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Verda Asya Kimyonok

Cemil Hayek et la mémoire institutionnelle du Musée de la Ville d’Antakya

(Numéro 5 — Dossier)
Article
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Résumé

Cet article interroge l’absence de récits et imaginaires locaux dans la muséographie officielle du Musée de la Ville, Antakya Şehir Müzesi. L’analyse d’une figure locale, Cemil Hayek, réalisée à partir d’une enquête de terrain anthropologique en turc et en arabe entre 2021 et 2023, revient sur les représentations dans le contexte de l’affirmation du récit national turc autour de l’enjeu de la prise de Hatay par Atatürk. À travers une visite sensible et située, où la figure institutionnelle de Tayfur Ata Sökmen est omniprésente, il est question de mettre en perspective deux corpus de données, l’un officiel, l’autre issu de l’histoire orale, pour une approche critique de « l’histoire et la culture de la ville » d’Antakya et sa région. En le replaçant dans l’actualité, l’article questionne en même temps le processus de patrimonialisation et son impact sur la transmission des mémoires minoritaires et locales dans un contexte difficile après les violents séismes ayant frappé la région en février 2023.

Mots-clés : Mémoire institutionnelle, muséographie, histoire orale, Antakya (Hatay), patrimonialisation

Abstract

This article examines the absence of local narratives and imaginaries in the official museography of the Antakya City Museum, Antakya Şehir Müzesi. Based on ethnographic fieldwork conducted in Turkish and Arabic between 2021 and 2023, it analyses the representations of a local figure, Cemil Hayek, within the context of the assertion of the Turkish national narrative, particularly regarding the issue of Hatay’s annexation by Atatürk. Through a sensitive, situated visit, where the institutional figure of Tayfur Ata Sökmen is pervasive, the chapter juxtaposes two sets of data. The official narrative on one hand and the oral history on the other produce a critical analysis of the “history and culture of the city” of Antakya and its region. It also addresses the process of heritage-making and its impact on the transmission of minority and local memories, especially in light of the devastating earthquakes that struck the region in February 2023.

Keywords : Institutional memory, museography, oral history, Antakya (Hatay), heritage-making

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« Les souvenirs [...] ne nous mettent pas seulement en rapport avec notre passé,
mais nous rapportent à une époque, nous replacent dans un état de société dont il existe, autour de nous, bien d’autres vestiges que ceux que nous découvrons en nous-mêmes. »1

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Introduction

3En août 2021, alors que je commence mon enquête sur la patrimonialisation et la mémoire chez les arabophones du Sud-Hatay, je rencontre la figure de Cemil Hayek, héros d’une histoire régionale d’Antakya (Hatay, Turquie) récitée, chantée, par nos grands-parents à nos parents, en particulier dans les villages le long de l’Oronte, et ses vallées au pied des monts Amanos. Alors que je conduis des entretiens dans un village situé entre Antakya et Samandağ, j’entends le nom de Cemil Hayek de la bouche de la doyenne d’une famille. L’une de ses filles sort fière et volontaire de leur maison avec le portrait en noir et blanc de Cemil Hayek. Il est représenté debout, son fusil dans son dos, une ceinture de cartouches sur son torse, les deux mains apparentes (figure 1). La majorité des femmes, nées dans les années 1930 à 1950, avec lesquelles je m’entretiens autour des héritages et vécus féminins ne connaissaient guère plus que son nom. L’une d’entre elles, rencontrée à Samandağ2, se souvient cependant d’un récit d’hommage héroïque en prose chanté (fenn en arabe, ou ağıt en turc). Ces fenn racontent l’histoire de Cemil Hayek, un homme originaire de Karaçay, un village voisin, dont la sœur est victime d’une agression par le fils d’un ağa (propriétaire terrien) d’Antakya, allié des Français. C’est le début d’une vendetta qui se transforme en résistance à une époque où les puissances françaises et britanniques, ainsi que le mouvement d’indépendance turc, alimentent et arment les çete (milices) de village en village pour diviser et gagner en pouvoir dans le nord du vilayet syrien d’Alep.

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Carte 1. A. Faik Türkmen, Mufassal « Hatay. Cografya’si ve Edebiyat », Cumhuriyet Matbaasi, Istanbul, 1937.

