiques entre les deux leaders. En d'autres termes, l'héritage d'Adnan Menderes est une ressource symbolique pour la construction d'une mémoire historique et politique distincte sur l'île de la démocratie et des libertés. Les paragraphes suivants examinent la manière dont l'île transmet ce récit.

34 

Une leçon d’histoire ?

35Au sein de l’île, une réécriture du récit national est proposée selon une logique partisane, à travers deux processus étroitement liés. Le premier implique un rapprochement entre les événements, les personnages et les mouvements des années 1960 et ceux de la période actuelle. Le second consiste en une décontextualisation et une simplification archétypale des faits exposés, aboutissant à la représentation d’une lutte anhistorique entre le bien et le mal.

36 

37Le président Erdoğan construit, dans ses discours, un parallèle entre la figure d'Adnan Menderes et la sienne, comme nous l'avons vu. Ainsi, une immense citation du président (figure 1) attire l’œil du spectateur dès son débarquement sur l’île : « Le flambeau de la démocratie que Menderes et ses compagnons ont allumé, passé d’une main à une autre, porté chaque jour plus haut, est finalement parvenu jusqu’à nous aujourd’hui ». Cette citation met en parallèle la figure de Menderes et celle de Erdoğan, autour d’un supposé destin commun du héros populaire en proie aux attaques de l’establishment26.

38 

Image 1000000000000600000008007BA412B6.jpg

Figure 1. Citation d’Erdoğan sur le mur de la cafétéria, avril 2022 © Jeanne Léna.

39 

40Ensuite, une décontextualisation du contenu narratif s’opère via un recours multiplié aux statues-allégories. Le visiteur entame son parcours en observant la reconstitution du procès de Menderes. Cependant, la suite laisse place à des installations célébrant des valeurs générales via des symboles universels et évidents pour tous : chaînes brisées (figure 2), oiseaux s’envolant, phare dans la nuit… Non signées, ces statues ne semblent pas conçues en tant qu’œuvres d’art mais plutôt comme des supports de messages politiques. Le simple fait de rebaptiser Yassıada en île de la démocratie et des libertés s'inscrit dans ce processus d'allégorisation.

41 

Image 1000000000000317000002517181BD39.jpg

Figure 2. « Cette installation rend hommage à ceux qui ont péri dans la lutte pour la démocratie » titre le compte Instagram officiel à propos de l’œuvre, avril 2022 © Jeanne Léna.

42 

43Alors, le musée-insulaire présente un affrontement constant entre les défenseurs de la démocratie et ses détracteurs, une confrontation qui transcende le simple épisode de la lutte d’Adnan Menderes contre l'armée qui se rejouerait de nos jours. Réinterprété de cette manière, ce conflit acquiert une dimension quasi-mythique et manichéenne, incitant le spectateur à se positionner du côté du « bien » face aux forces perpétuellement menaçantes du « mal ».

44 

45Le procès de Menderes n'est pas un cas isolé parmi les tentatives du gouvernement AKP de réinterpréter et de commémorer des sites et des événements historiques selon son propre cadre idéologique, ce qui nous pousse à interroger la pratique muséale de l'AKP.

46 

L’île de la démocratie et des libertés, emblématique des nouveaux musées AKP

De la politique muséale générale de l’AKP au cas spécifique des sites de conscience

47La construction du complexe muséal s'inscrit dans la politique culturelle générale menée par l'AKP, en accord avec la volonté de ses dirigeants de relativiser l'héritage kémaliste en mettant en avant l'héritage ottoman, conforme à l'orientation globale de l'action gouvernementale depuis 200227. Par exemple, nous pouvons lire sur le site officiel de l’île :

48 

« Notre exposition commence avec le Sened-i İttifak de 1808, considéré comme le premier pas vers la constitution et la démocratie dans l'histoire de l'Empire ottoman, et se poursuit jusqu'à la tentative de coup d'État traître orchestrée par le FETÖ le 15 juillet 2016. »28

49 

50Ainsi, ce complexe présente un contenu comparable à celui d’autres musées d’histoire conçus depuis l’arrivée au pouvoir de l’AKP, valorisant un même passé impérial et islamique : Miniatürk (maquettes des principaux monuments de Turquie ainsi que des anciens territoires ottomans hors de Turquie, 2003), le Musée de l'histoire de la science et de la technologie dans l'Islam (2008), le Musée d'Histoire-Panorama 1453 (consacré à la conquête de Constantinople, 2009), le musée Panorama Malazgirt (portant sur la bataille de Malazgirt, victoire en 1071 des Seldjoukides face à l'Empire byzantin, 2012), le Centre de promotion épique de Çanakkale (sur les batailles des Dardanelles, opposant l’empire ottoman aux puissances alliées pendant la Première guerre mondiale, 2012), et le musée des civilisations islamiques (2022).