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6Cet article propose de revenir sur les représentations de Cemil Hayek dans les imaginaires locaux tout en le replaçant dans un contexte particulier : celui de l’affirmation du récit national turc autour de l’enjeu de la prise de Hatay par Atatürk alors aux « portes de la mort »3. Pour Mustafa Kemal Atatürk, l’embarrassant « homme malade et atrophié » qu’est l’Empire ottoman aux yeux des Européens est vécu comme une humiliation. La construction d’une toute jeune République de Turquie dès 1923, et enfin la « question personnelle du Hatay »4 qui aboutit à l’annexion du Sandjak d’Alexandrette en 1939 traduisent une « vengeance » pour son honneur et sa masculinité5. Cette nouvelle victoire permet de renforcer une construction nationale autour de la rhétorique « pour le peuple, malgré le peuple »6 avec une province ethno-confessionnelle très diverse. Figure mythique de la résistance locale, Cemil Hayek met en lumière plusieurs enjeux concernant la formation et la transmission des mémoires et identités collectives des communautés arabophones7, alors même qu’il devient anonyme auprès des générations suivantes pour lesquelles l’arabe, langue des parents, n’a plus qu’une place intermédiaire. Je m’interroge sur son absence dans la muséographie officielle du Musée de la Ville, Antakya Şehir Müzesi, où la figure institutionnelle de Tayfur Ata Sökmen8 est omniprésente.

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8Dans cet article, je m’appuie sur des entretiens en turc et en arabe réalisés entre 2021 et 2023 dans différents quartiers de Samandağ, ainsi que sur des archives. Une importance particulière à l’histoire orale est ici donnée comme source et méthode anthropologique, accueillant la subjectivité sans la notion de vérité, laissant « parler moins les évènements que leur signification »9. C’est à travers une expérience sensible et située que j’exposerai mon analyse de la figure locale de Cemil Hayek en relation aux collections du musée. L’analyse comparative de ces deux corpus de données constitue une mise en perspective de « l’histoire et la culture de la ville et sa région ». J’évoquerai pour cela la patrimonialisation de l’histoire institutionnelle régionale, avant de me pencher sur la construction d’une nouvelle masculinité en dépit des valeurs locales.

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Figure 1. Une femme montre la photo en noir et blanc de Cemil Hayek encadrée, 21 août 2021 à Kuşalanı © Verda Kimyonok.

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La fabrique d’une région-patrimoine

11Situés au cœur du centre-ville historique d’Antakya, la mairie, le musée et l’ancien « Parlement » français se faisaient face, imposants, au croisement de l’Oronte et des artères commerçantes les plus importantes. Ancien musée d’archéologie situé en sous-sol, celui-ci est rénové et adapté pour l’ouverture d’un Musée de la Ville d’Antakya le 27 août 2020, avant la destruction du centre-ville lors du violent séisme du 6 février 2023. Mobilisant certaines thématiques tout en en omettant d’autres, le musée se présente comme un support pour la fabrique d’une historiographie nationale.

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Une région-pivot symbole de modernité

13À l’entrée du musée, la citation « Quarante siècles de patrie turque ne peuvent rester captifs aux mains de l'ennemi ! »10 situe le visiteur cent ans en arrière, dans le Hatay meselesi11. Les années 1920 à 1940 de même que 2022 présentent au moins un point commun : elles réutilisent les éléments historiques et culturels de Hatay comme représentation de la modernité turque à l’échelle internationale. L’effort fourni par la jeune République pour sa reconnaissance et sa place au sein de la diplomatie internationale12 lui permet la légitimation progressive de sa présence sur le territoire hatayien. Ainsi, l’acquisition des organes et symboles propres à un pouvoir légiférant par la République de Hatay à partir de 1937 fait partie de ce large processus. L’Assemblée, la Constitution, les élections par vote, le mühür, l’état civil exposés dans la dernière salle du musée sont autant de traces de la modernisation de la région. Une modernité « à la française », embellie par la présence d’hommes politiques locaux aux appartenances ethno-confessionnelles variées comme représentants de la population (figure 2).

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Figure 2. Reconstitution partielle de l’Assemblée de la République de Hatay avec des statues de Abulgani Türkmen, Bedi Munir Karabay et Tayfur Sökmen (sur la photographie), Isa Kazanciyan. Basil Huri et d’autres, 22 août 2022 © Verda Kimyonok.

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16De manière thématique, le musée renforce l’inscription de Hatay13 dans le discours contemporain comme « la Ville des Civilisations »14, en nous guidant dans la « composition géographique physique et humaine de la région », à travers époques et accessoires, costumes, reconstitutions, objets et tableaux informatifs (« la gastronomie », la « production », le « commerce », etc.). Le musée ne mentionne pourtant pas une seule fois les mots ermeni, ou arap alevi15, deux communautés minoritaires qui forment encore aujourd’hui le tissu social, culturel et politique local. D’une part, l’effacement des références simplifie considérablement l'histoire et engendre des erreurs de lecture. D’autre part, la chronologie régionale résumée par tranches grossières dans la première salle - divisée en : période islamique, Seldjoukide anatolienne et ottomane, lutte nationale, République de Hatay - laisse penser une continuité logique et naturelle.

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18Toutefois, la charge de l’histoire et la diversité de cette région restent un argument utilisé pour rappeler leur importance lorsque nécessaire, notamment dans le rapport à l’Europe. L’historique imprécis, « l’aspect réducteur des représentations, l’association d’éléments plus ou moins figés » sont des éléments stéréotypes16 pour le visiteur. La schématisation de cette période dans l’historiographie turque, notamment signifiée par une éclipse de 1840 à 1938, fait résonner son histoire au cœur des relations syro-turques ainsi qu’à l’échelle régionale. Au-delà de donner son sens à l’analyse de Sanjian pour qui « les Turcs ont catégoriquement nié l’existence d’un " problème de Hatay " »17, elle décrit la mise en place d’un pouvoir symbolique et hégémonique, et met en lumière, par opposition, des absences et des silences.

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La muséification d’Antakya

20Je déambule progressivement dans un espace qui met en avant « la culture » de Hatay présentée comme un bloc, une région-entité, non plus structurée de composantes vivantes et complexes. L’effacement des spécificités durant la longue période d’annexion de la région permet aujourd’hui de mieux en présenter les aspects comme une « mosaïque culturelle » figée au sein d’un processus de patrimonialisation. Trois panneaux présentent l’histoire des croyances, ou plutôt des monothéismes à Hatay. Au « berceau de la chrétienté », on lit qu’« Actuellement, les communautés musulmanes, chrétiennes et juives de différentes origines continuent de vivre ensemble dans un climat de tolérance dans la région. L’adhan, les cloches et les sons du hazzan représentent cette unité ». Pour illustrer cette ambiance, la célèbre photographie symbolisant Antakya comme carrefour des religions accompagne les explications (figure 3).

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Figure 3. L’« Histoire des croyances à Hatay » dans le Musée de la Ville d’Antakya © Verda Kimyonok.

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23L’insistance sur la « tolérance » peut être lue comme une stratégie politique au service de la candidature à l’intégration de l’UE et du secteur touristique dans un contexte de crise économique et sécuritaire. Ainsi, malgré une certaine ouverture stratégique de l’AKP envers les minorités à partir de 2013, de nombreuses recherches montrent la fragilisation extrême, voire une « ségrégation socio-spatiale »18 de ces mêmes minorités19. Car l’« approche favorable à la religion de l'AKP, bien que flexible, est en fin de compte fondée sur la supériorité de l'Islam et reste donc limitée »20. Au coin de cette salle principale, sans relation avec le territoire, des panneaux « collecte du Coran » semblent simplement faire écho à l’omission totale des croyances et pratiques locales souvent syncrétiques de cette communauté, considérées comme hérétiques par certaines interprétations de la sunna orthodoxe.

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25Les politiques successives de turquisation21 et d’acculturation22 ont, depuis les remises en cause du mandat français, poussé au départ ou à l’assimilation des minorités, et contribué à vider les pratiques et interactions de leur contenu. La population « indigène » devient alors un support pour « la production d’un imaginaire collectif fondé sur le patrimoine »23. Tout au long de ma visite, la muséification de la ville d’Antakya, et plus largement de la région de Hatay et ses composantes, est donc consolidée par une « histoire magnifiée, au service d’un particularisme régional »24 servant des intérêts économiques. À titre d’exemple, le recensement de 1710 des commerces et activités d’Antakya n’apporte aucune donnée quant à l’identité des acteurs et la nature des sous-cultures dans la pratique artisanale, au sein de laquelle la transmission familiale est pourtant centrale :

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« 1161 producteurs artisans différents à Antakya : 293 tisserands, 106 cordonniers, 39 constructeurs, 40 tanneurs, 60 jardiniers, 68 boulangers, 17 enrouleurs, 33 bouchers, 10 selliers, 30 épiciers, 16 tailleurs, 3 herboristes, 27 chaudronniers, 15 joailliers. » 25

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28Nouveau musée, Antakya Şehir Müzesi, se veut être à la fois un musée moderne, ethnographique et historique. Afin d’illustrer cette modernité, l’utilisation de différents supports, de récits alternatifs, personnels, issus des « marges » et recontextualisés auraient été les bienvenus. Dans une historiographie où les acteurs de base sont restés trop souvent ignorés, mon enquête sur Cemil Hayek intervient pour faire s’exprimer le « faisceau de silence qui s'est formé au fil du temps et à travers de multiples récits et genres »26.