51 

52Au sein de cette catégorie, nous soutenons que l’île serait plus spécifiquement classée parmi les « sites de conscience AKP », dont le message politique est plus ciblé que la mise en récit d’un passé historique (ottoman) et d’une identité nationale islamique. Cette sous-catégorie se distingue par son aspect commémoratif (le musée doit être érigé sur le lieu précis où l’événement en question s’est déroulé) ainsi que par son caractère ouvertement partisan (les adversaires politiques sont publiquement cités).

53 

54Cela nous amène à rapprocher notre cas du « Musée de la mémoire du 15 juillet », qui commémore la tentative de coup d’État de 2016 et qui est inauguré à la date anniversaire en 2019. Comme le complexe insulaire, ce musée est construit sur les lieux de l’événement commémoré : il se trouve à l’entrée du pont sur le Bosphore (rebaptisé Pont des Martyrs du 15-Juillet) à Istanbul, là où des dizaines de personnes ont perdu la vie le 15 juillet. Une inscription à l’entrée nous exhorte à ne pas oublier les « martyrs » dont les noms sont répertoriés, tout en accusant les dits « gülenistes29 » de la tentative de coup d’État. Dans le musée du 15 juillet, de nombreuses vidéos retracent les événements de la nuit de la tentative de coup d’État. L'objectif pour les visiteurs est de « ressentir les moments décisifs de (leur) histoire30 », de regarder le passé mais aussi d'y être et de l'habiter31, de participer à la reconstruction collective d’une mémoire nationale.

55 

56Une comparaison peut être établie avec la muséification de la prison d'Ulucanlar. Cet établissement, situé à Ankara, construit en 1925 et fermé en 2006, dans le cadre de la refonte du système carcéral vers un modèle basé sur l'isolement. La chambre des Architectes et des ingénieurs32 d'Ankara réussit à empêcher la destruction du site prévue par la mairie métropolitaine, à la suite de la fermeture de la prison. Cependant, les acteurs civils sont exclus du projet, repris par le ministère de la Justice et la mairie métropolitaine d'Ankara AKP33. Le musée, ouvert au public en 2011, traite des exécutions et des cas de tortures perpétrées sous l'autorité des tribunaux de l'indépendance dans les années 1920, ainsi que lors des interventions militaires de 1971 et 1980. Le parti au pouvoir souligne ainsi les injustices passées, en se présentant comme le parti défenseur des droits de l'Homme et de la démocratie en Turquie.

57 

Une expérience immersive

58Ces nouveaux musées AKP sont caractérisés à la fois par leur contenu et par l'expérience muséale qu'ils offrent, permise par un environnement immersif. Ce terme désigne un type d'environnement conçu pour immerger le visiteur dans l'ensemble du dispositif muséal – les œuvres ou les objets, les décors et l'atmosphère – favorisant ainsi les sensations et l'adhésion immédiate du visiteur, plutôt que le discours, la distance et la réflexion critique34.

59 

60L’île comporte trois musées : celui du 27 mai (le gymnase), le Musée Adnan Menderes et le musée de la Démocratie et des libertés. La photographie prise dans le premier (figure 3) présente le procès de 1960 reconstitué. La scène est reproduite à taille humaine, ce qui permet au public de faire le tour de la salle pour adopter la position de Menderes face à la main accusatrice (et articulée) des membres du jury. L’objectif est de mobiliser les sentiments du visiteur, l'invitant ainsi à partager les épreuves vécues par Adnan Menderes au centre, à l’avant (Premier ministre, condamné à mort), Fatin Rüştü Zorlu assis à gauche (ministre des Affaires étrangères, condamné à mort), Celal Bayar à droite (alors président du Parti démocrate, condamné à l’emprisonnement à vie). La finalité est claire : inciter le spectateur à s’indigner contre la violence et donc contre l’irruption de l’armée dans la vie politique du pays. Cette scénographie, qui use de sculptures de cire à taille humaine, vise à renforcer l'impact émotionnel de la visite du gymnase.