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La masculinité au cœur de la construction de nouvelles valeurs

30La fabrique de l’homme moderne turc se construit autour de dichotomies. Religion et sécularisme, islam et modernité, rationnel et culturel se transforment en une culture politique étatique émotionnelle27. Sheila O’Rourke suggère que l’armée comme institution joue un rôle déterminant dans les dynamiques de transformation des pratiques culturelles depuis la création de la République en 1923, et qu’elle est restée une force médiatrice dans le processus politique turc28. La « fabrication [des frontières turco-syriennes] fait partie des efforts exercés par les États afin d’imposer leur autorité sur le territoire national et ses populations »29, modifiant entièrement le rapport de l’humain et du groupe social au territoire qui s’individualise30, creusant les altérités31, remettant en question systèmes et alliances de pouvoir locaux par divers moyens32.

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L’« entre-deux » du mandat et de ses sujets arabes

32La période coloniale, installée dans le temps long et dans un vaste espace, voit l’instauration de hiérarchies selon l’apparence et l’appartenance. Alors que Mustafa Kemal Atatürk cherche à être reconnu sur la scène internationale comme un leader parmi ses homologues, le culte de son aura entretient sa figure comme idéal masculin et symbole de l’État indépendant33. Présentée comme anti-impérialiste, la Turquie axe son échelle de la modernité sur celle, ethnocentrée, de l’Europe, notamment à l’égard des minorités qui incarnent un défi pour l’idéologie nationale. Les héros des luttes politiques anticoloniales étant des hommes charismatiques et « forts », à l’image d’Atatürk, ceux qui défendaient la « liberté des peuples locaux » contre la « domination mondiale » comme Tayfur Sökmen définissaient souvent leurs différences avec les colonisateurs en termes d'identités de genre et de moralité sexuelle, tout en se mettant à distance des masculinités locales « barbares »34.

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34À la marge de l’État des Alaouites35 et de la République turque reconnus par les traités, mais aussi à la marge de la « syrianité » et de la « turquité », les Arabes de Hatay sont dans un entre-deux permanent. Cette conception devient un facteur légitimant la présence et l’hégémonie turques sur le territoire hatayien. La catégorisation systématique des hommes arabes36 « comme moins que masculin, moins que turc, paternaliste, physiquement abusif »37 renforce l'identité masculine collective dans la domination militaire. Cette position des populations traduit « la capacité anti-structurelle à subvertir, modifier ou transformer l'ordre social, […] servant de bouc émissaire et de reflet de ce que la société turque moderne et civile n'est pas. »38 Les stratégies de division et de domination à l’époque mandataire ont fortement marqué les esprits et la mémoire, où l’adage « diviser pour mieux régner » semble prendre tout son sens, et même se prolonger dans un plus large processus de dépossession39.

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36Cemil Hayek se place donc dans un espace-temps en dehors du réel. Il disparaît des routes à des moments opportuns, reste insaisissable pendant des mois, recherché par une nombreuse armée. Dans le fenn40, Cemil Hayek, « ni blessé, ni héros », performe une masculinité non pas fondée sur la force mais sur sa détermination et sa loyauté, qui trouve sa cause dans un rapport de domination. Individu « qui avait deux cœurs » selon les uns41, « notre Robin des Bois » selon les autres, Cemil Hayek « prenait aux ağa et distribuait aux pauvres. Il a lutté contre la violence pendant l'occupation française. Les autres n'étaient pas contre l'impérialisme français, c'étaient des vagabonds »42. Face à la radicalisation des discours43, Cemil Hayek n’incarne pas de bannière ou d’étiquette idéologique, et ne semble pas influencé par un modernisme ou traditionalisme accentué. Il personnifie la « réponse sociale à ces transformations » qui « se structure ou s’articule autour des vecteurs de l’identité culturelle » fluide et non figée44. Dans son parcours, il n’est ni ağa ni paysan, ni jeune ni vieux. Produit de sa géographie, Hayek dépasse les dichotomies imposées par les dynamiques interétatiques et souligne les incohérences de son époque.

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De Cemil Hayek à Tayfur Ata Sökmen

38Contrairement à Cemil Hayek, traversant les générations sans trouver de place officielle, Tayfur Ata Sökmen, premier et dernier président de la courte République de Hatay, occupe une place centrale du début à la fin de la visite au moyen de pancartes explicatives, photographies, statue de cire, possessions. Pas à pas, je rencontre donc la figure institutionnelle de Tayfur Sökmen qui contraste avec celle de notre héros anonyme.

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40Né en 1892 à Antep d’un père fonctionnaire, Tayfur Sökmen s’engage dès la Première Guerre mondiale dans l’armée. Après 1916, il continue dans les services de renseignement depuis Alep, chef-lieu du même vilayet. Il y rencontre Mustafa Kemal Atatürk, pour qui il devient une personne de confiance, partageant avec lui l’idéal de constitution d’une grande nation. Turc mais familier du vilayet d’Alep, il joue un rôle important dans l'organisation du mouvement de résistance armée à la suite de l'armistice de Moudros45. « Avec les Kuva-i Milliye, partie émergée des ambitions turques sur les terres hatayiennes, il fournit un grand apport à la contestation du pouvoir français »46. La fabrication d’un ennemi français malgré l’accord d’Ankara et les nombreux privilèges et concessions accordés aux turcs en défaveur des syriens et arabes sur la région d’Alexandrette47 contribuera « précisément, en activant le sentiment d’un vécu partagé, à favoriser l’émergence d’une conscience collective commune et d’un niveau national de l’identité »48. L’adhésion de la France à la communication de la « délivrance et l’Indépendance de la Nouvelle Turquie »49 et sa propagande faciliteront ce processus.

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Figure 4. Armes et objets utilisés par la Kuva-i Milliye (forces nationales) : téléphone, lanterne, grenade et baïonnettes © Verda Kimyonok.

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43À l’étage, les accessoires, images et objets de Tayfur Sökmen attirent l’attention sur une muséographie chargée d’une matérialité représentative de la République de Hatay (Figures 4, 5 et 6). La visite se termine avec une reconstitution partielle des plus hauts postes en séance à l’Assemblée. Cette muséographie met très largement en lumière Tayfur Sökmen comme figure masculine et symbolique de gazi (combattant, guerrier) à l’image d'Atatürk. Lors des Tanzimat50, « la réforme de l’armée commande toutes les autres dans l’Empire »51. Tout en modernisant la société, l’ataturquisme encourage alors un régime de domination masculine que l'armée turque perpétue52, notamment à travers la jandarma et le service militaire dont les populations arabes se méfient. Tayfur Sökmen, présenté comme acteur de la modernité dans le contexte de la République de Hatay, contribue à l’essentialisation du rapport à une période de transformations qui prennent place dès la fin du XIXe siècle, et dont la République n’est que l’un des aboutissements. Sa biographie à l’entrée (Figure 5) scelle ce lien, à travers l’attribution de son nom Sökmen (démanteleur, arracheur, démonteur) par Atatürk à Dolmabahçe après avoir reçu son mandat (Figure 6) sur Hatay.

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45Cemil Hayek et Tayfur Sökmen incarnent donc deux modèles de masculinité et de modernité concurrentes dans une iconographie similaire. L’un en dehors des normes coloniales et ancré dans les valeurs locales, l’autre issu d’une idéologie nationale, qui s’installe durablement dans l’historiographie et le patrimoine mémoriel officiel à travers la matérialité comme illustrée au musée de la ville d’Antakya.

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Figures 5 et 6. Pancarte biographique et carte d’identité de Tayfur Ata Sökmen © Verda Kimyonok.

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Conclusion

49Dans le contexte actuel de promotion du patrimoine, la conception du musée de la Ville d’Antakya s’inscrit au cœur des enjeux locaux et nationaux, conditionnée par les aléas politiques. Hébergé au sein d’un bâtiment protégé par le ministère de la Culture et du Tourisme pour son architecture de l’époque française, à l’architecte beyrouthin, le musée en question est le résultat d’une négociation discrète entre la nouvelle Büyükşehir Belediyesi53, habituellement porteuse des musées thématiques de ville en Turquie, et le ministère de la Culture et du Tourisme. Véritable exception dans ce domaine, Antakya Şehir Müzesi devient donc un musée de la ville entièrement réalisé par le Ministère, alors que « Antakya elle-même est un musée à ciel ouvert »54. Qu’apporte donc le musée, que la ville et ses habitants ne montrent pas déjà ? Son contenu fabriqué rappelle les différentes étapes de la constitution d’« une culture nationale » par le patrimoine au fil de la chronologie républicaine. D’abord une culture « enracinée dans la terre anatolienne » par la folklorisation des spécificités régionales et la négation des identités non-turco-musulmanes, puis par la « nationalisation de l’islam et une islamisation de l’histoire turque », et son institutionnalisation plus récente55, aspects que l'on retrouve au cours de notre visite. Cette contribution muséale réactualise l’État dans son rôle d’inventeur, avec ses limitations et son contrôle dans les conceptions patrimoniales et ses acteurs. À l’échelle nationale, elle montre l’asymétrie de cette conception dans le temps et la géographie, entre Hatay et le reste de la Turquie.