61 

Image 100000000000048C0000036931317539.jpg

Figure 3. Reconstitution du procès de 1960, avril 2022 © Jeanne Léna.

62 

63Le musée suivant, dans l’ordre de la visite est celui d’Adnan Menderes. Le parcours du visiteur s’effectue en trois temps dans une logique chronologique : les premières salles présentent une reconstitution de la maison d’enfance d’Adnan Menderes, les suivantes retracent les évènements marquants de sa vie politique, l’étage supérieur du musée est réservé à ses derniers moments sur l’île. Dans la première partie, des objets personnels sont présentés au public, comme ses diplômes et livres de droit. L’utilisation de matériaux primaires et d’objets personnels renforce la dimension immersive de la scénographie : le visiteur est invité à investir personnellement l’histoire présentée.

64 

65Les dispositifs immersifs placent le visiteur dans une ambiance particulière grâce à une bande-son, associée à des films ou en tant qu’installation sonore. Ainsi, dans le musée Menderes, le visiteur doit approcher son œil d’une ouverture (figure 4), afin d’apercevoir une image du personnage en noir et blanc, sur un fond étoilé où ressort le phare de la démocratie. Cette projection est accompagnée d’une musique mélancolique.

66 

Image 10000000000000F40000010807D2BACD.jpg

Figure 4. Musée Adnan Menderes, dernière partie, avril 2022 © Jeanne Léna.

67 

68Enfin, le Musée de la démocratie et des libertés :

69 

« explique les luttes démocratiques de la fin de la période ottomane et de la première période de la République jusqu'à nos jours, à l'aide d'installations artistiques et de la technologie d'aujourd'hui. »35

70 

71Les spectateurs déambulent à travers les salles où des installations mêlent reproductions de scènes historiques, panneaux et projections. L’exposition se termine sur la tentative de coup d’État de 2016. Un char en taille réelle est entouré d’une dizaine de statues de cire représentant les citoyens turcs descendus dans la rue à l’appel du président. Sur le char figurent placardées les unes des journaux pro-gouvernementaux, Milliyet (La Nation) et Hürriyet (La Liberté) qui annoncent l’échec de la tentative de coup d’État. Ainsi le projet de muséification du lieu où se sont déroulés les procès de 1960 évolue en une célébration du règne de l’AKP et de son leader. Le propos général de défense de la démocratie, notamment véhiculé par les œuvres d’art allégoriques disposées dans l’ensemble de l’île, vient soutenir une vision manichéenne de la politique contemporaine turque. Erdoğan y incarnerait un nouveau Menderes à protéger et soutenir pour éviter une répétition de l’histoire.

72 

Conclusion

73Le passé historique, élaboré sous la forme d’une tradition au service du présent, devient donc, à travers la célébration de la victoire de Malazgirt et du musée qui lui est consacré, une source de légitimation. Cette histoire glorifiée constitue une réserve d’images, de symboles et de modèles d’actions, construite et reconstruite selon les nécessités, et toujours au service du pouvoir présent. Dans ce récit présenté comme « historique », le passé et le présent s'entrelacent ; une analogie est établie entre la victoire d'Alparslan contre l'ennemi byzantin et celle du président Erdoğan face à la tentative de coup d'État de 2016. Tout en s’incrustant dans un récit historique, Erdoğan exclut ses adversaires politiques du même récit. Ils sont les « autres » de cette nouvelle histoire élaborée par le pouvoir dont le dernier épisode héroïque est la résistance populaire face au coup d’État avorté du 15 juillet 2016. L’AKP s’approprie ainsi des valeurs ancestrales islamo-turques, tandis que ses adversaires politiques sont maintenus à distance de ces héritages culturels. Dans cette perspective, cette commémoration et le musée sont à la fois légitimatrices pour le pouvoir politique mais aussi de-légitimatrices pour l’opposition. Il convient aussi de noter que la place centrale occupée par Atatürk dans l’historiographie officielle est ici relayée en arrière-plan, sans toutefois être effacée de la mémoire nationale. Dans le nouveau récit du pouvoir en place, de nouvelles figures historiques provenant de l’Empire seldjoukide, ottoman voire de la civilisation islamique ont été introduites ; relativisant ainsi le poids d’Atatürk et mettant fin à sa position dominante, longtemps exclusive. Le panthéon national est, par conséquent, élargi, avec de nouvelles figures historiques, telles que le sultan Alparslan, le sultan Abdülhamid II (connu pour sa politique pan-islamiste), le sultan Mehmet II (le conquérant d’Istanbul), le Premier ministre Menderes (exécuté à la suite du coup d’État de 1960), Necmettin Erbakan (fondateur du parti islamiste) ou encore le prophète Mahomet. Le président Erdoğan lui-même revendique ouvertement l’héritage de ces figures historiques dans ses discours. L’élargissement de l’histoire accompagne les multiplications de héros parmi lesquels le Président a inscrit son nom en tant qu’héritier. La concrétisation de cette reconfiguration de la mémoire nationale est ainsi omniprésente dans la célébration comme dans le musée de Malazgirt.