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51En partant des constats que la prise de Hatay représentait un enjeu stratégique dans la construction à la fois d’une unité nationale, et d’une nouvelle masculinité et modernité, la muséographie du musée de la ville naturalise ce passage rituel dans l’historiographie. L’écriture du roman national a obstrué la résurgence de certains espaces et certaines temporalités, donnant son importance à la mémoire comme source. Les travaux de Hart et Nora56, comme Navaro-Yashin, montrent la construction de nouvelles configurations et de récits par les acteurs et sujets visant à s’identifier pleinement à l’histoire et la culture telles que reconnues par l'État sous l’idéologie kémaliste. Ces nouvelles conceptions de la temporalité n’accordent à la figure de Cemil Hayek qu’une place limitée entre culture et sécularisme, alors qu’il est porteur, à l’image de son nom, de marqueurs identitaires et territoriaux forts. En effet, sa figure a émergé dans la campagne méridionale d’Antakya57, pris vie le long de l’Oronte où commence le Djabal Ansariyé58 et est remémorée autour de Souédiyé où les alaouites composent encore aujourd’hui une majorité de la population. Cemil Hayek permet de sortir des carcans d’une interprétation restrictive et de comprendre « comment la nature même de la rupture avec la société d’origine avait déterminé des comportements sociaux singuliers »59.

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53Les séismes du 6 et 20 février 2023 ayant fait d’Antakya une ville fantôme, les témoignages, photographies et archives personnelles des terrains que j’ai réalisés entre 2021 et 2023 représentent aujourd’hui plus que de simples données. À la place du musée, une bibliothèque publique du nom de Cemil Meriç habite aujourd’hui le bâtiment historique rétablit. « Non seulement l’histoire orale comprend la version native du passé, mais elle se réfère à des faits historiques lointains pour lesquels peu ou aucune source de documents existe »60. À ce titre, cet article formule d’une part un regard critique sur la construction d’une historiographie nationale qui fait disparaître les spécificités de la mémoire et de la culture minoritaire ; et il propose, d’autre part, la relecture voire la découverte de récits alternatifs qui ouvrent la voie à de nouvelles analyses et recherches culturelles sur les communautés arabophones d’Antakya et de Samandağ. Celles-ci ont subi d’importantes pertes et continuent encore à payer le prix fort trois ans après. Contextualiser des récits et études de cas précis tels que Cemil Hayek permet de s’inscrire dans la réalité des expériences des populations. S’il devenait déjà compliqué de se rapporter à ce passé collectif en raison de la disparition de ses vestiges, le caractère destructeur des séismes et du contexte politique des dernières années refaçonnent la capacité des populations concernées à s’y référer.

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Sources

 

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Notes

1 Halbwachs Maurice, Les cadres sociaux de la mémoire, Paris, PUF, 1925, p. 21.

2 Süveydiye (transcrit de l'arabe au turc) ou Souédiyé pour les Français à l'époque mandataire.

3 DUMAN Levent, Vatan’ın Son Parçası. Hatay'daki Uluslaştırma Politikaları, Istanbul, İletişim Yayınları, 2016.

4 « Hatay benim şahsi meselemdir » dit Mustafa Kemal Atatürk.

5 O'Rourke Sheila, Gender, Selfhood, and Media: Hatay in the Context of Turkish Modernities, Saarbrügen, Verlag Dr. Muller, 2009, p. 93.

6 « Halka rağmen halk uğruna », slogan kémaliste aux débuts de la République.

7 DEMIRCI AKYOL Esra, The Role of Memory in the Historiography of Hatay: Strategies of Identity Formation through Memory and History, Saarbrügen, Verlag Dr. Muller, 2009.

8 Militaire dans le renseignement pour Atatürk avant d’être désigné premier président de la très brève République de Hatay.

9 PORTELLI Alessandro, « The peculiarities of oral history », History Workshop, n° 12, 1981, p. 96-107, repris dans PORTELLI Alessandro, The Death of Luigi Trastulli and Other Stories: Form and Meaning in Oral History, Albany, State University of New York Press, 1991, p. 45-58.

10 « Kırk asırlık Türk yurdu düşman elinde esir kalamaz ! »

11 La « question du Hatay ».

12 Traité d’Ankara, de Sèvres, Conférence de Lausanne avant la création d’un « État de Hatay » en 1937 avec le concours de la France. L’État ne dure qu’un an et annonce l’annexion de son territoire par la République Turque en 1939.

13 Officiellement Antioche jusqu’en 2012, lorsque celui-ci devient Hatay, du nom de la province dont elle est la municipalité métropolitaine.

14 « Medeniyetler Şehri ».