74 

Bibliographie

ADALAR SAVUNMASIBir Doğa, Tarih ve Kültür Katliamı: Yassıada ve Sivriada, Istanbul, Adalar Savunması, 2016. Disponible sur : https://sehirplanlama.ibb.istanbul/wp-content/uploads/2020/07/YassiadaRaporuMayis2016.pdf (consulté le 19 juillet 2024).

 

ANDERSON BenedictImagined Communities, Londres, Verso, 2006.

 

BALCI, Bayram, « Les écoles de la mouvance Gülen en Afrique : Quel avenir après le coup d’État avorté en Turquie ? » dans Bulletins de l’Observatoire international du religieux, n° 1, 2016. Disponible sur : https://sciencespo.hal.science/hal-03459219 (Consulté le 20/04/2026).

 

BENNETT TonyThe Birth of the Museum: History, Theory, Politics, Oxford, Routledge, 1995.

 

BOZOĞLU Gönül, Museums, Emotion, and Memory Culture: The Politics of the Past in Turkey, Londres et New York, Routledge, Taylor & Francis Group, 2020.

 

DANFORTH Nicholas, « The Menderes Metaphor », Turkish Policy Quarterly, n° 13 (4), 2015, p. 99-105.

 

ERDI Gülçin, « L’occupation du parc Gezi à Istanbul : Un soulèvement pour un "droit à la ville conviviale" ? », Revue du MAUSS, n° 54, 2019, p. 257-270.

 

GÜRPINAR Doğan, « Sezen Aksu’yla Hüzünlenip Cem Yılmaz’a Gülmek: Genç Siviller », Muhafazakar Düşünce Dergisi, n° 29-30 (8), 2011, p. 133-154.

 

LÉNA Jeanne, « De Yassıada à l’île de la Démocratie et des Libertés : un microcosme politique, mémoriel, et urbanistique », Observatoire de la vie politique turque [en ligne], 22 septembre 2022. Disponible en ligne sur : https://ovipot.hypotheses.org/15809 (consulté le 19 juillet 2024).

 

MAIRESSE FrançoisDictionnaire de muséologie, Paris, Armand Colin, 2022.

 

PÉROUSE Jean-FrançoisIstanbul Planète. La ville-monde du XXIe siècle, Paris, La Découverte, 2017.

 

PINGUET CatherineLes îles des Princes : Un archipel au large d’Istanbul, Paris, Empreinte temps présent, 2013.

 

POLO Jean-François et ÜSTEL Füsun, « Les nouvelles orientations de la politique culturelle turque : À la recherche d’un modèle conservateur alternatif ? », Pôle Sud, n° 41 (2), 2014, p. 17-32.

 

PREZIOSI Donald, « Myths of Nationality », dans KNELL SimonARONSSON Peter et AMUNDSEN Arne (dir.), National Museums: New Studies Around the World, Londres, Routledge, 2010, p. 55-66.

 

UĞUR-ÇINAR Meral et ALTINOK Berat Uygar, « Collective memory and the populist cause: The Ulucanlar Prison Museum in Turkey », Memory Studies, n° 14 (5), 2021, p. 1106-1126.

 

Sources

 

Demokrasi ve Özgürlükler Adası [en ligne], disponible sur :
https://demokrasiveozgurlukleradasi.com.tr/ (consulté le 19 juillet 2024).

 

KAPLAN Tuğçe, « Yer, Hafıza ve Hafızalaştırma: Yassıada », Dünya Mirası Adalar (Açık Radyo), émission radio animée par Derya Tolgay, 31 mai 2022. Disponible sur : https://apacikradyo.com.tr/dunya-mirasi-adalar/yer-hafiza-ve-hafizalastirma-yassiada (consulté le 19 juillet 2024).

 

SÜTLAŞ Mustafa, « Yassıada "Yüzleşme Adası" Olsun », Bianet [en ligne], 28 mai 2009. Disponible en ligne : https://m.bianet.org/bianet/siyaset/114801-yassiada-yuzlesme-adasi-olsun (consulté le 19 juillet 2024).

 

TÜRKİYE CUMHURİYETİ CUMHURBAŞKANLIĞI [en ligne], « 2023, yeni vizyonumuz Türkiye Yüzyılı’nın başlangıcıdır », 18 janvier 2023. Disponible sur : https://www.tccb.gov.tr/haberler/410/142559/-2023-yeni-vizyonumuz-turkiye-yuzyili-nin-baslangicidir- (consulté le 19 juillet 2024).

 

« Yassıada’nın fikir babası eski AKP’li Bakan Ertuğrul Günay projeye isyan etti », Cumhuriyet Gazetesi [en ligne], 29 mai 2020. Disponible sur : https://www.cumhuriyet.com.tr/haber/yassiadanin-fikir-babasi-eski-akpli-bakan-ertugrul-gunay-projeye-isyan-etti-1741847 (consulté le 10 avril 2026).

Notes

1 Des « bâtiments ou d’autres types de lieux de mémoire où ont été commis des actes d’extrême cruauté ou de violence » selon MAIRESSE François, Dictionnaire de muséologie, Paris, Armand Colin, 2022, p. 570.

2 MAIRESSE François, op.cit.

3 En notant que la construction du site en elle-même a déjà fait l’objet d’un billet (LÉNA Jeanne, « De Yassıada à l’île de la Démocratie et des Libertés : un microcosme politique, mémoriel, et urbanistique », Observatoire de la vie politique turque [en ligne], 22 septembre 2022).

4 Erdi Gülçin, « L’occupation du parc Gezi à Istanbul : Un soulèvement pour un "droit à la ville conviviale" ? », Revue du MAUSS, n° 54, 2019, p. 257-270.

5 Le concept de « communauté politique imaginée » de Benedict Anderson désigne une nation comme une communauté socialement construite, imaginée par ses membres comme intrinsèquement limitée et souveraine, où les individus ressentent un sentiment d'identité et d'appartenance partagée, bien qu'ils ne rencontrent jamais la majorité de leurs compatriotes.

6 Anderson Benedict, Imagined Communities, Londres, Verso, 2006.

7 Bennett Tony, The Birth of the Museum: History, Theory, Politics, Oxford, Routledge, 1995.

8 Bennett Tony, op. cit.

9 Preziosi Donald, « Myths of Nationality », dans Knell Simon, Aronsson Peter et Amundsen Arne (dir.), National Museums: New Studies Around the World, Londres, Routledge, 2010, p. 55-66.

10 Pinguet Catherine, Les îles des Princes: Un archipel au large d’Istanbul, Paris, Empreinte temps présent, 2013.

11 ADALAR SAVUNMASI, Bir Doğa, Tarih ve Kültür Katliamı: Yassıada ve Sivriada, Istanbul, Adalar Savunması, 2016. p. 7.

12 GÜRPINAR Doğan, « Sezen Aksu’yla Hüzünlenip Cem Yılmaz’a Gülmek: Genç Siviller », Muhafazakar Düşünce Dergisi, n° 29-30 (8), 2011, p. 13.

13 KAPLAN Tuğçe, « Yer, Hafıza ve Hafızalaştırma: Yassıada », Dünya Mirası Adalar (Açık Radyo), émission radio animée par Derya Tolgay, 17 mai 2022.

14 SÜTLAŞ Mustafa, « Yassıada "Yüzleşme Adası" Olsun », Bianet [en ligne], 28 mai 2009.

15 Notamment les geôles et la citerne byzantine, les châteaux construits pendant la période où Henry Bulwer était propriétaire de l’île, et le gymnase ayant accueilli les procès militaires.

16 Ibid., p. 11.

17 Erdi Gülçin, op. cit.

18 « Yassıada’nın fikir babası eski AKP’li Bakan Ertuğrul Günay projeye isyan etti », Cumhuriyet Gazetesi [en ligne], 29 mai 2020.

19 Les exemples incluent le livre de Bahadır Türk intitulé Muktedir: Türk Sağ Geleneği ve Recep Tayyip Erdoğan (2014), l'article de Nicolas Danforth intitulé « La métaphore de Menderes » (2015) et la thèse d'Onur Özger intitulée Adalet Ve Kalkınma Parti̇si̇ Örneği̇nde Mi̇lli̇ İrade Söylemi̇ni̇n Popüli̇zm Bağlamı (2020).