15 « Arméniens » et « alaouites ». On distingue en turc les alaouites des alévis en y ajoutant le terme arap (« arabe »). L’alaouisme, religion initiatique et secrète dont les origines sont mal connues (PAOLI Bruno, « Histoire et religion des alaouites de Syrie », dans Voguet Élise et Troadec Anne (dir.), Minorités en Islam, islam en minorité, Paris, Diacritiques Éditions et Institut d’études de l’Islam et des sociétés du monde musulman, 2021.), existe au Liban et en Syrie également. Marginalisés en Turquie, les Alaouites se définissent parfois comme un groupe ethno-religieux (MERTCAN Hakan, Türk Modernleşmesinde Arap Aleviler. Tarih Kimlik Siyaset, Karahan, 2013.)

16 FRAYSSE Patrick, « La "schématisation" des bastides : Une écriture entre sciences, imaginaire social et industrie touristique », Culture & Musées, n° 14 (1), 2009, p. 101.

17 SANJIAN Avedis K., op. cit., p. 392.

18 DELIANCOURT Florence, « Les minorités d'Antioche sur l'Oronte : Typologie d'un nouveau rapport de force », Note franco-turque, n° 15, octobre 2015, p. 15, 41.

19 Il ne reste que moins d’une dizaine de familles juives en 2015 à Antakya, voire aucune après le 6 février 2023.

20 Beylunioğlu Anna Maria, « Freedom of Religion and Non-Muslim Minorities in Turkey », Turkish Policy Quarterly, n° 13 (4), 2015, p. 139-147, p. 1.

21 TACHJIAN Vahé, La France en Cilicie et en Haute-Mésopotamie. Aux confins de la Turquie, de la Syrie et de l’Irak (1919-1933), Karthala, Paris, 2004, p.185.

22 O’Rourke, op. cit. ; DUMAN, op. cit.

23 FRAYSSE, op. cit., p. 96.

24 Ibid.

25 Les artisans étaient souvent reconnaissables à leurs patronymes, ou nom de lignage (de beyt, "maison" en arabe), qui indiquaient l’appartenance religieuse ou le métier.

26 DRAGOJLOVIC Ana et SAMUELS Annemarie, « Tracing Silences: Towards an Anthropology of the Unspoken and Unspeakable », History and Anthropology, n 4 (32), 8 août 2021, p. 417-25.

27 NAVARO-YASHIN Yael, Faces of the State: Secularism and Public Life in Turkey, Princeton, Princeton University Press, 2002, p. 96.

28 SINCLAIR-WEBB Emma, « "Our Bulent is Now a Commando" : Military Service and Manhood in Turkey », dans GHOUSSOUB Mai et SINCLAIR-WEBB Emma (dir.), Imagined Masculinities, Male Identity and Culture in the Modern Middle East, Londres, Saqi Books, 2000, p. 66.

29 ALTUG Seda et WHITE Benjamin Thomas, « Frontières et pouvoir d’État : La frontière turco-syrienne dans les années 1920 et 1930 », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, n° 3 (103), 2009, p. 92.

30 « Se retrouver d’un côté ou de l’autre de la frontière implique d’assumer une identité différente, à une époque où le nationalisme turc et le libanisme maronite se voient reconnaître des territoires bien définis. Ce sont d’ailleurs des secteurs de la population touchés par la création des frontières « nationales » que viennent une grande partie des premières résistances dans les campagnes, entre 1919 et 1921 » MÉOUCHY Nadine, « Introduction de partie. Les mobilisations urbaines et rurales à l’époque mandataire : remarques préliminaires », dans France, Syrie et Liban 1918-1946 : Les ambiguïtés et les dynamiques de la relation mandataire, Beyrouth, Presses de l’Ifpo,

31 Entre arméniens et arabes, alaouites et sunnites, gayri-müslim et turcs.

32 Avec l’armement des chefs de villages et des « dignitaires » locaux, la déportation et l’exil des populations kurdes et arméniennes, la censure et l’oppression qui sont des motifs récurrents dans la mémoire collective.

33 Navaro-Yashin, op. cit. ; Sinclair-Webb, op. cit., p. 71.

34 SANCAR, op. cit., p. 49 et 315.

35 Dès 1922, un État des Alaouites est créé par la puissance mandataire française en Syrie, dont les alaouites du Sandjak restent exclus.

36 L’arap, en turc, désignait le « Noir ».

37 O’Rourke, op. cit., p. 87.

38 Ibid.

39 « Les effets économiques de la perte de la province ont été un facteur important du maintien de la question à vif. Le Sanjak et la Syrie du Nord, en particulier Alep, ont toujours été économiquement interdépendants. La cession du territoire a donc sérieusement affecté les possibilités économiques d'Alep » (SANJIAN Avedis K., « The Sanjak of Alexandretta (Hatay): Its Impact on Turkish-Syrian Relations (1939-1956) », Middle East Journal, n° 10 (4), 1956, p. 392).