20 YETİM Fahri, « Çok Partili Döneme Geçiş Sürecinde Türk Basınında Demokrasi Polemikleri », Cumhuriyet Tarihi Araştırmaları Dergisi, n° 36 (18), 2022, p. 943-961.

21 Discours d’Erdoğan prononcé le 18 janvier 2023 (TÜRKİYE CUMHURİYETİ CUMHURBAŞKANLIĞI [en ligne], « 2023, yeni vizyonumuz Türkiye Yüzyılı’nın başlangıcıdır », 18 janvier 2023).

22 Il n'entre pas dans le cadre de cet article de discuter du concept d'islam politique. Pour les besoins de cet article, il peut être brièvement décrit comme une idéologie politique, et non comme une croyance religieuse privée.

23 KIRKPINAR Leyla, « Demokrat Parti ve Din-Siyaset İlişkisi », Journal Of Modern Turkish History Studies, n° 18, 2018, p. 349-59.

24 TURK H. Bahadır, Muktedir: Türk Sağ Geleneği ve Recep Tayyip Erdoğan, Istanbul, Iletisim, 2014.

25 DANFORTH Nicholas, « The Menderes Metaphor », Turkish Policy Quarterly, n° 13 (4), 2015, p. 99-105.

26 PÉrouse Jean-François, Istanbul Planète. La ville-monde du XXIe siècle, Paris, La Découverte, 2017.

27 Polo Jean-François et Üstel Füsun, « Les nouvelles orientations de la politique culturelle turque : À la recherche d’un modèle conservateur alternatif ? », Pôle Sud, n° 41 (2), 2014, p. 17-32.

28 Demokrasi ve Özgürlükler Adası [en ligne], disponible sur :
https://demokrasiveozgurlukleradasi.com.tr/ (consulté le 19 juillet 2024).

29 Membres du « mouvement socio-religieux de Fethullah Gülen, entré en disgrâce aux yeux du président Erdoğan à partir de 2012 » (BALCI, Bayram, « Les écoles de la mouvance Gülen en Afrique : Quel avenir après le coup d’État avorté en Turquie ? » dans Bulletins de lObservatoire international du religieux, n° 1, 2016. Disponible sur : https://sciencespo.hal.science/hal-03459219 (Consulté le 20/04/2026).)

30 Depuis le turc « Tarihimizin kırılma noktalarını anlamanız ve hissetmeniz için sergiyi detaylı bir şekilde inceleyebilirsiniz », traduit littéralement par nos soins : « Vous pouvez examiner l’exposition en détail pour comprendre et ressentir les points de rupture de notre histoire », sur le site Demokrasi ve Özgürlükler Adası [en ligne].

31 Bozoğlu Gönül, Museums, emotion, and memory culture: The politics of the past in Turkey, Londres, Routledge, Taylor & Francis Group, 2020.

32 Türk Mühendis ve Mimar Odaları Birliği, TMMOB.

33 Uğur-Çınar Meral, Altınok Berat Uygar, « Collective memory and the populist cause: The Ulucanlar Prison Museum in Turkey », Memory Studies, n° 14 (5), 2021, p. 1106-1126.

34 Mairesse François, op. cit., p. 467.

35 Demokrasi ve Özgürlükler Adası, op. cit.

To cite this article

Aslı Altinisik & Jeanne Lena, «L’île de la Démocratie et des Libertés, la construction d’un « site de conscience » par le pouvoir politique en Turquie», Les Cahiers de muséologie [En ligne], Dossier, Numéro 5, p. 38-54 URL : http://bibli-cloud15.segi.ulg.ac.be/2406-7202/index.php?id=1913.

About: Jeanne Lena

Aslı Altınışık est doctorante à la Berlin Graduate School of Muslim Cultures and Societies. Elle est titulaire d’une maîtrise en études arabes et du Moyen-Orient de l’Université américaine de Beyrouth et d’un baccalauréat en culture et politique de l’École du service extérieur de l’Université de Georgetown au Qatar. Jeanne Lena est doctorante au Centre d'Études et de Recherche Moyen-Orient Méditerranée (CERMOM) (INALCO), associée au CERI (Sciences-Po) et chercheuse associée à l’IFEA, Istanbul. Sa thèse porte sur la cause des prisonniers politiques de Turquie en Europe de l’Ouest.