40 L’entretien duquel est issu le fenn sur lequel je m’appuie dans cette analyse a lieu en mai 2023 à Kurtderesi, un quartier de Samandağ.

41 Entretien avec F. S., retraité, mené par KIMYONOK Verda, à Sutaşı, Samandağ (Turquie), le 23 mai 2023.

42 Entretien avec A. C., archéologue et sculpteur, mené par KIMYONOK Verda, à Samandağ, le 19 août 2022.

43 Surtout dans les classes moyennes et supérieures où l’éducation et le contact avec les influences étrangères sont plus importants.

44 MÉOUCHY Nadine, « Introduction de partie. Les mobilisations urbaines et rurales à l’époque mandataire : remarques préliminaires », dans France, Syrie et Liban 1918-1946 : Les ambiguïtés et les 115 dynamiques de la relation mandataire, Beyrouth, Presses de l’Ifpo, Études arabes, médiévales et modernes, 2013, p. 315-323.

45 Marquant l’occupation de Hatay par les Français à la suite de l’échec des forces turques. L'armistice de Moudros est l'armistice conclu à la fin de la Première Guerre mondiale entre l'Empire ottoman, le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande, la France et les États-Unis.

46 KODAZ Yusuf, « Tayfur Sökmen (1892-1980) », Atatürk Ansiklopedisi [en ligne], 28 février 2021.

47 TACHJIAN Vahé, op. cit., p. 138.

48 MÉOUCHY, op. cit., 2013, p. 315-323.

49 Annuaire Oriental, 1933.

50 Tanzimat (en turc - réorganisation en français) : série de réformes promulguées dans l'Empire ottoman entre 1839 et 1876. Ces réformes, fortement influencées par les idées européennes, visaient à opérer un changement fondamental de l'Empire, qui devait passer d'un ancien système fondé sur des principes théocratiques à celui d'un État moderne (Britannica).

51 MÉOUCHY Nadine, « Militaires et Moujahidines dans la construction nationale en Syrie 1919-1926 », dans PÉtriat Philippe et Vermeren Pierre (dir.), Une histoire du Proche-Orient au temps présent. Études en hommage à Nadine Picaudou, Paris, Éditions de la Sorbonne, 2015, p. 75-91.

52 O’ROURKE, op. cit., p. 86.

53 Municipalité métropolitaine.

54 Entretien avec A. P., archéologue et conseiller culturel, mené par KIMYONOK Verda, par téléphone, le 30 septembre 2024.

55 GIRARD Muriel, « Ce que nous apprend le patrimoine de l’État et de la société turcs : vue d’ensemble sur ce numéro double », European Journal of Turkish Studies, n° 19, 2014, p. 3. Dans l’ordre des citations : FLICHE, 2003, p. 566. ; Scalbert-Yücel, 2005, s.p. ; SAUNER, 1995, s.p. ; PÉROUSE, 2004, p. 211 ; COPEAUX, 1999, s.p.

56 « In these dual and parallel configurations of time, modernity, and the nature of progress, the villagers identify with the time of the state, which includes state-approved Sunni practice narrated through "history" rather than experienced through cultural memory or "tradition" » (NORA 1989, repris dans HART, 2009, p. 736).

57 Öztürk, op. cit.

58 La montagne des alaouites, ou Nusayris.

59 Hovanessian, Martine, op. cit., p. 4.

60 ETINSON Adam, « Aboriginal Oral History Evidence and Canadian Law », Central European Journal of Canadian Studies (CEJCS), n° 6, 2008, p. 97-105.

Pour citer cet article

Verda Asya Kimyonok, «Cemil Hayek et la mémoire institutionnelle du Musée de la Ville d’Antakya», Les Cahiers de muséologie [En ligne], Numéro 5, Dossier, p. 100-115 URL : http://bibli-cloud15.segi.ulg.ac.be/2406-7202/index.php?id=1990.

A propos de : Verda Asya Kimyonok

Verda Asya Kimyonok est doctorante en anthropologie à l’IRIS, EHESS (Paris), affiliée à l’IFEA (Istanbul), et médiatrice socioculturelle. Son travail de recherche porte sur la transmission et les pratiques patrimoniales et mémorielles des alaouites de Samandağ, Hatay. Il vise à mettre en lumière les processus de patrimonialisation en milieu rural auprès de populations hétérogènes, la mise en concurrence des récits locaux, leur impact sur les relations entre humains et environnement.